Les banques européennes sont-elles en danger ?

Publié Par Jacques Garello, le dans Non classé

Par Jacques Garello.

Un article de l’Aleps.

Une agence de la banque française Société Générale (Crédits : David Avoura King, licence CC-BY-ND 2.0), via Flickr.

Une agence de la banque française Société Générale (Crédits : David Avoura King, licence CC-BY-ND 2.0), via Flickr.

 

Le grand débat à la mode est celui des taux d’intérêt négatifs. Les uns sont pour, les autres sont contre. Mais derrière ce débat se profile la question des risques que prennent les banques dans leur gestion, qui peuvent nuire aux épargnants, aux déposants, aux actionnaires mais aussi à l’ensemble de l’économie : la crise de 2008 n’a-t-elle pas été d’abord une crise bancaire ? L’Union Européenne se fait un devoir de veiller à la « stabilisation financière ». Elle vient d’accepter le principe d’un nouveau plan comptable. Est-ce justifié ? À trop en faire, elle n’arrange pas les choses.

Taux négatifs : les mensonges qui courent

Toujours pionniers dans les débats économiques, nous avons consacré plusieurs articles aux taux d’intérêt négatifs et, dans la dernière Lettre, nous avons repris le message (devenu hélas posthume) de Michel Leter : « En dernière analyse, il faut donc considérer les taux négatifs comme un impôt généralisé non voté qui ne dit pas son nom. ». La vérité c’est que les taux négatifs ont été mis artificiellement en place pour mettre la monnaie au service des États et alléger la charge de leur dette. Le mensonge, cent fois répété ces jours-ci consiste à justifier les taux négatifs par des arguments plus fallacieux les uns que les autres :

  • Mettre les économies européennes en conjoncture inflationniste ; mais depuis quand l’inflation profite-t-elle à l’économie alors qu’elle la ruine ?
  • Relancer la croissance par une politique d’argent à bon marché ; mais cette politique appliquée par le G 20 pour résorber la crise de 2008 n’a fait que l’aggraver, la relance par la dépense est une chimère keynésienne qui a toujours échoué.
  • Abaisser le coût des emprunts immobiliers et relancer le bâtiment ; mais d’une part, la relance de la demande de logement hausse le prix du m² dans les grandes villes et, d’autre part, on accorde des prêts à des personnes qui ne pourront pas rembourser, c’est exactement l’histoire des subprimes américaines.

Le contrôle européen des comptes bancaires

John Hill, Commissaire européen à la stabilisation financière, n’ignore rien des dangers à terme d’un taux d’intérêt négatif, même s’il est très lié à Mario Draghi, le magicien à la tête de la BCE, adepte inconditionnel de la politique monétaire « accommodante ».

Il vient donc de prendre une initiative, passée mystérieusement inaperçue dans la grande presse : mettre en place IFRS 9. Ce sigle évoque un vaccin, et c’est à peu près cela : International Financial Reporting Standards. Pour éviter que les banques européennes gaspillent en prêts irresponsables les belles liquidités qui leur tombent du ciel de Francfort (siège de la BCE), elles devront désormais présenter leurs comptes suivant des normes internationales. La même obligation va peser sur les entreprises cotées en bourse ou ayant des titres financiers dans leurs actifs.

Voilà donc de quoi rassurer ceux qui ont des craintes sur la politique Draghi et les taux négatifs. À cela près que jusqu’à présent, dans le cadre de la MSU (Mécanique de Surveillance Unique), les banques étaient soumises à des « tests contraintes » (stress tests), genres d’audit aux règles assez souples. Désormais, la vis est resserrée sur la gestion bancaire ; le problème est que le pas de vis est foiré, car l’IFRS, comme beaucoup de normes comptables, est incohérent et se prête à des interprétations variables. Voilà en tous cas nos banques sous bonne garde. Mais les obligations d’État détenues par les banques sont considérées comme des actifs dangereux, des poisons mortels, ou au contraire des titres au-dessus de tout soupçon ?

Faillite des États ou faillite des banques ?

C’est la conclusion à tirer de cette affaire : un jour, certains États ne pourront plus assurer le service de la dette, même si on en réduit le coût avec des taux négatifs. Les déficits structurels, dans certains pays comme la France, n’ont pas été résorbés : les budgets n’ont jamais été sérieusement réduits parce que la taille des États y est démesurée.

On fait donc croire que le danger est la mauvaise gestion bancaire alors que le danger est la mauvaise gestion budgétaire. Quant à la faillite bancaire, elle fait partie du jeu normal de la concurrence : comme toute entreprise, une banque mal gérée disparaît du marché « Le capitalisme sans la faillite c’est comme le christianisme sans l’enfer ». Cela ne signifie pas le vol des clients, mais le rachat par un concurrent ou un assureur. Hélas, la doctrine dominante aujourd’hui est que les banques, surtout si elles sont de grandes banques, ne peuvent faire faillite parce que l’État doit voler à leur secours « too big to fail ». Et comme une autre législation bancaire, celle de Bâle, encourage la concentration bancaire et neutralise la concurrence, on verra l’État voler au secours des banques dont il a faussé la gestion.

Sur le web

  1. Bonjour,

    Est-ce qu’un système basé sur l’étalon-or est une solution viable? Car on a bien vu les États s’en séparer lorsque les choses se compliquent pour leurs budgets.
    J’entend aussi qu’il faut une concurrence entre les monnaies, mais n’est-ce pas justement le cas aujourd’hui?
    Enfin la dernière solution en date, les crypto-monnaies, me semble difficile à appliquer au vu de l’extrême volatilité, par exemple, du bitcoin.

    D’après vous, y a t-il une solution « miracle »?

    Cordialement

    1. Si il y avait une solution miracle, on l’aurai utilisée depuis longtemps. Non quand un particulier a une dette soit il paie soit il fait faillite et dans ce cas c’est l’état (au sens de la fonction et non pas du politicien) qui essai d’en récupérer un maximum puis clos la dette et dit aux créanciers d’aller voir ailleurs. Quand un état a une dette comme il n’existe pas de « super-état », soit on paye pendant des années, soit pour négocier une remise de dette on menace d’assassiner nos créanciers et tous ses héritiers qui pourraient venir nous casser les pieds. Suite à la 2nd guerre mondiale, dont le début est très lié à des problèmes de dettes d’états dont on ne savait que faire, nos ancêtres ont essayés de limiter la violence des négociations en obligeant les dirigeants à se rencontrer et discuter (rôle du FMI, ONU, club de Londres, club de Paris, etc.). Depuis, il n’est pas de bon ton de dire publiquement « je vais me faire la peau de ce c… qui ne veut pas payer » ou « si tu continues à me casser les pieds avec tes dettes je te fait la peau », alors on discute mais pour avoir des arguments de poids, on va aussi faire démonstration de sa volonté de ne pas céder en sous-traitants a des filiales assassinat, attentats et toutes autres actes de violence à même de crédibiliser sa position lors des négociations. D’où la conclusion, les dettes d’état, c’est un poison et c’est la voie la plus directe vers la violence et la guerre.

    2. tout le problème, c’est solution « miracle » … pour qui ? Parce que la solution actuelle tient effectivement du miracle, pas pour les producteurs de richesse, mais pour les gens qui tiennent les manettes, ceux qui ont nommée Super Mario.
      Une solution qui serait miracle pour vous, comptez sur eux pour la rendre impossible

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