Relocaliser pour éviter la désindustrialisation : la fausse bonne idée

Publié Par Guillaume Nicoulaud, le dans Économie générale

Par Guillaume Nicoulaud.

La relocalisation comme solution à la crise ?

Salarié ouvrier industrie – Public Domain

Ce que l’on entend par désindustrialisation, en général, c’est l’idée selon laquelle l’industrie d’Europe de l’ouest et d’Amérique du nord a été délocalisée en Asie de l’est et notamment en Chine. C’est le schéma narratif tel qu’il est repris par notre classe politique et nos médias : à cause de l’ouverture des frontières et de la libéralisation de l’économie chinoise, les industriels ont fermé leurs usines chez nous pour les rouvrir là où la main d’œuvre était la moins chère ; raison pour laquelle nous aurions, pour ainsi dire, perdu notre industrie et les emplois afférents.

Cette manière de voir l’histoire n’est pas, pour être juste, totalement fausse. Nous avons tous en tête un certain nombre de productions industrielles autrefois réalisées en France qui ont, depuis, été délocalisées vers des pays à bas salaires. Cependant, je voudrais vous montrer ici pourquoi cette manière de présenter l’histoire, si elle a l’avantage d’être très simple, est en réalité très partielle voire partiale et en tout cas tout à fait simpliste.

Avant d’aller plus loin, il faut bien comprendre que ce qui nous intéresse, c’est la valeur ajoutée de notre industrie, c’est-à-dire, pour aller vite, la différence entre le prix de vente de notre production et le coût des matières premières que nous utilisons pour produire. La raison en est très simple : c’est avec cette valeur ajoutée que les industriels paient les salaires et se versent des profits ; c’est la taille du « gâteau industriel » que salariés et actionnaires pourront se partager.

Désindustrialisation ?

Ceci étant posé, vous êtes sûrement nombreux à penser que notre valeur ajoutée industrielle a baissé ou, du moins, qu’elle a stagné au cours des dernières décennies. C’est faux. Sur la base des données de l’UNstats de 1970 à 20141 et mesurée en dollars constants (c’est-à-dire corrigée de l’inflation), la valeur ajoutée générée par les industries d’Europe de l’ouest a plus que doublé. Quant à l’Amérique du nord, elle fait mieux que nous puisque sa valeur ajoutée industrielle a été multipliée par un facteur de 2.6.

Le truc, c’est que sur la même période, la valeur ajoutée industrielle de l’est asiatique a littéralement explosé. Schématiquement : il produisait, en valeur, la moitié de ce que nous, européens de l’ouest, produisions en 1970 et aujourd’hui il produit deux fois plus que nous. En une grosse quarantaine d’années, la valeur ajoutée industrielle d’Asie de l’est a été multipliée par 10.7.

Mais il faut bien comprendre que ce qui a été délocalisé en Asie de l’est, ce ne sont pas des industries mais des parties de chaînes de production. En l’occurrence, ce sont les parties à faible valeur ajoutée, les opérations qui ne demandent, en gros, pas beaucoup de qualifications et qui sont donc assez mal payées. Ce qui, au contraire, s’est développé en Europe et aux États-Unis, ce sont les industries de pointe, les usines qui emploient essentiellement des ingénieurs et des ouvriers très qualifiés.

La chaîne de production de l’iPhone est un exemple parfait de ce phénomène. Vous avez sans doute entendu dire que le smartphone d’Apple était « fabriqué » en Chine : c’est, pour l’essentiel, faux. Ce qui est fait en Chine, c’est l’assemblage des composants2 : la dernière étape de la chaîne de production et celle qui, accessoirement, vaut le moins cher, au grand maximum, tests compris, quelque chose comme 11 dollars par appareil. L’essentiel de la valeur ajoutée industrielle d’un iPhone, ce sont ses composants et ceux-là, justement, ils ne sont pas produits en Chine mais en Europe, au Japon, en Corée du sud et, naturellement, aux États-Unis. Les gyroscopes, par exemple, sont fabriqués par STMicroelectronics à Milan sur la base de travaux de recherche et développement dont je suppose qu’ils sont faits à Grenoble.

