Pénurie : répétition générale

La France se lance dans une grande Répétition Générale de Pénurie avant de passer en économie toute planifiée.

S’il y a bien une chose qu’on peut reconnaître aux socialistes, c’est leur capacité naturelle d’organisation dans deux domaines : le groupisme social et ses happenings géants, qu’ils soient plein d’alcool ou de merguez, et, bien sûr, la pénurie, qui est au socialisme ce que la prostitution est à la maladie vénérienne: un vecteur évident. L’actualité illustre fort à propos ces deux talents naturels, et le pays est tout entier convié à une nouvelle répétition générale, dans la joie, la bonne humeur et les cernes sous les yeux.

C’est ainsi qu’on apprend qu’après les pénuries de trains, les Français vont avoir l’occasion d’être entraînés à différentes pénuries à commencer par celle de carburant, puis, très rapidement, d’argent et d’emplois, cette dernière pénurie n’étant en réalité qu’une version étendue des disettes régulières que le pays subit depuis plus de trente ans.

Avec la précision diabolique des syndicats pour frapper directement sur les vilains privilégiés, les stations services de la capitale et d’une partie du territoire commencent à afficher de bien tristes panneaux « Pompes vides » : on peut être sûr, en effet, que seuls les riches (qui habitent à 5 minutes à vélib de leur travail), les députés, les ministres et le président (dont les voitures roulent sur les réserves militaires) vont subir les difficultés d’approvisionnement. Les pauvres, les malheureux, les sans-grades, la France du bas qui se lève le matin pour aller travailler, bref, tous ces salariés qui luttent sentent déjà venir leur revanche : ah, ils vont en baver, les politiciens !

On comprend dès lors pourquoi nos ministres, confrontés à la terrible perspective d’avoir à pousser à mains nues des berlines gourmandes et encombrantes, se fendent de communiqués lénifiants où, contre toute attente, ils annoncent, bravaches, que même pas mal d’abord, il n’y a pas de pénurie.

Qu’ils sont pathétiques : à entendre nos ministres expliquer que le pétrole coule à flot, on croirait voir Alain de F.O. compter des manifestants avec la méticulosité quasi-compulsive qu’on lui connaît.

Alain, de F.O., compte. Il est méticuleux, Alain de F.O.
Alain, de F.O., vérifiera les comptes.

Mais il faut comprendre qu’en ces périodes délicates et troublées, avec une crise qui n’en finit pas de faire des ravages, tout ce que la France compte de personnes responsables et affûtées aux problèmes sociaux se doit de préparer le peuple à ce qui l’attend, une fois que tout le système sera enfin correctement régulé, passé en système planifié.

L’entraînement continue donc aujourd’hui et les prochains jours, avec le chapitre sur la Pénurie de Routes Praticables : il va devenir de plus en plus dur de rouler faute de carburant, certes, mais lorsqu’en plus, on va devoir pousser des véhicules à sec, il faudra le faire exclusivement sur les tronçons laissés libres par nos amis les routiers, qui sont sympas (mais est-il nécessaire de le rappeler ?), certes, mais très très déterminés à enquiquiner les vilains politiciens qui se déplacent en hélicoptère et jet privé.

Encore une fois, les pauvres, les malheureux et les sans-grades seront enchantés de voir les gouvernants, complètement autistes aux affres de rachitiques leaders syndicaux, confrontés à des problèmes concrets.

Routiers malheureux, pauvres et décharnés
Routiers décharnés en lutte, début XXIème siècle, France.

D’autant que, il ne faut pas l’oublier, le but de ces (in)actions syndicales est exclusivement d’atteindre le pouvoir, de faire plier ceux qui ne veulent pas entendre ; loin des leaders l’idée de chercher à paralyser le pays, ou de frapper ceux qui ne peuvent, finalement, que subir ! Ils sont tous là, je vous le rappelle, pour sauvegarder de l’emploi, pour se battre pour les salariés !

Tout comme Didier Le Reste, qui déclare promettre « des actions qui feront mal en terme de conséquences économiques« , on sait très bien que le but ultime de ces organisations de travailleurs est de donner à la France, enfin, un système social qui lui permette, littéralement, de ratiboiser la concurrence, de s’assurer une croissance et un emploi durable : tout, ici, est évidemment fait pour que la richesse abondante et naturelle créée par ces mouvements sociaux retombe en pluie vivifiante sur l’ensemble de la population !

Il est donc logique que, pour sculpter le corps social et faire ressortir ses muscles salariaux turgescents, il soit nécessaire de l’entraîner massivement à des périodes de stress : tout comme la musculation nécessite des efforts, la société française doit, dès maintenant, faire des abdos et des pompes en quantité pour assurer la croissance, l’emploi et la richesse pour tous (et aussi pécho grave l’été venu).

Evidemment, toutes ces actions se feront dans le respect logique et indiscutable de la démocratie, fondement de la république et du pacte citoyen qui lie nos syndicalistes avec les gens qu’ils représentent. D’ailleurs, Jean-Claude Mailly, le leader de F.O., l’explique très bien : « ce n’est pas parce qu’une réforme est votée qu’elle s’applique« .

Eh oui : manquerait plus que ce soient les représentants élus qui fassent la loi, et ce serait le début de la fin !