La révolution « Big data »

Publié Par Sylvain Fontan, le dans Économie générale

Par Sylvain Fontan.

big data credits infocux technologies (licence creative commons)

Le phénomène intitulé « Big Data » (« données massives » en anglais) réfère au flux de données sur internet de la part des particuliers, des entreprises et des États du fait de la démocratisation des connexions haut débit. L’ampleur de ce phénomène est telle qu’il peut être considéré comme valeur économique en soi. En effet, la capacité à exploiter ces données peut permettre de valoriser l’activité économique.

Le Big Data comme valeur économique

L’importance accrue du Big Data est telle que le Forum économique mondial de Davos (Suisse) estime qu’il constitue désormais une nouvelle ressource, comparable au pétrole sur le plan économique. Dans ce cadre, et alors que les frontières de la vie économique sont en train d’évoluer, les entreprises de demain les plus puissantes seront probablement parmi celles qui auront réussi à exploiter cette quantité disponible de données. Pour ce faire, la maîtrise de l’outil informatique, entre autres, est fondamentale.

En effet, les capacités intellectuelles humaines sont insuffisantes pour intégrer l’ensemble des données délivrées quotidiennement. De plus, ces données peuvent provenir de sources et de sujets totalement différents et sans relations évidentes. Or, c’est justement en partie la capacité à recouper les données et à tirer profit de données apparemment sans liens qui peut faire la différence. La prise en compte du temps réel est également de plus en plus importante dans le monde. À titre d’exemple :

  • Le fait de pouvoir suivre quotidiennement sur les réseaux sociaux des centaines de millions de personnes permet à certains analystes financiers de jauger les sentiments de l’humanité à un moment donné pour en tirer des conclusions quant au degré de pessimisme ou d’optimisme de celle-ci. Ainsi, ils peuvent négocier des actions sur la base de cette analyse.
  • Il est possible de réaliser des estimations d’inflation en compilant instantanément les prix affichés sur différents sites de supermarchés à travers le monde.
  • Il est possible de suivre l’évolution d’une pandémie à travers le monde en analysant les requêtes formulées par les utilisateurs.
  • Etc.

De nombreuses questions

Parmi les questions qui reviennent concernant ce phénomène, la plus évidente est celle de la protection de la vie privée. En effet, les données personnelles des consommateurs peuvent dans l’absolu être utilisées à des fins auxquelles ils se seraient peut-être opposés si leur avis avait été demandé.

De plus, au-delà des aspects purement commerciaux, tous les aspects illégaux, d’usurpation d’identité ou autres piratages de comptes personnels sont envisageables. Dans ce cas, pire qu’une utilisation indélicate des données, ces dernières pourraient être utilisées dans un but crapuleux, où les conséquences économiques pourraient là aussi être potentiellement très importantes, si d’aventure elles devaient être utilisées à grande échelle.

Une autre crainte renvoie aux capacités que certains acteurs pourraient avoir en manipulant des marchés mondiaux ou locaux. En effet, là aussi dans l’absolu, la possibilité existe que des entités puissent s’organiser pour déverser des informations, fausses ou non, à un moment et un endroit prédéterminés de sorte que cela joue sur telle ou telle décision, et ainsi pouvoir en tirer un profit quelconque.

À ce titre, le fait que certaines personnes influentes puissent déjà, par l’intermédiaire d’un Tweet, influer sur le cours de bourse ou le volume des achats d’une entreprise, laisse à penser que si d’aventure le compte de ces personnes était piraté, les conséquences pourraient être très importantes. Cet aspect est d’autant plus pertinent à l’heure où plusieurs décisions boursières peuvent être prises dans un laps de temps très court, et de façon plus ou moins automatisée. Des ordres d’achat ou de vente peuvent être passés simultanément, en très grand nombre, et ce, sans que l’action de l’homme ne soit nécessairement exigée.

