Quel programme nucléaire d’ici à 2070 ?

Le gouvernement débat actuellement sur un texte visant à accélérer le programme nucléaire par simplification des procédures.

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Centrale nucléaire de Golfech - Valence-d'Agen by Pittou2 (CC BY-NC 2.0)

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Quel programme nucléaire d’ici à 2070 ?

Publié le 23 janvier 2023
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Le gouvernement débat actuellement sur un texte visant à accélérer le programme nucléaire par simplification des procédures.

Le Sénat a apporté un amendement visant à pointer du doigt l’incohérence qu’il y a à vouloir accélérer le programme de nouvelles centrales tout en prévoyant une réduction du nucléaire de 75 à 50 % de l’énergie produite et l’arrêt de 14 réacteurs de 900 MW d’ici 2035, identifiés et proposés par EDF à la demande de l’État.

 

Quel est le programme du nucléaire dans le mix prévu par les textes ?

Franchement, on n’en sait rien. Y a-t-il (ou y avait-il) une corrélation entre les 50 % et les 14 réacteurs, y compris Fessenheim ? Avant l’arrêt de Fessenheim et en tenant compte de l’EPR (1600 MW) on avait 64 GW. En fermer 13 GW représente une baisse de 20 % de la puissance installée.

On peut alors faire le calcul autrement.

On a, avec l’EPR et Fessenheim, 54 réacteurs.  En fermer 14 représente une baisse de 25,9 %. DE 75 à 25% ? …Bon, c’est une blague, ça n’a aucun sens… encore que, dans la tête d’un sciences-po ENA, qui n’a pas vu une règle de trois depuis sa classe de seconde…

On en conclut que cette baisse de 75% à 50% est probablement calculée en énergie, en kWh, et pas en kW. Pourquoi, dans ces conditions, arrêter des centrales nucléaires ? Il suffit de bourrer la France d’éoliennes et de panneaux solaires, cela collerait avec une baisse de 75% à 25% du nucléaire en énergie produite, il suffirait que les centrales nucléaires produisent moins sans être arrêtées.

D’autant plus que nous aurons besoin de toute leur puissance (les kW) pour passer les pointes de consommation les nuits d’hiver sans vent.

En réalité, c’est encore maintenant le chaos total dans le programme de production d’électricité malgré une loi, une Programmation pluriannuelle et trois consultations publiques.

Alors, le gouvernement actuel a enfin compris que nous avons besoin du nucléaire et réagit vigoureusement : on en arrête 14, on va en construire 14. D’ailleurs, cela tendrait à confirmer qu’on raisonne en nombres de réacteurs et donc ni en puissance, ni en énergie… Ce n’était donc pas une blague ?

On comprend les sénateurs qui pensent nécessaire de clarifier tout ça avant de « simplifier » les procédures de constructions de réacteurs.

 

Examinons les programmes réalistes

Nous disposons actuellement de 61 GW de nucléaire.

Attribuons lui un taux de disponibilité en hiver de 90 %, ce qui est ambitieux compte tenu du grand carénage. Cela fait 54 GW. On peut aligner au maximum 10 GW de gaz, 17 GW d’hydraulique, 2GW de biomasse. On arrêtera définitivement le charbon et le fioul. Tout ça fait 83 GW. C’est insuffisant pour passer une pointe à 90 GW fréquemment atteinte ces dernières années par grand froid anticyclonique, donc sans vent. Il ne reste plus qu’à espérer que les Allemands développent leur lignite.

Mais quid du futur ?

On peut supposer qu’on va abandonner l’idiotie de fermer douze centrales supplémentaires et essayer de les prolonger à 60 ans, ce qui est courant aux USA, mais pas assuré en France avec la propension à trouver des fissures partout.

Ci-dessous, la courbe d’évolution en puissance du nucléaire selon différentes hypothèses. Le scénario de prolongement à 60 ans a été revu par EDF (pointillés) pour tenir compte des contraintes industrielles. En effet, notre problème est paradoxalement la performance incroyable des constructeurs des années 1980 qui ont connecté tout le parc en un temps record. Cela nous oblige maintenant à anticiper et étaler les actions de remplacement quelles qu’elles soient.

De l’avis général, en lançant un programme dès maintenant, le premier nouveau réacteur serait couplé vers 2035/2037. Or EDF prévoit d’arrêter déjà plus de 10 GW à cette date (pour raison technique sauf si on découvre qu’on peut monter jusqu’à 80 ans, ce qui n’est pas exclu aux USA).

Non seulement la situation ne sera pas améliorée au fil du temps mais elle sera encore de plus en plus critique.

Et l’échéancier d’EDF montre que ce ne sont pas 14 réacteurs qu’il faut programmer dès maintenant mais 45.

En admettant qu’on arrive à coupler deux réacteurs par an, on aura fini en 2057/2059.

 

Conclusion

Malgré des hypothèses très volontaristes (construire 2 réacteurs par an dès maintenant et pendant plus de 30 ans), on n’arrive pas à la sécurité d’approvisionnement complète avant 2050/2060…et encore, sans prévoir d’augmentation de la consommation.

