Huit raisons qui font que la France perdra sans doute son « triple A » avant les élections de 2012

Publié Par Philippe Simonnot, le dans Économie générale

Philippe Simonnot ne croit pas que la France conserve son triple A bien longtemps. Il explique pourquoi, dans un article paru initialement dans Marianne et mis en ligne par l’Institut Turgot.

La panique qui s’est emparée de la classe politique française à la suite de la dégradation du triple A des États-Unis donnerait envie de rire si nos porte-monnaies n’étaient directement concernés , et surtout si elle n’était pas justifiée par la réalité.

La note française sera sans doute abaissée d’ici la prochaine présidentielle de 2012, au moins pour huit raisons.

1. Avec la dégradation de la note américaine, un tabou a été franchi : un grand pays a perdu son triple A, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de la première économie mondiale. Si les États-Unis sont abaissés, alors pourquoi pas la France ? C’est la question que tous les marchés se posent maintenant.

2. La dégradation américaine est une mauvaise nouvelle pour les pays européens déjà fragiles, et notamment l’Espagne et l’Italie. Ces deux pays pèsent lourd sur la zone euro. L’environnement économique immédiat de la France est touché. On est sorti du cas « bénin » (apparemment) de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande.

3. Pour s’en sortir, notre Napoléon comptait sur le Grouchy de la croissance économique. C’est le Blücher de la stagnation qui est arrivé. La croissance zéro de l’économie française au deuxième trimestre sonne le glas des plans budgétaires que notre gouvernement a bâtis sur la comète. Le rétablissement, s’il a lieu, sera beaucoup plus long et beaucoup plus douloureux que prévu, la croissance espérée n’étant pas au rendez-vous. Waterloo morne plaine !

4. Aujourd’hui, la France est entrée dans une spirale de la dette tout à fait classique. Et ce quel que soit le choix gouvernemental. Si l’État réduit ses dépenses et augmente ses recettes, il plombe un peu plus l’économie. S’il ne le fait pas, la dette augmente. Dans les deux cas, le poids relatif de la dette publique (en % du PIB) s’accroît, mettant en cause notre capacité de remboursement.

5. La « règle d’or » que cherche à vendre Sarkozy aux parlementaires, c’est du pipeau par rapport à ce qu’ont établi les Allemands : pas de vraies contraintes, pas de date butoir. La polémique politicienne que cette tentative a générée en dit long sur la clairvoyance d’une classe politique qui a été incapable d’équilibrer le budget de l’État depuis trente-sept ans ! Il en est ainsi parce que la pression étatique est telle que les Français, qui fraudent déjà beaucoup, sont au bord de la révolte fiscale et que nos gouvernements, de droite comme de gauche, préfèrent la fuite en avant dans l’endettement. À noter en passant que des milliers d’emplois sont protégés, voire créés par certaines des « niches fiscales » qu’il s’agit de supprimer au risque d’aggraver le chômage, déjà scandaleusement élevé.

6. L’auto-destruction d’un État-Providence, dont la France est le champion dans l’Euroland, est aussi prévisible au bout de deux ou trois générations que le fut la faillite du système soviétique : moins d’enfants et plus de chômeurs, moins d’épargne et plus d’impôts, moins de sécurité et plus d’immigrés, et si les politiques le nient ou le dénient, les marchés, eux, le savent fort bien et en tiennent compte.

7. Les primaires socialistes vont obliger le candidat du PS à en rajouter dans la démagogie. On n’est qu’au début de la course à l’échalote monétaire.

8. La gauche elle-même a intérêt à ce que la note de la France soit dégradée avant l’échéance de la présidentielle. Sarkozy humilié par les marchés, elle serait sûre de gagner ; une fois au pouvoir, elle n’aurait pas à redouter de subir cette première, la perte du triple A par la France – même s’il y aura d’autres dégradations à venir. Souvenons-nous qu’au début de son règne François Mitterrand a dévalué le franc, non pas une fois, mais trois fois.

Maintenant couvrez-vous comme vous pouvez !

—-
Philippe Simonnot est directeur de l’Atelier de l’Economie Contemporaine. Dernier livre publié : « Delenda America », (Editions Baudelaire). La version originale de ce papier a été publié dans Marianne en date du 16 août 2011 sous le titre  » huit raisons pour baisser la note de la France d’ici à 2012″.

