« Great Reset », « grande réinitialisation », « nouveau Bretton Woods » : cela vous concerne

World Economic Forum Great Reset Dialogue virtual summit Kigali 21 October 2020 by Paul Kagame (CC BY-NC-ND 2.0) — Paul Kagame, CC-BY

La grande réinitialisation, le nouvel ordre monétaire, affectera les contribuables et spoliera les épargnants. Pour comprendre où nous allons il faut savoir d’où nous partons.

Par Simone Wapler.

« Great Reset », « grande réinitialisation », « nouveau Bretton Woods » : autant d’expressions pour désigner la prochaine remise à plat du système monétaire mondial.

Great Reset expression de Christine Lagarde du temps où elle présidait le Fonds monétaire international et retenue par le forum économique mondial qui se tiendra non plus à Davos mais à Genève en 2021.

Nouveau Bretton Woods pour le Fonds monétaire international désormais présidé par la bulgare Kristalena Georgieva.

La plupart des gens sont plus intéressés par la politique que par la politique monétaire qui vise à financer la première. Aujourd’hui la politique se finance de trois façons : par les impôts, par l’emprunt (la dette publique) et par la planche à billets (ou en version moderne, création de crédit à taux zéro).

Dans les trois cas, il s’agit de notre argent. Avec les impôts, il nous est pris immédiatement sur nos revenus et nos dépenses. Avec la dette publique, il nous sera pris en différé. Avec l’inflation, l’argent nous est pris à la fois en différé et sur notre épargne. La dette publique et l’inflation font partie de ce qu’il est convenu d’appeler politique monétaire.

Le nouvel ordre monétaire sera politique, dirigiste et supranational, comme l’ancien ; il laminera les perdants de l’ancien ordre monétaire dont nous, Français, faisons partie. Il purgera partiellement les dettes, tout comme après la Seconde Guerre mondiale.

Bretton Woods ou l’ordre monétaire d’après la Seconde Guerre mondiale

Après la Seconde Guerre mondiale, les combattants européens sont ruinés et lourdement endettés. Seuls debout et prospères, les États-Unis. Ils ne sont pas seulement une puissance militaire mais une super puissance commerciale, le pays étant le plus gros exportateur mondial1.

Les accords de Bretton Woods, signés en 1944, entérinent un nouveau système monétaire dont les États-Unis sont le pivot. Le dollar reste la seule monnaie au monde convertible en or, au tarif fixé à l’avance de 35 dollars l’once. Accessoirement, le FMI et la Banque mondiale sont créés comme instances de régulation. Les autres monnaies sont flottantes et ne sont plus adossées à de l’or.

Il résulte de ces accords que pour payer leurs importations, la plupart des pays ont besoin non plus d’or mais de dollars. Les banques centrales des pays excédentaires stockent des dollars réputés as good as gold, aussi bons que de l’or. Certains pays émettent leur propre monnaie adossée à leurs réserves de dollars comme ils en émettaient autrefois en fonction de leurs réserves d’or.

D’une façon générale, les fonctionnaires des instances de régulation ne régulent pas grand-chose et sont moins efficaces que la foule des intervenants d’un marché. Sans surprise, l’organisation monétaire de Bretton Woods déboucha donc assez rapidement sur des désordres monétaires.

Par le passé, un pays qui importait trop voyait son stock d’or partir à l’étranger. Ses fournisseurs ne tardaient pas à le savoir et à se méfier. Ce pays avait du mal à emprunter. Les balances commerciales se régulaient ainsi avant que quiconque ne puisse devenir « trop gros pour faire faillite ».

La guerre de Corée, puis la guerre du Vietnam et enfin la course à l’espace poussent les États-Unis à la dépense. Trop de dollars sont émis et le doute commence à s’instiller concernant le dollar as good as gold.

L’Allemagne remonte la pente économiquement. Échaudée par son récent épisode hyper inflationniste elle demande la convertibilité de ses dollars en or. Le 15 août 1971, les États-Unis sont contraints de fermer le guichet de l’or et suspendent la convertibilité du dollar au prix de 35 dollars l’once. Il s’agit en réalité d’un défaut qui ne dit pas son nom et d’une dévaluation du dollar face à l’or.

Les pays producteurs de pétrole augmentent violemment leurs prix en dollar. Il en résulte un violent épisode inflationniste mondial.