Voir les commentaires (10)

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  • Et pas de conclusion sur l’appel à l’interventionnisme étatique? L »’atout de la planification centrale..elle n ‘est pas rigoureusement critiquable.

    premiere question pourquoi l’etat?

    le prix pour le consommateur ? sans concurrence le prix ne signifie rien,.. politique tarifaire…on rigole..
    l’égalité territoriale? elle revient dans la gueule de ceux qui en profite..et les met en péril.. il s’agit dune égalité tarifaire ..mais pas d’une égalité de fiabilité par exemple et en général..vous perdrez même votre liberté de construire ou vous voulez..
    la fiabilité de l’approvisionnement? promesse dans l’absolu intenable et normalement négociable via le prix et les garanties contractuelles…
    le curieux maintien de savoir faire nationaux..? protectionnisme.. ça vaut combien pour les consommateurs de faire français?

    la santé? ..de qui?

    enfin bref..

    le nucleaire est capitalistique et…exige une visibilité à moyen long terme..
    je me demande si les gens se rendent compte que on est en train de leur retirer leur droit de choisir ..à peu près tout.. c’est la prediction autoréalisatrice..généralisée..

    -8
    • « on » a merdé il y a 10 à 20 ans.. mais est ce vraiment « on »?

      est ce qu’on pourrait en premier lieur appeler aux gens que le monde est incertain..pour le particulier comme pour le groupe..

      pour le groupe il ya certaines capacités de s’assurer mutuellement..
      mais rien n’assure de ce qui touche le groupe entier..

      nous sommes en démocratie.. avec un fort populisme anticapitaliste..
      penser à l’avenir c’est investir..entretenir
      investir c’est moins à consommer..et en plus risqué..

      il « faut » donc MAINTETANT investir.. quand les gens sont dans la rue..en criant plus de sous maintenant à consommer..
      je vous souhaite bien du courage..

      en ce qui me concerne je vois ce dilemme comme la raison qui pousse certains ,par ailleurs libéraux , à pencher pour les régimes autoritaires..

      or l’oppostion au nucléaire penche AUSSI pour l’autoritarisme..

      -6
    • Chine ou URSS, quels beaux capitalistes que les pays nucléaires !

    • Vous critiquez l’aspect centralisateur du réseau électrique français. C’est une critique recevable (en particulier pour les libéraux!). Le point important de l’electricité est qu’il ne se stocke pas, l’équilibre offre-demande doit être constant. De plus, c’est un service à la demande, et avec beaucoup de clients biens répartis sur un grand territoire, cette demande se lisse. Les moyens de productions eux sont des machines très imposantes et couteuses. Il y a ainsi des économies d’échelles massives dans ce secteur.
      La question est donc de comment organiser un système concurrentiel équitable pour la production et le transport d’électricité? Je n’ai pas la réponse, sauf que ce n’est pas ce que fait la France ni l’UE. Mais pour sûr il faudrait beaucoup de régulateurs (de tension!) sur ce marché…

  • Avec l’appétence des girouettes qui sont aux manettes, on ne pourra rien prévoir sauf des éoliennes.

  • Certes, mais pour éviter d’être noyés sous les déchets, il est plus qu’urgent de relancer la surgeneration ou de passer à une autre filière type thorium que les chinois et les russes étudient eux….

  • 2070, ouais, a cette époque tout fonctionnera a l’electricte faute de pétrole alors, les bla bla actuels sur le sujet ne sont que des blabla de politiques ignares et bientôt pris à la gorge la. Chine la Russie les usa la Corée le Japon etc seront déjà avec des sur générateurs… Et les petits européens seront avec leurs moulins à vent….

  • En ce qui concerne, la fission qui pour l’instant est la seule voie opérationnelle dans le domaine du nucléaire, je pense que la priorité des priorités devrait être le développement des réacteurs à neutrons rapides qui résolvent à la fois le problème de l’approvisionnement en combustible et en partie le problème des déchets.
    L’EPR n’est rien moins qu’une copie ‘sur sécurisée’ des réacteurs actuels mais dont la réalisation du fait du toujours plus sécuritaire, devient quasi impossible (mais je ne suis pas loin de penser que l’EPR n’est qu’un des éléments parmi d’autres du sabotage organisé de la filière nucléaire).
    Certes, nous avions Superphénix, mais c’était il y a bientôt 30 ans et de nombreux malfaisants (politiciens véreux et sans vision, idéologues bornés et stupides, petit malins profiteurs des lubies écologiques…) ont passé beaucoup d’énergie à saboter consciencieusement le nucléaire et le tissu industriel de notre pays. Certes pour la quatrième génération, les connaissances sont encore là, mais plus pour longtemps. C’est bien pour cela que le programme ASTRID a été arrêté, on n’est jamais à l’abri d’un sursaut alors à tant faire il vaut mieux par précaution saboter à la base.

  • Il faut abroger la loi sur la transition énergétique, c’est très facile à faire. Et remettre Fessenheim en route, je pense qu’il faut deux ou trois ans, c’est beaucoup moins que de construire une nouvelle centrale.
    Il faut aussi relancer le programme des centrales à neutrons rapides qui permettront d’évacuer en très grande partie les déchets des centrales actuelles.
    Si un parti politique le mets à son programme, je vote pour lui et tant pis pour le reste car c’est le seul moyen de sauver la France, son industrie et sa compétitivité.

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https://www.youtube.com/watch?v=FvPH_GoVmAc

 

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