Antiterrorisme : fliquer votre smartphone ne servira à rien

Publié Par Guillaume Nicoulaud, le dans Libertés publiques

Par Guillaume Nicoulaud.

Eric Ciotti crédits UMP photos (CC BY-NC-ND 2.0)

Eric Ciotti crédits UMP photos (CC BY-NC-ND 2.0)

« However beautiful the strategy,
you should occasionally look at the results. »

— Attribué à Winston Churchill

Supposons un instant qu’Apple et Google finissent par rendre les armes et, comme l’exigent le FBI, Yann Galut et Éric Ciotti, permettent aux autorités de casser la sécurité de leurs smartphones dans le cadre d’enquêtes anti-terroristes. À quoi, Ô lecteur, sommes-nous en droit de nous attendre ?

C’est très simple : les terroristes cesseront immédiatement, si ce n’est pas déjà le cas, d’utiliser les appareils dont la sécurité sera désormais compromise. C’est aussi simple que ça.

Ça vous surprend ? Voyons, souvenez-vous : il y a quelques années, nous avons tous appris avec stupeur que le gouvernement des États-Unis s’était doté d’un système d’espionnage des données numériques qui transitent par les serveurs des entreprises américaines, c’est-à-dire la plupart. Que s’est-il passé ensuite ? Eh bien une explosion de la demande, et de l’offre, de VPN, de machines virtuelles, de système de cryptage des disques durs, de messageries instantanées sécurisées (Cryptocat, Wickr, Telegram…), de services de courrier électronique cryptés (GhostMail, Tutanota…), de navigateurs anonymes (Tor) et autres serveurs proxy.

fliquer smartphone rené le honzecC’est-à-dire qu’à la fin de l’histoire, mesdames et messieurs les politiques, vous n’aurez absolument rien. Dès que la sécurité des données stockées sur un iPhone ou un téléphone tournant sous Android sera compromise, les premiers à quitter le navire seront les terroristes : ils s’empresseront de changer de technologie, à supposer, encore une fois, qu’ils ne l’aient pas déjà fait. Vous pouvez compter là-dessus ; c’est une certitude : vous ne trouverez plus la moindre donnée compromettante sur aucun des appareils ciblés.

Comprenez bien, mesdames et messieurs les politiques, qu’à chaque mouvement que vous faites en ce sens, vous créez de plus en plus de demande et de plus en plus d’offre. Lorsque vous ciblez la sécurité d’iOS ou d’Android, ce ne sont pas seulement les terroristes qui vont chercher une alternative ; c’est à peu près tout le monde. Juste un exemple au hasard : que feront les Chinois1 quand ils apprendront que leur gouvernement peut désormais fouiller le contenu de leur smartphone ? À votre avis ?

Ce que cela signifie concrètement, c’est que vous êtes en train de créer une demande massive et solvable pour des systèmes de communication sécurisés ; laquelle permettra l’émergence d’une offre ; laquelle, que vous le vouliez ou non, finira par servir les desseins des terroristes. À force de raisonner à court terme et de gesticuler sans réfléchir, vous obtiendrez exactement l’inverse de ce que vous semblez espérer.

Sur le web

  1. On estime le nombre d’utilisateurs de smartphones en Chine à environ 563.3 millions — soit à peu près 27% du marché mondial.
  1. Non seulement les terroristes changeront de système.

    Mais en plus, ce seront les honnêtes personnes qui seront emm… par les loi liberticides.

    Bref, rien de bon.

  2. on revient aux pizzi !

  3. Le but n’est pas de trouver des terroristes, mais des boucs émissaires. Et pour ça, ça ne marche pas si mal, à en croire ce qu’on entend sur Google ou Apple près des machines à café.

    1. Michel je ne vois qu’une solution : cessez de croire ce que propage le Service Com sur « google » ou « apple », et… changez de café !

  4. c’est bien joli tout ça mais attention a la désinformation , iphone n’est pas plus sécurisé qu’autre chose si on s’en donne les moyens…encore une histoire pour relancer les vente ?

