Les billets de banque ont une grande place dans le cœur des citoyens  

Malgré la progression des paiements dématérialisés, en particulier durant la pandémie, les billets de banque sont toujours utilisés par une grande majorité de personnes dans le monde entier. Un attachement qui ne se dément pas et qui, au-delà d’une dimension symbolique et émotionnelle, repose sur plusieurs solides raisons…  

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Billets Euros (Crédits Blatant World, licence Creative Commons)

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Les billets de banque ont une grande place dans le cœur des citoyens  

Publié le 26 mai 2022
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Par Delphine Moret.

La crise sanitaire a dopé le paiement électronique, par carte bancaire ou sans contact, comme l’a constaté la Banque centrale européenne (BCE). Les restrictions des déplacements et des interactions physiques ont accéléré le boom du e-commerce et l’utilisation des moyens de paiement digitaux. De plus, la crise du Covid-19 a été marquée par des opérations d’influence d’envergure et une attaque en règle de la réputation du billet de banque, accusé à tort de transmettre le coronavirus. « Un tsunami informationnel » qui s’est propagé dès le démarrage de la pandémie dans la presse, sur Internet et les réseaux sociaux, après une communication mal maîtrisée de l’OMS (Organisation mondiale de la santé).

Même si une semaine après la première alerte médiatique, la porte-parole de l’OMS a écrit dans un communiqué officiel que « le billet N’EST PAS responsable de la transmission du virus », les nombreux concurrents du billet de banque (cartes de crédit avec ou sans contact, applications de paiement sur mobile, monnaies digitales, crypto-monnaies) se sont engouffrés dans la brèche et ont continué à véhiculer cette rumeur en utilisant le levier de la peur, tentant de faire du paiement sans contact une mesure de prévention de la transmission du virus. 

Pourtant, plusieurs analyses de laboratoires indépendants ont démontré que le billet n’est pas un véhicule privilégié du virus en comparaison d’autres surfaces.

La BCE et la Banque de France ont ainsi expliqué :

« La probabilité de contagion avec un virus via un billet de banque est très faible par rapport à d’autres surfaces, comme les poignées de porte, les mains, les interrupteurs ou les paniers de commission. »

Le think tank Cash Essentials a même créé le mot de dactylchromatophobia, littéralement « la peur de toucher l’argent », pour souligner le fait que cette polémique tient plus de la croyance que de faits avérés. 

 

« Le paradoxe des billets » : le cash plébiscité 

Paradoxalement, malgré ce contexte, il n’y a jamais eu autant de billets en circulation dans la zone euro.

En 2020, quelque 141 milliards d’euros de billets nouveaux ont été émis par la BCE, plus du double des deux années précédentes. Ce qui a porté la masse monétaire en espèces en circulation à 1435 milliards d’euros, une hausse de 11 % en un an, comparée à un rythme habituel de 5 % par an. C’est « le paradoxe des billets », comme l’explique une étude de la BCE. Le réflexe bas de laine en temps de crise, la perception du cash comme un refuge, ont joué : selon la BCE, entre 28 % et 50 % de la valeur totale des billets est conservée au domicile des particuliers, chez les commerçants et dans les entreprises. 34 % des Européens disent ainsi détenir de l’argent liquide chez eux (moins de 500 euros dans 75 % des cas).

Mais ce n’est pas la seule explication. Au-delà de la crise, les consommateurs-citoyens restent très attachés aux pièces et aux billets. Une étude de l’Ifop pour la Monnaie de Paris confirme ainsi que 83% des Français sont toujours attachés au paiement en espèces et que 70 % y ont recours au quotidien. Seuls 9 % d’entre eux déclarent ne jamais utiliser d’espèces. 87 % des Français utilisent des espèces pour payer dans les petits commerces, à la boulangerie ou au marché, mais aussi pour donner un pourboire (75 %), acheter des aliments dans un distributeur automatique (72 %) ou donner de l’argent à des proches (64 %). Parmi les raisons invoquées pour préférer le cash à la CB, l’idée de transmission de la valeur de l’argent aux plus jeunes (94 %), l’absence de frais additionnels (90 %), la praticité, la sécurité et aussi une certaine inquiétude vis-à-vis des technologies dématérialisées.

Pour le paiement, 61 % des Français ont « très confiance » dans les espèces, contre 47 % dans la carte bancaire, 29 % dans le chèque, 18 % dans les services en ligne comme Paypal, et 8 % dans le smartphone. Les moyens de paiement dématérialisés inquiètent du fait de l’enregistrement des transactions (65 %), de l’exclusion d’une partie de la population (90 %), et d’un manque de transparence de l’écosystème (83 %).