Apple n’a jamais fermé la moindre usine de montage d’iPhone aux États-Unis et pour cause, il n’y en a jamais eu. Toute la chaîne de production a été conçue telle qu’elle est aujourd’hui dès le début : on achète des composants de pointe un peu partout dans le monde développé, créant, au passage, des milliers de postes très bien payés, et on fait assembler le tout à Shenzhen pour une bouchée de pain. Sauf que comme les Chinois sont très nombreux, au total, cela génère énormément de valeur ajoutée.

L’histoire des quatre dernières décennies, dans les grandes lignes, c’est cela : la Chine est devenue l’usine d’assemblage du monde, elle s’est spécialisée dans les tâches à faible valeur ajoutée tandis que nos industries européennes, disposant d’une main d’œuvre beaucoup plus qualifiée et donc plus chère, se sont naturellement spécialisées sur les segments à plus forte valeur ajoutée. J’invite ceux qui ont un doute à ouvrir leur iPhone3 et à regarder ce qu’il a dans le ventre : les industries européennes et américaines n’ont pas disparu, elles sont juste cachées sous le capot.

Relocaliser l’industrie ?

Une des idées politiques à la mode consiste à imposer des droits de douane sur ces produits manufacturés à l’étranger de telle sorte que les industriels soient incités à déménager leurs chaines de production dans les pays de vente ; on appelle ça du protectionnisme. Pour reprendre le même exemple, cela signifie que les iPhones vendus aux États-Unis devraient être produits dans des usines installées au pays d’oncle Sam tandis que ceux qui sont vendus en France devraient être fabriqués dans l’hexagone. Ainsi, nous promet-on, nous mettrons fin à la concurrence déloyale des pays à bas salaires qui pratiquent le dumping social et récupérerons ces emplois perdus.

Il y a deux façons de concevoir ce projet : la première, c’est l’idée selon laquelle nous devrions récupérer ce qui est fait en Chine, c’est-à-dire l’assemblage et autres productions industrielles à faible valeur ajoutée. Concrètement, ceci signifie que nous obligerions Apple à faire livrer les composants quelque part en France pour qu’ils y soient assemblés par une armée de petites mains travaillant à la chaîne et payées au Smic. À titre personnel, j’imagine un avenir professionnel meilleurs pour nos gamins, mais admettons.

Dans cette hypothèse, toute la question est de savoir si, oui ou non, cette politique protectionniste nous permettra de relocaliser l’essentiel des emplois chinois sachant que, bien évidemment, le coût d’un ouvrier peu ou pas qualifié en France n’a rien à voir avec celui de son homologue en Chine, salaire minimum, charges sociales, temps de travail, normes diverses et variées. Ça n’a rien d’évident. Même en supposant qu’Apple rogne sur ses marges pour absorber le surcoût, il est peu probable que cela n’ait pas de répercussions sur le prix de vente de l’iPhone et donc, sur le volume des ventes et donc, sur l’ensemble de la chaîne de production et de distribution.

À vrai dire, il y a d’assez fortes chances pour que ces hypothétiques usines françaises soient massivement automatisées ; c’est-à-dire qu’elles créeront sans doute beaucoup moins d’emplois que prévu par le législateur.

Mais il y a pire encore : l’erreur classique que commettent les partisans du protectionnisme c’est de partir du principe que nous serons les seuls à le faire. Si ce grand mouvement d’abaissement des barrières douanières a pris la forme d’accords internationaux (depuis les accords du GATT en 1947), ce n’est pas un hasard : c’est parce qu’il ne peut pas en être autrement. Si la France devient protectionniste et force Apple à produire des iPhone en France, que croyez-vous que feront les États-Unis, puis l’Allemagne, puis le Royaume-Uni puis tous les autres ? Eh bien la même chose.

