La gauche est en train de perdre le peuple

Publié Par Jean-Baptiste Noé, le dans Politique

En maltraitant et en moquant les manifestations, certes de droite, la gauche n’est-elle pas en train de se couper du peuple ?

Par Jean-Baptiste Noé.

Philippe Seguin avait coutume de dire que l’élection présidentielle était la matrice autour de laquelle se déployait l’ensemble du mandat présidentiel. Au regard de ces premiers mois de la présidence de François Hollande, force est de constater qu’il avait raison.

Élu par défaut, plus par haine de Nicolas Sarkozy que par adhésion à sa personne, François Hollande n’a jamais suscité l’attrait des Français, même de gauche. Sa côte de popularité est au plus bas pour un président, et rien n’indique qu’elle puisse remonter. Cela est inquiétant, pour le pays et pour l’action du gouvernement.

Le thème de la campagne, subtilement imposée par Patrick Buisson, avait été le peuple. Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, avaient fait campagne autour du peuple et des valeurs. François Hollande s’y était refusé, faisant campagne sur le thème du changement ; thème facile quand on est le président entrant.

Le changement a eu lieu, mais le peuple et les valeurs restent de mises. Et c’est du peuple qu’est venu un grand soulèvement pour la défense des valeurs, un soulèvement que n’avaient prévu ni la gauche ni l’opposition, en faveur du mariage civil, de la protection des droits de l’enfant, et de l’opposition aux unions d’homosexuels. Commencée en juillet 2012, la faible opposition à ce projet de loi n’a cessé de croître, rassemblant plus d’un million de personnes le 13 janvier sur le Champ de Mars. Jamais président en exercice n’avait mobilisé une telle foule contre lui. Seul le Général de Gaulle avait fait descendre un million de personnes sur les Champs-Élysées, le 30 mai 1968, mais c’était en sa faveur.

La stratégie de la gauche et du président Hollande, face à ce mouvement spontané, a été de nier systématiquement le soulèvement populaire ; un soulèvement qui transcende les catégories sociales et économiques. Revenons sur les points les plus marquants de ce déni du peuple.

Suite à la première manifestation du 17 novembre 2012, qui a rassemblée plusieurs milliers de personnes, le président n’a pas daigné recevoir les organisateurs et a inscrit la loi à l’ordre du jour de l’action gouvernementale.

La manifestation du 13 janvier 2013, qui a rassemblé, environ 1,2 million de personnes, a été niée. Pire même, le gouvernement a imposé à la Préfecture de Police un communiqué faisant état de 340 000 personnes, communiqué prêt dès 14 heures. Ce chiffre est tellement saugrenu qu’il a décrédibilisé la préfecture, alors qu’elle ne fait qu’appliquer les ordres donnés.

Le collectif de la manifestation a organisé une pétition nationale à l’adresse du CESE qui a réuni plus de 700 000 signatures de citoyens. Cette pétition est sans précédent dans l’histoire de notre pays, tant par l’ampleur du nombre de courriers que par son organisation, qui assure une transparence réelle des chiffres. On sait aujourd’hui que Matignon, sur ordre de l’Élysée, a demandé au président du CESE de rejeter la demande de recours, qui était parfaitement valable. Ce rejet du peuple est ahurissant.

Dimanche 24 mars, une nouvelle manifestation a lieu. Le parcours est déposé en préfecture deux mois avant la date choisie. Trois jours avant le début, la Préfecture de Police, là aussi sur ordre du gouvernement, interdit le parcours demandé.

Le gouvernement ayant la majorité au Parlement, la loi peut aisément passer, quoique le vote du Sénat puisse être serré. Mais ce que le gouvernement peut gagner par arithmétique parlementaire, il le paye au prix fort. Dans l’immédiat, et pour la suite, la victoire législative possible de la loi Taubira sera une défaite amère pour la gauche.

Le déni de démocratie est si évident que la fracture ouverte ne pourra jamais se combler. Le peuple qui marche n’est certes pas de gauche, et c’est pourquoi le gouvernement ne veut pas l’écouter, mais l’onde de choc de la violence gouvernementale dépasse largement le cadre restreint de la population électorale de gauche. En réaction à cette loi, c’est toute une génération de 15-35 ans qui s’est formée à l’action politique. Cela va de la distribution de tracts et du collage d’affiches à des interventions plus importantes. Pour beaucoup, cela restera éphémère, pour d’autres c’est le début d’un engagement politique profond. Il n’est jamais bon de voir son ennemi politique recruter des cadres, se former, et apprendre à manier la praxis politique. C’est une génération Sarkozy, même si tous ne sont pas des admirateurs de l’ancien président, qui pourra se révéler bien utile pour les partis traditionnels lorsqu’il faudra mener les élections.