Patrice Galiana, directeur de pôle quali de l’Ifop analyse :

« Les Français sont attachés au respect de la vie privée, et sont conscients que seul le paiement en espèces reste totalement confidentiel et sans commission. Une liberté essentielle à leurs yeux. »

De son côté, l’Afrique demeure une région du monde très orientée cash, en raison du faible taux de bancarisation des populations du continent. En Afrique subsaharienne, en moyenne seulement 25 % des personnes auraient en effet accès à un compte bancaire, contre environ 60 % au Maghreb. Ces moyennes masquent des disparités : par exemple, le taux de bancarisation serait de 8 % au Burkina Faso, de 19 % au Sénégal, et de 71 % au Maroc. À quelques exceptions près comme le Nigeria avec Verve, la carte bancaire reste un luxe en Afrique, réservé aux personnes les plus riches. Le cash reste d’autant plus une valeur sûre sur le continent que le fort développement de la mobile money en Afrique fait apparaître un certain nombre de risques de détournements du fait du contrôle insuffisant des identités dans les transactions de paiement par téléphone mobile.

 

Le cash protège la vie privée et les populations non bancarisées

Le paiement électronique, qui permet de suivre l’activité des agents économiques, constitue une irruption permanente dans la sphère personnelle des individus. Dans certains pays, la volonté de supprimer le cash traduit même clairement une volonté de contrôle des citoyens, même si la justification le plus souvent avancée est de lutter contre l’économie grise. C’est pour cette raison que l’opinion publique est de plus en plus sensible au droit à la confidentialité et la discrétion des données apportées par le billet de banque.  

Des organisations sociétales, qui commencent à se développer dans toutes les régions du monde, alertent également sur la dépendance technologique des utilisateurs et des États qu’entraîne le basculement progressif vers une monnaie digitale. Les risques de fraudes, qui défient de plus en plus les systèmes de sécurité des paiements électroniques, inquiètent également les citoyens. Et l’on s’aperçoit aussi aujourd’hui qu’un grand nombre de transactions illicites transitent par des systèmes de monnaies électroniques dématérialisées.

Le cash est aussi un bien public, indispensable à la vie des personnes les plus fragiles. C’est ce qu’a montré notamment l’exemple de la Suède, qui avait programmé la fin du billet de banque et a dû faire machine arrière face à une vague de protestations. Les autorités de ce pays n’ont pu que constater que le cashless perturbe le bon fonctionnement de la société et en particulier la vie de ceux n’ayant pas accès au système bancaire, soit environ 1,7 milliard de personnes dans le monde. Dans les pays en voie de développement, en particulier, le cash constitue un socle essentiel pour permettre aux échanges de fonctionner.

La Banque Mondiale estime que plus de 1,7 milliard d’individus dans le monde n’ont pas de compte bancaire, soit un quart de l’humanité. C’est particulièrement vrai pour les populations rurales, les femmes et les commerçants du secteur informel. Sans cash, des centaines de millions d’individus seraient incapables d’acheter des biens essentiels et se trouveraient encore plus en marge de la société.

Alors que l’Europe envisage de supprimer les pièces de 1 et 2 centimes, plus de la moitié des sondés y est d’ailleurs opposée. Au total, 83 % des personnes interrogées ont peur de voir disparaître les espèces, une crainte qui touche même ceux qui utilisent majoritairement le paiement dématérialisé (73%).

Selon Marc Schwartz, PDG de la Monnaie de Paris :

« Cette étude confirme l’attachement des Français aux espèces comme moyen de paiement, en dépit du développement des alternatives dématérialisées. La liberté de choix entre les moyens de paiement demeure, plus que jamais, un pilier de la confiance dans la monnaie. »

L’attachement des populations au cash, un outil millénaire qui a prouvé son bon fonctionnement, continue ainsi de traverser les époques. Le billet de banque est le produit manufacturé le plus échangé dans le monde avec plus de 500 milliards d’unités en circulation et des dizaines de milliards d’échanges quotidiens. Depuis le XIXe siècle, ce produit universel est fabriqué en masse : 156 milliards de billets sont imprimés chaque année par des imprimeries nationales (85 %) et privées (15 %).

 

L’impression des billets, entre art et technologie

Dans l’Hexagone, l’impression fiduciaire se conjugue avec Banque de France.

