Congrès de la CGT, Nuit Debout : la culture de la contestation sociale

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Social

Par Éric Verhaeghe.

Philippe Martinez-PASCALVAN(CC BY-SA 2.0)

Philippe Martinez-PASCALVAN(CC BY-SA 2.0)

 

Le Congrès de la CGT ne manque pas de soulever une question majeure : où en est la contestation sociale en France ? En apparence, elle bouillonne à l’occasion du combat contre la loi Travail, qui a débouché sur la Nuit Debout. Mais, à y regarder de plus près, la réalité semble beaucoup plus nuancée, voire même totalement contraire.

La CGT et le naufrage de la contestation

Tout le monde l’a compris, pour faire oublier la crise interne dont le départ de Thierry Lepaon fut l’un des symptômes, la CGT de Philippe Martinez développe un discours contestataire de plus en plus radical. La technique est bien connue : elle consiste à souder dans une opposition massive à un ennemi commun.

Le problème est que cette technique ne marche pas vraiment au sein même de la CGT. Le premier vote intervenu au Congrès qui se déroule à Marseille l’a montré. Le bilan moral de la direction confédérale a fait l’objet d’un quasi-rejet, avec plus de 14% d’abstention et 31% de voix contre. Mathématiquement, le bilan de Martinez a donc péniblement dépassé les 50%, ce qui constitue un sérieux revers.

Ce score proche du rejet à la majorité montre bien que la ligne radicale que Martinez veut incarner ne suffit pas à rassembler les troupes. Manifestement, les militants de la CGT ne s’en contentent pas…

La ligne réformiste de la CFDT triomphe

Quelques jours avant le Congrès, Martinez ne s’en est pas caché : il s’attend à voir la CGT perdre son statut de première organisation syndicale du pays au profit de la CFDT. L’inversion pourrait se produire dès 2017. Si cette crainte devait se réaliser (ce qui est probable), elle poserait quand même un problème majeur pour la ligne adoptée par le dirigeant confédéral.

Démonstration serait en effet apportée du bien-fondé de la ligne réformiste de Laurent Berger, qui construit une relation patiente de collaboration avec les pouvoirs publics. Dans le secteur privé, celle ligne réformiste est payante et permet à la CFDT de gagner des voix.

Ce succès infirme tous ceux qui ont craint ou reproché la ligne « collaborationniste » du secrétaire confédéral à l’égard du gouvernement.

Une vraie question sur la contestation dans les entreprises

dessin politique380Au-delà de ce jeu d’appareil, la montée en puissance de la CFDT dans le secteur privé interroge fortement la culture anarcho-syndicaliste de contestation. Tout montre aujourd’hui qu’une stratégie conflictuelle ou de rupture ne correspond plus à la sociologie des salariés. Ceux-ci sont plutôt demandeurs d’une logique de construction par la négociation et par le dialogue avec les employeurs.

La gauche l’a insuffisamment noté. L’époque où les salariés espéraient un grand soir fondé sur l’expropriation des patrons se termine. Les « travailleurs », en France, privilégient le partage du travail et du capital dans le respect de l’un et de l’autre. Cette réalité se vérifie sans doute moins dans le secteur public, mais elle domine le secteur privé.

L’essoufflement de la contestation contre la loi Travail le confirme d’ailleurs. Nous assistons au crépuscule de l’anarcho-syndicalisme. Rien n’exclut qu’il revienne un jour, mais il revêtira sans doute une forme nouvelle.

La Nuit Debout, contestation sociétale plus que sociale

Certains argueront que la relative vivacité de la Nuit Debout (qui demeure néanmoins aux marges de la société française) prouve que la culture contestataire se porte bien.

Justement, une caractéristique étonne dans ce mouvement : le désintérêt qu’il a rapidement affiché pour la loi Travail, et l’empressement qu’il met à déborder du champ social pour aborder les questions sociétales. La Nuit Debout se préoccupe beaucoup plus de lutter contre le spécisme (la domination de l’espèce humaine sur les autres espèces) ou pour la démocratie liquide que contre un ordre social illégitime.

Là encore, on y verra l’effet des bases sociologiques du mouvement. Il est essentiellement constitué d’étudiants et de fonctionnaires, et assez peu prisé par les salariés du secteur privé. Le droit du travail y est donc assez abstrait et absent. Ses enjeux portent plus sur une réforme globale de la société (avec une refonte constitutionnelle notamment) que sur une modification du rapport de force dans les entreprises.

Globalement, donc, les événements de ces derniers jours plaident plutôt pour l’idée d’un affaiblissement des luttes sociales… au bénéfice des contestations sociétales. Celles-ci ne sont pas moins radicales ou structurantes, mais elles montrent que les salariés ne refusent pas, contrairement à l’impression faussement nourrie ces dernières semaines, une certaine réforme du contrat de travail.

