Syndicats de la fonction publique & déficits budgétaires

Une menace sur la solvabilité de notre gouvernement et la viabilité de notre pouvoir d’achat

La plupart des informations de cet article proviennent d’un article publié dans The Economist.

En ce moment, la plupart des pays du monde sont en position de déficit fiscal ; c’est-à-dire que les dépenses de l’État sont plus élevées que les revenus, alors que leur endettement atteint des niveaux inquiétants, voire même catastrophiques (pour les pays de l’OCDE, on anticipe 120% du PIB en 2014). La zone euro est en détresse parce que les gouvernements des PIIGS n’arrivent plus à financer leurs déficits astronomiques (voir ceci). La Federal Reserve a dû créer des quantités gargantuesques de nouvelle monnaie pour acheter des bons du Trésor américain pour financer le déficit monstrueux du gouvernement. De plus, aux États-Unis, les gouvernements des états et des municipalités ont un déficit actuariel de leurs régimes de pension se chiffrant à $3,5 billion (x1012). Les syndicats de la fonction publique ont une bonne part de responsabilité relativement à cette situation critique.

La réalité est que les fonctionnaires bénéficient d’une sécurité d’emploi et de conditions de rémunération nettement supérieure à celles des citoyens qu’ils sont supposés servir. Aux États-Unis, la rémunération du secteur publique a crû deux fois plus rapidement que dans le secteur privé (voir ceci) et est environ un tiers plus élevée dans le secteur public que dans le secteur privé. Par ailleurs, les avantages sociaux sont supérieurs, la charge de travail inférieure, l’âge de la retraite est moindre, les régimes de pensions sont à prestations déterminées (90% du secteur public aux États-Unis relativement à 20% dans le secteur privé) et la sécurité d’emploi est en béton (même pour les employés non-performants). Selon l’organisme britannique Policy Exchange, au cours de leur carrière, les employés du secteur privé travailleront 23% de plus que les fonctionnaires (si on prend compte du plus petit nombre d’heures par semaine, de plus grand nombre de jours de vacances et de maladie, et de la plus grande précocité de la retraite). L’économiste Barry Bluestone estime que le prix des services publics aux États-Unis a augmenté de 41% entre 2000 et 2008, alors que le prix des services privés a augmenté de 27%. Pourquoi ?

(Illustration René Le Honzec)

 

Tout d’abord, les syndicats fournissent souvent des services pour lesquels ils ont le monopole. Par ailleurs, ces services sont souvent essentiels à la population. Ils sont donc en position de tenir la société en otage. Lorsque des fonctionnaires font la grèves, la grogne populaire fini par se soulever et le blâme est souvent jeté sur les politiciens, chose à éviter à tout prix à l’approche d’une élection.

Deuxièmement, les syndicats figurent parmi les groupes d’intérêt les plus influents et font preuve d’un vigoureux activisme politique. Leurs budgets pour le lobbying sont importants et leur taux de participation aux élections est élevé. L’American Federation of State, County and Municipal Employees a été le plus gros contributeurs aux campagnes électorales entre 1989 et 2004 (selon The Economist). De plus, ces puissants syndicats ont les moyens de mener d’importantes campagnes médiatiques pour tenter de faire pencher l’opinion publique en leur faveur. Les politiciens ont donc fort avantage à leur plaire s’ils veulent remporter les élections.

Troisièmement, les politiciens n’ont aucun incitatif à tenir leur bout face aux syndicats pour protéger les intérêts des citoyens. Dans le secteur privé, les patrons n’ont pas le choix de négocier ferme puisque la compétitivité, voire même la survie de leur entreprise en dépendent. Pour le politicien, tout ce qui est importe est la prochaine élection ; il est trop facile pour eux d’augmenter les taxes et impôts ou de s’endetter sur le dos des prochaines générations pour donner aux syndicats ce qu’ils veulent et acheter la paix.

Quatrièmement, les syndicats de la fonction publique ont non seulement obtenu des avantages déraisonnables pour leurs membres, mais ils ont aussi poussé l’audace jusqu’à favoriser la croissance (inutile) des effectifs et à s’opposer aux rationalisations. Par exemple, la ville de Buffalo avait autant de fonctionnaires en 2006 qu’en 1950, malgré le fait que sa population a fondu de moitié. Ils se sont aussi fortement opposés à toute mesure visant à lier la rémunération à la performance, à favoriser une plus grande compétitivité et à améliorer la transparence. Il n’y a donc pas moyen de changer les choses car toutes les avenues d’amélioration sont bloquées.

La solution

Ceci étant dit, je ne suis pas en train d’affirmer que l’on devrait interdire le syndicalisme dans la fonction publique ; ce droit est tout à fait légitime. Cependant, comme ils créent un grave problème économique étant donné les quatre arguments décrits ci-haut, leur influence devrait être réduite au minimum. Comment faire ? En réduisant au maximum la taille de l’État.

Si certaines fonctions du gouvernement était abolies alors que d’autres seraient confiées à des entreprises privées en concurrence, la taille de la fonction publique serait grandement réduite, tout comme les distorsions économique que celle-ci occasionne. Ce sont la solvabilité de notre gouvernement et la viabilité de notre pouvoir d’achat qui en dépendent.

Note : si ce n’est pas déjà fait, je vous recommande fortement de lire mon article sur les syndicats de la Californie, qui illustre bien à quel point les syndicats sont à la source des problèmes financiers de cet état en faillite. Je vous recommande aussi cet article sur la Grèce et le Québec.