L’affaire Clément Méric et la lutte contre l’extrémisme

Publié Par Hadrien Gournay, le dans Politique

La liberté est la meilleure protection contre les fanatismes et les extrémismes nous rappelle l’affaire Clément Méric.

Par Hadrien Gournay.

Le 5 juin 2013 en fin d’après-midi, Clément Méric, membre de « l’action antifasciste Paris banlieue », s’écroulait en plein Paris, frappé mortellement par le skinhead Esteban Morillo. Cet événement suscita de très nombreuses réactions pour s’indigner de « l’acte barbare » dont Clément Méric avait été victime tout d’abord et pour commenter les implications politiques du drame ensuite. Si seule la justice, à l’issue de l’instruction ou lors d’un procès, pourra réellement établir leur gravité, il n’en reste pas moins que les faits semblent loin du scénario d’un lynchage présenté dans les heures qui suivaient le drame. Les commentaires politiques consistèrent quant à eux à s’interroger sur le climat politique qui avait pu favoriser un tel déchaînement de violences et sur les moyens d’y mettre fin.

Très vite, le gouvernement annonça des mesures contre les groupes directement concernés par l’idéologie skinhead qui aboutirent le 11 juillet à l’interdiction de trois groupes d’extrême-droite. Pourtant des professionnels de la surveillance de ces groupuscules firent savoir que de telles mesures risquaient de ne pas avoir les effets recherchés. Néanmoins, les inquiétudes de la gauche se sont plus largement portées sur les idées et discours publics créant selon elle un climat propice à la montée des idées d’extrême-droite. Dès lors, étaient visées les idées d’une fraction de la population beaucoup plus large que celle que recouvraient les groupuscules aujourd’hui dissous.

Dès le 6 juin, Najat Vallaud Belkacem, porte-parole du gouvernement déclarait :

La question qu’on doit se poser collectivement -cela vaut pour les responsables politiques comme pour les médias- c’est notre part de responsabilité dans la façon dont ce type de discours de haine – et donc de passage à l’acte derrière de la part d’un certain nombre d’esprits influençables- prospère dans notre société. Nous, responsables politiques, nous devons condamner et dénoncer chaque fois qu’il y a une dérive, un dérapage même simplement langagier », a argumenté la porte-parole gouvernementale. « Vous, les médias, vous devez veiller à ne pas donner plus d’audience que de raison à des groupuscules qui en profitent pour faire passer des idées insupportables pour la démocratie.

En apparence, en faisant appel à la « responsabilité », le ministre fait preuve de modération. Pourtant, on se demande quels groupuscules auraient bénéficié de la mansuétude et de l’exposition des médias. Il est de notoriété publique que les journalistes sont très majoritairement à gauche et pour prendre un exemple, les idées du Front national -qui ne peut-être qualifié de groupuscule- sont beaucoup moins représentées sur la scène médiatique que ne l’impliquerait son poids électoral.

De manière beaucoup plus crue et directe, Pierre Bergé mit en cause « la manif pour tous » dans deux tweets du 6 juin :

Ce sont ces inconscients de la #manifpourtous qui ont préparé le terrain. En s’associant avec l’extrême droite ils lui ont permis d’exister.

L’immonde Barjot avait promis du sang, le voilà qui éclabousse la démocratie et la République. Cette #manifpourtous se rend elle compte?

Enfin, dans une tribune d’opinion du Monde daté du 11 juillet (parution le 10) intitulée « sauvons la république des extrémismes. Dissoudre les groupuscules ne suffira pas » les auteurs Nicolas Lebourg et Stéphane François estiment que :

Pour le volet répressif, chacun sait que le skinhead menace moins la République, en tant que culture commune et contrat social, que ne le fait la banalisation de l’assignation à leur origine ethnique et cultuelle de certains de nos compatriotes. Disqualifier le skinhead est plus facile que d’interpeller ceux qui, élus, universitaires, hommes et femmes de presse, diffusent des conceptions altérophobes dont le style feutré est bien plus dommageable qu’un défilé de crânes rasés. Une répression républicaine ne saurait se limiter à viser la seule haine émanant du Lumpenprolétariat.

L’esprit dont témoignent ces prises de position, qui semble assez répandu à gauche, invite à s’interroger sur la pertinence du diagnostic formulé et l’efficacité des remèdes proposés. Les discours n’incitant pas directement à la violence contre des personnes ou des groupes mais pratiquant une vive critique à leur égard sont-ils dangereux ? La répression pénale ou l’ostracisme médiatique sont-ils la réponse appropriée à de tels mouvements ?

