Monsieur Fillon, un vrai libéral ne dirait pas…

Publié Par Auteur invité, le dans Politique

Par Pierre-Yves Jammat.

Monsieur Fillon, un vrai libéral ne dirait pas...

François Fillon (Crédits Andrew Newton licence Creative Commons)

Suite à la percée de François Fillon à la primaire de la droite, la presse française, transie d’effroi, est partie à l’assaut d’un libéralisme renaissant. Bien que ravi de voir le mot de liberté à nouveau devenu un argument de marketing politique, je me sens obligé d’ajouter que le programme proposé par François Fillon ne correspond pas à ce que j’attendrais d’un programme authentiquement libéral, en dépit du fait qu’il propose peut-être l’un des programmes les moins mauvais dans l’arène

15 mesures à corriger

La rencontre entre François Fillon et diverses associations libérales s’était achevée sur un trait d’humour de l’ancien Premier ministre : il réalisait que finalement, son programme n’était pas aussi radical que ce que ses opposants affirmaient. Nous proposons donc des corrections et ajustements aux 15 mesures phares proposées par François Fillon

  1. Un libéral ne dirait pas :

« 100 milliards d’euros d’économies en 5 ans sur les dépenses publiques »
mais « Réduction du ratio dette/PIB de 1 point de pourcentage par an »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« 40 milliards de baisse des charges pour les entreprises et 10 milliards d’allégements sociaux et fiscaux pour les ménages »
mais « Mise en place du salaire complet ; les charges n’impactent jamais que le salarié »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Fin des 35 heures dans le secteur privé et retour aux 39 heures dans la fonction publique »
mais « Liberté pour chacun de négocier son temps de travail avec son employeur »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Suppression de l’ISF pour aider au financement des entreprises, »
mais « Fin de la progressivité de l’impôt sur le revenu et fin de l’ISF. Flat Tax pour tous. »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Recul de l’âge de la retraite à 65 ans et unifier tous les régimes de retraite pour maintenir le pouvoir d’achat des retraites »
mais « Liberté pour chacun de choisir l’âge auquel il part à la retraite »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Alignement du régime fiscal des commerçants, artisans et indépendants sur celui des auto-entrepreneurs »
mais « Alignement des régimes fiscaux de toutes les formes d’entreprises vers une Flat Tax, pour ne pas favoriser que les grandes multinationales. »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Suppression des normes françaises surajoutées à la réglementation européenne pour que notre agriculture redevienne la première en Europe »
mais « Suppression des normes et abandon de la PAC »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Instauration d’une allocation sociale unique pour que les revenus du travail soient toujours supérieurs à ceux de l’assistance »
mais « Remplacement des allocations par un impôt négatif »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« 12 milliards d’euros de plus dans la sécurité, la défense et la justice, et création de 16 000 places de prison, pour que les condamnations soient exécutées »
mais « Politique de sécurité plus efficace en ne punissant plus les crimes sans victime (Code de la route, consommation de drogue) »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Interdire le retour sur le territoire national des Français partis combattre à l’étranger dans les rangs terroristes, condamner les personnes coupables d’intelligence avec l’ennemi et expulser les étrangers appartenant à la mouvance terroriste »
mais « Traiter les terroristes comme des criminels de droit commun »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Réduire l’immigration en créant des quotas et en ne versant des prestations qu’aux étrangers en situation régulière depuis au moins deux ans »
mais « Libérer tous les migrants du poids du système social français en leur permettant de ne pas cotiser et donc de ne recevoir aucune prestation »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Âge de la scolarité avancé à 5 ans au lieu de 6, pour favoriser l’apprentissage de la lecture et des savoirs fondamentaux par nos enfants »
mais « Liberté pour chaque parent de choisir la meilleure école ou éducation pour son enfant »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Universalité des allocations familiales et plafond du quotient familial porté à 3000 euros par demi-part pour soutenir les familles »
mais « Fin de la branche famille de la sécurité sociale »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Adoption plénière réservée aux couples hétérosexuels, limiter la PMA aux couples hétérosexuels infertiles et interdire la GPA »
mais « Ne pas interdire ce qui arrivera inéluctablement, même si nos valeurs s’y opposent »

  1. Un libéral ne dirait pas :

« Protection de notre patrimoine, réduction de la fracture culturelle par un plan « patrimoine pour tous » et soutien à la création artistique pour le rayonnement culturel de la France »
mais « Arrêt complet des subventions à un écosystème culturel fermé qui n’a plus aucune audience populaire »

 

  1. Oui pour l’impôt négatif (=salaire universel) étendu aux enfants, si on souhaite une politique familiale. Et en conséquence, oui à la suppression de la branche famille de la sécu (et suppression de toutes les aides sauf handicap). 🛏🛏🛏 j’ai une réserve dans cette liste, sur l’école, si on est pour l’égalité des chances, il me semble qu’on doive au moins essayer de retrouver la qualité de notre enseignement public d’après guerre, il me semble sue c’est vital pour notre pays.