Ce que ça signifie, très simplement, c’est que pour continuer à produire des iPhones, ce n’est pas une usine d’assemblage qu’il va falloir créer, mais autant d’usines que de pays qui entrent dans le jeu protectionniste. Or, il se trouve que créer ce genre d’usines, surtout si elles sont largement robotisées, coûte très cher ; et ce n’est même pas toujours possible, mais supposons. En d’autres termes, l’hypothèse d’une démondialisation, ce n’est pas seulement la répercussion des coûts locaux du travail sur le prix de vente des iPhones, c’est aussi une gigantesque perte d’économies d’échelles.

C’est un principe de base en économie : plus un marché est grand, plus on peut produire massivement, plus le nombre de produits économiquement viables est élevé. Cloisonnez le marché et vous pouvez être absolument certains que des chaînes de production entières vont disparaître ; peut-être pas l’iPhone, certes, mais je doute que notre production aéronautique, par exemple, n’y laisse pas quelques plumes (c’est un euphémisme : Dassault Aviation, par exemple, exporte plus de 70% sa production).

Bref, non seulement l’hypothèse de relocalisation de l’assemblage de produits industriels ne concerne qu’une fraction de la valeur ajoutée mais rien ne nous permet d’affirmer qu’elle sera réellement créatrice d’emplois. Dans le meilleur des cas, nous ne récupérerons qu’une infime fraction des emplois chinois au prix d’une hausse des coûts de la vie qui ne manquera pas de se répercuter sur d’autres secteurs de l’économie. Et c’est un scénario optimiste.

La deuxième façon d’envisager le projet protectionniste, vous l’avez deviné, c’est de relocaliser toute la chaîne de production. Concrètement, non seulement on impose à Apple d’assembler ses iPhones en France mais on impose aussi à tous ses fournisseurs et aux fournisseurs de ses fournisseurs de tout produire en France. Tout ce que nous avons dit sur l’iPhone vaut maintenant pour chacun de ses composants : STMicroelectronics devra fabriquer ses gyroscopes à Milan pour le marché italien, en France pour le marché français, aux États-Unis pour le marché étasunien… Bref, et à supposer que ce soit techniquement possible, ce sera une explosion des coûts ou un arrêt pur et simple de la production.

Fabriquer un iPhone made in France, contrairement à ce que semblent croire certains de nos politiques, ce n’est pas aussi simple que de déplacer une usine. Si STMicroelectronics ne s’est jamais fait barboter le marché des gyroscopes pour iPhone, entre autres, c’est sans doute que l’entreprise franco-italienne a un savoir-faire que les autres n’ont pas, une avance technologique et logistique qui lui permet de produire des gyroscopes d’excellente qualité à un coût compétitif.

Or voilà : dans un monde où la concurrence est mondiale, STMicroelectronics doit tenir son rang ce qui passe, je suppose, par des efforts constants de R&D, notamment à Grenoble. Mais dans un monde cloisonné, le monde protectionniste que l’on vous vend, il en ira tout autrement : STMicroelectronics sera en position plus que dominante sur certains marchés, ou même le seul fournisseur possible, et ses concurrents s’attribueront d’autres marchés, là où STMicro aura renoncé à construire une chaîne de production de gyroscopes. Le résultat, c’est qu’il n’y aura plus de concurrence ; ces fournisseurs spécialisés pourront, chacun sur leur marché, imposer leurs prix : si Apple a besoin de gyroscopes en France, le seul fournisseur possible, ce sera STMicroelectronic.

C’est-à-dire que l’entreprise franco-italienne va perdre une bonne partie de ses marchés mais, en contrepartie, va se retrouver en situation quasi-monopolistique sur les marchés sur lesquels elle reste présente. Mais, comme il se trouve que dans ce monde cloisonné STMicro deviendra aussi le seul employeur de spécialistes en gyroscopes, ce ne sont pas les salariés qui vont bénéficier de ce monopole mais les actionnaires. C’est, si vous voulez bien observer l’histoire, et notamment les années 1930, une constante historique : ce sont en général les syndicats patronaux qui réclament des barrières douanières pour les protéger de leurs concurrents étrangers.

