Un autre tour de manège

Un budget sans nouvelle taxe. Sans nouvel impôt. Nous en avions perdu l’habitude

Pour les contribuables que nous sommes, c’était trop beau pour être vrai.

Un budget sans nouvelle taxe. Sans nouvel impôt. Nous en avions perdu l’habitude.

Mais non ! Pour satisfaire le power trip de nos politiciens, nous allons tous claquer $300 millions pour lancer le pays dans une autre élection. Et défigurer à coup de pancartes horribles les contours d’un printemps qui commençait à peine à bourgeonner.

Pourquoi ? Parce que le gouvernement conservateur a présenté un budget un peu trop responsable au goût des néo-démocrates et des bloquistes, notamment. Ce budget contenait seulement 2,3 milliards de nouvelles dépenses. Les partis d’opposition en voulaient plus. Toujours plus. Pour les forêts, les entreprises, les jeunes, les vieux, les chômeurs, les pompiers, le chantier de la Davie, le Colisée… Oubliez le fait que Stephen Harper a ajouté plus de $100 milliards à notre dette depuis 2008. Ce n’est jamais assez.

J’ai hâte au jour où des partis d’opposition responsables vont faire tomber le gouvernement parce qu’il dépense trop. Ça ferait changement.

(Illustration René Le Honzec)

Sur une glace mince

Il serait bon de rappeler à tout ce beau monde — incluant les conservateurs — que la dette du pays atteindra $586 milliards à la fin de l’année. Que ça représente plus de $30.000 par travailleur canadien. Que cette dette augmente de $1.430 par… seconde.

Chaque année nous payons $30 milliards en service de la dette — presque uniquement des intérêts. Ça veut dire quoi ? Que toute la TPS que le gouvernement va récolter pendant l’année entière, de Vancouver à Halifax en passant par Montréal, va servir uniquement à payer les intérêts de la dette. Rien d’autre.

Et rappelez-vous que les taux d’intérêt sont à leur plus bas. Une chance ! Mais ils peuvent grimper à tout moment, ce qui fera exploser le service de la dette. Gardons aussi en tête que l’économie canadienne — avec sa bulle immobilière et ses citoyens endettés comme jamais — est extrêmement fragile. Que les fonds de retraite des employés fédéraux, provinciaux et municipaux sont des dizaines de milliards de dollars dans le rouge. Et que pour les renflouer, il faudra envoyer à l’abattoir plusieurs cochons… de contribuables.

Nous sommes debout sur une glace mince, qui peut craquer à tout moment. Si on continue à faire le party et taper du pied, les chaises pliantes et la caisse de 24 vont trouver le fond du lac assez vite. Suis-je le seul à m’en inquiéter ?

$1 milliard pour quoi ?

Ce sera la quatrième élection fédérale en 7 ans. Ce qui veut dire que nous aurons dépensé plus d’un milliard de dollars seulement pour ces petits jeux politiques. Pour, finalement, servir les intérêts et la soif de pouvoir des politiciens, tous partis confondus.

C’est une bonne nouvelle pour les firmes de marketing et pour les médias, qui seront occupés au cours de prochaines semaines. Mais ça ne changera pas grand-chose pour les citoyens. Tous les sondages montrent que les conservateurs seront réélus, probablement minoritaires. Comme en ce moment.

Et ne me dites pas que je devrais me trouver chanceux. Que les Libyens ou autres peuples opprimés rêvent de pouvoir choisir entre NPD, libéraux, conservateur ou bloquistes. Rien à voir. Ici on risque de dépenser 300 millions qu’on n’a pas, pour changer 4 trente sous pour une piastre.

Bon, allez. Fouillez dans vos poches et sortez le change qu’il vous reste. Nos enfants-politiciens veulent faire un autre tour de manège.