Des profits indécents ?

Allez au centre commercial, sortez votre carte de crédit, faites rouler l’économie

$20 milliards. C’est le profit des banques canadiennes cette année. Un record !

$96.000. C’est la dette moyenne qui sort des oreilles de chaque ménage canadien. Une fois et demi son revenu annuel. Un record !

Vous faites le lien entre les deux ?

Les profits des grandes banques sont indécents ? Non. Ils sont logiques. Les banques s’enrichissent sur le dos de notre endettement compulsif.

Quand on scrute les derniers résultats des grandes banques canadiennes, une chose frappe : les prêts hypothécaires, les marges de crédit et les cartes de crédit, ça paye. Énormément.

Bien sûr, c’est frustrant de voir votre compte d’épargne rapporter 1%. Surtout quand votre carte de crédit vous étrangle à 15% ou 20% d’intérêt. Mais c’est un peu notre faute. « Quand vous laissez trainer des montants de $4.000 ou $5.000 sur votre solde de carte de crédit, au lieu de la rembourser, c’est ça qui vous coûte cher », me dit Dominic, mon voisin banquier. « Et c’est du profit facile pour les banques. »

Qui blâmer ?

Bien sûr, les banques profitent d’une foule d’avantages qui n’ont rien à voir avec le libre marché : prêts hypothécaires garantis par le gouvernement (via la SCHL), prêts étudiants garantis par le gouvernement, protection contre la concurrence étrangère, etc.

Mais nous demeurons les premiers responsables des profits des banques. Nous et notre surconsommation. Cette surconsommation qui nous fait ressembler, de plus en plus, aux Américains. Version 2007, juste avant que leur économie s’écroule.

« J’ai un client qui a $60.000 sur des cartes de crédit. Il veut que je refinance son hypothèque pour les rembourser ! », me racontait Dominic récemment. « Un autre utilise sa maison comme guichet automatique. Il a refinancé son hypothèque huit fois. Chaque fois pour s’acheter un ski-doo, un camion, un bateau… »

Toutefois, un autre coupable se cache dans l’ombre : le gouvernement. Ou plutôt, la Banque du Canada.

Notre banque centrale, comme la plupart des banques centrales dans le monde, maintient artificiellement bas les taux d’intérêt, afin de « relancer » l’économie. Or, on fait quoi quand les taux d’intérêt (et par ricochet, les taux hypothécaires) sont bas ? On s’endette pour acheter une maison. On prend une marge de crédit et on achète une auto. Épargner ? Quand un certificat de placement rapporte 1% ? Non merci.

Avec cette politique, la Banque du Canada pousse les gens à surconsommer et à s’endetter. Et ça profite beaucoup aux banques.

Peinturé dans le coin

Je suis presque tombé de ma chaise jeudi dernier. Quand j’ai lu que Mark Carney, le gouverneur de la Banque du Canada, s’inquiétait de l’endettement des Canadiens. « Les ménages se trouvent dans une position encore plus vulnérable qu’il y a six mois (…) Leurs emprunts continuent d’augmenter plus vite que leurs revenus (…) Si les taux d’intérêt devaient grimper, ou si l’emploi devait chuter, plusieurs Canadiens éprouveraient de grandes difficultés. »

Well, duh ! Comme disent les Chinois.

Pour « sauver » le Canada de la récession, Mark Carney a baissé les taux d’intérêt au plancher. Le message codé du gouvernement était : allez au centre commercial, sortez votre carte de crédit, faites rouler l’économie ! Et aujourd’hui, la Banque du Canada s’inquiète parce que les Canadiens ont empilé trop de dettes ?

La stratégie de pousser les gens à s’endetter à mort risque de nous entraîner vers une autre crise. Mark Carney le sait. Mais il ne possède aucune autre stratégie. Il s’est, comme on dit, peinturé dans le coin.

En attendant, je m’attends à ce qu’il reçoive d’ici peu de belles cartes de Noël. De la part de chacune des grandes banques.