Le maximum ou le blocage des prix sous la Terreur

La situation exceptionnelle de la Terreur fut la situation ordinaire des régimes socialistes d’économie administrée.

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Le maximum ou le blocage des prix sous la Terreur

Publié le 14 avril 2023
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Le blocage des prix n’a rien de neuf. Sous la Révolution, on en fit l’expérience. C’était la loi du maximum général. L’expérience ne fut, disons, guère concluante.

 

Le blocage des prix en 1793

Dans un projet d’adresse à la Convention de la section des Sans-culottes à Paris début septembre 1793 on peut lire : « Hâtez-vous, mandataires du peuple, de fixer invariablement le prix des denrées de première nécessité… » À la fin du mois, les conventionnels s’efforcent de mettre en place un maximum. Une denrée qui valait 3 livres en 1790 ne pourrait ainsi être vendue plus de 4 livres fin 1793.

Comme devait le déclarer Lozeau : « Tout le monde sent la nécessité de taxer les denrées de première nécessité ; chaque jour les voit augmenter de prix dans une progression effrayante… »

Il dénonçait notamment la « cupidité insatiable d’une classe d’hommes qui s’engraisse des malheurs publics. »

Néanmoins, par souci d’équité, la Convention décide de taxer tout autant le prix du travail. Elle limite la hausse des salaires face à l’inflation galopante. La loi du maximum du 29 septembre 1793 qui visait ainsi à calmer l’agitation de la population parisienne devait manquer son but.

 

Blocage des prix signifie pénurie provoquée et flicage généralisé

Dès la loi votée, tout le monde se précipite chez les marchands pour acheter au prix du maximum. Les boutiques sont vidées du jour au lendemain. Les « malveillants » qui « se rient de la misère du peuple » sont aussitôt désignés du doigt comme responsables de la pénurie. Le Comité de surveillance du département de Paris demande dès lors aux sociétés populaires de fouiller les magasins trop vides pour être honnêtes afin d’y découvrir les denrées nécessairement dissimulées.

On décide également qu’il ne pourra pas y avoir plus de trois personnes à la fois dans les boutiques. Chaumette, le procureur de la Commune éructe contre « les gros marchands, banquiers et commanditaires, ces sangsues du peuple qui ont toujours fondé leur bonheur sur son infortune… »

En ce temps-là, les insoumis portaient le nom d’Enragés. Chaumette est l’un des plus remarquables.

Pour lutter contre la fraude, la Commune installe des commissaires spéciaux chez les boulangers. Ils surveillent les distributions du pain sans grand succès. Malheureusement et sans surprise, on ne trouve au prix du maximum que des produits de très mauvaise qualité et des contrefaçons.

 

Résultat du maximum : on manque de tout

Par ailleurs, les ouvriers dont les salaires ont été limités préfèrent chômer ou n’acceptent de travailler qu’à des conditions supérieures au maximum. Au Comité de salut public, Robespierre dénonce les grèves dans les ateliers de fabrication de guerre. À son initiative, le Comité prend un arrêté le 22 frimaire an II pour interdire « toute coalition ou rassemblement d’ouvriers ».

Bref, la pénurie de marchandises comme de travail était générale. Certains suggèrent alors de mieux calculer le maximum en permettant « un bénéfice honnête au marchand en gros et au marchand au détail ».

Les charcutiers de Paris sont accusés de s’entendre entre eux. Ils prétendent vendre la viande uniquement salée et au-dessus de 24 sous la livre. Toujours est-il qu’ils cessent de tuer les porcs et qu’ils sont nombreux à fermer boutique, bientôt suivis par les bouchers. Ces derniers soulignent qu’ils ne peuvent plus tuer car « personne ne doit ni ne peut tenir à toujours perdre ». Le blocage des prix fait ainsi fi des réalités économiques. Seuls les végans auraient été contents, mais ils sont extrêmement rares à cette époque.

 

Haro sur les scélérats mais faisons comme eux

Et curieusement, voici que des particuliers vendent dans la rue les denrées devenues introuvables dans les boutiques. Ces bouchers occasionnels ne tuent « que des bestiaux de rebut ou des bêtes tarées et malades ». Le blocage des prix entraîne la baisse de la qualité des denrées. La Commune envoie alors des « commissaires à distribution » pour forcer les bouchers à ouvrir leurs étals. Les « friponneries » des bouchers sont dénoncées à la section des Lombards. Les femmes crient : « tous les bouchers sont des scélérats ».

Et ce n’est pas seulement la viande : les œufs, le beurre, les légumes, le poisson deviennent aussi rares que chers. Dès que des marchands s’efforcent d’amener de la campagne des voitures chargées de provisions, celles-ci sont attaquées et pillées par des groupes de femmes qui imposent un prix dérisoire. Mais ces citoyennes engagées vont en réalité ensuite revendre deux ou trois fois plus cher ce qu’elles ont acquis de cette façon douteuse. C’est là un autre résultat du blocage des prix.

