Avec François Hollande, le retour de la crise des subprimes

François Hollande nous propose le retour des méthodes qui ont abouti à la crise des subprimes

Nous sommes en période pré-électorale et un certain nombre de candidats se proposent à nos suffrages. Devant la crise majeure que connaissent les pays d’Europe et les USA actuellement, il est intéressant de s’arrêter un instant sur les propositions des candidats.

C’est un de ceux qui nous sont présentés comme potentiellement éligibles qui a attiré mon attention ces jours-ci. Pourquoi lui ? Parce que sa déclaration m’a paru tellement ahurissante et tellement à contre-sens qu’il m’a fallu la relire plusieurs fois pour y croire. Qu’un petit candidat opte pour une attitude idéologique et affirme avec force ce qu’il croit être sa part de vérité, cela est parfaitement compréhensible et admissible. Mais qu’un de ceux qui jouent pour le titre s’éloigne à ce point de la réalité pour s’enfoncer dans l’idéologie fait froid dans le dos. Nos « zélites » ne sont décidément pas à la hauteur de la tâche.

Que nous dit le camarade Hollande ?

«  Elle appelle une stratégie européenne sur les marchés. Les Eurobonds, c’est-à-dire les emprunts européens, seraient un moyen efficace de lever de l’argent à moindre coût et de l’utiliser pour racheter la dette grecque décotée et de prendre les spéculateurs à leur propre jeux. La Banque Centrale Européenne pourrait de son coté acquérir des obligations non échues pour permettre une restructuration en douceur des dettes souveraines les plus attaquées »

Qu’est ce qu’un « Eurobond » ? Ni plus ni moins que la mutualisation de la dette des États défaillants avec les celle des États solvables. Puisque nous avons des États qui peuvent faire face à leurs dettes et des États qui ne peuvent pas faire face à leurs dettes, la proposition des idéologues comme Monsieur Hollande est tout simplement de mélanger ces différentes dettes et de vendre ce nouveau produit à des investisseurs… Ça ne vous rappelle rien ? Voyons, réfléchissez… Il y a quelques années, on appelait cela des CDO ou CMO… Mais oui, bien sûr, c’est ainsi que les banques américaines ont vendu les créances douteuses du marché immobilier américain [1] au monde entier !

Le problème, c’est que toutes les expériences de cette nature ont lamentablement failli. Née dans les années 90, cette ingénierie appelée MBS a toujours planté. C’est pourtant simple, personne n’a jamais vu qu’en mettant des fruits sains dans le même panier que des fruits pourris on rendait ces derniers comestibles ; non, c’est toujours l’inverse qui se produit. En finance, c’est exactement la même chose, mélanger une dette saine avec une dette pourrie dans un même produit ne fait que dévaloriser la saine sans pour autant sauver la valeur de la pourrie. Oh, bien sûr, nos alchimistes en herbe nos apprentis sorciers (qui ne jouent pas avec leurs sous mais avec les vôtres…) savent bien que ce genre de montage contre nature ne tient qu’un temps. Alors, ils mettent un garde-fou.

Dans l’histoire de la crise de l’immobilier américain, le garde fou s’appelait CDS. Monsieur Hollande nous propose le même montage. Au lieu que la garantie soit apportée par des organismes bancaires, il propose… que ce soit la BCE qui se mouille. Je rappelle les quelques chiffres que je donnais déjà dans un article précédent :

« A la fin du premier trimestre 2011, la Grèce avait emprunté 90 milliards d’euros à la BCE. Vous connaissez le capital de la BCE? 5,3 milliards d’euros. Autrement dit, si la dette grecque ne perd ne serait-ce que 6% de sa valeur, la banque centrale de l’Europe est sous l’eau. Vous comprenez mieux l’acharnement de M. Trichet à éviter toute forme de « restructuration » de la dette grecque! Mais attendez, ce n’est pas fini.  La BCE détient aussi 1 900 milliards d’actifs pas forcément très fiables en provenance de 17 pays européens. C’est contre ces actifs que la BCE prête à l’Irlande, au Portugal, à l’Espagne etc., prenant leurs obligations en retour! Si les pays débiteurs n’assurent pas leurs paiements, et nous savons que certains ne sont pas en mesure de le faire, les “actifs” de la BCE perdront leur valeur. Et notre belle banque centrale… fera faillite! » ( )

Rappelez-vous, avec les CDS, ceux-ci étaient émis sans qu’ils ne nécessitent de contrepartie en fonds propre (si ce n’est qu’à hauteur de 8%) de la part de la banque qui couvrait. Elle-même se couvrait auprès d’une autre banque etc., etc. Une cavalerie mondiale avec en fin de compte, création de monnaie artificielle. Eh bien c’est exactement ce que préconise le camarade Hollande : la BCE émet de la monnaie de Banque Centrale pour acquérir des dettes pourries en se couvrant auprès des États sains qu’aucune norme comptable n’oblige à faire apparaître leurs engagements dans leurs comptes… Youplaboum, Hollande, c’est mieux que la pierre philosophale ! Pourquoi s’embêter à utiliser du plomb (au prix où est le plomb en ce moment…) pour faire de l’or quand du papier suffit !

Le problème, c’est que tout cela va finir en grosse Katastroff…

Lorsque la BCE sera chargée ras la g… de dettes pourries et que les marchés s’attaqueront, comme il se doit car c’est dans la nature du Darwinisme que d’abattre les faibles, à l’Euro et que tout l’édifice s’écroulera, que nous inventeront Monsieur Hollande et consorts ? La garantie mondiale ?

Je n’ai pas commenté le passage de la proposition concernant le rachat de la dette grecque décotée. Je réserve cela pour un article entièrement consacré à ce sujet.

Déjà, pour moi, F. Hollande est hors sujet sur le plan économique et financier. Sa proposition est pourrie, comme les Eurobonds qu’il préconise. Ce n’est ni plus ni moins que du réchauffé d’une recette qui nous a déjà contaminés avec une bactérie pire que l’E coli et dont nous ne sommes encore guerris.

Un article de Ma Vie, Mon Argent, repris avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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Note
[1] Pour ceux qui ont besoin de réviser : http://maviemonargent.info/a-propos/ et cliquez sur « la crise pour les N…. »