Travailler moins, gagner plus, s’endetter plus : un triptyque intenable

Depuis une quarantaine d’années, la France vit trois utopies profondément ancrées et aucune logique ne semble avoir d’emprise sur elles : travailler moins, gagner plus, s’endetter davantage.

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Travailler moins, gagner plus, s’endetter plus : un triptyque intenable

Publié le 10 janvier 2023
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C’est en effet un triste tableau que la France offre à l’Europe avec une population qui, depuis une quarantaine d’années, vit trois utopies profondément ancrées et aucune logique ne semble avoir d’emprise sur elles : travailler moins, gagner plus, s’endetter davantage.

 

Travailler moins

En effet, en Europe les Français font partie de ceux qui travaillent le moins tout au long de leur vie.

Le temps moyen passé au travail est de 35,4 ans pour un Français contre 38,7 ans pour un Allemand.

Dans une année, le nombre d’heures effectives est passé de 1955 heures en 1999 à 1680 en 2019 contre 1830 heures actuellement en Allemagne.

Un Français travaille donc en moyenne 20 % de moins qu’un Allemand. Si l’on ajoute les arrêts maladie, les jours de grève, les RTT mais surtout le nombre de chômeur on atteint 30 %.

En effet le taux d’emploi actuel est de 68 % en France contre 77,40 % chez nos voisins !

Travailler 30 % de moins devrait logiquement se retrouver dans le pouvoir d’achat de nos concitoyens, l’écart de productivité, s’il est avéré, étant loin de compenser.

 

Gagner plus

Les Français voudraient se dédouaner des efforts que les voisins européens ont fait : travailler moins mais néanmoins gagner autant et pourquoi pas davantage ?

En effet Les Échos du 29 novembre 2022 nous apprend que la France avait été la meilleure élève du pouvoir d’achat en Europe sur la période 2019/2022 avec une augmentation du pouvoir d’achat de 1,5% alors que tous les autres items sont restés négatifs.

La réalité nous a rattrapés car à ce jour le pouvoir d’achat moyen par habitant est de 23 367 euros pour l’Allemagne (huitième place européenne) contre 20 662 euros pour la France (quinzième place) soit un écart de 13 %.

Il convient de préciser que les prix des marchandises et loyers sont en moyenne 15 à 20 % moins chers en Allemagne et amplifient donc l’écart de pouvoir d’achat.

 

S’endetter davantage

Cette situation trouve son explication grâce au subterfuge de l’endettement excessif qui a compensé ce déficit de travail des Français : l’endettement équivalent en 1995 à 55 % du PIB, talonne aujourd’hui les 115 % alors que l’Allemagne est à 68,60 %.

C’est ainsi que nos gouvernements successifs ont fait croire aux Français que le pays est encore une grande nation. Si l’endettement continue à ce rythme, c’est-à-dire passer de 1000 milliards d’euros en 2000 à 3000 milliards d’euros à ce jour, il atteindrait 10 000 milliards dans 25 ans. Heureusement, le FMI et les agences de notation ne le permettront pas et interviendront avant.

 

S’inspirer du modèle allemand

Si les Français travaillaient autant que leurs voisins allemands, c’est-à-dire 30 % de plus, quelles seraient les conséquences pour l’économie ?

Ce sont 30 % de rentrés fiscales supplémentaires, ou mieux, une baisse de 30 % des charges sociales pour les entreprises françaises qui retrouveraient une compétitivité perdue depuis une quarantaine d’année et le retour des industries françaises.

C’est une augmentation du PIB qui permettrait de repasser devant les Allemands en PIB par habitant, donc un pouvoir d’achat en forte hausse.

Ce sont 30 % de fonctionnaires en moins sans modifier le volume de travail, soit un effectif diminué de 1 680 000. La suppression d’un grand nombre d’administratifs ramènerait leur pourcentage au niveau de la moyenne européenne.

Deux millions de fonctionnaires en moins à un coût unitaire chiffré à 3,5 millions d’euros par la Cour des comptes, représente à terme 7000 milliards d’euros d’économie. Sans les deux mandatures Mitterrand l’économie française n’aurait pas à ce jour un déficit de 3000 milliards d’euros mais une trésorerie de 4000 milliards. Nous aurions pu en faire des investissements avec ce pactole !