L’institution créée en 1800 a évolué avec son époque et est même à la pointe de la technologie avec des billets extrêmement sécurisés. À elle seule, la Banque de France a produit 24 milliards de billets en euro depuis le lancement de la monnaie unique en 2002. Le travail ne manque pas sur le site de Chamalières (Puy-de-Dôme) puisque la durée de vie moyenne d’un billet de banque est de trois ans. Il faut renouveler sans cesse les coupures disponibles et s’assurer par la même occasion de garder une longueur d’avance sur les faussaires en introduisant de nouveaux systèmes de sécurité très perfectionnés, ce pourquoi la Banque de France dispose d’un Centre National d’Analyse des Contrefaçons.

À la Banque de France on explique :

« Les Français payent de plus en plus par carte, à distance ou par leur mobile. Mais ils peuvent continuer à payer en billets et les commerçants sont obligés de les accepter. Notre rôle à ce sujet est de garantir le libre choix des Français, c’est-à-dire l’égale qualité, l’égale sécurité, l’égale accessibilité des différents moyens de paiement. Le billet fait partie de cette liberté de choix et de la confiance dans notre monnaie. C’est pourquoi la Banque de France est engagée à maintenir les billets dans la durée.»

Cette détermination est partagée par la seule imprimerie fiduciaire privée dont tous les sites de production sont basés en Europe : Oberthur Fiduciaire. Cette imprimerie fondée en 1842 est devenue le numéro deux mondial de l’impression de haute sécurité. Forte de son ancrage historique et territorial, l’entreprise emploie aujourd’hui plus de 800 personnes en Bretagne et imprime les billets de banque du monde entier. Son savoir-faire, son expertise de l’ensemble du processus de production des billets, mais aussi sa french touch, sont reconnus par les banques centrales et les gouvernements de quelque 70 pays.

Cette activité d’impression de haute sécurité requiert un savoir-faire très spécifique et un haut niveau technique, le principal défi étant de combiner art et technologie. Outre le design, l’imprimeur doit travailler en profondeur sur la « matière billet », qui est devenue un « véritable bijou de technologie », selon Thomas Savare, PDG d’Oberthur Fiduciaire.

« Le billet doit être résistant aux nombreuses manipulations du quotidien, mais également aux velléités répréhensibles des contrefacteurs. Cette lutte anti-contrefaçon mobilise des compétences de pointe ». 

Chaque année, l’entreprise consacre des budgets importants à la recherche et développement. Car les papiers, les techniques d’impression, les encres et surtout les éléments de sécurité présents sur les billets enregistrent en permanence des avancées technologiques. Pour assurer la croissance de la société, Thomas Savare mise ainsi sur « l’intensité technologique des billets et la valeur ajoutée apportée par le dynamisme de l’innovation ». Ses employés hautement qualifiés intègrent ainsi les technologies de sécurité les plus avancées dans leurs créations. 

Car pour fabriquer des billets de banque, il faut aussi faire preuve de créativité afin de capturer l’essence d’une Nation et la réinterpréter à travers la symbolique de sa monnaie nationale. Le billet est en effet un moyen de communication qui diffuse les symboles et les valeurs des pays. L’Eurosystème, qui regroupe la BCE et les banques centrales nationales des pays de la zone euro, s’apprête d’ailleurs à revoir le graphisme des billets européens, sans exclure une série dédiée aux personnalités et aux monuments célèbres. Selon la présidente de la BCE, Christine Lagarde, il s’agit de « rendre les billets plus parlants pour les Européens de tous âges et de toutes origines ».

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  • Merci… du billet très instructif.

  • Supprimer les espèces et donc les billets serait une atteinte de plus à la liberté. Non seulement celle des achats mais aussi celle d’aller et venir à sa guise.
    L’Etat en France qui collectivise à tour de bras et se mêle de tout, aidé en cela par internet et les dogmes écolo gaucho, aurait ainsi un moyen supplémentaire de nous mettre individuellement au pas.

    • « aidé en cela par internet ».
      L’Etat collectivise également à tour de bras avec l’aide de stylos, de trombones et d’agrafeuses.

      • Internet repaire ce que vous consultez et vous offre des publicités en rapport.
        Bien sur, la paperasserie ne disparait pas!

        • C’est seulement que j’ai une fâcheuse tendance à ne pas reprocher un mauvais usage d’un outil à l’outil. Si je me fiche une punaise dans l’œil, je ne blâme pas la punaise, d’ailleurs elle s’en fout.

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