Faut-il vraiment désarmer les citoyens ?

Publié Par Reason, le dans Sujets de société

Par J.D. Tuccille.

Un article de Reason.

walter P22 armes credits Anas Ahmad (licence creative commons)

walter P22 armes credits Anas Ahmad (licence creative commons)

Lorsqu’elle est en campagne pour l’investiture démocrate et qu’elle s’adresse à un public effrayé par l’idée de voir des armes à feu entre les mains d’amis ou de voisins, Hillary Clinton dit que « l’Australie est un bon exemple » en se référant au modèle qu’elle veut copier pour modifier les lois  américaines sur les armes à feu. « Le gouvernement australien, pour essayer de mettre un frein à la prolifération des armes automatiques, développa un programme de rachat de centaines de milliers d’armes à feu, en proposant un bon prix aux propriétaires. Leur gouvernement légiféra ensuite sur la vente et la possession d’armes à feu. »

Sur ce même sujet, l’homme auquel Clinton veut succéder, Barack Obama, note que « l’Australie […] a imposé des lois très dures et sévères en matière d’armes à feu. Et ils n’ont pas subi de meurtres de masse depuis. »

Le président évoque si souvent les lois restrictives australiennes que lors d’une émission récente de « Guns in America Town Hall » sur CNN, le présentateur Anderson Cooper lui rappela qu’il encensait sans cesse leurs politiques.

La vérité sur le programme australien

« Sans cesse ? ». Peut-être est-il temps de dire au Président et à son probable successeur que les politiques qu’ils admirent tellement sont largement ridicules, et que l’Australie reste un pays plutôt paisible en dépit d’un caprice légal intrusif et idiot qui alimente la croissance d’un gros marché noir occupé par le crime organisé.

Hillary Clinton et Barack Obama font la publicité d’une loi de rachat d’armes de 1996 qui était en fait une confiscation, indemnisée, des fusils à chargement automatique et des fusils à pompe en réponse à la tuerie de masse de Port Arthur. Cette saisie enleva environ 650 000 armes à feu des mains des civils. Les règles d’acquisition et de propriété des armes furent également resserrées ensuite.

Un bilan très mitigé

En conséquence, un rapport académique conclut que « le taux de suicide ne baissa pas, bien que les armes à feu devinrent de moins en moins utilisées pour passer à l’acte, sans changement de tendance par rapport à la tendance historique. Les homicides déclinèrent modestement ; en prenant en compte l’effet du massacre de Port Arthur lui-même, la part des meurtres commis avec des armes à feu déclina grandement. Les autres crimes violents, comme les vols à main armée, continuèrent d’augmenter mais avec une moindre utilisation des armes à feu. »

Ce pays très paisible est donc resté paisible, avec, de temps en temps, l’utilisation par les personnes malintentionnées d’armes alternatives en lieu et place des armes à feu.

Néanmoins, la législation n’a pas la capacité d’éliminer la demande en biens interdits, la prohibition ne peut pas éliminer cette demande. Or, la celle-ci a une fâcheuse habitude de générer des sources d’approvisionnement. Si cette demande ne peut pas être satisfaite légalement, elle sera alors satisfaite à travers les canaux du marché noir.

Un programme peu appliqué

En Australie, la fourniture d’armes à feu interdites se fait malgré l’interdiction initiale. L’Association de Tir Sportif australienne estime ainsi que 19% des armes qui auraient pu être rachetées l’ont été.

Plusieurs autres chercheurs sont d’accord avec ce chiffre. Dans un document sur les résultats des efforts pour contrôler les armes à feu dans le monde, Franz Csaszar, professeur de criminologie à l’Université de Vienne en Autriche, estime que le respect du programme est du même niveau : il indique que « en Australie, il est estimé que 20% seulement de l’ensemble des fusils à chargement automatique a été rendu aux autorités. »

Cette résistance aux autorités était surtout le fait de civils inoffensifs qui ne voulaient pas courber l’échine devant des politiciens, et c’était il y a vingt ans. Qu’en est-il des personnes malintentionnées qui étaient supposément la cible principale du gouvernement ?

Les criminels, pas impactés par la loi

Il y a quelques jours, Peter Dutton, le ministre australien de l’Immigration et de la Protection des Frontières, et Michael Keenan, le ministre de la Justice, ont tenu une conférence pour annoncer « Nous ne tolérons pas le trafic d’armes en Australie et nous savons que les gangs de motards hors-la-loi y sont engagés. Nous envoyons un message le plus clair possible depuis Camberra : nous n’allons pas tolérer que des gens fassent du trafic d’armes. Vous vous rendez bien compte que même une arme issue de la contrebande peut causer énormément de dégâts. »

Quand les politiciens annoncent qu’ils ne tolèrent pas quelque chose, il est raisonnable de parier que ce quelque chose est totalement hors de contrôle.