  2. Le libéralisme tel que vous le décrivez n’est pas du tout la liberté. Pour les classes moyennes assez hautes, ça peut aller, à condition qu’ils n’aient pas trop d’enfants, et qu’ils n’aient pas d’accidents de la vie. Les gens du dessous ne seront pas libres, il est inexact d’affirmer le contraire.

    Vous écrivez :

    Un libéral ne dirait pas :

    « Fin des 35 heures dans le secteur privé et retour aux 39 heures dans la fonction publique »
    mais « Liberté pour chacun de négocier son temps de travail avec son employeur ».

    C’est ce qui existait à l’époque de Zola. Sauf erreur de ma part, cela n’a pas particulièrement profité à tout le monde. Pour une raison simple. Même si un marché n’est jamais équilibré parfaitement, lorsqu’il est par trop déséquilibré, il ne fonctionne pas. N’importe quel économiste vous le dira. Les théories de Ricardo ne valent que lorsque deux pays ont chacun un avantage comparatif peut ou prou équilibré. La spécialisation est alors profitable aux deux. Lorsque tout l’avantage comparatif est d’un côté, grâce aux dumpings par ex, il y a un perdant et un gagnant. le marché donne alors des résultats désastreux.

    Un exemple : Je vous invite (car je suppose que vous en avez les moyens, sinon vous avez raté votre vie), à acheter une PME et à aller négocier en toute liberté avec les quatre ou cinq centrales d’achat de la grande distribution. Bonne chance pour vos résultats de fin d’année, et pour le prix que vos obtiendrez au moment du votre rachat de votre PME par un très gros opérateur, ce qui ne manquera pas d’arriver après deux ou trois ans. Vous avez surement des amis dirigeants de PME petites ou grosses qui vendent aux GMS. Faites-leur lire ce que je viens d’écrire. Leur jugement sera impartial.

    .

    1. « Liberté pour chacun de négocier son temps de travail avec son employeur »
      Presques tous les pays du nord fonctionnent comme ca, Suede, Finlande, Norvege, Islande
      Et ca marche plutôt bien pour eux.

      1. Et ils négocient le salaire aussi, vu qu’il n’y a pas de salaire minimum la bas.

    2. Bertrand de Kermel

      Je vous invite à réviser la loi des avantages comparatifs : un pays a intérêt à échanger même s’il est moins productif pour TOUTES les productions : voir wikiberal pour un exemple chiffré. Il n’est justement pas nécessaire qu’un pays ait un avantage sur un produit et l’autre pays sur un autre et c’est cela qui est contre-intuitif.

      Votre transposition avec l’époque de Zola est un anachronisme : c’est la mécanisation des industries et de l’agriculture qui a modifié le rapport de forces des ouvriers en les spécialisant et en initiant la consommation de masse.
      Si même des ouvriers ont un salaire de plus de 2 fois ce que spécifie leur convention collective c’est justement grâce au marché. Les salariés non qualifiés, tout comme à l’époque de Zola, n’ont que peu de valeur, voire zéro vu que le SMIC a supprimé leur emploi.

  3. Point 3: les 39 heures concernent la FP. Dans le privé: négociations avec pour seule contrainte la limite européenne, sanctionnées éventuellement par un référendum d’entreprise.
    Point 12: l’un n’empêche pas l’autre.
    Sur les questions sociétales: un libéral fait valoir la liberté et la responsabilité. La prise en compte de cette dernière dans la décision politique suppose une vision de long terme qui peut s’opposer au court terme davantage « libertaire »

  4. Merci, redéfinition réaliste du libéralisme décapé de toute idéologie. L’auteur aurait-il créé et dirigé des entreprises ?

  5. C’est le point 11 qui me laise perplexe :
    « Libérer tous les migrants du poids du système social français en leur permettant de ne pas cotiser et donc de ne recevoir aucune prestation »
    Ce n’est pas libéral, car cela impose une distortion de concurence sur le marché du travail entre les migrants et le autres obligés de cotiser. A moins bien sur que ces cotisations soient facultatives, mais on en est loin loin loin…..

