Les sénateurs tripotent encore Internet. Le LOL devient amer.

Publié Par h16, le dans Édito

Bon, c’est bien simple : comme vous n’êtes qu’une bande de gros gamins un peu bêtes et surtout dangereux pour vous-mêmes, le mieux est que l’État s’occupe d’absolument tout. En France, ça tombe bien, il a pris pas mal d’avance. Mais avec Internet, il restait encore trop d’occasion au citoyen de faire son petit kéké. Rassurez-vous, avec ce que nos élites nous préparent, ça ne va pas durer.

En plus, ça tombe bien : avec l’actuel état d’urgence, et la psychose molle qui s’est emparée d’un pays décidément à la dérive, les citoyens ont suffisamment peur pour qu’on puisse faire passer à peu près tout et n’importe quoi. À commencer par des lois tout à fait croquignolettes comme par exemple le « délit de consultation habituelle de sites faisant l’apologie du terrorisme », qui envoie du LOL dès son titre.

Pour parvenir à une telle performance, il faut bien sûr faire appel à des maîtres, de véritables ceintures noires du LOL sur les internets. Qui, mieux que nos sénateurs, peut remplir ce rôle ? Qui, mieux qu’eux, peut se permettre de pondre une loi invraisemblable sur un domaine qui dépasse de très loin toutes leurs compétences ?

cluelessness demotivator

On parle ici de champions du monde des lois intertubes, d’athlètes surentraînés du décret numérique qui bouscule du lolcat, de médaillés du sprint législatif anti-GAFA avec bombes à sous-munitions. On se souvient en effet qu’ils nous avaient déjà régalés avec la sécurisation obligatoire des lignes internet pour mieux choper du pirate, qu’ils avaient tenté l’olympiade du LOL gras avec un (énième) rapport sur les jeux vidéo avec la clairvoyance qui les caractérise, ou qu’ils s’étaient lancé dans un pentathlon de la grosse déconne en notant finement que « Google favorisait ses propres services » et qu’il fallait donc entraver tout ça bien vite.

C’est donc sans surprise que ces mêmes sénateurs, entre deux repas clairement trop arrosés, ont décidé d’adopter mardi (2 février 2016) l’article 10 à la proposition de loi antiterrorisme en préparation, dont le but est de sanctionner pénalement le fait de consulter régulièrement des sites officiellement sulfureux, c’est-à-dire faisant l’apologie du terrorisme. Et ce, bien sûr, qu’on adhère ou non aux thèses proposées. L’indignation de certains sénateurs, qui y voient-là l’avènement d’une police politique de ce qu’on a le droit de regarder ou pas, n’y changera rien : reluquer un site djihadiste d’un peu trop près sera pénalement poursuivi.

D’ailleurs, on se demande ce qui empêchera vraiment de classer l’un ou l’autre site, enquiquinant pour le pouvoir, dans les sites terroristes. On se demande ce qui arrêtera le Camp du Bien quand, investi de la mission essentielle de sauvegarder un peu notre sécurité et beaucoup celle de ses miches, il jugera nécessaire d’embastiller ceux qui regardent trop de sites contestataires, violents, religieux, pornographiques, ou pire que tout, libéraux.

Rien qu’en lisant tout ceci, le lecteur moyen sait qu’en termes de rigolades, dès que les sénateurs sont impliqués, il y a du gros niveau. Mais n’oubliez pas : ce sont des professionnels (ne tentez pas la même chose chez vous, vous pourriez vous faire très mal). Dès lors, comment passer sous silence que l’article 10 prévoit aussi 5 années de prison si, par facétie ou inconscience, il vous prenait la fantaisie de créer des sites miroirs de sites internet bloqués ?

Pour le frétillant Urvoas, fraîchement nommé ministre de ce qui fut, un jour, la Justice en France,

« Il est évident que le blocage judiciaire est la solution qu’il faut espérer voir se développer. On sait que ça a un effet d’éteindre le site »

Ah oui, Jean-Jacques (je me permets de t’appeler Jean-Jacques, sachons rester simple avec nos commis), tu as tout compris : quand on bloque un site, ça a un effet de l’éteindre. Pouic. Radical. Bien sûr, si le site est hébergé à l’étranger, ça ne marche pas, parce que ce ne sera pas bloqué. Si le nom du domaine n’est pas en France, c’est tout autant peine perdue. Et si, bien sûr, il existe des copies de secours un peu partout sur la planète, non seulement, Jean-Jacques, tu vas t’exciter pour rien, mais on ne pourra pas complètement écarter que certains se payent ta tête aussi. Va savoir.

Et puis, Jean-Jacques, si la lutte contre le terrorisme consistait à fermer des sites djihadistes, ce serait un peu les vacances pour toi, non, tu ne crois pas ? En revanche, essayer de voir qui se connecte à ces sites, comprendre la dynamique des groupes, bref, faire du vrai renseignement, tout ça, ça demande un peu plus de moyens et de finesse dont tout indique que le stock est épuisé depuis longtemps du côté des politiciens. Dommage.