L’après Bretton Woods : des monnaies flottantes à la dérive

Début 1976, les accords de la Jamaïque confirment l’abandon de l’or dans le système monétaire. Toutes les monnaies sont dites flottantes, c’est-à-dire que les marchés définissent le taux de change entre monnaies.

Toutefois, les matières premières, pétrole en tête, se négocient en dollars. Le besoin de dollars n’a donc pas disparu et les pays exportateurs de pétrole sont ensevelis sous les dollars. Les États-Unis vivent désormais en déficit commercial et budgétaire permanent, exportant de la dette libellée en dollars.

Par ailleurs, le risque de change devient une nouveauté qui conduit au développement de produits financiers sophistiqués2. Les fonds spéculatifs fleurissent tandis que les flux financiers se multiplient perdant toute attache avec les flux de marchandises (biens ou services échangés).

L’ère de l’économie de la dette

Bien entendu, les pays n’échangent pas des marchandises -biens ou services – contre de la monnaie papier. Ils les échangent contre de la dette. Les réserves de change des banquiers centraux ne sont pas des liasses de billets mais des obligations souveraines émises avec un certain taux d’intérêt.

C’est ainsi que les pays exportateurs entassent de la dette souveraine libellée en dollar surtout, en euro ensuite et accessoirement en livre, franc suisse, yen,… tandis que les pays déficitaires exportent des promesses de payer un jour peut-être, si tout va bien et quand ils auront le temps. C’est ainsi que l’industrie financière flotte en apesanteur dans le vide.

Aujourd’hui, la Chine se trouve avec les États-Unis dans le même dilemme que le chef d’entreprise face à son plus gros client qui a une grosse ardoise. Le contraindre à payer c’est le perdre et le perdre, c’est la faillite. Il faut donc composer, gagner du temps.

La fin de l’économie de la dette en vue ?

Dans une économie normale et équilibrée, on échange quelque chose contre autre chose. Échanger quelque chose contre rien est soit du ressort de la charité, soit du ressort du vol. La dette n’est pas quelque chose de tangible. Sa valeur ne dépend que de la volonté du débiteur d’acquitter sa dette.

Lorsque la dette dépasse les capacités d’endettement d’une génération, la génération suivante la répudie. C’est normal, même dans la sphère familiale, un héritage s’accepte « sous bénéfice d’inventaire ».

Autrement dit, jamais une génération n’a accepté de payer les dettes de la génération précédente. Au pire, cela se termine par une guerre, au mieux cela se termine par un défaut.

Il est désormais notoire que les déficits des pays développés dépassent les capacités de remboursement d’une génération. Inutile de vous noyer dans des ratios de dettes sur PIB ou autres.

En France, nous sommes le champion du monde de la pression fiscale. En temps normal, vos impôts sont cependant insuffisants pour financer le train de vie de notre pays qui enchaîne déficit sur déficit (c’est ainsi que le dette grossit inexorablement).

La crise sanitaire ne sert que de révélateur à une situation dégradée depuis 2008 dans beaucoup de pays passant pour riches, y compris les États-Unis. C’est pourquoi le FMI en appelle maintenant à un nouveau Bretton Woods.

Il faut être bien naïf pour croire que ce nouvel ordre monétaire mondial consistera à paisiblement déchirer des montagnes de créances douteuses au motif que ce n’est pas grave puisque « tout le monde doit quelque chose à tout le monde » ou autres balivernes du même acabit.

Tout le monde ne doit pas la même chose à tout le monde et il existe des pays bien gérés dont la balance commerciale est équilibrée et d’autres, dont la France fait partie.

Il y aura des défauts, des faillites et votre argent sera pris en otage dans ce processus. N’oublions pas qu’un solde créditeur de compte en banque n’est qu’une créance que la banque reconnaît vous devoir, une assurance-vie en euro repose sur de la dette libellée en euros et un billet de banque n’a cours que si la Banque centrale émettrice le tolère.

Lorsque l’épargne privée sera sacrifiée sur l’autel du nouvel ordre monétaire, il restera encore une partie de la dette à payer.

À quoi ressemblera le nouvel ordre monétaire et quels sont les risques pour notre argent ? L’histoire nous donne des indications que nous verrons prochainement.

  1. Au niveau mondial, les États-Unis produisent la moitié du charbon, les deux-tiers du pétrole, détiennent plus des deux- tiers des réserves d’or et exportent de nombreux produits manufacturés.
  2. Notamment les produits dérivés. Le prix Nobel français Maurice Allais prévoyait d’ailleurs une crise financière mondiale dès 1999.
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