L’incertitude demeure sur les suites de ce mouvement. Le Tea Party américain a été incapable de renverser Obama, et le mouvement s’est éteint. Cette vague va-t-elle durer ? Les partis politiques vont-ils être en mesure de capter cette jeunesse militante et cet électorat conservateur et fier ? Pour les partis de droite, il y a là un véritable défi à relever. Beaucoup s’y sont déjà heurtés. En ne se prononçant pas, l’UDI a montré qu’elle n’avait ni doctrine ni idée, en tergiversant, le FN a témoigné de son manque de cap clair et cohérent. En engageant les militants UMP à manifester, Jean-François Copé a montré qu’il avait un grand sens politique. Cette manifestation a aussi permis de clore le débat, à droite, sur la droitisation et le combat des valeurs. L’avenir est donc plein d’incertitude, et l’on verra plus tard si le printemps français est bien là, mais en se coupant du peuple, en le maltraitant et en le moquant, la gauche a beaucoup perdu.


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  1. Gauche, Droite, Gauche, Droite….
    Même si j’approuve le fonds de l’article, pourquoi toujours appuyer sur le clivage gauche / droite.
    Il n’y a pas que la gauche et la droite dans la vie, des termes tellement galvaudés qu’ils ne veulent plus rien dire.
    Je ne suis ni de droite, ni de gauche, mais du parti du bon sens et de la liberté.
    On assiste pas là à un soulèvement de la droite contre la gauche, mais de la protestation du peuple contre un pouvoir politique incompétent et autocratique.
    L’important n’est pas le thème choisi pour ces protestation, mais l’ampleur du soulèvement face à un gouvernement autiste qui ne veut rien entendre.

  2. Vous commettez une lourde erreur sur un point : le Tea Party américain ne s’est PAS éteint, on ne sait pas encore trop si ce mouvement va avaler le GOP qui est déjà mort et enterré ou s’il va se muer en parti libertarien, mais il va forcément se passer quelque chose.

    1. L’auteur ne doit pas vivre aux USA, suivre de prés les Tea Party, voire y adhérer, pour dire une telle ânerie, digne de nos journaleux de caniveaux dogmatiques des médias tous à gauche, pour ceux qui aiment les pléonasmes.

      1. Le Tea Party a été partiellement phagocyté et récupéré par les caciques du GOP, qui ne peuvent toujours pas le supporter. Il n’est pas mort et enterré mais l’auteur n’a pas totalement tort quand il dit qu’il n’a pas réussi à enrayer Obama, ceci ayant été réélu dans des circonstances défavorables.

  3. J’étais à la manif et en haut de l’avenue Foch, j’ai vu les policiers gazer les familles sans la moindre raison. Je me suis rendue ensuite sur la Place de l’Etoile et là aussi gazage gratuit des policiers. Les groupuscules d’extrême-droite sont un mensonge de Valls.
    Tout le monde rigole de Christine Boutin mais cette image de Christine Boutin parterre décrédibilise totalement Valls et son préfet.
    Ce sont des menteurs.
    Honte sur eux. On ne les oubliera pas.

  4. Quand un gouvernement n’a ni trajectoire ni force mentale, il joue les matamores et bétonne ses insignifiances délétères.

    Mieux encore, il tente de repousser la contradiction populaire comme une poussière sous le tapis :-)

    Quel français se sent-il encore « représenté » ou confiant dans ce gouvernement ? (je dirais aussi quel européen ne sent pas la menace de cette bande d’incapables) ?

    Seule hypothèse de sa longévité funeste, une opposition assez erratique et granuleuse, ais chacun sait que le lait caillé peut soudain se solidifier :-)

    1. « Quel français se sent-il encore représenté ou confiant dans ce gouvernement ? »

      Peu, sans doute. Mais peu importe puisque les français, comme un seul homme, se présenteront encore aux urnes lors des prochaines élections.

  5. La gauche n’est pas en train de perdre le peuple, elle est en train de le remplacer. On fait partir les plus riches et les plus entreprenants et on fait venir toute la misère du monde. Par exemple, ils vont augmenter le nombre de visas délivrés aux algériens.
    Pour paraphraser Brecht : « Le peuple pense mal, changeons le peuple »

    1. Et ils ne s’en cache pas, il suffit de voir les conclusions de Terra Nova sur le sujet.

      Par chez moi certaines catégories de population faisaient ouvertement campagne pour Hollande. Un de leurs arguments choc étant « voter pour lui il va relever l’allocation de rentrée scolaire ».