Sur le web

  1. Philippe GACHET-MAUROZ

    Moi j’aime bien la notion de contestation sociale, que resterait il si il n’y en avait pas? Imaginons une société ou tous serait soumis à la volonté du chef, du patron?
    Aprés je préfére, la notion de négociation, de coopération, mais ça ne marche jamais…
    Le patron fait de la contestation à sa manière, dans le détournement fiscal, salué sur ce site comme « salutaire »

    1. Philippe GACHET-MAUROZ: « Moi j’aime bien la notion de contestation sociale »

      Du blabla politico/idéologique au bilan social catastrophique depuis des dizaines d’années en France.
      Les urnes de la vraie démocratie, la culture du consensus fait que les pays du nord sont en train de laisser très loin derrière la France qui est en instance de faillite alors qu’un travailleur sur 4 est directement salarié de cet état qui va faire faillite.

      Ça va être une catastrophe, déjà les prestations sociale se réduisent aussi vite que la dette augmente dans le pays recordman de l’imposition et de la dépense sociale. Un comble !

      Philippe GACHET-MAUROZ: « Aprés je préfére, la notion de négociation, de coopération, mais ça ne marche jamais… »

      Le salaire moyen est 4 fois plus élevé dans le pays d’à coté, la chômage est à 3.5% chez les jeunes, la dette à 35% en diminution et les caisses sociales sont toutes dans le vert. Le code du travail comporte 2880 pages de moins que le code français et les impôts y sont 20% moins élevés.

      A coté la France « lutte des classes/Zola » commence à faire fait figure de pays du tiers monde.

    2. Philippe GACHET-MAUROZ: « Imaginons une société ou tous serait soumis à la volonté du chef, du patron? »

      Vous savez très bien comment les salariés sont « protégés » en France: pas de boulot avant 30 ans, pas après 55, des salaires minables.

      De fait, la seule protection valable, c’est un tissu économique dynamique permis par une grande liberté d’entreprendre, la multiplication des entreprises fait qu’un mauvais patron ne trouveras pas de bon employés et que les autres devront bien payer et chouchouter leurs salariés s’ils veulent les garder.

      La France est en dessous du Ghana pour la liberté économique, son tissu entrepreneurial est sinistré et les 65% de taxes et la sur-regulation en sont directement responsable, cette situation de pauvreté de l’emploi laisse des millions d’employés « à la merci des patrons » justement:
      Indice liberté économique – Classement des pays

      Au classement de la compétitivité sur 148 pays la France est:
      -117ème pour la flexibilité.
      -134ème pour les prélèvements obligatoires.
      -130ème place pour le poids global des réglementations
      -144ème pour les règles trop strictes encadrant les licenciements.
      -137ème pour la fiscalité défavorable à l’investissement privé,
      -135ème pour la dette publique,
      -134ème pour le taux d’imposition en pourcentage des profits,
      -127ème pour les incitations fiscales à travailler
      -137ème pour les règlementations liées au fait d’entreprendre.
      -135ème pour les relations conflictuelles entre entrepreneurs et salariés

      1. « De fait, la seule protection valable, c’est un tissu économique dynamique permis par une grande liberté d’entreprendre, la multiplication des entreprises fait qu’un mauvais patron ne trouveras pas de bon employés et que les autres devront bien payer et chouchouter leurs salariés s’ils veulent les garder. »
        Ce serait un monde idéal. C’est la démarche entamée par le gouvernement avec la réforme du code du travail. Libéraliser le marché du travail, donner de la flexibilité aux entreprises pour faciliter l’embauche et créer de l’emploi, c’est une recette qui marche dans beaucoup de pays à la culture libérale bien ancrée (pays anglo-saxons en tête). Mais au delà de ça, il y a justement une question de culture de l’entreprise. On est dans un pays où le clivage entre patrons et salariés est très marqué, comme s’il s’agissait de castes. Comme le dit l’article, il y a des syndicats (dont la représentativité des salariés est de plus en plus discutable) et aussi des partis d’extrême gauche (aux scores certes ridicules) qui dressent les patrons comme les ennemis des travailleurs.
        De l’autre, il y a des syndicats d’entrepreneurs qui promettent 1 million d’embauche si le gouvernement prend certaines mesures… qui ont été prises en 2013, et qui n’ont pas eu (du tout) le résultat escompté sur l’emploi. Cela me laisse sceptique voire pessimiste sur la flexibilité du marché de l’emploi en France. C’est une recette qui marche ailleurs, quand ici on aura des artisans, des patrons de PME qui auront toujours des craintes naturelles/culturelles d’embaucher. Sans parler de l’embauche de main d’oeuvre qualifiée dans certains secteurs (bâtiment, métiers de bouche…), où la question du chômage ne se pose pas, mais plutôt la question de trouver, tout simplement, des candidats, motivés et qualifiés, qui ne se bousculent pas au portillon. Et pourtant, les perspectives de carrières sont tout aussi bonnes à ceux qui veulent se donner les moyens de réussir.

        1. Non les perspectives de carrière ne sont pas aussi bonnes, sinon il n’y aurait pas une telle proportion de jeunes à s’expatrier. Le salaire et l’avancement sont déterminés par l’état, le fisc et les corps intermédiaires bien plus que par le travail du salarié. Les initiatives et responsabilités sont des prises de risque et des efforts, elles ne sont pas récompensées ni récompensables en France à cause de la réglementation, pas de la culture.