Sacré Jean-Jacques. En tout cas, toi et tes copains sénateurs, vous pouvez sans problème vous qualifier pour les prochains mondiaux du LOL internet.

Enfin, on évoquera — rapidement, je vous prie : la rigolade, ça va un moment, mais les abdos commencent à devenir douloureux, à force — l’autorisation donnée par nos sénateurs aux juges d’instruction de faire installer des mouchards sur les systèmes informatiques de suspects, par « toute personne physique ou morale qualifiée » capable de réaliser les opérations nécessaires. Autrement dit, la loi passée par les sénateurs autorise donc les juges à (faire) pirater des systèmes informatiques et à y installer des chevaux de Troie.

On voit immédiatement l’intérêt de la manœuvre dans l’âpre lutte qui se noue entre la France, sa population, son élite gouvernementale d’un côté, et les terribles djihadistes qui, c’est connu, se connectent dès potron-minet sur de puissants ordinateurs afin d’échanger, dans un sabir habilement chiffré (mais pas assez pour nos efficaces cryptographes, hein, bien sûr), le plan de leurs prochaines attaques, les dernières recettes avec marqué Explosifs en gros en rouge dessus, les bonnes adresses à visiter et les photos de vacances. D’ailleurs, le massacre du 13 novembre dernier avait été entièrement planifié de la sorte et traqué avec efficacité par nos services de renseignements surentraînés. Nul doute que ces chevaux de Troie ne serviront pas du tout à espionner les opposants politiques, les journalistes fâcheux ou les avocats trop zélés.

Et puis, l’hypothèse que ces dispositifs soient malencontreusement détournés par d’occultes puissances ou de traîtres félons a même été prévue : tout ceci sera contrôlé au millimètre par l’ANSSI, et donc tout ça va pulser en rythme, bien comme il faut, dans le tempo d’une musique judiciaire palpitante. Z’allez voir. Ayez confiance. Vraiment, aucun doute à avoir : la lutte contre le terrorisme vient de brancher le turbo, ça va poutrer sévère.

Décidément, ♥ cette France socialiste est de plus en plus Charlie ♥ et chaque petit pas législatif qui fut fait dernièrement ne l’a été que dans une seule direction, et pas la bonne.

valls dictateur
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Sur le web

  1. c’est y que nos élus par procuration commenceraient à paniquer ?parce que perso , des sites soient disant complotistes , je les visitent régulièrement et hooo ! surprise ! ils donnent des infos qui nous disent plein de choses vraies que les zélus voudraient bien cacher….des infos qui finissent par sortir d’une manière ou d’une autre avec retard bien sur ; tu m’étonnes que ces cochons veulent nous sérrer le vis par tout les moyens….

    1. ‘des sites soient disant complotistes , je les visitent régulièrement et hooo ! surprise ! ils donnent des infos qui nous disent plein de choses vraies que les zélus voudraient bien cacher’

      Euh non..

      1. « Euh non » : quoi ?
        Un peu court comme réponse : vous vous abreuvez toujours aux sources de « déformation » des néo conservateurs et autre ploutocratie des coquins et des copains ?

        1. Et c’est parti pour la théorie du complot…

    2. Des exemples concrets de « choses vraies » annoncées en primeur?
      Et quel ratio « choses vraies/conneries » obtenez-vous sur ces sites? Parce que c’est un bon indicateur de fiabilité de l’information.

  2. Bien bidonné de rire. Ça fait du bien de lire cette M*rde qu’ils nous mettent sur un tel ton. Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer (Beaumarchais) s’applique parfaitement.

    Décidément, en tant qu’ancien mili, j’étais depuis hier Piquemal mais là, je le suis davantage !

  3. Il ne reste plus qu’à interdire le chiffrement, et le dernier barreau sera posé.

  4. Trop bon, continuez à faire des articles comme celui-ci avant que la police politique ne vous embastille.

  5. Ils sont vraiment largués, c’est effrayant…
    Et pendant ce temps-là, comme vous le disiez récemment, certains veulent saupoudrer de bons cerfas bien complexes l’économie collaborative, parce que ça marche sans eux, et que ça, ça les embierne beaucoup…
    http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2016/02/08/32001-20160208ARTFIG00064-le-gouvernement-veut-fiscaliser-les-revenus-de-l-economie-collaborative.php

    1. bah justement ils ne sont pas largués c’est justement pour éviter d’être largué qu’ils veulent tous contrôler.
      C’est le fonctionnement des dictatures on contrôle tous sur tous.

      La population est manipulable a souhait par les médias subventionné, une autre façons de dire que les médias ne sont pas public.

  6. « la loi passée par les sénateurs autorise donc les juges à (faire) pirater des systèmes informatiques et à y installer des chevaux de Troie. »

    Et on va bien sur interdire la correction des bugs permettant le piratage, réprimer la divulgation de l’existence des bugs et embastiller ceux qui lisent le code source. Il n’y a pas à dire, les politiciens ont tout compris à l’économie numérique.