Bref, c’est beaucoup plus compliqué que ce que vous expliquent nos politiques. Vous êtes en droit d’espérer qu’en pratiquant un « protectionnisme intelligent » nous parviendrons à tirer quelques avantages sans subir trop de coûts mais, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, vous comprendrez que c’est un pari très risqué ; surtout au regard du niveau de compétence dont font preuve ceux à qui vous vous apprêtez à confier l’opération. À titre personnel, et cela n’engage que moi, j’estime que la probabilité de succès d’une politique protectionniste en matière de réindustrialisation est nulle mais, même si vous n’êtes pas d’accord, il y a encore un fait important que vous devriez bien mesurer.

Réindustrialiser ?

Une des informations que l’on vous donne pour illustrer la désindustrialisation dont nous sommes supposés être victimes, c’est la baisse de la part de l’industrie dans notre Produit Intérieur Brut. C’est tout à fait juste, mais ce que l’on omet de vous dire c’est que ce phénomène est mondial. De 1970 à 2014, toujours sur la base des données de l’UNstats, la part de l’industrie dans le Produit Mondial Brut est passée de 24.8% à 15.6%. La désindustrialisation, ce n’est pas une affaire de vases communicants, c’est une tendance lourde à l’échelle planétaire.

Il y a deux forces à l’œuvre. La première, c’est le progrès technologique qui fait que produire des machins physiques, ça coûte de moins en moins cher. On peut illustrer cette idée simplement avec des pièces métalliques de haute précision : il y a quelques décennies, elles étaient usinées à la main par une armée d’ouvriers très qualifiés ; aujourd’hui, un ou deux ingénieurs suffisent pour piloter les robots qui font le job. Parce que le marché est désormais mondial et donc immense, les industriels ont investi dans des chaînes de productions robotisées et du coup, le coût de revient de chaque pièce s’est effondré. Le résultat, dans un monde concurrentiel, est que la baisse des prix contrebalance la croissance de la production en volume.

L’autre phénomène, c’est tout simplement la croissance exponentielle du secteur dit tertiaire, celui des services. Si vous observez notre histoire sur une échelle longue, vous verrez facilement que nous venons d’une économie essentiellement primaire (l’agriculture au sens large), que nous sommes passés par une phase d’industrialisation et que désormais et de plus en plus, l’essentiel de l’économie mondiale tend à être dominé par les services. Si vous y réfléchissez, c’est au fond parfaitement logique : la plupart du temps, quand vous achetez un objet solide, industriel, vous ne faites que remplacer son prédécesseur ; en fait, c’est encore mieux que ça : comparez les fonctions de votre iPhone aujourd’hui avec la quantité de matériel qu’il vous fallait pour faire la même chose (en moins bien) il y a dix ans — téléphone, courrier électronique, agenda, appareil photo, caméra etc.

Très simplement, l’industrie suit le même mouvement que l’agriculture avant elle et nous nous acheminons très probablement vers un monde où l’essentiel de la création de valeur à l’échelle mondiale sera faite de services, c’est-à-dire d’une matière première qui n’a pas besoin d’être extraite de notre sous-sol ni d’être transformée à grand recours d’énergie : l’intelligence humaine. Pensez-y un instant : vous avez sans doute largement assez de trucs industriels chez vous et peut-être même trop ; est-ce que cela signifie que vous n’avez aucun autre besoin ni envie ? Probablement pas : la plupart des choses que vous pourriez avoir envie de vous payer à l’avenir, ce sont des services.