Enfin, le Big Data vient encore une fois relancer le débat entre politique et économique. En effet, le monde politique, a fortiori dans les démocraties, est particulièrement lent pour s’adapter aux évolutions économiques. La preuve la plus patente de ce retard est le mal avec lequel les dirigeants politiques de plusieurs pays ont du mal à intégrer le fait que le monde évolue, que ce qui pouvait prévaloir et fonctionner au siècle dernier ne le peut plus dorénavant.

D’ailleurs, un des effets de ce décalage est souvent que les dirigeants politiques, ainsi que leurs discours, se polarisent sur des positions souvent anachroniques de façon exagérée afin, souvent, d’exprimer une emprise qu’ils n’ont pas sur les choses. Le résultat de ce comportement est une diminution encore plus forte et rapide du pouvoir politique sur l’économique. Au lieu d’accompagner l’économique pour essayer de le modeler, tôt ou tard ce dernier s’impose de manière incontournable, venant ainsi amoindrir encore plus la crédibilité du politique.

Dans ce cadre, la révolution du Big data ne fera qu’accroître l’écart entre des pays résolument entrés dans la globalisation et ceux qui continuent à la nier et/ou la voir comme nuisible et  réversible.

En effet, au-delà de la capacité des entreprises à s’adapter à ce nouvel environnement, c’est également la capacité des États à accepter cette évolution et tenter d’en tirer profit qui peut faire la différence dans les années à venir. Toutefois, le risque est grand dans plusieurs pays, au même titre que certains refusent la globalisation et la mondialisation économique comme un fait, de refuser également cette évolution.

Au final, cela aurait comme effet, d’une part, de retarder les bénéfices de façon probablement irrattrapable d’une dynamique pourtant inexorable, et d’autre part, cela engendrerait également un retard dans les esprits et dans les mentalités qui sera lui aussi difficile à dépasser, et sur lequel les démagogies politiques feront encore leur lit.

À ce titre, il est intéressant de noter que ce sont les pays qui se disent les plus ouverts, historiquement réceptifs à l’idée de modernité, et critiquant les conservatismes, qui se crispent le plus sur des évolutions remettant en cause des éléments considérés comme des acquis ne pouvant demeurer comme tels qu’au prix d’une perpétuelle remise en cause et adaptation du fait de la dynamique de l’histoire.

  1. Mais quelle est la valeur ajoutée du big data pour le petit individu dont les données en font partie ? Savoir ce qu’achètent (ou ce qu’une société ou un état souhaite qu’achètent) ses congénères dans la même situation ? Le progrès vient de ceux qui sortent du rang, de ceux qui sont étouffés par le big data. La valeur économique qu’il y a à leur couper la tête parce qu’elle dépasse et à les faire rentrer dans le rang pour optimiser une économie de masse est peut-être grande à l’horizon de l’instant, mais elle est fortement négative à long terme.

  2. Mais d’où sortez vous ça ? Je n’arrive même pas à trouver une définition cohérente sur wikipedia (Ce qui n’empêche qu’on lui à trouvé une traduction française officielle : « megadonnées » LOL !)

    D’un point de vue technique, ce terme peut faire référence au fait qu’il est difficile de traiter de grandes quantités de données. Dans ce sens, il n’est pas rattaché directement aux flux, à Internet, ou au domaine des données. Il est certain qu’on collecte et brasse de plus en plus de données, et que ces données intéressent beaucoup de gens. Mais appelons un chat un chat.

    L’exploitation de ces données pose de nombreuses questions. Mais j’ai plutôt le sentiment que les mots nouveaux et branchés tels que « Cloud », « Big Data », « Web II », « Data Center », « Economie numérique », etc … donnent une aura de modernité au détriment de ces vraies questions. Car le fait d’utiliser des termes vagues mélange et noie les vrais questions.

    Au départ, ce sont des termes de marketing, quand de grosses sociétés informatique investissent dans le déploiement de technologies. Alors que les concepts de base ne sont pas si nombreux, le nombre de façon de les combiner (pour répondre à des besoins ou faire du business) sont quasi infinis. Du coup on peut sortir un nouveau terme tous les 2 jours et se montrer branché (sans rien y comprendre comme nos ministres) en étant dans les premiers à utiliser le terme.