  6. A quelques exceptions prêt, je préfère cent fois les formulations de Fillon aux vôtres et on voit bien que vous vivez dans le vase clos du libéralisme. Vos reformulations sont quasi incompréhensibles pour ceux qui n’ont pas un minimum d’éducation politique (hélas, la majorité écrasante des Français!) et, à plus forte raison, aucune idée de la pensée libérale (ce qui est presque excusable dans un pays dévasté par le collectivisme depuis la fin de la seconde guerre mondiale).
    Fillon n’est pas un libéral, ceux qui savent de quoi ils parlent le savent fort bien et, pour moi, il y a un long chemin entre lui et ce que peut préconiser un Pascal Salin. Mais c’est toutefois le premier maillon qui faisait jusqu’alors défaut. Croyez-vous sincèrement que le libéralisme dont nous rêvons puisse naître du jour au lendemain dans un pays comme la France? Si c’est le cas, vous êtes un pur utopiste.

    1. Ah ouais quand même ! ce que vous préférez c’est votre problème, les gens sont beaucoup plus intelligent que vous ne le supposez et à minima pour vous comprendre. « Un pays dévasté par le collectivisme », ça fait de suite guérilleros, le type qu’y en a chié du libéral.
      Bon, vous savez ce qu’il vous reste à faire, rééduquer le monde entier, en commençant par la France, vous voyez, vous venez de vous trouver un job ! et selon vos dires, mettez y vous tout de suite, vous n’aurez pas fini à Noël je pense.

      1. Je doute fort que vous ayez saisi le sens de mes propos. Dommage pour vous!

    2. Je suis bien d’accord. A trop rêver, on n’avance guère.

    3. @Hermodore

      Réflexions intéressantes de votre part et qui soulèvent les miennes que voici.

      « Vos reformulations sont quasi incompréhensibles pour ceux qui n’ont pas un minimum d’éducation politique (hélas, la majorité écrasante des Français!) »
      C’est exact ; quoique certaines reformulations demeurent compréhensibles même pour un gamin de dix ans ; pour d’autres reformulations, il est facile d’aller se renseigner par soi-même. Quant à l’écrasante majorité des Français non-éduquée politiquement, vous avez sûrement raison : c’est parce que les Français eux-mêmes le veulent bien.

      De nos jours, il est facile de s’éduquer politiquement grâce à Internet : c’est donc Internet le « premier maillon qui faisait jusqu’alors défaut », pas Fillon.

      Fillon est justement le maillon faible. Au revoir !

  7. Pas mal. Mais :
    La flat Tax n’a pas qu’un aspect positif. C’est aussi un moyen de cacher aux ponctionnés ce qu’ils financent.
    Simplifier les taxes oui, mais en faisant apparaître ce qu’elles couvrent. De manière à pouvoir en discuter après.

    Un libéral ne dirait pas :
    « Remplacement des allocations par un impôt négatif »
    mais « Suppressions des allocations. La charité n’est pas financé par la taxe. »

    Un libéral ne dirait pas :
    « Fin de la branche famille de la sécurité sociale »
    mais « Fin de la sécurité sociale, *réelle* libéralisation de la médecine »

  8. Le souci avec la flat tax c’est qu’elle cache ce qu’elle contient.
    Pas possible pour le prélevé de savoir qu’il paie pour X Y ou Z.
    Simplifier oui, mais faire apparaitre les vrais couts de la justice, la culture, etc est également important.

  9. Je ne comprends pas tout d’un coup l’engouement pour de toute manière quelqu’un qui ne fera strictement rien une fois au pouvoir….on vous rappelle qu’il a été premier ministre 5 ans, et pour quelles mesures ?
    Par pitié pas l’argument « oui mais avec Sarko il ne pouvait rien faire »…parce que vous pensez qu’avec 3 millions de personnes dans les rues ça sera plus simple.
    Il faut au pouvoir quelqu’un avec un vrai programme ok, mais aussi quelqu’un qui aura les attributs pour l’appliquer.

    1. @lekahn

      Je m’étais fait la même réflexion que vous et j’ai trouvé un début de piste :
      https://www.facebook.com/PhilAsp/posts/1464679653561573?pnref=story

  10. Juste bravo pour cet article! Si cela permet à certains de réaliser à quel point le programme de François Fion est loin d’un programme libéral…

    Par contre, il est possible qu’il soit le moins mauvais. À voir avec ce que va proposer Macron, qui reste d’être encore un peu plus éloigné du libéralisme sur le plan économique, mais moins éloigné sur le plan sociétal. Car sur ce plan là, FF aura bien du mal à attirer les foules, à part les personnes âgées et quelques cathos vieille France.

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