Pire que les Mayas en 2012 : le chaos internet en 2015 !

Les prédictions alarmistes de Michel Riguidel et ses solutions très impartiales pour les éviter…

Pire que les Mayas en 2012 : le chaos internet en 2015 !

Pour certains, 2012 sera la fin du monde. Si l’on s’en tient au calendrier politique, c’est déjà chose sûre, tant les élections présidentielles semblent un horizon indépassable. Pour d’autres illuminés, le calendrier Maya prouve que nous allons nous prendre une flopée de choses désagréables sur la tête (météores, tsunamis, petits hommes verts, champagne éventé, etc.). Mais pour Michel Riguidel, c’est en 2015, et sur internet, que les fléaux vont s’abattre, et il nous révèle tout dans Le Monde, « le Poids des Maux, le Choc du Pipeau. »

Avant d’étudier le déroulé du film catastrophe, plantons un peu le décor.

Michel Riguidel, c’est cet enseignant-chercheur qui travaille pour la HADOPI à définir d’ici fin septembre toutes les caractéristiques que devront avoir les logiciels indispensables à la sécurisation de leurs lignes internet.

Et Mimi, qui est tout à fait indépendant — mais si, mais si, puisqu’il nous le dit — nous explique donc, dans une tribune parue dans Le Monde, que, je cite, « Le cyberespace est fragile. »

On s’attendrait presque, à la suite de cette phrase, à trouver quelques éléments alarmants, comme, par exemple, le nombre d’espèces de logiciels et de matériels qui sont en voie d’extinction, ou une liste un peu lacrymogène de cyberzones polluées par de méchants pirates qui, sous prétexte d’exploiter des ressources processeur naturelles, se contentent de piller la bande passante au détriment des populations d’octets locales qui croupissent dans la misère numérique la plus noire.

Eh bien non.

Mimi part sur un sujet qui lui tient à coeur : la tout à fait prévisible catastrophe qui pend au nez de tout internet en 2015. Pourquoi 2015 et pas 2016 ou 2014 ? On n’en saura rien et je sens déjà poindre des questions sceptiques chez mes lecteurs mais je ne me laisserai pas faire. 2015, on a dit et silence dans le fond.

2015, la fin du Maônde !

Pourquoi y aura-t-il le foutoir, la cata, le grand chambard à cette date ? Parce que, nous explique Riguidel des petits logiciels HADOPI qui sécurisent gentiment votre ligne, internet, c’est un gros bazar de petits logiciels mal fichus, de matériel vieillot et de protocoles un peu désuets qui tiennent par miracle et avec beaucoup d’huile de coude :

La catastrophe en dominos est plausible vers 2015, lorsque cette informatique, de conception ancienne et inadaptée, imprégnera la réalité physique et humaine, avec une force de frappe massive de calculs et de données.

Et c’est ici qu’on se demande un peu de quoi ou de qui parle Michel.

Bon, certes, TCP/IP, c’est un truc qui remonte aux années 60 / 70. Certes aussi, on est arrivé à épuisement des adresses IPv4, mais là encore, cela n’a pas déclenché une panne totale des systèmes. Pour le reste, on ne voit pas trop. Michel parle-t-il du réseau qui englobe des terminaux allant des mobiles aux ultra-portables en passant par les mainframes bancaires ? Parle-t-il des infrastructures faiblichonnes de Google et de son million de serveur ? Evoque-t-il les petites fibres maigrelettes qui assurent des débits toujours plus élevés, de l’apparition du FTTH, des GSM de 3ème génération ?

On ne sait pas, mais en tout cas, Michel est sûr de lui : comme toutes les petites briques d’internet sont toutes formatées pareil, on va droit à la cata. Les maillons vont se transmettre des erreurs idiotes, et, de proche en proche, vont tomber, pouf, les uns après les autres. Ou alors, comme nous le propose l’auteur, ce sont des anonymes contre une institution qui vont se chamailler et entraîner la déroute.

