La gauche relance l’État-providence pour avoir la paix sociale

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Politique, Pushmobile

Par Éric Verhaeghe.

L'État-providence comme instrument de clientélisme pour le gouvernement de Manuel Valls

money-flying-Tax-Credit-CC-BY-2.0–660×471

L’État-providence demeure l’arme préférée de la gauche de gouvernement pour acheter et préserver la paix sociale (surtout à l’approche d’une année électorale cruciale). Le week-end dernier vient d’en donner une nouvelle preuve, avec une petite odeur de clientélisme.

L’État-providence pour calmer la jeunesse

Les médias subventionnés adorent répéter en boucle toutes les vertus de la Nuit Debout. Pour le gouvernement, ce mouvement pourrait constituer une menace dans la mesure où il est partiellement nourri par la contestation contre la loi El-Khomri. Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement relance l’expansion de l’État-providence.

Ainsi, le rapport Sirugue (du député par ailleurs rapporteur de la loi El-Khomri) propose d’ouvrir la perception des minima sociaux aux jeunes dès 18 ans. Face à la contestation, l’allocation !

« Je propose tout d’abord de supprimer la barrière d’âge pour les jeunes. Que toute personne puisse, dès ses 18 ans, bénéficier de ces allocations sans attendre ses 25 ans ».

Comme d’habitude, l’État préfère éviter les examens de conscience, par exemple sur l’incapacité de l’Université à préparer les jeunes au marché du travail. Au lieu d’améliorer la performance des politiques publiques, il vaut mieux piocher dans la caisse et pratiquer cette forme obsolète d’helicopter money qu’on appelle État-providence

J’en profite pour glisser combien cette grosse ficelle n’a rien à voir avec le revenu universel qu’évoque Libération. La solution proposée par Christophe Sirugue, en service commandé manifeste, ne bénéficiera qu’à un segment de population concerné par une problématique particulière, alors que le revenu universel est supposé bénéficier à tous (selon un principe limpide de solidarité).

L’État-providence pour calmer les intermittents du spectacle

Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, CC-BY 2.0

Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, CC-BY 2.0

Pendant que le député Sirugue servait à Manuel Valls la soupe que l’UNEF réclame, la ministre de la Culture Azoulay intervenait sur un autre front : celui des intermittents du spectacle.

Dans le cadre de la renégociation de la convention d’assurance-chômage, les partenaires sociaux doivent en effet présenter un document de cadrage sur le financement du régime. Sans véritable surprise, le MEDEF a proposé d’importantes économies pour cette catégorie d’allocataires qui représente 3% des effectifs, mais 25% du déficit de l’UNEDIC.

Dans une interview à Libération, qui confirme peu à peu son rôle d’agence de presse du gouvernement, Audrey Azoulay, qui prend une pose grotesque pour la photo, explique tout le mal qu’elle pense de la « démocratie sociale » ainsi que de la libre négociation entre partenaires sociaux, et entreprend de corriger les torts.

« Le soutien au spectacle vivant est au cœur de la politique artistique. Nous avons la chance d’avoir en France un modèle de soutien aux artistes envié à l’étranger, grâce au dynamisme de nos lieux de création et de diffusion. Cela passe par le maintien d’un régime spécifique d’assurance chômage, qui correspond à l’activité intermittente de ces professions aujourd’hui inquiètes pour les négociations sur l’avenir de l’Unédic. (…)

Le cadrage adressé au monde du spectacle est une provocation, et il est clairement un appel explicite à ce que ce soit le gouvernement qui finance une bonne part des économies. Tout le monde reconnaît qu’une économie se situant autour de 100 millions, après ceux de la précédente convention, constituera déjà un effort très important pour la profession. Le Premier ministre l’a dit, l’État ne laissera pas tomber les intermittents, il ne permettra pas que ce régime soit dans l’impasse. Mais la demande des professionnels du secteur est bien de préserver dans la durée un régime d’indemnisation du chômage dans le cadre de la solidarité professionnelle. »

Rappelons évidemment ici que ce que la ministre appelle la « solidarité professionnelle » s’appelle en réalité la « solidarité interprofessionnelle ». Elle consiste à demander aux petits patrons au bord de la faillite de financer la précarité imposée par les magnats de l’industrie culturelle qui peuvent faire ou défaire une campagne électorale par leur poids médiatique.

On l’aura noté, donc, la politique culturelle de l’État en faveur du spectacle vivant (c’est-à-dire de ces innombrables pièces de théâtre sans spectateurs où des comédiens incertains raillent les petits bourgeois obscurantistes qui ne viennent pas assister à leur délire fumeux) doit être financée par les cotisations des employeurs. Et la ministre n’a aucune gêne à expliquer que l’État pèsera de tout son poids pour maintenir cette perversion qui consiste à forcer des entreprises à cotiser pour des politiques qui relèvent de la décadence régalienne.

L’État-providence et les élections

On le voit, tout cela respire la campagne électorale pour les présidentielles. Comme l’avait annoncé François Hollande, le temps de la redistribution est venu. Ceux qui pensaient en profiter seront déçus : la redistribution ne profite qu’à l’électorat attendu par le Président de la République.

Sur le web

  1. « Nous avons la chance d’avoir en France un modèle de soutien aux artistes envié à l’étranger »

    Manifestement, la nouvelle ministre a un bug (elle dit que des c…). On l’a donc remis dans sa caisse pour la renvoyer en usine. (voir l’image : « une pose grotesque pour la photo »). Pourtant je trouve la photo plutôt belle. Le grotesque de la pose n’est pas dans l’image mais dans l’intention, dans le mélange de style de mauvais gout entre le style classique et les dorures du ministère (qui doivent nous couter une fortune en budget d’entretien), la tenue bourgeoise hyper classe de la ministre (qui doit nous couter une fortune en budget d’entretien), et la caisse vulgaire et fonctionnelle qui isole semble-t’il la ministre tout autant de la réalité que de la grandeur architecturale de son lieu de travail et de sa mission.

    Moralité : que ce soit en mots, en actes ou en images, la prétention, la cuistrerie et la pédanterie ont vite fait de mener à la vulgarité.

    1. Il y a bien une vérité: les artistes, à l’étranger, seraient évidemment très heureux de pouvoir prendre des « congés payés » entre 2 jobs!

      1. Surement ! Tout comme les clochards du monde entier envient les clochards parisiens de dormir sous des ponts classés monument historique.

  2. Lire le « cv » de la donzelle citée sur wiki , le parfait petit parcours boboïde , rien n’y manque , une caricature .

  3. En vérité le gvt distribue de l’argent que les contribuables ne sont pas assurés de pouvoir rembourser …

  4. Entre les subventions aux artistes, aux syndicats, à la presse, aux associations politicardes, aux planqués etc etc………..Franchement comment en vouloir aux Panama boys????

  5. Vous avez oublié les bourses qui continuent après les études…

  6. Hollande n’achète pas la paix sociale, il achète des voix. Hélas pour lui, les caisses sont vides.
    Sur l’agitation sociale, c’est au contraire quand il y a perspective de récupérer des avantages sonnants et trébuchants que la rue se remplit.
    Désormais, jour et nuit.

  7. « la redistribution ne profite qu’à l’électorat attendu par le Président de la République. »

    Elle profite avant tout aux fonctionnaires chargés de la mettre en place.

Les commentaires sont fermés.