La Méricanisation de la vie politique française

La vie politique française se fait plus confuse à mesure que l’échec des politiques menées est évident. Les affaires se succèdent, et ça ne fait pas l’affaire des Français.

Par Baptiste Créteur.

Les hommes politiques français sont animés avant toute chose par leur égo. Certains sont des caricatures ; Nono M., dont on préservera ici l’anonymat, se vante de faire fuir des industriels influents, pose ridiculement avec une rose et fait semblant d’avoir contribué aux réalisations qu’il ne comprend pas. Ségo R. investit (et perd) l’argent des habitants de sa région dans des projets mal ficelés simplement par conviction personnelle et pour faire joli dans les interviews en se vantant de contribuer au n-ième sauvetage raté par l’État. Et ils ne sont que des exemples, choisis au hasard parmi pléthore d’élus.

Il existe des élus motivés avant tout par ce qu’ils pensent être l’intérêt général, c’est une évidence. Mais la bonne volonté n’écarte pas la folie des grandeurs, et peu renoncent, même en ces temps difficiles, à créer leur petit centre culturel et/ou sportif, à tondre quatre fois par semaine le terrain d’honneur du stade municipal et à faire publier la gazette municipale, communale ou départementale où ils disposent régulièrement d’une tribune pour exprimer bien souvent leur médiocrité dans un langage pompeux. On voit même à l’approche des élections les maires débordant de générosité, allant jusqu’à financer avec l’argent du contribuable la réparation de voitures privées à quelques semaines des élections, au cas où la personne aidée trouverait un travail, sans se poser la question de la pertinence des transports publics s’ils ne servent pas justement à cela.

Certains marqueront plus profondément de leur empreinte le monstre qui dévore la France. Ils laissent leur nom à un emprunt de plus, une loi d’urbanisme boiteuse, un décret de mauvaise facture ; ils se fendent de déclarations inconséquentes lourdes de conséquences, de tournures lourdes vides de sens, et sont parfois connus pour leurs Petites Blagues de mauvais goût. Certains laisseront une trace plus marquée, auront contribué plus que d’autres au marasme, mais tous sont impliqués dans cet échec. Tous prétendent, à leur échelle, diriger la France, et il leur sera difficile de nier le marasme ; aucun, d’ailleurs, ne renonce à ma connaissance à ses indemnités diverses.

Pour échouer, ils sont d’ailleurs grassement indemnisés, avec moult bénéfices et avantages ; à vos frais, et sans payer autant d’impôts que vous. Mais cela ne leur suffit pas. Il faut qu’ils détournent, abusent, trichent ; il faut qu’ils se fassent financer par des dictateurs pire qu’eux ; il faut qu’ils pillent, beaucoup pour gonfler leur égo, un peu pour gonfler leur porte-monnaie, ou l’inverse.

Et parce qu’ils sont vraiment animés par l’amour du peuple, ils veulent à tout prix que le peuple les déteste moins que ceux d’en face ; et donc, ils font ce que font tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, sont tombés au plus bas de l’échelle : ils fouillent les poubelles.

Et il y en a, des poubelles à fouiller. Plusieurs étaient énumérées, sur Contrepoints déjà, il y a quelques mois, notamment dans un article présentant la France comme une république peau-de-bananière. Le gouvernement se vantait, en octobre, d’être à l’écoute – même si plusieurs ministres nient aujourd’hui avoir eu connaissance des écoutes téléphoniques sur un ancien chef de l’État qu’il aurait plutôt été surprenant de ne pas écouter. Et le site politic-watch recense de belles casseroles.

Les déchets sortis, les coupables sont rarement punis – et jamais assez. Ils continuent de gouverner les Français, et les Français continuent de payer, encore et toujours ; même la défense des hommes politiques est souvent payée par le contribuable. Mais certains y gagnent, au moins à court terme, la chance de gagner ou conserver quelques sièges en donnant l’impression d’être moins mauvais que les autres, ou pas pire.

Les municipales approchent. Les socialistes, pourtant au pouvoir à tous les échelons, ne sont pas en bonne posture ; nos partis sont mauvais dans l’opposition et pire encore dans l’exercice du pouvoir.

L’épouvantail fasciste a déjà été beaucoup agité, sans doute trop, et les Français sont las. Les écologistes en sont réduits à accepter les désaveux gouvernementaux et porter plainte contre X quand Paris est pollué ; entre des énergies renouvelables pas renouvelables mais couteuses et des transports gratuits sauf pour leurs principaux usagers, leur bilan rend difficile la distinction entre actif et passif. L’UMP sort défait de 5 années au pouvoir mais, compte tenu de la situation politique actuelle, c’est le parti le plus menaçant : c’est un parti crédible parce qu’il a récemment occupé le pouvoir (même si mal). C’est donc le parti à abattre, et c’est plutôt simple dans la mesure où il n’y en a pas un pour rattraper l’autre.