C’est-à-dire qu’en soi, l’idée de réindustrialiser, c’est aller à contre-sens de l’histoire et c’est, je le rappelle à toutes fins utiles, l’idée la plus antiécologique qui soit. Voilà déjà plusieurs années que la hausse spectaculaire des salaires en Chine, en Inde et même (enfin !) en Afrique4 rééquilibre notre monde. Ces informaticiens indiens qui, il y a encore dix ans, étaient considérés comme une menace pour leurs homologues européens sont désormais des collègues et même souvent des employeurs5, les enfants des ouvriers chinois qui vous inquiètent tant suivent le même chemin : dans très peu de temps, ils seront vos collègues, vos clients, vos employeurs et peut-être même, allez savoir, vos amis.

Que vous le vouliez ou non, le monde change et il continuera à changer avec ou sans nous. La croissance nulle et le chômage structurel que nous subissons, nous ne les devons qu’à nos propres choix collectifs, un modèle social de rentiers et une économie figée, administrée par une classe politique qui n’a jamais travaillé ni investi un centime de sa poche dans la moindre entreprise. Pourtant, nous avons tout pour réussir. La seule chose qui nous manque encore, c’est ce petit sursaut de fierté, de goût de l’aventure ; cette petite bouffée d’optimisme qui nous fera enfin voir le monde d’opportunités qui s’offre à nous.

Sur le web

  1. C’est la division statistique des Nations Unies, toutes les données sont ici. NB : par industrie on entendra la catégorie C de la classification ISIC Rev 4 ; c’est-à-dire, en gros, les usines qui fabriquent des machins mais pas les transports, l’énergie et la construction.
  2. Si vous avez un iPhone sous la main, regardez ce qui est écrit juste après designed by Apple in California.
  3. L’auteur de ces ligne ne saurait être tenu responsable des conséquences etc.
  4. Comment peut-on être aveugle au point de ne pas voir que ces dernières décennies ont été le théâtre du plus gigantesque enrichissement collectif jamais observé dans toute l’histoire de l’humanité ? Recul historique de la pauvreté, de la malnutrition, de la mortalité infantile, de l’analphabétisme et progression sans aucun précédent des classes moyennes, de l’accès à l’eau courante, aux soins hospitaliers, à l’éducation et de l’espérance de vie. Il faut être d’un nombrilisme stupéfiant et faire preuve d’un manque de recul absolu pour oser parler de « mondialisation libérale mortifère »…
  5. Quel est le point commun des patrons de Google, Microsoft, Adobe et Nokia ?
  1. Excellent, merci

  2. bah les gens disent bien qu’ils veulent du travail..alors qu’un revenu leur suffirait….et dès qu’ls sont le travail, il exige qu’on le réduise en augmentant le revenu…

    1. Ca c’est le fond du problème pour les jeunes : le monde leur appartient, c’est à eux de définir ce qu’il sera. Il n’y a pas de logique à vouloir être rentier quand on est jeune : les rentiers sont les vieux qui n’ont plus gout à l’effort ni ambition pour l’avenir. Vouloir un revenu sans travail, c’est être vieux avant l’heure. Vouloir un monde meilleur, c’est logique. Se révolter contre le système, c’est logique. Mais quand on est jeune, se laisser embobiner par des vieux politiciens qui prétendent penser pour eux, et vouloir ne rien faire, c’est totalement illogique.

      1. pas etre rentier avoir un revenu…et un revenu signe l’utilité sociale d’un individu

      2. @ pragmat
        Un bon commentaire de plus! Bien sûr que quand on est jeune on ne rêve pas d’une vie pépère sans risque ni aventure et d’ailleurs, la vie curieuse et le désir d’apprendre, « gratuitement » (= même sans « en profiter » financièrement) se prolonge après la retraite.
        Un jeune veut faire « quelque choses » de sa vie sans toujours savoir quoi, au départ: posséder, certainement, mais pas seulement, acquérir des raisons de fierté aussi (l’ambition) et parfois même jusqu’à vouloir « changer le monde »!