      Une fois qu’il a été élu ils se sont mis à scander qu’ils attendaient « le retour sur investissement »…

      CPEF

  6. Mr. Kokel je suis d’accord avec vous. Tout le monde s’exprime sauf le peuple. Ceux qui s’expriment pour le peuple, et entre autres les journalistes, lui font dire ce qu’ils veulent. Il y a longtemps que la démocratie représentative ne représente plus personne. Les découpages électoraux et les calculs majoritaires ont fait que ceux qui tiennent le haut du pavé décident pour le peuple sans son avis, librement et légalement. Attention à la prochaine révolution dont le peuple français est capable.

    1. Je me permets d’ajouter qu’on écrit « cote de popularité », sans accent circonflexe. La côte, elle, étant de porc, Atlantique ou escarpée.

  7. « C’est une génération Sarkozy »

    C’est une plaisanterie ? Si la droite UMP pense vraiment que miser sur l’ancien président actuellement mis en examen est la solution pour revenir au pouvoir, c’est qu’elle est elle même particulièrement déconnectée du « peuple ».
    Il y a ici, dans cet article, une pâle tentative de récupération d’un mouvement populaire.

    1. La vraie plaisanterie, c’est encore de qualifier l’U.M.P, de droite !! Depuis quand ? C’est nouveau ? Cela vient de sortir ? On aurait dû nous tenir au courant, on nous cache tout ! Jupé, Raffarin, NKM (sans aucune différence avec sa copine Hidalgo) … à droite ! Mais bien sur, et nous nous sommes curés de campagne ?
      C’est sur, si on base ses analyses, par apport à la gauche communiste dogmatique, appelée sociale démocrate, pour noyer le poisson, et surtout continuer à nous mentir, éventuellement en peut le comprendre, sinon …. Déjà pour eux, Sarkozy était ultra-turbo-hyper-néo libéral ! oui effectivement, vu sous cet angle !!! Mais sinon arrêtons une fois de plus de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas.

  8. Surtout la gauche ne sent pas la colère du peuple monté, contrairement au message de nos journal-eux accrédites qui en sont restés au « mariage pour tous.
    Cette dernière manifestation était l’expression d’un rejet de la politique actuelle (69% d’après les sondage)

  9. Article très intéressant et qui a surtout le mérite à mes yeux de penser aux suites du mouvement « manifpourtous ».
    D’accord pour dire que l’UDI et le FN ont montré à cette occasion toute leur ambiguïté et leur manque de cohérence.
    Seule l’Ump pourrait « capter cette jeunesse militante et cet électorat conservateur et fier ». Mais pour ça, il faudrait que l’Ump réfléchisse à un véritable programme, fasse un inventaire de son action passée, anticipe les mutations à venir… Bref, il faudrait que l’Ump travaille.
    Et c’est là que j’ai un doute. Ils ne font à mes yeux que gesticuler, piquer les idées idiotes du PS (les primaires….) et, pour une partie d’entre eux, rêver au retour de Sarko.
    Dommage…

  10. Je ne suis pas favorable au mariage homo ni au mariage civil tout court, mais au minimum à l’extension des droits que donnent le PACS, à la liberté contractuelle en générale et au maintien du mariage tel qu’il a toujours été: une institution de la société civile engageant deux hétéros.

    Mais il a bon dos le peuple quand on parle en son nom. Certe la manifestation est bien plus impressionnante que ne l’ont fait croire les journaleux affidés au pouvoir, mais ça n’indique rien sur la marche à suivre, puisque les sondages montrent un soutien (ou un désintérêt) des français sur la question. Donc le peuple il n’a rien parlé du tout, attention à vouloir faire de la récup’ pas chère sur le mode « indignez-vous! »

    Quand la gauche veut gouverner dans la rue en envoyant ses armées de syndicats et d’étudiants, on le lui reproche, faisons de même quand il s’agit de la droite si on veut être cohérent.

  11. « l’opposition aux unions d’homosexuels » : non, au mariage.
     » Le peuple qui marche n’est certes pas de gauche » : Qu’en savez-vous ? Et que voulez-vous dire ?
    Bref, je suis globalement d’accord avec l’article mais il est parfois approximatif ou ambigu.

  12. Vaste question qui soulève plusieurs contradictions potentielles :

    – Qu’est ce qui est plus légitime, un gouvernement élu (même par 25% de la population) ou une marche dans la rue de 1% de la population ?