On peut se surprendre à noter qu’un séisme de force 9 a dévasté de larges portions du Japon et internet … a très bien tenu. Et ce n’est pas exactement comme si c’était la première fois ; régulièrement, des câbles sous-marins importants sont brisés (volontairement ou non) et … internet survit. De même, on peut toujours imaginer qu’un groupe d’anonymes se lance, spontanément, à l’assaut d’une institution (ou même de plusieurs, allons-y), on ne voit pas très bien pourquoi, ping, ces mêmes anonymes — qui utilisent internet au jour le jour et trouvent ça fort pratique — s’acharneraient au point de faire tomber toute l’infrastructure. Anonymous contre Orange ou Colt, c’est juste étrange, comme concept…

Mais baste. Passons. Si Michel Riguidel nous dit que ça va tomber, c’est que ça va tomber. Pas en 2014, pas en 2016, mais en 2015. Vers 16:34. Il y a une petite imprécision sur le jour et le mois, mais c’est un problème de focus dans sa boule de cristal. L’heure est certaine, en revanche.

Bon.

Et au fait, Michel, il nous exprime ses craintes et prophéties pour quelle subtile raison, au juste ? Eh bien c’est très simple :

Il est urgent d’inventer des instruments de sécurité, opérés par des instances légales. Ce peut être une infrastructure additionnelle transversale de résilience renforcée, à l’image de tiges d’acier dans un édifice de béton armé, ou bien un dispositif réticulaire de survie, qui s’autocicatrise en rétrécissant ses tuyaux automatiquement.

Ooooooooooooh, mais voilà, tout s’éclaire instantanément ! La catastrophe n’est pas certaine, à condition … de faire confiance à des instances légales qui vont mettre en place des instruments de sécurité.

Ah. Youpi. Nous voilà rassurés ! En fait, la colossale merdouille annoncée n’aura pas lieu si on fait bien vite ce qu’il faut ! Ouf.

C’est à ce point précis qu’on peut sentir monter, intérieurement — puis extérieurement — le cri guttural du libéral qui sent qu’on est encore une fois en train de lui vendre une très mauvaise soupe étatiste et qu’on la lui introduit du mauvais côté de son organisme à l’aide d’un engin de chantier beaucoup trop large.

Et pendant qu’on nous élargit nos tuyaux automatiquement, Michel nous explique qu’avec une instance légale, ceux d’internet pourraient se rétrécir tout aussi automatiquement en cas de pépin.

La notion même de « en cas de pépin » sera laissée à l’appréciation de l’instance légale (très probe, très sympa, très propre sur elle avec plein de garde-fous et une assurance de service tip top, c’est marqué là dans le contrat, avec un Service Level Agreement millimétré, je vous dis). Et puis, des services étatiques qui font un travail parfait, surtout quand des vies en dépendent, y’en a, et c’est vraiment pas eux qui laisseraient sortir un truc comme le Médiator, par exemple.

Hem.

Et le fait que Michel travaille sur la définition des logiciels mignons qui vont sympathiquement sécuriser votre ligne pour le compte de la HADOPI … ne doit pas entrer en ligne de compte. Il est libre, Mimi. Y’en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler (mais comme il est rapide, la victime n’a pas encore pu porter plainte).

Le dernier paragraphe est tout simplement grandiose. Je vous le livre ici :

Une politique numérique industrielle volontariste doit changer la feuille de route de cette urbanisation balkanisée de « boîtes noires » en une architecture consolidée. Il reste à imaginer une ingérence numérique démocratique afin de reconquérir notre souveraineté numérique.

Souligne les mots « politique », « industrielle », « ingérence », « démocratique », « souveraineté ». Explique leur présence dans un texte parlant d’internet. Rattache les avec « numérique », pour rire.

Boule de cristal, charabia politoïde, vision consternante de la technologie, étatisme douillet, collusion avec une autorité dont les velléités de censures ne sont plus à démontrer, … C’est un article Le Monde, presse subventionnée avec vos impôts, écrit par un type payé avec vos impôts, proposant une solution basée sur vos impôts, justifiant son existence et l’utilisation de vos impôts pour faire un truc que vous réprouveriez si on vous laissait l’argent.

Tout va bien, vous êtes en France et ce ne sont que des …

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