    1. Quand ils entendent « big data », 75% des Français se retrouvent avec dans la tête l’air de « Big bisou ».

      1. C’est le but.

        Si j’ai bien compris le problème que vous évoquez (parmi les dizaines de problèmes ou de questions que cela pose), vous parlez du risque d’uniformisation de la pensée et des comportements liés à l’analyse et le renforcement des comportements moyens. (Je suis tout à fait d’accord).

        On ne peut plus ouvrir une page web sans avoir (en plus des traqueurs publicitaires !) une dizaine de mouchards qui traque notre activité pour déterminer ce qu’on lit, ce qu’on clique, pendant combien de temps et ce qu’on fait après pour analyser si on a été influencé. Au niveau de la presse, qui est friande de ces données qu’elle analyse en temps réel, cela implique qu’on publie (au mieux) ce que l’on veut entendre au lieu de publier des informations ou des points de vue authentiques. Au pire, quand l’information est publiée « sur commande » du pouvoir par exemple, on peaufine la manipulation !

        Big Bisou !

  3. Je parlais hier avec la pharmacienne du Big Data. Une panne d’électricité, et hop, plus rien ! La semaine dernière, panne chez eux pendant plus de deux heures. Rien ne fonctionnait plus : plus de prix sur les étiquettes, plus de lien avec la CPAM, plus de terminal pour la comptabilité et la gestion des stocks en ligne avec les fournisseurs, plus de trace papier pour les ordonnances et le suivi médical des patients….

    Plus on avance dans le Big Data et plus la société devient terriblement fragile. Un colosse aux pieds d’argile ! Méfions des des prévisions optimistes (toujours contredites comme les prévisions de croissance mirifiques pour faire passer les budgets), le retour de bâton risque d’en être encore plus monstrueux.

    Les invasions de sauterelles sur les greniers à blé de l’Afrique serait alors des histoires pour enfants n’arrivant pas à s’endormir…

    Quad on parle du Big Data, il faut évidemment parler aussi de son corollaire, le Big Crunch ! L’impréparation de nos sociétés à ce type de catastrophe est… catastrophique.

    1. Sans oublier le Big Brother

    2. « Big Data » est déjà un terme très flou, mais ça, ça n’a vraiment rien à voir avec « Big Data ».

  4. le big data …le cerveau est quand même mieux organisé que ces bases de données , il ne conserve que l’utile et l’agréable le reste constitue le cauchemar de nos nuits et le ‘big data’ en fait partie .

    il n’y a vraiment aucun progrès a attendre de ce ‘machin’ tant qu’il n’est qu’un ‘machin’ entre les mains de gens sans intérêt autre que mercantile .

    1. le cerveau est quand même mieux organisé que ces bases de données , il ne conserve que l’utile et l’agréable le reste constitue le cauchemar de nos nuits

      Sauf chez les écolos ou c’est inversé …

  5. Bonjour,
    Nous n’en sommes qu’au début en terme d’applications : Pour le moment, on pratique le ‘More Like This’ pour nous proposer commercialement des choses proches de nos goûts.
    Demain, tous nos comportements seront analysés. Les assureurs se frottent les mains par exemple.
    Par contre, je doute sincèrement que nos politiques soient en mesure d’en tirer quelque chose.
    Dans tous les cas, si vous êtes sensibles au sujet, je vous invite à utiliser Ghostery.
    Cdt,
    Zed

  6. un exemple d’exploitation du « big data » , la climatologie…..plus il y a de datas a exploiter plus l’erreur d’exploitation est grande . le « big data » nous tuera et c’est déjà visible sur les bases de recherche qui pour nous aider nous enferment dans nos soi disantes préférences basées sur de soi disantes habitudes

  7. Pour moi, c’est effectivement l’avenir.
    Je suis un fan de Watson

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