L’homme est-il captif des phénomènes économiques ?

Dans le cadre de la vie en société, la liberté consiste pour chacun à établir un ordre de préférence

Qu’est-ce que l’homme ? – Qu’est ce que le Droit naturel ? – La vie en société fonde-t-elle des droits innés ? – Comment passe-t-on de la prédation à l’échange ? – Quels sont les principes d’un droit humain ? – Qu’est ce qu’une économie de services mutuels ?L’économie n’est-elle pas le champ de bataille des intérêts ?

Par Raoul Audouin

Dans le cadre de la vie en société, la liberté consiste pour chacun à établir un ordre de préférence, d’une part entre les satisfactions que l’on demande, et, d’autre part, entre celles que l’on consent à offrir en échange. La combinaison se manifeste par des choix. L’homme-animal a des besoins, l’homme-esprit a des aspirations. Il est inutile de chercher la frontière entre les premières et les secondes : en économie, seules agissent les décisions de choix qui rencontrent leur contrepartie, et aboutissent alors à une transaction. Devant une transaction possible, l’homme est d’autant plus libre qu’il est plus maître de ses désirs, ou qu’il peut fournir une contrepartie désirée par d’autres. Il dépend d’autant plus d’autrui, ou doit borner d’autant plus ses désirs, qu’il a moins d’aptitudes utilisables et moins de possibilités de chercher d’autres échangistes. La liberté est donc concrètement fonction de la compétence de l’individu et de l’ouverture du marché.

Parler de mécanismes, de courbes, n’est qu’un moyen commode pour indiquer que les transactions — bien que diverses en volume et en prix pour chaque personne — évoluent toutes dans un certain sens quand les conditions matérielles et psychologiques se modifient. Il y a d’autant moins « mécanisme » que, dans chaque transaction, les individus peuvent obéir à des mobiles moraux, esthétiques, humanitaires, étrangers à leur intérêt purement monétaire. De telles considérations jouent davantage entre « prochains » ; elles perdent une partie de leur pouvoir modérateur quand les échanges sont anonymes (marchés mondiaux) ; elles en sont à peu près dépourvues quand il s’agit de groupes (nations, ou coalitions d’intérêts).

Il reste que, freinée ou non par des mobiles extra-économiques, l’adaptation de la demande aux quantités disponibles d’un bien déterminé s’opère inéluctablement : par l’augmentation des contreparties obtenues si la demande excède les disponibilités, ou par leur diminution dans le cas inverse. C’est là une application de la loi d’équilibre qui régit tout phénomène social, non sans laisser aux individus une zone irréductible d’autonomie.

(À suivre : L’économie au service de qui ?)