        Donc oui, ils continueront l’Erasmus et à émigrer pour faire carrière ou échouer mais dans les 2 cas, ils auront beaucoup appris. Jamais les voyages n’ont été aussi accessibles: je ne suis pas sûr qu’ils soient séduits par le repli national et protectionniste dans l’avenir.

        C’est le sort des jeunes non qualifiés qui sont le problème et un bac ne suffit plus.

        1. sauf que le diable est dans les détails, on pourrait dire qu’une jeune avec une qualification inutile a des problèmes, mais par contre qu’un jeune sans qualification, mais intelligent volontaire lui a d’énormes atouts! Tout dépend de la qualification…
          remarquez que des tas de jeunes chinois sans qualifications n’ont pas de problèmes ( n’avaient ?) pour trouver un travail et sortir de la vie paysanne miséreuse…

          Il me semble que ce flou sans la définition de la qualification n’est pas inutile car elle conduit des politiques à décider qu’une classe d’age doit obtenir tel diplôme comme garantie illusoire d’une qualification…

          Non, dans un monde normal, les jeunes ont d’énormes atouts et quelques désavantages…

  3. Bonjour M Nicoulaud
    L’exemple que vous avez pris est intéressant pour contrer ceux qui effectivement s’en prennent à Apple en mettant en avant pèle-mêle le travail des enfants, les ouvriers chinois sous-payés, les conditions de travail mais surtout un prix de vente de 3 à 4 fois le coût marginal de production alors qu’en fait c’est un coefficient très courant sur ce type de produit mais également sur leur machine à laver (70 euros départ usine). Et comme vous le notez la valeur ajoutée délocalisée ne représente que 5% du coût du produit.

    L’industrie lourde s’est délocalisée mais pas pour les mêmes raisons : c’est avant tout la taxation du capital et les moyens de le renouveler, les normes environnementales et enfin le coût du travail et la non-acceptation des robots (soudage). Cette industrie a une forte valeur ajoutée car la matière première ne représente que 5 à 10% du coût final. Mais elle a entraîné dans son sillage une multitude d’autres entreprises : pont-roulants, fours, machines de chaudronnerie, machine d’usinage, machines de soudage, des entreprises avec un véritable savoir faire qui elles aussi disparaissent ou se délocalisent devant l’étroitesse du marché. Si la forge disparaît (industrie très capitalistique), l’arbre forgé est fabriqué ailleurs, traité ailleurs et donc usiné ailleurs… puis la turbine est assemblée ailleurs… puis commandée ailleurs : cf Alstom. La cuve de l’EPR est un bon exemple aussi : nous n’avons plus les capacités de forge et nous n’avons même pas été foutu de faire les calottes de cuves correctement alors que ce sont des pièces à très fortes valeurs ajoutées (problème de taille aussi).
    Les prochaines centrales seront japonaises car ce sont les seules à avoir pu favoriser au sein des conglomérats l’accumulation de capitaux pour ce type de projet mais les plans seront japonais aussi.

    1. Une remarque, cependant. Pour l’I Phone, on parle du gyroscope de STMicroelectronics, firme d’origine française et italienne … mais dont le siège et l’usine se trouve bien à Plan-les-Ouates, près de Genève, en Suisse, pas en France. Mais cette firme NE FOURNIT PLUS LES GYROSCOPES (procès en cours).

      http://iphoneaddict.fr/post/news-152042-apple-nachete-plus-gyroscope-3-axes-stmicroelectronics-stmicroelectronics-attaque-apple-justice

      1. C’est un détail. Si vous cherchez sur Internet vous verrez que la majorité des pièces viennent du Japon, de Corée, de Mongolie, de Taïwan, d’Allemagne, d’Afrique du Sud, du Brésil… De plus le siège social d’une entreprise ça ne veut plus rien dire vu qu’il est choisi bien souvent pour des raisons fiscales. Sinon Apple et Samsung ont de multiples procès en cours mais ça n’empêche pas Apple de continuer à acheter LCD, Batteries chez Samsung. Avoir des procès dans le monde anglo-saxon ça fait partie des affaires.

