Crise de l’Euro : où va l’Allemagne ?

Publié Par Aurélien Véron, le dans Monnaie et finance

Dans la crise de l’Euro, les divisions entre Allemands et BCE se font plus visibles. Va-t-on vers une sortie du pays de l’Eurozone ?

Par Aurélien Véron.

 

Jens Weidmann, président de la Bundesbank

Jens Weidmann, président de la Bundesbank, a voulu démissionner de son mandat. Son prédécesseur avait déjà démissionné de son poste pour ne pas avoir à être solidaire de la politique menée par la BCE. Ces deux sommations annoncent-elles une rupture de l’Allemagne avec l’euro ? En montant une coalition anti-Merkel dès son élection, François Hollande n’a pas franchement calmé cette dérive.

La BCE cède progressivement à la tentation de la planche à billets pour financer les déficits publics de la zone euro. Sous la pression implicite des gouvernements du sud, elle abandonne ses principes pour « préserver l’euro » coûte que coûte. Ce laxisme n’est pas du goût de tout le monde, notamment pas du maillon fort de la BCE, la Bundesbank. Anecdote peu abordée (qui connaît la Bundesbank en France ?), mais pourtant cruciale, son actuel président aurait menacé de démissionner. Ce geste est d’autant plus sérieux que son prédécesseur, Axel Weber, avait déjà quitté prématurément son poste de président, et abandonné la présidence de la BCE qui lui était assurée (malgré l’opposition de Nicolas Sarkozy, déjà favorable au laxisme de la banque centrale).

La dimension idéologique de ces conflits apparemment technocratiques n’a échappé à personne. L’enjeu fondamental posé par la Bundesbank, c’est l’impact de la monnaie sur la croissance et sur l’emploi. Malgré ses discours de fermeté, Mario Draghi semble rejoindre le camp de ceux qui voient dans le levier monétaire une solution à la crise. Jens Weidmann, au contraire, juge l’action monétaire inadaptée à la résolution des crises. Si l’accroissement de la quantité de monnaie en circulation engendrait de la richesse, il suffirait d’imprimer du papier pour renouer avec la croissance. Ce que croit encore une bonne partie de la classe politique française, de gauche comme de droite.

Mais pas le président de la Bundesbank, pour qui l’inflation monétaire, en plus d’être inefficace pour relancer la croissance, constitue le rouage central de crises bien plus graves encore que celles qu’elle est censée résoudre. La crise actuelle n’est-elle pas la conséquence de la réponse à la crise des subprimes, elle-même fruit de la politique d’abondance monétaire d’Alan Greenspan en réponse à l’éclatement de la bulle internet ? Clairement, l’action de la banque centrale n’agit pas favorablement sur la production, la compétitivité et l’emploi. Les réformes structurelles, si.

Tous les membres du conseil de la BCE s’accordent sur la nécessité de diminuer les dépenses publiques et d’engager des réformes de compétitivité. Mais ils ne partagent pas l’approche orthodoxe de la monnaie, notamment pas son président. Il en ressort un clivage de plus en plus intenable entre ceux qui voient dans la BCE un dealer distribuant leurs doses aux gouvernements junkies du sud incapables de se désintoxiquer de leur addiction à la dette, et les autres qui espèrent un miracle de l’arrosage monétaire illimité.

La crise de la dette est avant tout un vote de défiance des marchés qui ne croient pas à la capacité des pays embourbés de rembourser leurs dettes. Si elle touche d’abord l’Europe du Sud, elle pourrait rattraper l’Allemagne, ce roc sur lequel tout le monde s’est reposé depuis la création de l’euro. En cédant sur ses principes sous la pression de ses partenaires européens du sud, elle se trouve de plus en plus exposée à leurs soucis. Et si l’assouplissement de la BCE satisfait la soif de liquidités abondantes des marchés à court terme, il nourrit ses appréhensions à plus long terme.

