Les lunettes roses

La récession est finie. Tout ça n’était qu’un mauvais rêve

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Les lunettes roses

Publié le 1 avril 2011
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Rappelez-vous il y a deux ans. La « plus grande crise depuis la Grande Dépression » s’abattait sur nous. Nous allions tous finir à la soupe populaire.

Ça semble loin, non ? Aujourd’hui, la plupart des spécialistes nous disent que ça va bien au Canada. Que la récession est finie. Tout ça n’était qu’un mauvais rêve !

Mais qu’avons-nous réglé depuis deux ans au juste ? Je persiste à croire que nous sommes loin d’être sortis du bois. Surtout ici au Canada. Et qu’un énorme défi attend celui qui gagnera les élections fédérales.

(Illustration René Le Honzec)

 

Retirons nos lunettes roses, et enfilons nos lunettes noires :

— Nous avons clairement une bulle immobilière à plusieurs endroits au pays. À Vancouver, le prix moyen d’une maison dépasse le million de dollars. Même au Québec, les prix ont plus que doublé (+122%) en dix ans. Pourtant, le pouvoir d’achat des gens a à peine augmenté. Les maisons unifamiliales ne sont plus achetables, alors on construit des condos partout, même en campagne. Mais tout ce qui monte doit un jour redescendre. Et quand ça va redescendre, ça va faire mal.

— La dette personnelle nous sort par les oreilles. Nous nous endettons plus chaque année. Aujourd’hui, la dette moyenne des ménages canadiens équivaut à 148% de leur revenu disponible, un nouveau record. Ça veut dire que s’il vous reste $60.000 après impôts, vous et votre conjoint avez quelque $90.000 de dette. Nous repoussons continuellement le mur de l’endettement. Mais à ce que je sache, les lois de la physique existent toujours. Ce qu’on dépense aujourd’hui, on ne pourra le dépenser demain.

— Les taux d’intérêt sont à leur plus bas. Mais pour combien de temps ? Aussitôt que les taux vont se mettre à monter, plusieurs propriétaires de maisons vont voir leur paiement mensuel monter en flèche. Seront-ils capables de garder leur maison ? Même chose pour le gouvernement, qui s’enfoncera encore plus dans les déficits, puisque les intérêts à payer sur sa dette — qui coûtent déjà 31 milliards par année — risquent d’exploser.

— Le gouvernement se targue que le pays a retrouvé les emplois perdus pendant la récession. Mais selon les estimations, depuis 2008 le pays compte plus de 100.000 emplois de moins à temps plein. Depuis un an, plus de la moitié des emplois créés sont des emplois à temps partiel.

— Rien pour aider les citoyens : tout coûte plus cher. Surtout la nourriture et l’essence. Et tout indique que ces hausses de prix vont se poursuivre. Ça veut dire moins d’argent pour dépenser ailleurs, et moins de profits pour nos entreprises.

— Comment se portent nos partenaires commerciaux ? Le marché immobilier aux États-Unis est en train de rechuter vers des creux historiques. Le chômage persiste malgré des billions de dollars lancés à droite et à gauche par le gouvernement. L’Europe est en mode austérité et cherche à réduire ses dépenses. La Chine consomme beaucoup de nos ressources naturelles, mais les nombreux reportages montrant des villages fantômes, des centres commerciaux vides et de tours à condos vides — il y aurait 64 millions de logements neufs inhabités en Chine — font craindre qu’une énorme bulle immobilière est sur le point de dégonfler.

J’espère que je me trompe. Et que je suis trop pessimiste. Mais j’ai beau voir quelques signes encourageants de reprise à droite et à gauche, ces tendances lourdes m’incitent à croire que le pire reste à venir.

Le gagnant des présentes élections court le risque d’affronter une tempête parfaite. J’espère qu’il en est conscient.

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