À la première question, nous répondrons oui mais : « oui » car un mouvement tel que la « manif pour tous », un parti comme le Front National, ou encore certains courants de l’UMP, peuvent tout à fait être le point de départ d’une dérive fanatique et violente, « mais » car aucun courant d’idées n’est exempt de ce danger. Les idées républicaines sur lesquelles s’appuie la gauche pour dénoncer l’extrémisme de droite, conduisirent aux pires excès dans le contexte de la révolution française. Qui n’a entendu parler des noyades de Nantes ou de la répression terroriste en Vendée ? Le marxisme dont elle est issue (La SFIO, à l’origine du PS et du PC, était largement d’inspiration marxiste), lorsqu’elle ne s’en réclame pas directement, a servi à justifier les horreurs décrites dans le livre noir du communisme.

Dès lors, il n’est pas difficile de comprendre qu’un constat qui peut s’appliquer à toutes les idées sans distinction, ne peut, sans arbitraire, servir de point de départ à un programme d’action ou de réforme de la société quel qu’il soit. La répression pénale de mouvements « durs » mais dont les membres ne tiennent pas de propos incitant directement à la violence présente plus de dangers que d’avantages pour une société libre et démocratique. Lorsque cette lutte est menée sur un seul front, elle facilite l’expansion de l’extrémisme opposé à celui qui est combattu par le gouvernement ; lorsqu’elle prétend être menée contre tous les extrémismes en même temps, elle protège des pouvoirs illégitimes ou des privilèges injustifiés.

Quand la lutte contre l’extrémisme facilite l’expansion des extrêmes opposés…

Le mouvement « antifasciste », au cœur de l’affaire Meric et dont l’action pour réduire la violence liée au mouvement skinhead ne semble guère judicieuse est rattaché à l’extrême-gauche.  Il est surtout une résurgence d’une stratégie politique adoptée par les partis communistes occidentaux aux ordres de Staline dans les années trente et consistant à s’allier avec les partis socialistes rivaux contre l’ensemble de la droite assimilée au fascisme.  Cette stratégie faisait suite à la politique du « classe contre classe » par laquelle les communistes manifestaient une opposition radicale aux « sociaux-traitres » de la SFIO et précéda le pacte germano-soviétique. Inversement, le nazisme a tiré parti de la montée du communisme pour prospérer.

La lutte contre le « double » qu’est l’extrême opposé, est une vieille tactique des mouvements extrémistes pour développer leur clientèle et leur influence. Ils ne l’auraient pas adoptée si elle ne donnait pas de résultats. Aussi, on voit mal comment un gouvernement pourrait faire sienne cette stratégie sans rendre à l’extrémisme qui n’est pas visé par la répression gouvernementale un service dont les effets sont pour lui aussi bénéfiques que lorsqu’il en prend l’initiative.

Si nous découpons le spectre politique en quatre parties : gauche et droite, extrêmes et « de gouvernement », le discours antifasciste consiste à étendre le combat contre le fascisme au sein de la droite « de gouvernement » dont une partie au moins est présentée comme susceptible de préparer les esprits au fascisme. Le problème est que si vous entendez ne plus combattre directement le fascisme mais ceux dont les idées ont une certaine proximité avec lui, il devient difficile de fixer les limites. A ce jeu, le parti extrémiste de gauche aura toujours le bénéfice de la surenchère sur le gouvernement de gauche « de gouvernement » qui aura instauré cette politique. De surcroît, elle crée artificiellement de nouveaux « fascistes », selon un processus qui ne connait pas de fin, parmi ceux qui, sans proximité avec le fascisme, s’opposent aux excès de la répression. Encore une fois, les fanatiques, qu’aucun scrupule ou mensonge ne retient, pourront se prévaloir de leur intransigeance et en remontrer aux plus timides.

Et quand elle protège un pouvoir illégitime…

La lutte contre l’extrémisme peut prendre un aspect différent de celui qui vient d’être présenté et en viser non plus une forme particulière, comme l’extrême-droite, mais toutes les idées jugées dangereuses ou menaçant la stabilité de la société. Cette méthode peut-être utilisée par des régimes autoritaires et corrompus pour étouffer toute contestation et assurer leur préservation. C’est particulièrement le cas des despotismes moyen-orientaux et africains mis à mal par le printemps arabe. Ces régimes avaient parfaitement compris le profit qu’ils pouvaient tirer de la crainte des occidentaux pour l’Islamisme et du thème de la lutte contre le terrorisme, qualificatif étendu à tous les groupes contestataires. Ici, contrairement au cas où la lutte contre un extrémisme est instrumentalisée par un autre extrémisme dans une démocratie, cette répression à face multiple est utilisée par des régimes despotiques prêts à toutes les violences pour conserver le pouvoir mais que l’on ne peut qualifier d’extrémistes dans la mesure où leur assise idéologique est minimale.

