Peut-on donner un prix au travail comme à de simples marchandises ?

Il n’y a pas de différence de nature entre travail et marchandises

Qu’est-ce que l’homme ?Qu’est-ce que le Droit naturel ?La vie en société fonde-t-elle des droits innés ?Comment passe-t-on de la prédation à l’échange ?Quels sont les principes d’un droit humain ?Qu’est-ce qu’une économie de services mutuels ?L’économie n’est-elle pas le champ de bataille des intérêts ?L’homme est-il captif des phénomènes économiques ?L’économie au service de qui ?Peut-on déterminer un juste prix ?Comment des valeurs subjectives peuvent-elles se traduire en prix objectifs ?

Par Raoul Audouin

Nous rencontrons derechef un « faux problème ». Il n’y a pas de différence de nature entre travail et marchandises, parce que l’on n’achète et ne vend jamais que des services. Une brève analyse est à nouveau nécessaire.

Dans un échange de biens, qu’ils soient bruts (les ressources) ou fabriqués (les produits), ce qui est déterminant pour chaque échangiste c’est la valeur d’usage des marchandises une fois leur transfert opéré. Cette « valeur » est l’estimation des services que le nouveau possesseur compte tirer du bien acquis. Celui qui achète une journée du travail d’autrui, achète directement des services.

L’acheteur paie ces services avec de la monnaie, qui permettra au travailleur d’acheter à son tour des services, incorporés ou non à des marchandises. On peut dire, par conséquent, que le marché du travail est celui où s’achètent des services actuels, non incorporés à un objet, tandis que le marché des biens est celui où s’achètent des services futurs, incorporés à des objets.

Reste que du point de vue moral, il faut traiter celui à qui l’on achète ses services contre un salaire, comme un prochain. Mais le boucher à qui j’achète un bifteck est aussi mon prochain, et si je trouve mieux chez son confrère, ou aussi bien à moindre prix, je n’enfreins pas la morale en changeant de fournisseur. La loi qui m’empê­cherait de suivre ainsi mon avantage serait, elle, contraire au droit naturel ; car elle me priverait de ma liberté de choix, et conférerait un privilège au premier boucher au détriment du second.

En conclusion, on échange toujours des services contre d’autres services. Il n’y a pas de différence fondamentale entre apprécier la valeur d’échange de services contre monnaie, et la valeur d’échange de biens contre monnaie. La formation des prix est par nature la même dans les deux cas, et le rôle de la monnaie y est aussi indispensable.

(À suivre : Qui a le droit de battre monnaie ?)