« La police admet qu’elle ne peut pas éradiquer le marché noir qui fournit des armes illégales aux criminels » concédait le journal Adelaide Advertiser il y a quelques années. « Des membres de gangs de motards et des criminels reconnus coupables et ayant interdiction d’acheter des armes dans les régions du sud de l’Australie n’ont aucune difficulté à obtenir des armes à feu illégalement, incluant des armes automatiques. »

Malgré l’interdiction, une hausse récente des attaques par armes à feu selon de nouvelles sources

Plus récemment, le journal australien The New Daily a eu accès à « à des données jamais publiées sur les attaques avec armes à feu » et rapporta une hausse des crimes en général, incluant une forte hausse de 83% des attaques par armes à feu dans la région de New South Wales entre 2005/2006 et 2014/2015, et même une augmentation encore plus élevée dans la région de Victoria sur la même période.

« Pour ce qui concerne les crimes avec armes à feu, les Australiens pourraient courir aujourd’hui plus de risques que par le passé à cause de l’augmentation du marché souterrain des armes à feu pendant ces dix dernières années » ajoute le rapport. « L’interdiction nationale des armes semi-automatiques à la suite du massacre de Port Arthur a créé une demande criminelle pour les armes à feu. »

Comme pour l’alcool, la prohibition a enrichi la mafia

Tout comme la mafia et d’autres organisations criminelles avaient gagné en pouvoir, en richesse et en notoriété en fournissant de l’alcool illégalement durant la période de la prohibition aux États-Unis, il semble que les gangs de motards hors-la-loi en Australie soient en train de construire des relations internationales et de faire de l’argent en fournissant des armes à des acheteurs en demande.

En fait, c’est comme si les politiciens australiens avaient analysé l’expérience américaine et avaient dit : ce dont notre pays a vraiment besoin, c’est son propre Al Capone, mais dans un style à la Mad Max, avec du cuir et des gros cubes.

Une fois que vous avez rendu possible le crime organisé, il n’y a plus de limites. Les gangs australiens ne fournissent pas uniquement des pistolets, mais aussi des armes qui vont jusqu’au lance-roquettes, dont certains ont pu finir dans les mains de terroristes. « La police a seulement trouvé un des dix lance-roquettes » note un rapport à la suite d’un incident impliquant, vous l’aurez deviné, un « motard ».

Evidemment, des objets comme les lance-roquettes viennent de sources spécialisées. « Le vol d’armes appartenant aux forces de défense australiennes explique le flux régulier d’armes tombant entre les mains de criminels », selon un autre reportage d’actualité. Des armes ayant appartenu à l’armée sont en effet liées à des crimes, qui incluent des cas de meurtre.

Tout comme les contrebandiers américains qui complétaient l’alcool volé avec du gin de baignoire, les groupes australiens issus du crime organisé ont appris également les joies du bricolage. Un homme du sud de l’Australie a été arrêté en 2012 pour avoir fabriqué des armes, incluant des mitraillettes, à destination des criminels. Un an plus tard, un joaillier de la région de New South Wales a été appréhendé en train de produire « jusqu’à 100 exemplaires de mitrailleuse MAC10 parfaitement fonctionnelles » pour des membres d’un gang de motards.

Peut-être l’Australie a-t-elle déjà son propre motard Capone.

Ces bricolages deviennent plus faciles chaque jour. En enquêtant sur les récents développements technologiques, la Commission Australienne Contre le Crime prévoit une amélioration des possibilités de production à la maison « faisant de l’impression 3D de pièces détachées d’armes à feu une option de plus en plus viable ».

Ne vous méprenez pas, l’Australie est un pays paisible. En 2014, son taux d’homicide volontaire était de 1,0 victime pour 100 000 personnes et son taux total d’homicide, incluant ceux involontaires, de 1,8. En 2000, l’Institut Australien de Criminologie rapporta que « le taux d’homicide en Australie reste remarquablement constant. Le taux le plus élevé enregistré ces 11 dernières années a été de 2 pour 100 000 et le taux le plus faible a été de 1,7 pour 100 000. » Pendant cette période, l’Australie a donc assisté au déclin modeste mais continu mentionné dans le rapport académique cité plus haut.

En contraste, sans la politique confiscatoire australienne, les États-Unis ont vu leur taux d’homicide, volontaire et involontaire, baisser de 9,3 pour 100 000 résidents américains en 1992 à 4,7 pour 100 000 en 2011. Ce taux tomba à 4,5 pour 100 000 en 2014, qui est la dernière année pour laquelle les données sont disponibles. Pendant cette période, le nombre d’armes à feu entre les mains de la population civile a augmenté d’environ 50%, à 300M d’unités.