Résultat, le patronat allemand se prépare au scénario d’une rupture de l’euro depuis de nombreux mois. Et les administrations publiques n’ont aucune raison d’avoir fait pareil. Il est probable que les grandes institutions publiques et privées allemandes soient en ordre de bataille pour une séparation qu’elles jugent salutaire. Certes, Angela Merkel brûle ses jokers pour contenir la vague montante anti-euro dans son pays. Mais elle n’est pas éternelle. D’autant que dès son élection, celui qui aurait dû être son allié a commis l’erreur stratégique de se rapprocher des pays du Sud pour monter une coalition et faire pression sur elle. Malgré le récent retournement de stratégie de François Hollande en faveur de Merkel, le mal est fait. Dans la tête des Allemands, la France fait partie des pays du sud, irréformables et dépensiers, dont l’unique objectif consiste à jouer la montre et à lui demander des chèques en blanc.

La fragmentation de l’euro pourrait donc ne pas venir de la Grèce, dont la sortie de l’euro semble acquise pour tout le monde, mais bien de l’Allemagne. La menace de démission de Jens Weidmann ne doit pas être perçue comme du bluff, mais comme un nouveau coup de semonce de l’Allemagne. Si le gouvernement français ne change pas de cap rapidement pour restaurer la confiance des Allemands et de l’Europe du Nord, il expose toute l’Europe au risque d’une scission-surprise de l’euro. Est-ce l’ambition de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault ?

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      1. Pourquoi donc ? Sortir de l’euro permettra aux Allemands de remonter leur pouvoir d’achats, vu qu’ils produisent trop par rapport à leur consommation… Et ce n’est pas avoir un DM fort qui leur mettra des batons dans les roues.

        Au fait, les PIIGS ne sont au final rien d’autre que le modèle keynésien ultime, où la demande est complètement surévaluée par rapport à l’offre alors que l’Allemagne est tout son contraire. Et certains veulent encore relancer la demande de ces pays…
        Dans la théorie, c’était censé marcher…

        1. C’est juste pour un constat très concret :

          Mon boulot est de chiffrer des équipements pour des l’industriels, et aujourd’hui c’est 60% de ces équipements qui sont produits en Allemagne.
          Si le change provoque une augmentation de plus de 15%, ce sera plus 60% mais très rapidement 10% remplacé par du matos Américains, Japonais, Coréens, Français et Italiens.
          Et cela les industriel Allemands le savent et c’est surtout à ce niveau que ce fait la vraie économie

  1. Bonjour,

    Très très bon article AUrélien. Je pense depuis longtemps que l’Allemagne sortira de l’Euro et ce sera salutaire pour tous les autres pays car la monnaie se dévaluera et offrira une bouffé d’oxygène à tout le reste de la zone.

    L’arme monétaire est aujourd’hui la seule voie possible. Ceci dit, l’inflation est le seul levier avancé par les pays, ce qui est un peu gênant. Une dévaluation serait plus salutaire puisqu’elle boosterait la croissance permettant un plan de redressement des comptes publics plus performants.

    La situation actuelle est bloquée, et la crise n’est pas une crise du surendettement des états du SUd. L’Espagne par exemple est moins endettée que l’alllemagne et la France en % de son PIB. Puisque selon Eurostat, la dette Espagnole est de 60% DU PIB contre 82% pour l’allemagne et 89% pour la France. Pour l’Espagne, c’est plutît l’effondrement de la valeur des actifs immmobiliers qui inquiète puisque in fine, c’est la valeur de nos propriétés qui garantit cette dette publique. Pour l’Espagne c’est plus un problème de manque de croissance que de surendettement. Pour La France c’est un gros problème de gestion publique, deuxième pays d’Europe après la Grèce à avoir une mauvaise gestion publique. Mais les Français sont riches et c’est la valeur de nos actifs privés qui permettent à la France de s’en sortir.

    Il y a une disparité forte dans la situation de chaque Pays. Les lieux comuns disant que les PIIGS connaissent une situation de surendettement dues à une gestion publique déplorable n’est pas totalement vrai. La situation est bien plus complexe.

    Dans la globalité cette crise est à bout de souffle. Sa gestion deflationniste est un échec. Sans croissance en tout cas tout cela est une grande farse.

