Le djihad global est-il un virus ou une application mobile ?

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Le djihad global est-il un virus ou une application mobile ?

Publié le 6 février 2016
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Par Charles Bwele.

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Depuis quinze ans, les success startups djihadistes (Daesh, Boko Haram, Al-Qaïda Maghreb Islamique, Al-Nosra, etc) donnent toujours plus de fil à retordre aux armées, aux appareils politiques et aux experts tous azimuts tenus d’inonder les médias de leurs brillantes solutions anti-djihad.

Forts du consentement tacite ou de l’incitation explicite d’opinions traumatisées à juste titre, les appareils politiques font la part belle aux méthodes martiales : il faut tout surveiller et punir à l’intérieur et frapper dans le tas à l’extérieur. Pas de quartier. Peu importe les conséquences qui ne feraient qu’alimenter un virus… ou une pandémie qui gagne chaque jour du terrain.

De l’Amérique à l’Afrique, de l’Europe à la Russie via le Moyen-Orient, les huiles politiques et militaires évoquent grandement des vendeurs de logiciels antivirus qui ne font qu’implémenter et réactualiser les mêmes solutions face à des hackers qui recourent à l’ingénierie sociale et à des kits de piratage personnalisés. Les uns sont obsédés par leurs matières tandis que d’autres subvertissent les esprits.

À l’image d’une mouvance hacktiviste très au fait des systèmes d’exploitation, le « djihad global » a su greffer sa cause sur des misères et frustrations très locales : les malaises identitaires et sociaux dans les « quartiers » en Europe, la rivalité séculaire Sunnites-Chiites au Moyen-Orient, les populations abandonnées par des états faillis et corrompus en Afrique occidentale/centrale, le chaos consécutif au printemps arabe en Afrique du nord… et autres tristes réalités qui mériteraient une encyclopédie multimédia plutôt qu’un article.

Au-delà de ces facteurs intrinsèques, le djihad semble exercer une puissante attraction gravitationnelle qui dépasse des analyses essentiellement rationnelles (ou “rationalistes”), faisant trop souvent fi de cette dimension passionnelle et irrationnelle fondamentalement inscrite dans la nature humaine.

Le djihad(isme) est souvent comparé, à tort ou à raison, au nazisme. Malheureusement, cette approche comparative ou analogique nuit grandement à nos lentilles contemporaines. Le nazisme, le stalinisme et le maoïsme étaient des fléaux politiques peu ou prou consubstantiels à un ensemble de paradigmes (philosophiques, géopolitiques, scientifiques, technologiques) et à “l’esprit d’une époque”.

Pour caricaturer, des cliques de tarés au pouvoir ne trouvaient pas le sommeil tant qu’ils n’avaient pas mis en œuvre un procédé industriel ou une solution de masse pour éliminer tout objet de suspicion ou de haine : population, ethnie, religion, pays voisin, etc etc etc.

Le djihad est très probablement le premier fléau politique peu ou prou consubstantiel à un ensemble de paradigmes et à l’esprit de notre époque, éléments qui seront sûrement mieux décrits par les historiens du futur.

À mes yeux de “technologiste”, le djihad est un fléau politique en phase avec l’ère de l’Internet, du Web social et des applications mobiles : tout le monde peut le télécharger pour peu que son système d’exploitation soit sensible à certaines informations ou victime de certaines subversions. Une fois installé, le djihadiste est mû par une volonté constante de dépassement… ou par la quête perpétuelle d’un upgrade. Toute tentative spontanée ou brutale d’éradication par l’ingénieur en cybersécurité ne fait que propager ce malware mutant (déguisé en app) vers d’autres machines et d’autres réseaux. Les stratèges du djihad ont certainement compris quelque chose dans le facteur humain que leurs adversaires ignorent, à l’instar de hackers exploitant des failles zero day, au nez et à la barbe des éditeurs de logiciels et des directeurs en systèmes d’information.

Les appareils politiques, militaires, sécuritaires et les sociétés (civiles) devront se surpasser sur le temps long pour “contenir, éradiquer et prévenir” ce malware aussi pervasif qu’innovant. Vaste programme… électoral ?

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