  4. heureusement qu’il reste encore des endroits pour délocaliser la production et les bénéfices…et le socialisme ( de droite ou de gauche ) pour contrôler la masse de pauvres créée
    La suite , nos auteurs de SF la décrive avec talent

    1. « nos auteurs de SF la décrive avec talent »

      Il me semble plutôt que les auteurs de SF sont toujours représentatifs d’une époque et d’une culture, et qu’ils transposent leurs craintes sans une vision d’avenir qui prête à rire quelques décennies plus tard. Leur talent est de divertir ou faire rêver. Quelques rares auteurs peuvent faire réfléchir – quand leur prose ne se contredit pas par manque de réalisme. Mais de là à prendre au sérieux ce qu’ils écrivent, il y a un pas …

      1. en effet , ils traduisent les peurs de la société dans laquelle ils vivent…mais peut être que cela permet d’empêcher l’arrivée des événements promis .d’où les rires à la lecture d’anciens romans comme 1984 , maintenant tout le monde est branché (même une webcam dans la téloche super grand écran ) volontairement aux autres et à la NSA et leurs vie d’esclave est devenue heureuse..pauvre Orwell , il n’imaginait pas qu’en 2016 le sexfie ferait fureur dans les maternelles et que le menu de son petit déjeuner devait être connu par des millions de personnes pour se sentir exister 🙂

  5. Il est bien évident que le protectionnisme appauvrit tout le monde contrairement au libre commerce qui permet à chacun de se concentrer sur ce qu’il fait le mieux. Le problème de la France et de pas mal d’autres pays développés est qu’elle étouffe la créativité et l’esprit pionnier (c’est presque la même chose). C’est en effet ces qualités qui conduisent à la croissance. Elles déplaisent malheureusement à la gauche car elles sont indissociables d’une société diversifiée, contrairement à l’idéal d’égalitarisme de la gauche (mieux vaut que tous soient pauvres plutôt que les pauvres un peu plus riches et les riches beaucoup plus riches !). Elles déplaisent aussi à une droite étatiste qui répugne à perdre le contrôle par l’émergence d’individus innovants ne venant pas de la famille des politiciens professionnels et de leur entourage (cabinets, hauts fonctionnaires…). Bref droite et gauche s’entendent assez bien pour tout bloquer !

    1. J’ai connu ça durant toute ma carrière: depuis longtemps, j’ai constaté cette incapacité (répulsion?) du pouvoir à devoir s’adapter:

      Il est indéniable que le domaine dans lequel je travaillais (la santé) a connu des innovations (grâce aux progrès de la technologie, c’est incontestable) et des progrès suffisamment exceptionnels pour avoir participé à allonger l’espérance de vie: pour la politique, rien de tel! On les voit toujours se disputer oralement, le mercredi, à la télé, mentir, promettre la lune puis décevoir et échouer à atteindre leurs prétendues ambitions, toujours aussi ignares de la vie réelle, depuis tant d’années!

      Actuellement, il en va de même de chaque nouveauté qui apparait: tout changement doit être soumis à la loi mais ils sont incompétents pour prévoir ce que ces nouveautés risquent d’apporter: il en va ainsi de l’informatique et de l’internet, de Uber et de toutes les variantes qui quittent le traditionnel, que ce soit un artisan individuel vendant sa production à Google ou Amazon. Les politiciens se disaient, parce qu’énarques, compétents dans tout ministère; en fait, comme on dit chez moi: « propre à tout, bon à rien! »

  6. Les Chinois ouvrent des usines de lait en poudre en France, j’avais aussi vu qu’ils avaient ouvert une usine de machine en Allemagne, étrange ?