    Le Problème Européen a commencé il y a trois ans avec la Grèce et L’Irlande et représentait un problème de 450 Milliards D’Euros. L’Italie, l’Espagne et le portugal ont rejoint le cortège et nous avons aujourd’hui u problème de 3400 Milliards qui va grossir rapidement puis le reste de la zone y compris l’allemagne rentre en récession, certainement durable, les déficits vont exploser dans tous les pays et ce compris France et allemagne.

    en Arrêtant les comptes aujourd’hui, la dette existante a été cntractée à un taux de 3% en moyenne, aujourd’hui au taux de refinancement, ces pays en crise d’endettent à plus de 6%. ce qui veut dire que pour les banques qui les ont financée portent 1700 milliards qui risque de grossir fortement si d’autres pays flanchent. A titre de comparaison, il me semble avoir lu que le capital social de toutes les banques allemandes représente environ 300 Milliards. Ce qui veut dire qu’avec le trou qui existe aujourd’hui c’est tout le système bancaire qui est déjà en faillite.

    Bien sûr avec des maturités de dette entre 5 et 7 ans, les pertes apparaissent progressivement. Mais nous avons déjà trois ans de crise et je ne connais pas les montant de maturité. Il n’y a peu d’espoir que tous ces pays retrouvent un endettement à 3%, restons sérieux. Personne n’achètera plus jamais l’idée que de la dette Grèque ou Italienne vaut la même chose qu ede la dette allemande.

    Les banques n’ont aucun moyen d’absorber le choc. Avec des valeurs boursières de toutes les banques d’europe continentale, y compris Allemande et Suisses qui se sont effondrées entre 70% et 98%, elle n’ont aucun moyen de lever du capital en Bourse. Les Pays surendettés ne pourront pas financer le trou.

    La situation en l’état est condamnées à être bloquée et d’exploser. Le seul levier reste l’assouplissement monétaire. Le recours à la monétisation de la dette comporte un risque d’inflation fort vu les montants en jeu aujourd’hui. Il aurait du être utilisé au départ pour enrayer la crise avant qu’elle se propage.

    Reste une dévaluation forte de l’Euro. Mais quel est le bon niveau ? Les besoins sont de plus en plus disparates entre les pays du Nord qui ont besoin d’Euro fort et ceux du Sud qui ont besoin d’un Euro faible. La situation est tellement différente d’un pays à l’autre que les besoins en matière monétaire sont tous différents. L’Euro empêche un réajustement sérieux.

    Mais pour utiliser la monnaie, il faut revoir les bases des traités, revenir sur le concensus. L’Euro n’est pas une monnaie au sens traditionnel. C’est une institution rigide qui n’offre aucun moyen sérieux de modifier une ligne qui a été tracée une fois pour toute. Toucher la monnaie c’est revoir tout l’édifice …

    Nous avons besoin de croissance et sans dévaluation il n’y en aura pas. Mais les économies sont si disparates qu’il va être difficile de trouver un niveau de dévaluation optimal dans destabiliser un certain nombre de pays. Je pense que l’Allemagne sortira. et ce sera la meilleure des choses. Il faut suivre les élections.

    Pour tous, nous sommes à l’Aube d’un dérèglement monétaire fort. Limitez au max vos position sur la zone Euro. Et évitez l’immobilier. la monnaie va perdre une grande partie de sa valeur si elle se maintien, tous les actifs libellés dans cette monnaie seront donc affectés. Privilégiez le placement monétaire dans d’autres devises. Mais attention le système bancaire est en faillite technique. SI un assouplissement n’arrive pas, il y a un risque que des banques déposent le bilan. Votre argent n’est pour l’instant pas en sécurité dans les coffres de vos banques préférées … et j’inclue les banques suisses. Le Franc suisse est correllé à l’Euro et les banques suisses dépendent de l’Europe et sont en très grande difficultés boursière comme le reste des banques Européennes.

      1. Bonjour,

        Tout est lie. Sans assouplissement monetairec’est la ruine pour tous les pays qui consomment du produit allemand. Donc plus de clients. C’est ce qui commence deja des cette annee. L’economie allemande va mal. Elle avance a grand pas dans la recession.

        Je pense qu’ils vont maintenir le statu quo jusqu’au dernier moment. Si la france flanche je crois que ce sera definitif. La france pourrait se trouver en ballotage des 2013. La croissance est nulle depuis plusieurs mois, on finira en negatif et les deficits vont exploser des l’annee prochaine.