François Fillon tente de devenir libéral sans accepter ni les principes libéraux, ni le terme, ni rien d’ailleurs, après 5 ans de mauvais et loyaux services. Jean-François Copé est un homme politique français, donc un escroc, et est sans doute de ce point de vue plus homme politique français que les autres. Nicolas Sarkozy aussi, la réussite en plus. En somme l’UMP est, un peu comme le PS, une machine à voler l’argent ; des militants d’abord, des Français ensuite.

On pourrait presque croire au complot, à la conspiration, à la machination, si toutes ces affaires n’étaient pas vraies, et s’il n’y en avait pas tant de plus à découvrir. Oui, nos hommes politiques sont des voleurs, des gens de petite vertu, qui répondent à leurs instincts de pouvoir et de domination. Et ceux qui les soutiennent encore, ou votent encore pour eux, se comportent comme des idiots, et pourront être considérés comme tels s’ils se montrent incapables de regarder la réalité en face.

La réalité, c’est qu’il devient difficile de ne pas hurler de rire ou pleurer à chaque information, quand un ministre de seconde zone au rôle purement médiatique donne son avis et tente de peser sur des décisions qui le dépassent, et appelle de ses vœux une moindre concurrence après avoir loué les effets bénéfiques d’une concurrence accrue (quand il n’avait pas encore compris à quel point un cartel pouvait le rendre riche et puissant) ; quand des écoliers arrêtent de manger des bonbons pour ne pas heurter la sensibilité d’autres écoliers sans que personne ne semble parvenir à condamner l’intolérance religieuse sans adopter une intolérance d’égale ampleur ; quand des ministres de la justice se font prendre comme des débutants alors qu’ils sont déjà des délinquants expérimentés et ont le culot de demander ce que cela peut bien changer, après tout, qu’un ministre mente aux yeux de tous, après avoir hué le collègue Cahuzac. Et cette réalité qu’on déteste se fait plus pressante alors que les dimanches deviennent impérativement oisifs et qu’il faut bien payer des impôts pour maintenir le train de vie de nabab d’une immense bande d’incapables.

La réalité, c’est qu’on décèle, malgré les moyens colossaux des hommes politiques, leur amateurisme indécrottable derrière chacune des affaires qui, systématiquement, leur explosent à la figure après avoir éclaboussé nombre de leurs pairs. La réalité, c’est que les meilleurs hommes politiques sont désormais ceux qui sont les moins actifs, les moins nocifs, ceux dont on n’entend pas parler. Ceux qui ne se fendent pas de petites phrases calibrées pour faire de bons titres ou de déclarations en off formatées comme des entretiens, ceux qui ne cherchent pas à récupérer un peu de visibilité dans la confusion que leurs pairs font régner.

Notre quotidien et nos quotidiens ne sont plus qu’une succession d’affaires, qui durent jusqu’à la suivante ; comme les médias vont plus vite que la justice, on porte plainte rapidement pour que les médias en parlent, on accuse et on calomnie car il en restera bien une trace quelque part. Clément Méric est mort dans une rixe entre bandes rivales mais c’est le nouveau héros des m’as-tu-vu de l’antifascisme. Nicolas Sarkozy est tout sauf innocent mais est défendu par son camp comme victime d’un complot de la gauche. Le gouvernement compte de nombreux repris de justice, et personne ne semble y trouver à redire. Les subventions illégitimes et inefficaces à la presse sont proposées en avance, agrémentées d’annulations de dette – toujours aux frais du contribuable – pour assurer la pérennité des tracts acquis à la gauche.

Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. – Lord Acton

Aujourd’hui, le pouvoir n’a plus besoin de corrompre ; il n’y a guère plus que des pourris (et peut-être des naïfs) pour se présenter. Combien d’affaires faudra-t-il encore avant que les Français ne décident de réduire le pouvoir des hommes politiques ? Combien d’affaires des écoutes, d’affaires Méric, d’affaires du Mur des Cons et du Panthéon des Imbéciles, de frégates à Taïwan et d’attentats à Karachi, de Françafrique, de diplomatie économique et d’économie diplomatique ? Combien de mises en examens, de condamnations, d’amnisties, d’achats de voix plus ou moins visibles ? Combien d’affaires avant la dernière affaire, l’affaire meture ?

Car il faut bien comprendre qu’à moins qu’on ne les y fasse renoncer avant, les hommes politiques ne quitteront pas le pouvoir avant d’avoir dépensé le dernier centime du dernier Français, d’avoir régulé le dernier atelier et tué la dernière initiative. Tout cela se terminera un jour, à vous de choisir comment, c’est-à-dire de choisir la suite, votre destin : la liberté pour tous, ou le pouvoir pour quelques-uns. Personne n’est apte à gouverner le pays, car personne n’est apte à vous gouverner ; soyez vos seuls maîtres.