Face à la question climatique, la politique doit changer (5/5)

Publié Par Vincent Benard, le dans Environnement

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Cette analyse a pour but de trancher la question suivante : un décideur politique doit-il dépenser dès aujourd’hui des milliards pour tenter très hypothétiquement de changer ce que sera le climat dans 80 à 100 ans, ou doit-il se préoccuper de ses problèmes immédiats, et parier sur les progrès technologiques et les capacités d’adaptation des humains d’aujourd’hui et de demain pour régler les éventuelles conséquences d’un changement climatique ? Autrement dit, face au changement climatique, faut-il privilégier une approche dirigiste ou libérale ?

Avertissement : bien que l’auteur soit ouvertement « climato-sceptique », les éléments qui suivent seront développés comme si l’on pouvait faire confiance aux conclusions et aux marges d’incertitudes figurant dans les sous-rapports 1,2, et 3, du rapport complet du GIEC de 2013.

Par Vincent Bénard.

Thinking RFID credits Jacob Bøtter (CC BY 2.0)

Thinking RFID credits Jacob Bøtter (CC BY 2.0)

Le GIEC postule que « la température augmente », que « c’est dû majoritairement à la hausse du CO2 dans l’atmosphère », que « ce CO2 provient essentiellement de l’activité humaine », que « le réchauffement observé est catastrophique » et que la meilleure réponse est « une lutte immédiate pour limiter nos rejets ».

Face à cette doctrine d’apparence figée, les sceptiques se rangent dans de très nombreuses cases et ne sont pas tous d’accord entre eux, ce qui est logique puisque la science climatique est encore à un stade peu avancé.

Tout d’abord, on en trouve aucun qui remette en cause l’existence d’une phase de hausse de températures au XXème siècle, même si cette hausse est irrégulière. Caricaturer les sceptiques en affirmant qu’ils contestent le réchauffement est une grossière manipulation de l’opinion.

Le climato-scepticisme est bien plus divers et argumenté. Mais en gros, il y a ceux qui, pour de multiples raisons, estiment faible, voire nulle, la relation entre taux de CO2 atmosphérique et température, voire même estiment que la hausse du CO2 est le résultat, et non la cause, de la hausse des températures, estimant que les facteurs naturels (solaires notamment) sont plus importants.

D’autre part, il y ceux qui se placent sur un terrain économique et estiment que même si le GIEC a raison sur cette relation CO2/température, les effets n’en seront pas si tragiques qu’on le dit, et/ou les réponses économiques imaginées aujourd’hui ne sont pas les bonnes. C’est ce mode de pensée qui a présidé à cette étude.

De la nécessité de l’humilité pour nos responsables politiques

Face à une telle diversité de points de vue, que peut faire un politicien, forcément non scientifique, souhaitant étudier avec l’esprit ouvert les choix qui s’offrent à lui ?

Tout d’abord, reconnaître l’existence de l’incertitude, puisque le GIEC lui-même, dans ses travaux, reconnaît des marges d’incertitude élevées.

Aucun politicien, sauf peut être quelques rares pointures scientifiques égarées en politique comme l’allemand Fritz Vahrenholt, ne peut, sur ses compétences propres, déterminer quel est le degré de justesse d’un point de vue « GIECiste » ou « alternatif ». Le politicien ne peut pas prétendre que les sceptiques non climatologues n’ont pas voix au chapitre car ils n’y connaissent rien, et affirmer qu’eux-mêmes sont dans le vrai puisqu’ils croient à ce que dit le GIEC, alors qu’ils n’en connaissent pas davantage. Le sceptique ne fait que prendre en considération l’existence de nombreux scientifiques divergents (on trouvera par exemple ici une liste non exhaustive et arrêtée depuis début 2014 de 1350 articles peer-reviewed comprenant plus de 1500 auteurs universitaires uniques, remettant en cause un ou plusieurs points clé de la doxa du GIEC). Aucun politicien, sur ses capacités intellectuelles propres, n’est capable de dire si Richard Lindzen (sceptique, MIT) est meilleur ou moins bon que Gavin Schmidt (NASA, réchauffiste), pour ne citer que deux noms emblématiques parmi des milliers.