    1. C’est certain, mais rajouter des backdoor exprès dans l’OS comme l’avait fait Microsoft dans les années 90, ou comme l’a fait plus récemment Juniper, c’est extrêmement dangereux pour la sécurité de tout un chacun.

      Après, Apple est avec Google ou Microsoft l’une des seules entreprises à avoir les reins assez solides pour se frotter aux gouvernements, alors ne gâchons pas notre plaisir de les voir exposer les intentions réelles de nos gouvernants.

  5. « vous n’aurez absolument rien. »

    Bien sur que si, ils auront exactement ce qu’ils veulent, cela renforcera l’idée que l’état a tout les droits sur l’individu. La « lutte antiterroriste » (je met ça entre parenthèses étant donné le succès limité qu’on eu les états les plus liberticides avec ces méthodes) est vraiment devenu le cheval de Troie du tout et n’importe quoi étatique.

    En plus, en imaginant qu’il soit légitime de limiter les libertés pour sauver des gens (et que ça marche), l’écrasante majorité des gens meurent dans d’autres circonstances qu’une attaque terroriste. Des tas de secteurs auraient un rendement bien meilleur de vies sauvés sur libertés perdues.

    Bref, les politiciens se servent de l’émotionnel pour augmenter leur pouvoir de nuisance comme d’habitude. On ressemble de plus en plus à de vulgaires dictatures pendant qu’il est de plus en plus interdit de critiquer ce mouvement ainsi que les dictatures sous prétexte que c’est manquer de pragmatisme.

  6. Là où les terroristes essayent de nous faire du mal, ce sont bien nos politiques qui vont arriver à nous priver de nos libertés.

  7. ils ont ce qu’ils veulent : on parle d’eux, on « lance un débat » (aussi stupide soit-il pour les personnes qui connaissent un minimum le sujet, pour un béotien il est parfaitement légitime), et on tape sur les GAFA, qui sont les grands méchants du moment, encore pires que les terroristes vu qu’ils pratiquent avec succès le pire crime qui se puisse concevoir : l’optimisation fiscale…
    Dans ces conditions, l’objectif est atteint.

    1. De quelle optimisation fiscale parlez-vous ? Celle des Google / Facebook / Apple / Amazon / Microsoft & co…ou celle des gouvernants ?

      1. Pardon, les gouvernants pratiqueraient de l’optimisation fiscale…? C’est grave ce que vous dites, si vous avez des preuves merci de les transmettre à Mediapart qui saura quoi en faire si on leur demande finalement de régler leurs arriérés de TVA !
        Non, je parle de l’optimisation fiscale que la morale réprouve, bien sûr, celle pratiquée par le grand capilalisme apatride tueur de chatons mignons.

  8. Mon système ne marche pas, ya du mécontentement -> Je met en place de la coercition pour le passer en force -> le mécontentement continue d’augmenter -> Je met en place plus de coercition -> le mécontentement continue d’augmenter -> Je met en place plus de coercition -> le mécontentement continue d’augmenter -> Je met en place plus … => Installation de la dictature

    Donc une dictature est le régime politique de ceux qui veulent imposer des solutions qui ne marchent pas. Le régime politique de la stupidité.
    (je dis ça je dis rien).

  9. C’est marrant, d’un côté il y a une lutte d’avocats de grande ampleur en train de s’engager entre Apple et le FBI qui tente des manœuvres politiques pour installer ses backdoor.

    Et de l’autre un roquet opportuniste qui voudrait exciter la bête à l’abri du Grand Frère américain.

  10. Finalement toutes ces histoires stupides lancées par les gouvernements sont une bonne chose en définitif: elles nous obligent désormais à penser que tôt ou tard un « indésirable » pourrait vouloir fouiller dans notre intimité, et qu’en conséquence, il est nécessaire de se protéger plus efficacement, en cryptant par exemple ses données, ou en les effacant, bref en les rendant inaccessible. Si le particulier est dans cette optique, alors le marché va le suivre en proposant des produits de plus en plus sécurisés, comme c’est déjà le cas avec Apple par exemple. Donc, finalement, on ne peut que remercier nos politocards qui nous sensibilisent à protéger toujours plus nos informations intimes.

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