  7. Les chinois sont nos client pour l’industrie du luxe et le tourisme en autre.
    L’excessive fiscalisation est un handicap à une industrie compétitive à forte qualification .
    L’auteur soulève la confusion entre la valeur et la part d’un champ économique .Les objets de l’industrie n’ont jamais été aussi nombreux mais leur valeur marchande baisse avec souvent des qualités accrues, pour la satisfaction de tous dans de plus en plus de pays.
    Ces machines efficaces et à bon cout permettent également le développement, l’efficacité, la productivité des services, avec des personnels mieux rémunérés . Le protectionnisme à l’instars de la fiscalité confiscatoire viendrait détruire tous cela .

  8. Cher Guillaume,

    tes articles sont le plus souvent excellents. Merci.

  9. « À titre personnel, j’imagine un avenir professionnel meilleurs pour nos gamins, mais admettons. »

    Sortez de votre bulle économico-intello-bullshittante… Le chômage en guise d’avenir n’est guère mieux…

  10. Excellent papier ! J’aurais seulement aimé que son auteur bâtisse sa démonstration sur l’industrie automobile, dont la France fut championne. Elle ne l’est plus, et la Chine n’y est pour rien, contrairement à nos pays « frères » européens…

    1. Faut dire que pour assembler 2 millions de voitures avec 40h maxi par voiture ça n’occupe que 50,000 personnes. On ne peut donc pas conserver en france l’ensemble des modèles
      Les voitures coûtent moins cher avec plus de fonctionnalités parce que justement les fournisseurs livrent des ensembles complètement assemblés car la conception a été repensée dans ce but. Vu la fabrication en flux tendu les ensembliers se sont déplacés en même temps que les lignes de production.
      Mais proportionnellement au prix de vente divisé par l’augmentation importante du coût du travail sur les 30 dernières années il y a autant de salariés dans l’industrie automobile en france si l’on y inclus toute les filières et surtout l’assistance à la production qui s’est décentralisée

  11. Vision pas fausse, mais trop optimiste, et qui néglige un élément important : l’innovation monte à partir du bas, des processus les plus petits et les moins riches de valeur ajoutée.
    Alors sans doute, oui, que la valeur ajoutée est encore captée par de vieilles société US ou Eur comme Apple ou MSTMicro. Mais dans l’avenir ? quelles sont les sociétés qui forment le peloton lancé à la poursuite, dont sont issues les futurs n°1 ? Parce que les n°1 ne le restent pas éternellement. Tôt ou tard, Apple plongera comme Apple a déjà plongé (avant de remonter), et Nokia, et d’autres. Lenovo commence par assembler pour IBM, et puis il finit par remplacer purement et simplement IBM sur le marché correspondant, pendant qu’IBM change (une fois de plus) de métier.

    Au XIX siècle la GB avait une avance considérable, elle trustait la valeur ajoutée, ne laissant à ses concurrents que de la sous-traitance et les marchés peu rémunérateurs de la camelote. Mais petit à petit, de cette camelote sans valeur est sortie la puissance industrielle allemande qui a finit par dépasser l’anglaise…
    Rebelote en 1945, le japon dévasté n’est plus rien, les USA lui laisse la camelote et le droit de produire sous licence. Et puis les japonais, justement parce qu’ils font le petit travail sans valeur mais qui forme la base, améliorent les procédés, et quand l’accord de licence expire, il n’en on plus besoin, de la licence, c’est eux qui peuvent en proposer à leur anciens donneurs d’ordre, techniquement largués parce qu’ils ne font plus, et finalement les japonais taillent des croupières à ceux dont ils étaient les sous-traitant. Après quoi les coréens font la même chose aux japonais. etc.

    Bref : le rattrapage de l’ancien Tiers Monde est une excellent chose pour tout le monde, nous-même inclus, mais on est au-delà du rattrapage, et ça va se payer.

  12. Excellent article qui montre bien les conséquences ce genre de politiques…

  13. Pourquoi ne débatteriez-vous pas sur support vidéo avec des économistes ou énarques chantres de le « démondialisation » comme François Asselineau, Jacques Sapir, Olivier Berruyer, etc. ça serait assez drôle et instructif.

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