Affirmer péremptoirement que certains scientifiques très reconnus seraient meilleurs que d’autres scientifiques tout aussi reconnus (voire même traiter ces derniers de connards, comme le fit une ex-ministre de la république récemment…), de la part d’un politicien, serait une attitude arrogante. Tout politicien responsable (fut-il climato-sceptique, d’ailleurs) devrait reconnaître son incompétence et adopter de ce fait une attitude humble.

Il n’est pas question de demander au politicien de se laisser convaincre par tel ou tel camp, la réalité climatique n’est pas fonction de la force de conviction des uns ou des autres, mais de choisir l’attitude politique la plus à même de permettre à la société civile dont il gère le cadre institutionnel de maximiser son bien être, et donc de conserver la tête froide face aux incertitudes naturelles, climatiques et autres, qui sont le quotidien de l’humanité depuis la nuit des temps.

Conclusion : que doit faire notre humble politicien pour le climat ? Rien !

À la lumière de ce qui précède, force est de constater qu’ il y a un décalage total entre les synthèses politiques pour décideurs du GIEC, et les contenus, bien moins alarmants, des deux premiers groupes de travail.

Les universitaires qui collaborent à ces deux opus estiment que jusqu’à 2°C de hausse de température sur les 65 à 85 prochaines années, l’impact sur le PIB sera nul. Les estimations de hausse de température les plus récentes montrent que la probabilité pour que la hausse à horizon 2080 dépasse les 2°C est inférieure à 2.5%, et que, même si c’est le cas, l’impact sur le PIB sera bien moins grave que celui qu’auront de bons ou de mauvais choix économiques. Bref, sans même avoir recours à la littérature climato-sceptique, un politicien responsable (et travailleur…) devrait tirer la conclusion qui s’impose : le discours alarmiste du bureau politique du GIEC, et de l’ONU dont il émane, est une grossière exagération destinée à induire en erreur les opinions publiques.

Tout gouvernement d’un pays d’Europe, et le nôtre en particulier, aurait donc tout intérêt, s’il était humble et honnête, à abandonner toute politique publique de soutien à la réduction des émissions de CO2, et à se contenter d’engranger les réductions correspondant à l’amélioration tendancielle de leur efficacité énergétique par les agents économiques privés, bien suffisante pour garantir une évolution climatique qui est tout à fait gérable si le GIEC a raison, et plus encore si à terme, le climat mesuré donne raison aux sceptiques.

En France, les politiques à abandonner sont, de façon non exhaustive :

– toute nouvelle subvention aux éoliennes et aux panneaux solaires, ainsi que la recherche d’une solution juridiquement acceptable permettant de sortir des contrats de rachat d’électricité non rentables existants.

– toute niche fiscale énergétique. Cela fera baisser le prix des fournitures correspondantes, et les ménages arbitreront entre le coût d’un investissement et ce qu’il peut rapporter hors niche fiscale, comme le ferait tout investisseur censé.

– le bonus-malus et toute référence au CO2 dans l’automobile, pour se concentrer sur les émissions réellement polluantes de NOx/SOx. Au début, les consommations augmenteront légèrement, puisque les méthodes permettant de réduire le CO2 augmentent les émissions de NOx, et vice versa. Mais par la suite, le progrès technologique habituel contribuera à réduire à nouveau les consommations de carburant. En outre, la fin de normes demandant l’atteinte d’objectifs contraires permettra d’éviter de consternants comportements de tricherie de la part des constructeurs automobile. Plus spécifiquement, en France, le bonus-malus a contribué à déplacer le marché vers les petites voitures, construites dans les pays à plus bas salaire d’Europe et de sa périphérie ; son abandon revigorerait les marchés de gamme moyenne et supérieure, où les constructeurs français peuvent encore, ceteris paribus, localiser leur production chez nous.