 

Il vaut mieux des produits plus chers que pas de produits

Beau résultat. Sous prétexte de faire payer moins cher les produits de première nécessité, on a provoqué leur disparition sauf pour ceux qui en ont les moyens.

Rollin assiste aux protestations de femmes qui font la queue en vain devant une boucherie. « Elles aimeraient mieux payer la viande 20 à 30 sous la livre et en avoir à leur volonté que de ne la payer que 14 sous et n’en point avoir. » Rollin objecte que les pauvres ne pourraient pas en manger.

« Elles me firent réponse que les ouvriers qui gagnaient autrefois 20 sous gagnaient aujourd’hui 100 sous, et qu’en conséquent ils pouvaient vivre aisément. »

Est-il utile de préciser que politiciens, hommes d’affaires, étrangers, militaires en permission s’offrent les plats les plus fins et les menus les plus variés dans les restaurants ? D’ailleurs, jamais « ceux qui donnent à manger » n’ont eu autant de clients, selon un observateur. Il suffit d’ailleurs de consulter les menus offerts par Very, un des plus fameux restaurateurs établi au Palais Égalité (le ci-devant Palais Royal). C’est aussi une des conséquences du blocage des prix.

Les défenseurs de la Terreur nous l’assurent. Sans le maximum, le commerce aurait quand même été ruiné et la disette répandue, mais ça aurait été pire. Cela témoigne simplement de leur ignorance des lois élémentaires de l’économie.

Le lecteur aura noté d’ailleurs combien la situation exceptionnelle de la Terreur fut la situation ordinaire des régimes socialistes d’économie administrée.

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  • Avatar
    jacques lemiere
    14 avril 2023 at 7 h 25 min

    …. « Tout le monde sent la nécessité de taxer les denrées de première nécessité ; chaque jour les voit augmenter de prix dans une progression effrayante… »

    Il dénonçait notamment la « cupidité insatiable d’une classe d’hommes qui s’engraisse des malheurs publics. »

    en effet…

    on a rien appris, tellement rien appris..qu’on doit supposer que nous avons des « éducateurs  » qui ne veulent pas instruire…

    le blocage de prix conduit à la pénurie ou le vrai gaspillage… et en général au marché « noir. ».

  • En gros, ce que vous décrivez là, Monsieur Thermeau, c’est le programme politique de la Nupes, et sa haine des méchants actionnaires qui se gavent de dividendes sur le dos des bons travailleurs. Comme quoi, l’histoire se répète, on n’apprends rien des leçons du passé.

    • Au contraire, on apprend tout de l’histoire. La seule façon pour la NUPES d’accéder au pouvoir c’est de créer le chaos. Et ce dernier s’obtient en créant la pénurie d’énergie (arrêt du nucléaire), la pénurie des denrées alimentaires (arrêt des bassins d’arrosage, des pesticides et de l’élevage intensif), l’arrêt des déplacements individuels (suppression de la voiture avec les ZFE), etc, qui créent une augmentation des prix qui s’ajoute à l’inflation créée par les rachats de notre dette par la BCE. Une fois les prix bloqués alors que le SMIC continuera d’augmenter, l’équilibre du système s’effondrera et du chaos sortira notre Staline français providentiel.

      • Oui c’est très bien vu ces gens-là effectivement ont l’air de parfaits imbéciles mais sont tout à fait intelligents et leur stratégie est pertinente vous l’avez parfaitement dévoilé expliqué et démontré et bien évidemment leur Staline s’appelle Mélenchon

      • Votre commentaire m’a épaté et mériterait un article complet dans contrepoint sur la stratégie du chaos de l’extrême gauche et que l’on comprend très bien grâce à votre commentaire qui permet de bien mettre en lumière une stratégie orchestrée et parfaitement cohérente.

  • Il est bon d’avoir de temps en temps une petite piqûre de rappel sur les leçons de l’Histoire. Je m’étonne néanmoins que monsieur Mélenchon, qui a priori connaît très bien cette période et semble être très loin d’être un imbécile, ait l’air d’ignorer complètement cet épisode particulier. Je n’ose y croire : pourrait-il s’agir de manipulation de sa part, du niveau du « moi j’aime pas les riches » de Hollande…?

  • L’ Histoire se répète toujours (ou ne se répète pas, mais rime)mais à chaque fois le prix de la leçon est plus cher.
    Voyons le Venezuela…

  • Et encore vous n’avez pas évoqué les produits frelatés entraînant la mort. Le sang d’animaux mélangé au vin, le plâtre dans la farine.

  • Les commentaires sont fermés.

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