Lutter contre le cash, c’est renforcer la criminalité

Publié Par Ferghane Azihari, le dans Monnaie et finance

Par Ferghane Azihari.

Lutter contre le cash, c’est renforcer la criminalité

Médecins à 2 balles ? By: wfabryCC BY 2.0

Les gouvernements prétendent lutter contre le cash pour combattre la criminalité et renforcer notre sécurité. Pourtant, la disparition du cash aura un effet inverse à celui qui est officiellement attendu.

L’argent liquide est devenu la hantise des gouvernements assoiffés de contrôle. Il ne se passe plus un jour sans qu’ils ne trouvent de nouveaux arguments pour le bannir de nos sociétés. Un des prétextes à la mode est la lutte contre l’économie informelle et la criminalité qui lui serait associée.

Évidemment, la menace terroriste profite à tous les opportunistes désireux d’utiliser nos peurs pour étendre sur nos frêles épaules la “protection” de l’État sécuritaire. Lutter contre les marchés noirs serait un enjeu de sécurité. La stratégie de la bureaucratie consiste ici à entretenir les confusions pour fabriquer notre consentement à notre propre servitude.

L’économie informelle nuit-elle à notre sécurité ?

Les marchés noirs sont associés à la criminalité alors que l’économie informelle recouvre des réalités très diverses.

On y trouve certes des activités proprement criminelles et improductives qu’il faut combattre (traite d’humains, tueurs à gage…) mais également des transactions pacifiques qui concernent des gens qui ne s’embarrassent pas toujours de rapporter leurs moindres faits et gestes aux U.R.S.S.A.F. : l’étudiant qui fait du baby-sitting ou du soutien scolaire pour arrondir ses fins de mois, le gosse qui tient un stand de limonade…

Je ne suis pas certain que donner à la bureaucratie le pouvoir de traquer nos moindres faits et gestes renforce notre sécurité.

La sécurité se définit comme la possibilité de jouir de nos droits contre toute interférence criminelle qui viendrait les violer. Un acte criminel au sens strict peut se définir comme le fait de porter atteinte – par la force ou par la ruse – aux droits, à la personne ou aux biens d’autrui.

Répression collective contre responsabilité individuelle

On ne renforce pas la sécurité collective en substituant à la criminalité privée une criminalité publique plus large, mieux institutionnalisée et donc par définition plus dangereuse.

Nous priver de l’exercice de nos droits sous prétexte que quelques mafieux utilisent des moyens ordinaires pour commettre des méfaits revient donc à détruire notre sécurité. Va-t-on bannir les téléphones jetables sous prétexte qu’ils constituent un moyen de communication également plébiscité par quelques brigands ?

La répression n’est utile que lorsqu’elle est ciblée, individualisée. C’est le sens de la responsabilité personnelle : répondre des conséquences de ses propres actes et non des conséquences des actes d’autrui.

L’existence du cash permet de réduire la criminalité

L’argent liquide réduit la criminalité. Vous ne me croyez pas ? La criminalité, comme on l’a dit plus tôt, se définit comme le fait de porter atteinte aux droits, à la personne ou aux biens d’autrui.

Les espèces réduisent les pouvoirs des États qui disposent du monopole de la contrainte légale, autrement dit, du monopole de la violence légale sur une population et un territoire particuliers.

Il ne s’agit là que d’une simple observation. La séparation des pouvoirs, tout comme les autres garde-fous institutionnels puise justement sa nécessité dans le fait que les États sont des organisations fondamentalement dangereuses pour notre sécurité et nos droits si nous ne limitons pas leurs pouvoirs.

Le cash fait partie de ces précieux garde-fous qui limitent le pouvoir des États. Dans un monde où la vie privée est de plus en plus difficile à sauvegarder, il constitue un des rares instruments disponibles pour garantir un certain degré d’anonymat permettant de protéger nos libertés et nos biens.

Le cash et l’économie informelle : des contre-pouvoirs indispensables

En permettant de dissimuler nos transactions aux radars des bureaucrates, l’économie informelle agit comme une forme de contre-pouvoir pour échapper à une ingérence excessive des États dans nos vies.

C’est une sorte de thermomètre : le signal que les citoyens cherchent à esquiver des réglementations et des prélèvements obligatoires qui grèvent leurs activités productives. Ce signal est précieux pour réguler les incitations politiques. Il indique que les gouvernements, s’ils veulent continuer à vivre à nos dépens, doivent baisser la pression fiscale et réglementaire.

L’absence de cash signifierait la mort de ce contre-pouvoir qu’est l’économie informelle. Il induirait une économie prisonnière des infrastructures bancaires centralisées. Cela donnerait aux États un pouvoir de facto absolu sur nos échanges, et donc nos vies.

« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » avertissait Montesquieu.

Le cash et l’économie informelle ne constituent pas la principale menace qui pèse sur notre sécurité. L’abus de pouvoir, en revanche, si…

Avez-vous déjà signé notre pétition non à la société sans cash ? Si oui, nous vous remercions chaleureusement de nous aider à défendre la liberté, la vie privée et l’esprit d’initiative. Si non, il suffit de cliquer ici

  1. Mauvaise idée d’avoir mis cette pétition sur Agora.

  2. La vraie raison de la politique tendant à réduire le cash en circulation est de rendre la richesse privée disponible :
    -pour les établissements de dépôts, afin d’en disposer gratuitement (et accessoirement ponctionner des frais liés aux mouvements d’argent)
    -pour l’Etat, qui pourra ainsi, sans « sommation », en disposer pour sauver le système bancaire, comme le prévoient les dernières règles européennes
    Le motif fondé sur les moyens de lutte contre l’économie mafieuse est mensonger, dès lors que sa proportion dans le cash en circulation est évidemment marginale.
    Ainsi moins les citoyens auront de cash, plus la richesse sera logée dans des produits dématérialisés, profitant ainsi au système bancaire. Cette dématérialisation favorise le risque de banqueroute du système, les citoyens n’ayant plus aucun contrôle sur leur richesse ni conscience du risque couru par elle.
    La conséquence est immorale ; il faut maintenant devoir de l’argent au système plutôt que de lui confier ses valeurs.
    En effet :
    -soit mon argent est à la banque, et je ne détiens qu’une créance sur elle. Elle fait faillite, j’ai tout perdu
    -soit la banque est mon créancier, et si elle fait faillite, cela ne change rien pour moi. Je devrai alors rembourser, mais c’est mon affaire.
    Autre conséquence de cette défiance du citoyen avisé (et généralement aisé) à l’égard des banques ; l’économie profite de moins en moins des dépôts en baisse.
    Il reste que les Français sont les champions du monde de l’épargne, et que de la sorte, le système n’a aucune angoisse ; il pourra se refaire sur nos richesses…

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