– au niveau européen, il conviendra d’œuvrer pour faire supprimer les systèmes de quotas carbone et d’adhésion obligatoire des entreprises à des marchés de crédits carbone, marchés totalement artificiels minés par la fraude, et qui reviennent à subventionner les délocalisations hors d’Europe vers des pays plus émissifs.

  • œuvrer pour que le GIEC, qui se rend coupable de désinformation, soit démantelé et le débat sur les évolutions de notre climat soit ramené à sa seule dimension scientifique, et géré comme tel par les académies des sciences du monde entier, comme n’importe quel autre champ d’investigation de la connaissance.

Notre humble politicien pourra se demander si l’histoire ne le jugera pas sévèrement si ses successeurs découvrent qu’il a eu tort, et que, par extraordinaire, les plus pessimistes des Cassandre du GIEC avaient raison, alors qu’ils ont toujours eu tort jusqu’ici. Cela voudrait dire que la barrière des 2°C serait atteinte avant 2100 voire 2080, et suffisamment tôt pour alarmer les populations sur le rythme de changement climatique. Cela voudrait dire que les mesures de température, prises d’un emballement imprévu, rejoindraient les modèles jusqu’ici bien peu aptes à prédire le futur réel.

Si un tel retournement de tendance venait à se produire, alors il serait temps d’étudier les contre- mesures adaptées, mais en intégrant le chemin technologique parcouru à l’époque des choix : ceux qui auront à se prononcer alors auront à leur disposition sur la table une science plus aboutie, et des options technologiques plus efficientes, notamment en matière énergétique.

Mais tant que ce retournement de tendance ne se produit pas, et personne ne le voit poindre, notre élu humble aura intérêt à privilégier la résolution de problèmes bien plus immédiats que 0.9° ou 1.3°C ou même 2°C de plus dans 100 ans, à oublier les politiques climatiques, et à œuvrer pour maximiser la richesse de sa population, en favorisant le progrès par le développement du secteur privé et de la liberté économique, qui sont les moyens les plus sûrs de nous assurer que notre richesse sera suffisante pour faire face à d’éventuels aléas futurs.

Lire sur Contrepoints notre dossier réchauffement climatique

Toute la série 

  1. Merci pour cette série d’articles où prévaut le bon sens

  2. Petit problème technique : sur mes navigateurs (testé sur FireFox 38.3 ESR et sur Internet Explorer 11 / Windows 7) l’article apparaît, puis est masqué.
    Pas d’AdBlock chez moi sur Contrepoints, l’article est bien présent dans le code source de la page, bien que plutôt pénible à lire sous cette forme…

    1. Idem de mon côté. Article qui s’affiche puis disparait: Chrome here.

  3. J’ajoute un effet pervers jamais pris en compte :
    quand on vous fixe une limite, que cela soit 130 km/h sur autoroute, ou 3% de déficit, ou 2° de réchauffement, que se passe-t-il ?
    Et bien le conducteur essaie d’atteindre cette limite le plus vite possible, et de la dépasser d’autant que possible, tant qu’il n’est pas « rattraper par la patrouille’.
    L’objectif de non dépassement de la COP 21 se transforme en cours à celui qui touchera le plus vite le plafond, puis à celui qui trichera le plus efficacement (Cf. truandage du marché du carbone).
    Il valait mieux ne rien faire, ne pas fixer de limite.

  4. Sur chrome depuis mon téléphone (nexus 5/android 6) et j’ai le problème également de l’article qui apparaît et disparaît (y compris en mode ‘request desktop site’)

  5. Bonjour,
    quelqu’un peut il reposter l’article ?
    D’avance merci !

  6. C’est une série vraiment très intéressante par son souci d’honnêteté et de clarté. Merci infiniment.

  7. Mr Bénard. Comme d’habitude vos articles sont très bien écrits et font preuve d’une argumentation parfaitement ficelée. Il est agréable de lire un article qui a été dicté par la rationalité, la logique, et le simple bon sens, trop souvent abandonnés au détriment de l’émotion pure et du catastrophisme.

    Nous réclamons des articles plus réguliers de votre part !
    Ils font toujours avancer le débat et aident souvent à la diffusion du libéralisme et de ses bienfaits !

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