Laisser un commentaire

  1. Cet article décrit avec beaucoup de clairvoyance la situation actuelle de la France.

    A propos du triple AAA de la France, comme je l’ai écrit lors d’un précédent commentaire, l’actuel gouvernement mérite pas le triple mais le QUINTUPLE AAAAA (Association amicale des amateurs d’andouillette authentique)

  2. mouais, je suis pas sur de cette perte du AAA français.

    les usa l’ont perdu car ils sont endettés aussi bien au niveau de l’état qu’au niveau personnel.

    Alors que la France est un pays d’épargnants, et la dette publique (lol) est relativement simple à gérer (si les marchés viennent pas foutre leur bordel).

    on a encore des marges de manoeuvres, faut pas flipper.

  3. Pas besoin de dégradation de la note française pour que la droite perd les élections présidentielles en France.

    Il y a une corrélation directe entre l’état de santé de l’économie – symbolisé par le comportement des marchés financiers – et l’issue des élections.

    http://www.daily-bourse.fr/analyse-OBAMA-President-Mission-Impossible-vtptc-6823.php

    On peut d’ores et déjà anticiper que Sarkozy et la droite en France, tout comme Obama et les démocrates aux USA, seront éjectés du pouvoir.

  4. Avec le commentaire posté à l’époque :

    (17) Election présidentielle en cours ! Les marchés progressent depuis quatre ans et sont sur un nouveau sommet historique (idem pour le CAC40 en dollars). A moins d’une guerre atomique mondiale, de l’écrasement d’un astéroïde géant sur la terre, ou du débarquement des petits hommes verts dans les deux semaines qui viennent, l’issue du scrutin en cours ne laisse pas de place au doute. Le candidat de la droite sortante à déjà une bonne longueur d’avance à l’entrée de la dernière ligne droite.

  5. Et pour ce qui est d’Obama, sa chute dans les sondages d’opinion est historique.

    Il y a deux ans, je ne pensais pas qu’il pourrait finir son mandat :

    http://philippulus.daily-bourse.fr/post/Obama%2C-10-de-der-!

    Entre temps, le QE2 est passé par là, qui a fait remonter les marchés (sans relancer l’économie).

    Ceci-dit, cela ne change rien à l’issue prédictible du scrutin, s’il a bien lieu à la date prévue.

    Obama sera laminé !

  6. Le scénario de Rogoff et Reinhart (Cette fois, c’est différent, ouvrage qui est une mine de renseignements sur les défauts souverains des huits derniers siècles) est en train de se réaliser : à un taux de 86 % du PIB, l’endettement s’emballe. On est quand même à 20 milliards d’emprunts tous les mois. Si on rajoute les conneries de Sarkommuniste Ier pour sauver l’Euroland, le mur sur lequel la gigantesque boule de dettes se dirige n’est plus très loin. Et ce n’est pas en achetant le directeur d’une agence, que les choses changeront.

  7. KuingYamang : « On ne discute pas de l’hypothèse de la perte du AAA de la France (ou pas), on discute du quand exactement va-t-elle le perdre. »
    —————-
    La France a déjà perdu son AAA l’année dernière selon la notation de l’agence Dagong et était rétrogradée à AA. Et cette année, elle est descendue encore, à A+.
    Dagong avait déjà rétrogradé les USA à AA, S&P n’a fait que confirmer un bon diagnostic. Pour ce qui est de compter l’argent, je ferai plus confiance aux Chinois qu’à nos économistes post-modernes.

      1. Fitch ou Moody peuvent très bien l’un ou l’autre dégrader la France, histoire de faire la une comme S&P avec les USA. Objectivement, nos politicards n’ont absolument rien pour justifier leurs certitudes bidons sur le maintien de la note, d’autant plus que dans son tout dernier rapport, Dagong classe la France en DESSOUS des USA !
        C’est ironique que ceux qui font de la cavalerie financière avec force méthode Coué sont aussi les plus ardents promoteurs du principe de précaution ailleurs. Y’en a marre de ces clowns qui jouent du violon.