          Et le reste à l’avenant : tout est dans le maquillage de la situation. Rien que le « clivage entre patrons et salariés », vous l’avez vu où, à part dans le discours des syndicats (de fonctionnaires) ? La flexibilité donnée aux entreprises ? La représentativité des syndicats (y-compris le MEDEF) ? L’absence du million d’embauches (compensées, il est vrai, par 1.2 million de licenciements dus aux effets pervers des mesures annexes) ?

        2. Oresias: « il y a des syndicats d’entrepreneurs qui promettent 1 million d’embauche »

          Clair, mais le gouvernement a fait semblant de proposer un cadeau, les syndicats patronaux on fait semblant de proposer des emplois.

          En 2012 Mollande a augmenté les charges de +18 milliards par an, fin 2015 il a fait un abattement de 20 milliards avec le CICE. Bilan +34 milliards de charges en plus pour les entreprises sur la période.

          A ce compte les enfants battus ont des cadeaux chaque jours ou ils ne se font pas taper.

          Oresias: « on aura des artisans, des patrons de PME qui auront toujours des craintes naturelles/culturelles d’embaucher. »

          Personne ne crache sur une croissance et des bénéfices, avec 65% de charges et un code du travail aux multiples pièges funestes pour l’entreprise, ce n’est absolument pas une « crainte naturelle » ni culturelle. 50% des entreprises font faillite dans les cinq ans même en temps normal, ce n’est pas un fantasme.

          En France, les faillites d’entreprises ne cessent de battre des records année après année :
          https://www.google.fr/search?q=record+faillite+d'entreprise

          Cerise sur le gâteau: contrairement à d’autres pays le patron a un status particulier: pour des sommes astronomique il ne bénéficie même pas de la protection qu’ont les salariés.

    3. >Moi j’aime bien la notion de contestation sociale, que resterait il si il n’y en avait pas?

      Une économie de plusieurs dizaines de milliards d’Euros, des centaines de milliers d’emploi sauvegardés, et des entreprises sauvées. Pourriez-vous nous détailler les conséquences de cette contestation sociale au travers de ses habituelles démonstrations qui font la spécificité de notre pays: grèves, blocages, séquestrations, vandalisme, etc.

    4. Tant qu’il vous reste quelques patrons pour faire du détournement (exercice dans lequel n’importe quelle catégorie sociale excelle, ce n’est pas une exclusivité patron), ne vous plaignez pas trop.
      Ils sont nombreux, comme moi, a vous laisser la contestation infantile, une France misérable et sans avenir, une justice qui ne fonctionne plus, et toutes les notions que vous voulez. Ca fait bien avancer le smilblick. Bravo!
      Un syndicat qui représente a peine 5% du privé est une mafia, dont l’unique objectif est sa propre conservation, et qui utilise toutes les techniques habituelles d’intimidation et de racket.
      Je n’ai eu aucun problème lors de rachats de société hors France avec des syndicats véritablement représentatifs. Bien au contraire.

  2. Personellement, je n’ai rien contre le fait que des gens contestent. Qu’ils contestent, si ça leur fait du bien ou si c’est leur cause.
    Par contre :
    – J’ai contre le fait qu’ils soient payéS de force avec mes impôts
    – J’ai contre la notion de blocage. La contestation se fait dans la rue. Que les gens se regroupent en masse devant l’Elysée ou Matignon si ça les chante. Mais la liberté de conscience de contester de l’un ne doit pas s’opposer à la liberté de conscience de ne pas contester de l’autre. Du coup, un blocage de lycée n’a pas lieu d’être, même voté par quelques ploucs en AG.

  3. Au cours des décennies depuis 1945, la dichotomie s’est opérée entre les privilégies du secteur public qui peu à `peu ont tesaurisès à partir des avantages acquis qu’ils avaient au depart: la securitè de l’emploi, des dizaines d’avantages complementaires en ayant des remunerations superieures au secteur privé
    Cela a développé une oisiveté qui leur a permis de s’occuper ou de se dédier exclusivement à leur salaire, leur vacances, leur RTT, mais n’ont pas connu les affres du secteur privé qui finance largement tous les désirs de ces personnes
    La CGT en particulier ne s’est jamais empressé de parapher un quelconque accord jugeant tojours qu’ils étaient insuffisants
    Leur représentativité est pourtant peu significative, mais leur pouvoir de nuisance est illimité
    Un exemple dans la grève des transports publics. Ils arrivent au mépris de la liberté de travail de paralyser une ville voire un pays.
    Ceci n’est pas possible dans d’autres pays qui respectent cette liberté
    Si la CGT devait disparaître ce serait un grand jour pour la democratie

  4. Et si tous les gars de la cgt faisaient des entreprises et embaucheraient les chômeurs qui z ont pas de boulot sauf que ils sont pas fait pour ça. Ils sont fait pour revendiquer et ça c’est pas un metier .tu fais quoi comme boulot : je revendique. .c’est du coluche .Et même si ça ne nous fait pas rire c’est ça

Les commentaires sont fermés.