Si les despotes utilisent une telle politique, inversement son instauration dans une démocratie ne risque-t-elle pas de la faire basculer vers le despotisme ? Une répression tous azimuts contre des « extrêmes » définis de manière trop large ne va-t-elle pas favoriser l’émergence d’un pouvoir autoritaire dans la mesure où les processus démocratiques permettant l’alternance des gouvernements sont contrariés par une offre politique de plus en plus réduite ? C’est un petit peu ce qui s’est passé dans la Russie de Poutine mais bien sûr la France est encore préservée de ces dérives.

Cela est-il si vrai ? Il me semble pourtant que la limitation du débat public, non en raison d’une répression pénale mais d’une forme de censure médiatique, conduit à préserver certaines formes de pouvoir. Par exemple, le débat sur la sécurité sociale ne peut avoir lieu en France. Évoquer l’assurance maladie privée ou défendre un système de retraite par capitalisation à la chilienne vous exclue d’emblée du champ du débat démocratique et des « valeurs républicaines » à la française. Si le débat était plus ouvert les français souhaiteraient-ils remettre en cause l’importance de leur État providence ? Cela est douteux tant il est devenu, semble-t-il, un trait culturel. En revanche, peut-être s’interrogeraient-ils sur le pouvoir excessif et les privilèges des syndicats.

Conclusion

Ne craindre que le danger représenté par un seul extrême et oublier les autres ou ne voir que les périls dont nous menacent tous les extrémismes, en négligeant le piétinement des libertés par l’arbitraire étatique, c’est être borgne et ne pas tenir compte de toute l’information nécessaire. Le fragile équilibre démocratique consiste à naviguer entre plusieurs écueils et non à prendre garde de n’en éviter qu’un seul.

Il est un autre argument montrant que la liberté est la meilleure manière de se prémunir des risques du fanatisme : lorsqu’ils sont soumis à de nombreux discours contradictoires les citoyens d’un pays fabriquent d’eux-mêmes les « anticorps » nécessaires à leur défense contre ce genre de maladies. En revanche, comme un enfant qui aurait vécu dans un environnement aseptisé, ils ne savent plus, lorsqu’ils y sont soudainement exposés, lutter contre ces maladies du jugement alors que l’autorité leur avait toujours enseigné comment penser. Dans les années trente, les pays occidentaux où la tradition du libre débat démocratique était la plus longue (France, Royaume-Unis, États-Unis) surent le mieux éviter les pièges du totalitarisme et de l’autoritarisme.


Lire aussi :

  1. Article excellent- Tant que les Français biberonneront au socialisme pratiquement dès la naissance et ne seront autorisés qu’à un discours étatique gauchiste, il ne pourra y avoir d’échanges constructifs. Il n’y a qu’un extrême d’autorisé, et c’est l’extrême gauche!

  2. Il est certains que des gens comme vous menacent l’Etat providence. Vos propose extrémistes le prouvent amplement.

    1. Exactement, ils prennent la défense de leurs chiens de garde.

  3. Bonjour,
    J’aime assez ton analyse pour la raison suivante j’ai trouvé des sîtes qui sont effectivement favorable à l’innocence d’Esteban ce qui est mon cas…Mais hélas je les trouvent un peu violent un peu insultant contre le jeune Méric je citerais de mémoire Dreuze, Riposte laîque, égalité réconciliation, causeur, boulevard voltaire….Tous avec des styles différents plus antisioniste celui de Soral, Islamophobe riposte laîque ou Jean Robin ou encore sioniste celui de causeur….Vont dans le sens de la légitime défense pour Esteban….Mais il le font de manière un peu violente à mon goût contre le jeune Méric celui avait 18 ans à l’age des grandes naîveté dans la radicalité politique si c’est bien lui qui à agressé le premier Esteban il évidement un drame qu’un jeune homme soit mort….Je pense qu’on peut très bien défendre Esteban tout en étant respectueux un minimum avec le jeune Méric…Plaidé pour la légitime défense ne veut pas dire qu’il faut couvrir d’insulte le jeune Méric en plus je pense que c’est contre productif.