  7. Donc consulter Twitter et facebook (qui ont chacun des centaines de comptes de trancheurs de gorges « modérés » va être pénalement puni. Hé. Héhéhéhéhé

  8. >de faire installer des mouchards sur les systèmes informatiques de suspects
    >juges à (faire) pirater des systèmes informatiques et à y installer des chevaux de Troie.

    Techniquement, je demande vraiment à voir cela, car bien heureusement, ce n’est pas si facile que cela, même chez un particulier. J’ai vraiment l’impression que la plupart des ces malheureux tocards regardent beaucoup trop des séries comme 24 ou NCIS.

    1. C’est clair, pour pirater un mot de passe, il suffit de taper très très vite sur son clavier !

      1. En général pour pirater un mot de passe il suffit de regarder derrière l’épaule de celui qui le tape.

  9. La capacité d’indignation de l’auteur me surprend.
    Donc finalement il ne croit pas vraiment que « ce pays est foutu » ?

  10. -Mode grammar nazi on-
    Au 4e paragraphe: « ils s’étaient lancéS »
    -Mode grammar nazi off-
    Sinon j’ai bien ri.

  11. les rg avaient déjà prévenu que la hadopi car cela ferait augmenter les connections vpn.
    avec les nouvelles lois, les SI en herbe vont promouvoir et installé des vm freebsd, qui je suis sur feront très plaisir au rg.

  12. On va tourner Kurdes comme ceux de Cizré… 🙁

  13. c’est tout bonnement hallucinant, et surtout que pour classer un site djihadiste faut commencer par le regarder d’ailleurs…le délit de regarder..

  14. Il faut vraiment couper nouilles au secateur.

    1. Excellente idée, commencez le premier, vous avez le choix dans la date.

      1. Vous avez jusqu’à l’arrivée des russes, qui arrivent à pied par la Chine.

  15. « Bon, c’est bien simple : comme vous n’êtes qu’une bande de gros gamins un peu bêtes et surtout dangereux pour vous-mêmes, le mieux est que l’État s’occupe d’absolument tout.  »

    Elle est culte cette intro.

  16. c’est l’acte 2 la dictature, on n’avait déjà plus le droit de « dire » certaines chose, ex négationnisme, maintenant on a plus le droit de « lire » certaines choses, on peut très bien imaginer que s’il était scientifiquement possible de prouver les pensées ils auraient déjà interdit de « penser » à certaines choses.

    Valls est allé trop loin, je pense que c’est le tournant vers une dictature, quand les gens s’en apercevront il sera trop tard car il sera alors interdit de le dire de le publier de le lire ou de l’écouter sous peines de sanctions pénales.

    cette jurisprudence est extrêmement dangereuse car l’on peut très bien imaginer que l’on puisse interdire de consulter des centaines de sites religieux, politiques ou autres. de plus la continuité avec sarkozy et ses diverses jurisprudences ne font pas bon ménage, ex : hadopi, on pourrait penser que la surveillance de la consultation de ces sites puissent être effectués par des particuliers qui auraient le contrôle de la liberté de culte, ou le contrôle de la liberté politique.

    Différence entre démocratie et dictature, les libertés mais pas seulement, la possibilité de changer de représentant, cette nouvelle jurisprudence pourra permettre de censurer certaines opinions contraires à la politique en vigueur, et de fait de détruire certains partis politiques donc on peut fortement penser que nous entrons dans une dictature. Car une fois qu’un groupe ou qu’une personne sera considéré comme « groupe malfaisant », il est évident qu’il sera censuré et qu’il n’y aura pas de retour possible,
    espérons qu’il y aura une limite pénale à cette abération et que les parlementaires constitueront eux mêmes un fichier des groupes incitant au terrorisme, car sinon le principe de légalité même sera remis en cause, c’est comme si l’on vous disait les drogues sont interdites sans donner de liste, comment savoir qui est quoi, ce serait aux citoyens de déterminer qui incite au terrorisme? en fonction de quoi?

    1. La différence entre démocratie française et dictature, l’un c’est « cause toujours! « (écoute et fais ce que tu veux), l’autre c’est « ferme tague ule! », c’est connu comme « tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire! ». Quel pays de fous (pour rester poli: il faut espérer au moins un résultat marquant avant 2017! (où il n’e devrait pas être question de voter pour blanc bonnet ou bonnet blanc!
      Vive le centre!

  17. Encore une fois, nous avons là une illustration de la politique des socialistes : s’évertuer à traiter les symptômes des difficultés du pays plutôt que d’en traiter les causes.

    Vous pourrez décliner ce travers sur l’ensemble des politiques publiques : chômage, insécurité, logement, transports, etc…

    Évidemment ça ne marche pas.

    Mais l’électeur, qui est finalement assez décevant, ne veut pas voir la réalité.

    Pour l’instant.

    1. Non l’électeur n’est pas responsable! Il a élu des députés pour, théoriquement, le défendre mais la perversion du système fait que les députés, dans cette partition idiote de la France, avec d’un côté, la politique, dont les députés, et l’administration: les protégés du régime, et en face, les citoyens-électeurs dégoûtés qui alimentent les bêtises des premiers: c’est clair comme du jus de chique!

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