        Cette crise est un desastre pour les finances de l’allemagne, il n’y a pas de pays plus expose qu’eux. Sans capital pas d’industrie ni competitivite. Leur modele est deja mort et enterre, ils ne s’en sont pas encore rendu vraiment compte j’ai l’impression.

        Depuis un an je vois de nombreux signaux qui semble montrer que les industriels allemands se preparent a une disparition de l’euro.

        Et nous sommes dans une crise de la dette donc des finances et donc de la monnaie. Desole d’appliquer une analyse financiere mais il ne peut pas en avoir d’autre. Le mode mercantiliste allemand est entierement lie a la monnaie. L’allemagne a reincesti toute son epargne pour soutenir les autres pays et on lui demande de continuer. Sa sortie brute devrait lui couter 500 milliards puisqu’elle detient 1000 milliards qui a perdu 50%. Y rester … Coutera nettement plus cher pour une duree et un resultat inconnu. Le pays a deja 82% de dette sur PIB sans croissance sa situation est assez pietre et son actif principal cad son industrie commence a flancher. Ce pays n’a pas les moyens de continuer dans l’Euro. Son modele economique est aujourd’hui en faillite … Bien sur il faut attendre 2/3 ans avant que ca soit clair.

  2. Draghistorique !

    Comme le disait Jacques Bainville : « les banquiers gouvernent le monde ». Et il en est un qui vient de prendre le contrôle d’une bonne partie de l’Europe : le Président de la BCE. En quelque sorte, l’Europe vient de trouver son patron, son président de fait, peut-être son Empereur. L’Europe attendait son fédérateur, son despote éclairé, sa poigne de fer ; elle l’a trouvé. Certes, la route sera longue et elle est semée d’embûches mais Draghi a beaucoup d’atouts dans son jeu.
    Tout d’abord, il y a un consensus partout en Europe chez tous les responsables, tous les dirigeants, ils l’ont dit et répété : il faut continuer avec l’euro. Les économies des grands pays de l’eurozone ne convergent peut-être pas encore mais elles sont de plus en plus étroitement imbriquées. Plus aucuns dirigeants économiques ou politiques ne souhaitent revenir aux changes flottants, aux risques de change, à l’instabilité monétaire entre les grands pays de la zone euro. Ce serait ingérable et c’est en ce sens qu’ils disent que l’euro est irréversible.
    A partir de là, la seule route possible c’est celle de l’ajustement et de la convergence. Et Draghi s’est maintenant donné les moyens d’agiter la carotte et le bâton. Moi président de la BCE, je suis prêt à vous racheter vos dettes, oui mais, montrez-moi vos réformes ! C’est la ligne Merkel effectivement qui est une ligne médiane car en Allemagne il y a des banquiers extrémistes qui ne veulent entendre parler que de gros bâtons et de misérables carottes. Ces derniers peuvent poser problème mais Draghi a les moyens de les contourner car il a de nombreux alliés soit tous les gouvernements et responsables politiques européens ravis de lui refourguer la patate chaude de la dette. Il pourra compter sur eux notamment pour faire sauter le verrou de la création monétaire à liquidité constante qui n’est pas tenable en effet.
    La décision et maintenant l’existence politique de Draghi arrangent beaucoup de monde. Il sera désigné comme le sauveur de l’euro ou le méchant instigateur d’austérité et de réformes impopulaires, ce sera selon. Mais tant que le président de la BCE ne sera pas soumis à l’élection ou restera assez indépendant du politique, il sera solidement installé sur son roc et emmènera l’Europe là où il veut. La démocratie pure n’a jamais été à l’origine de construction politique solide. L’émergence de la fédération européenne a maintenant besoin de son moment « autocratique ». Si, par malheur, il n’advenait pas, la régression vers les divisions européennes d’avant 1945 ne sont pas à exclure tant l’anarchie, le désordre et le sauve-qui-peut égoïste formeront sa seule alternative.
    Ce sont les banquiers italiens du Moyen-âge qui ont lancé la Renaissance européenne. Souhaitons à Mario Draghi d’en être leur digne successeur !