    1. « 18 ans à l’age des grandes naïveté dans la radicalité politique » : c’est évident qu’il faut relever le droit de vote à 21, voire 25 ans. Dans le même esprit, le retour à la démocratie véritable implique de réserver le devoir vote à ceux qui payent plus d’impôts qu’ils ne touchent de subventions sociales.

    2. Être respectueux avec le « jeune Méric », compatissant pour le « jeune Méric ». Hum. le respect ça se mérite, ça ne se décrète pas. Et la compassion, et bien, je n’en n’ai pas pour ceux qui agressent, qui cherchent la bagarre, puis prennent un coup. Et surtout pas quand ils n’ont pas les épaules pour assumer les conséquences de leurs actes. la liberté a un prix, celui de la responsabilité.
      N’importe qui agressé par ces énervés aurait pu porter un coup de poing. N’importe qui valorisant sa propre existence plus que les discours creux aurait tapé. Fort.
      Sa mort est triste car il aurait pu changer, en bien, en pire, que sais-je. Mais il ne semble pas mériter quelque respect que ça soit, en dehors de celui du à un humain. Et pas plus de compassion que n’importe quel agresseur. Age, couleur politique, couleur de peau, religion, ne devraient pas compter. Sinon sans doute pour les enfants (moins de 10-12 ans, pour ne pas être aussi « dur » que l’était l’Eglise, plaçant « l’age de raison » -et donc de responsabilité- à 7 ans).

      1. Ne pensez vous pas que votre mépris devrait davantage aller au Mélenchon, Bessancenot, Corrière, Autain et tous les journaleux qui ont instrumentalisé le jeune Méric et ou (sans connaitre l’enquête) parler de « meurtre »????Moi je fais la différence envers le jeune Méric et ses politiciens….Je suis maintenant un homme qui à 40 ans j’ai partagé les naîvetés du jeune Méric, j’ai défilé contre le fn « f comme fasco N comme nazi » en me prenant pour un jean Moulin d’operette, j’ai partagé certaine radicalité (sans allé jusqu’à chassé du skin cependant)….Je comprends ça démarche de jeunesse, ce jeune est mort c’est une tragédie…Pour autant je n’oubli pas les vivants le jeune Esteban ne mérite pas de rester longtemps en prison…On le présente comme un affreux « fasciste » mais il avait aussi sa sensibilité à la cause animale, il n’avait jamais été condamné, vivait tranquillement avec sa copine, et travaillait dur comme agent de sécurité (mon métier)…Lui le jeune Méric venait d’un milieu plus privilégié il avait intégré science po…..Paradoxalement l’antifa Méric avait un avenir surement moins en lien avec la classe ouvrière que le « fasco » Esteban…Mon point de vue et qu’il faut défendre Esteban avec vigueur car il n’a jamais voulu cette tragédie et il n’est pas le déclencheur de la bagarre c’est un simple accident tragique….Mais en le faisant il faut s’efforcer de respecter la mémoire du jeune Méric (pas au prix d’un mensonge cependant si celui si l’a effectivement attaqué par derrière il faut le dire) respecter la douleur de sa famille….Mais dire toute la vérité rien que la vérité…Cordialement.

        1. @Thomas
          +1, si ont tombe dans le même piège que les journaleux nous deviendrons comme eux.

  4. Le problème de cet article c’est qu’il repose sur une distinction de principe entre « de gouvernement » contre « extremiste ». Or je suis désolé, mais au gouvernement il n’y a que des extrémistes, des deux coté, que ce soit Taubira ou Peillon en ce moment, ou Sarkozy & Co hier. En font foi les lois liberticides votées par les uns et jamais abrogées par les autres et réciproquement.
    Les uns comme les autres mettent en œuvre le programme de Mussolini tel que décrit par lui-même : l’état organise la société dans une logique d’ordre national, corporatisme, protectionniste, paternaliste.

  5. « interpeller ceux qui, élus, universitaires, hommes et femmes de presse, diffusent des conceptions altérophobes dont le style feutré est bien plus dommageable qu’un défilé de crânes rasés »

    —>

    « Au-dessus de 4000 euros, on est riche » ; « Je n’aime pas les riches » ; « la finance est mon ennemie »… Il est clair que le moment venu, il sera indispensable d’interpeller le chef de la bande (et ses complices).

  6. On ne remet pas en cause l’Etat providence donc on est pas en démocratie
    C’est un peut court jeune homme

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