        1. Et pourtant, Fitch et Moody ont toutes deux également confirmé le AAA de la France…

          Une grosse différence entre la France et les USA est que chez nous, pour l’instant, il y a une vraie volonté de réduire le déficit. On peut en regretter la faiblesse, mais c’est déjà plus qu’aux USA; en tout cas assez pour convaincre les 3 grandes agences de notation…

          (bon évidemment, si le PS gagne en 2012, on en reparlera à ce moment)

          1. Gilles : « chez nous, pour l’instant, il y a une vraie volonté de réduire le déficit »
            ——————–
            Oui, preuve de cette « vraie volonté », le nabot a lancé le Grand Emprunt. Et que les économistes de la gôche proposent la lumineuse idée de sortir du bilan les « dépenses d’avenir ». En Franchouillie, pour réduire le déficit, réécrivons les règles comptables. Vous avez la fièvre, il suffit de casser le thermomètre.

  8. « Sauf que les notes de Fitch et Moody ne sont pas basées sur le même calcul que les notes de S&P. »

    Ce qui du coup conforte le AAA français ;)

    Notez que je n’ai pas dit que la gestion des déficits était admirable en France, juste qu’il y a une certaine volonté: les Français ont compris qu’il fallait réduire les dépenses. Et donc, du point de vue d’une agence de notation, ça veut dire que la pression des marchés est suffisante pour forcer l’Etat à réduire la gabeggie. A comparer aux USA qui, alors qu’ils subissaient une pression encore plus forte (menace de dégradation directe) n’ont pas été foutus d’agir et ont sorti au dernier moment un plan sans saveur.

    S&P cite expréssément la réforme des retraites; i lfaut au moins reconnaître ça àa Sarko: il a su faire passer une réforme très impopulaire comme indispensable dans le but de réduire le déficit. Ca montre qu’il est possible d’aller de l’avant, que noue ne sommes pas si foutus que ça, n’en déplaise à h16. ;)

    1. Gilles : « les Français ont compris qu’il fallait réduire les dépenses. Et donc, du point de vue d’une agence de notation, ça veut dire que la pression des marchés est suffisante pour forcer l’Etat à réduire la gabeggie. »
      ——————-
      Pouah, admirez le grand écart. Mais mon pôvre, les Français, eux, ont compris depuis longtemps qu’il fallait réduire les dépenses puisqu’ils sont parmi les plus grands épargnants de la planète, bien plus que les Allemands ! Mais ça n’a rien à voir avec l’attitude cavalière de l’Etat, qui en pleine crise de la dette, poursuit comme si de rien n’était son Grand Emprunt et propose de taxer plus. Comme volonté de lutter contre la gabegie, vous repasserez. Faut pas oublier qu’il y a tout juste quelques mois, nos hommes politiques, de gauche comme de droite, ne juraient que par des plans de relance massif à la Obama. Donc votre histoire « pression des marchés suffisante » ne rime à rien et les actions de l’Etat, non ses belles paroles, le démontrent!
      S’il suffisait de sortir des arguments bidon du chapeau pour changer la réalité, alors je peux vous retourner que les Français (les individus, pas l’Etat) ont réduit leur dépense, ce qui est un fait, ce qui plombe encore plus la croissance, ce qui réduit encore plus les recettes de l’Etat et aggrave le déficit, ce qui signale au marché des perspectives bien plus sombres sur la dette. Et mon argument bidon est bien plus logique que le votre, CQFD.

      Gilles : « Ca montre qu’il est possible d’aller de l’avant, que noue ne sommes pas si foutus que ça, n’en déplaise à h16″
      ———————–
      Avant d’être « foutu », on a encore de la marge. On peut s’enfoncer lentement pour être d’abord comme l’Espagne, puis l’Italie, puis la Grèce puis l’Argentine, puis le Vénézuela puis Cuba. On est dans le bon chemin pour « aller de l’avant », comme vous dites.
      Mais on peut aussi s’enfoncer très rapidement, avec un gouvernement bien populiste qui va remplacer le nabot et nous grâcier d’une bonne crise économique à la mode Argentine (et contrairement à eux, nous n’avons pas les OGMs pour nous aider à sortir du trou) bref, tout est possible, puisque c’est le contribuable et de toute évidence, ses enfants et petits-enfants qui régalent.