    – Le jour ou un gouvernement élu est libéral et impose des mesures fortes dans la ligné libérale et que le peuple proteste de même ampleur qu’ici, quelle ligne adopter (en admettant que les policiers soient respectueux du mouvement évidement) ?

    – L’autodétermination du peuple se fait elle par le gouvernement, la manifestation ou par avis successifs ? Je suis personnellement plus proche de cette dernière option, la voie du referendum est la plus sage et la plus indiscutable.

    1. « la voie du referendum est la plus sage et la plus indiscutable »

      c’est évident.

      Mais ni la « droite » , ni la gôche » n’en veulent ! Seule Marine Le Pen s’y engage si elle est élue

      c’est pour quand le référendum sur l’immigration et la préférence nationale ????……………..

    2. Les forces de l’ordre d’après la Constitution auraient du défendre les manifestants parce que :
      ART. 6. — La loi est l’expression de la volonté générale.
      Or 61 % des inscrits n’ont pas voté pour Hollande aux présidentielles. En ajoutant les Français non inscrits qui n’ont pas voté non plus pour lui, il est évident que par l’élection de Hollande, la loi sur le mariage homo ne remplit pas l’exigence de la Constitution :

      ART. 12. — La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique; cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée.
      « L’autorité judiciaire doit demeurer indépendante pour être à même d’assurer le respect des libertés essentielles telles qu’elles sont définies par le préambule de la Constitution de 1946 et par la Déclaration des droits de l’homme à laquelle il se réfère. » (loi constitutionnelle du 3 juin 1958 – 4°)
      Et puis souvenez-vous, « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. » (Art.5 Constitution de 1958)

  13. Je savais qu’en faisant confiance à JF COPE on arriverait petit à petit à revaloriser la famille, les valeurs, le travail. La France que j’aime était là le 24 mars et cela m’a encouragée, nous devons poursuivre le combat. Le gouvernement actuel refuse d’écouter le peuple, nous ferons tout pour exiger de lui qu’il le respecte !

    1. « Je savais qu’en faisant confiance à JF COPE… »

      vous devez être très mal informé !

      C’est Copé qui a viré de l’ump Christian Vanneste,( député ump), pour « propos homophobe » !

      C’est Copé qui a voté contre le projet de loi de Gilbert Collard et Marion Maréchal Le Pen qui demandaient la suppression de l’AME !

      seuls les FAits permettent de juger une politique………………

      1. Cette histoire avec Mr Vanneste est d’ailleurs fortement intéressante d’un point de vue libéral: Mr Vanneste a été traité d’homophobe parce qu’il a évoqué « la légende de la déportation des homosexuels ».

  14. Article bien en deça de ce que veut « le peuple »…

    Islamisme, violences, immigration pour le rsa/cmu, matraquage fiscal pour distribuer le fric à des gens qui nous haïssent nous et notre civilisation, haine des serfs pour les néo aristos – voyez les victoires de la musique… , agro-alimentaire devenu fou, népotisme, promesses non tenues, référendum bafoué et je pourrais continuer encore et encore…

    Je tiens l’accueil d’un centre des impots et je suis pro-libéral, et j’en entends que je ne pourrais pas répéter ici passible de la loi… La guerre d’algérie en France où nous sommes les colonisés…

  15. Ce qui est insupportable, pour moi comme pour de nombreux participants (de droite comme de gauche), c’est ce mépris tranquillement jeté en pleine face d’une foule immense (le rapporteur du projet au Sénat, Mr Michel, pas n’importe qui donc, a pu déclarer : quelques badauds et quelques jupes plissées sur les Champs Elysées…).
    Face à ce mépris, il convient de garder son sang froid, mais la détermination ne fait qu’augmenter, et le régime Hollande paiera très cher

  16. Le problème des comptages n’est pas la vérité mais la perception qu’en ont les acteurs.
    Malgré le bricolage sournois des « compteurs policiers », et aussi malgré l’amateurisme des organisateurs dans cet exercice, ce qui pèse est bien le sentiment des manifestants qu’ils étaient plus d’un million ! Cette « certitude » est leur récompense et l’encouragement à revenir, exactement ce que combat le petit ministre de l’Intérieur.
    Il peut convoquer la presse à toutes les démonstrations d’expertise dans les services de police qu’il ne pourra ôter la conviction des opposants au mariage et à l’adoption gay d’être une grande armée qui marche contre lui et son maître.
    L’insurrection est affaire de convictions. A suivre.