Si la politique de l’Australie en matière d’armes à feu coïncide avec « un déclin modeste mais continu » de son taux d’homicide, elle a eu des résultats plus dramatiques ailleurs. La confiscation a dirigé beaucoup de possesseurs australiens d’armes à feu dans la clandestinité. Elle a aussi, et c’est important si l’expérience de la prohibition américaine fournit un guide, valorisé un réseau criminel organisé grandissant qui s’enrichit par le commerce des armes, des drogues et d’autres biens que les gens souhaitent avoir et que le gouvernement essaie vainement de laisser hors de leur portée. Ce réseau criminel a développé des contacts internationaux et est devenu riche et dangereux. Des journalistes d’investigation suggèrent que le marché noir organisé des armes à feu pousse à une hausse des crimes qui doit encore apparaître dans les statistiques.

L’Australie devra vivre avec l’augmentation du crime organisé dans les années à venir.

Hillary Clinton, Barack Obama et leurs amis doivent nous expliquer pourquoi nous devrions risquer les succès actuels des États-Unis en matière de réduction des crimes violents en copiant une politique australienne qui, objectivement, a surtout réussi à générer l’expansion d’une mafia nationale qui attend désormais son Al Capone. Nous avons déjà vécu une période de Prohibition. L’Australie n’a pas tiré les leçons de notre échec. Nous ne devons donc pas reproduire leur erreur.

Sur le web

  1. Article très intéressant, mais vous devriez systématiquement étayer vos informations (chiffres, déclarations d’oragnismes, personnalités…) par une annotation menant à une ou plusieurs références qui s’appuient sur des sources fiables et clairement identifiées. Merci

  2. on ne peut pas dire que la vente des armes soit libre dans notre pays.Avez vous la sensation que les attaques à main armée diminuent chez nous? que les terroristes sont concernés? que les bijouteries de la place Vendôme sont rassurés? pensez vous que ce soit mr Dupont le responsable de tout ce que nous vivons au quotidien?ah oui j’oubliais pas d’auto défense c’est pas bien seul l’Etat doit protéger le citoyens… israel a fait un autre choix ,c’est pas bien ,les droits de l’homme …vous vous rendez compte..et puis on se met au niveau des voyous et des assassins.
    si on appliquait le droit français en israel au bout de combien de temps le pays s’effondrerait?J’oubliais notre culture est le nouveau testament on tend la joue ,on pardonne ..les partisans de l’ancien testament eux ont le droit de répliquer.
    question qui va survivre?

  3. Note au traducteur : un MAC 10 n’est pas une mitrailleuse mais un pistolet-mitrailleur (les anglo-saxons ont souvent tendance à appeler « machine gun » tout ce qui tire par rafales)

  4. Espérons que la population ne suivra pas nos politiciens et enfin comprendra que seule une protection personnelle sera notre salut, la seule solution est de s’armer et de ne compter que sur nous-meme !!

  5. Merci, c’est pour des articles comme celui-ci qu’on lit Contrepoints. Il est tout simplement impossible de trouver ce genre d’information dans la presse subventionnée.

  6. En France, nous avons juste le droit d’aller porter plainte. Nous défendre est possible, mais il ne faut pas être trop efficaces, autrement nous sommes poursuivables/condamnables. Et si nous sommes efficaces, il faut porter secours à notre agresseur et donc risquer un peu plus notre sécurité. Le droit au port d’armes chamboulerait l’ordre établi : le citoyen doit rester un mouton édenté dans son box !
    Pourtant, les vols, les viols, agressions et homicides ne disparaissent pas. Et des laches avec des armes à feu et/ou des explosifs sont dehors.
    Dans la vie réellé, quand on est « fragués » on ne « respawne » pas.
    Depuis des décénies, dans les pays civilisés occidentaux, on nous martèle que ceux qui ont des armes à feu sont des êtres qui ont de mauvaises intentions, voire des criminels potentiels en puissance. Et oui, un pays civilisé doit avoir un peuple désarmé, autrement c’est un pays de sauvages ou de « cowboys ».
    Heureusement que les Résistants ont envoyé plein de bisous aux Kommandantür et à la Gestapo, qui les leur ont bien rendus.

    1. A croire que vous avez tous peur ? pas moi…

      1. Est-ce par peur que vous bouclez votre ceinture de sécurité ou par précaution ? Est-ce par peur que vous avez contracté des assurances obligatoires ou par précaution ?
        « Mieux vaut prévenir que guérir ! »

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