 

Conclusion

Nous n’avons pas besoin d’un président intelligent, ni d’un président charismatique mais seulement d’un président courageux !

Depuis le Livre blanc sur les retraites de Michel Rocard c’est-à-dire une trentaine d’années, la problématique des retraites est restée la même. Aucune décision sur l’âge de départ en retraite n’a été appliquée, à part un passage à 62 ans sous le gouvernement Fillon.

Je me souviens avoir demandé à l’époque au député Damien Meslot « pourquoi ne passez-vous pas directement à 65 ans ? » ; il m’avait répondu « si on le fait, on aura tout le monde dans la rue » ; ce à quoi j’avais répondu « à 62 ans aussi ». J’avais raison.

Un homme politique responsable doit faire ce qui est nécessaire et non pas ce qui fait plaisir à son auditoire.

Monsieur Macron, vous devez donc prendre votre courage à deux mains, avoir enfin un discours de vérité envers les Français, leur dire que c’est notre lâcheté qui a conduit le pays à la situation catastrophique actuelle et leur faire comprendre qu’il n’y a pas d’argent magique, qu’il n’existe aucune autre solution que de faire les réformes comme tous les pays modernes.

Il n’y a rien à réinventer, il faut s’inspirer des réformes Hartz et tant pis si des Français iront dans la rue ; avec ou sans réformes, ils le feront tout de même.

Ainsi, dans cinq ans le pays commencerait à se redresser. Dans le cas contraire le FMI et la BCE nous l’imposeront dans la douleur !

En 2016, j’indiquai le chemin pour y parvenir dans un livre au titre certes un peu provocateur Démocratie entre parenthèses (version Pdf gratuite sur simple demande).

Seul le président qui en aura le courage restera dans l’histoire. Ce n’est pas du sang et des larmes mais du bon sens et du courage.

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  • «Ce n’est pas assez de faire de notre mieux; nous devons parfois faire ce qui est nécessaire».

  • Si nos gouvernants arrêtaient de considérer la France, les Régions ou leur villes commes plus belles que les autres il y aurait beaucoup moins de gaspillages d’argent public et on retrouverait de la compétitivité.

    Et si on parlait des milliards dépensés pour les JO, le grand Paris, la guerre en Ukraine, les aides pour des pays à l’autre bout de la planète, la gestion catastrophique du covid ???

    Ce qui pèse le plus ce sont tous ces gaspillages à échelle industrielle au niveau local ou national. Il faut toujours plus d’impôts et de taxes pour compenser.

    • « Sans les deux mandatures Mitterrand l’économie française n’aurait pas à ce jour un déficit de 3000 milliards d’euros mais une trésorerie de 4000 milliards. »
      Cela me parait très plausible…en revanche si l’auteur pouvait nous expliquer les éléments de calcul menant à ce résultat ce serait intéressant afin de pouvoir en faire profiter le maximum de monde.
      Deuxièmement : ce résultat a t’il pris en compte les 600 milliards de dette dûs à l’épisode de gestion par Sarko de la crise des surprîmes de 2008 et les plus de 600 milliards de dette (dont seulement 180 milliards dus à l’épisode COVID) dûs au président actuel ??

  • L’auteur oublie dans le paragraphe « travailler moins » de comptabiliser le RSA et le réel temps de « travail » des fonctionnaires. Tout cela diminue encore le temps de travail moyen en France.
    Et si les prix sont moins chers en Allemagne, c’est dû à moins de prélèvements sociaux qui plombent les prix en France.
    Mais aucun parti politique ne veut changer cela. Le principe du politicien tient en 6 mots : « réélection et après moi le déluge ».
    Le seul président qui a eu une vision pour la France et le courage de l’appliquer était De Gaulle. Avant lui et après lui, la France a eu droit à la pire crasse médiocre et opportuniste de la part de ses politiciens. Il est vrai que pour accéder en haut de la pyramide pour être élu, la seule compétence à posséder est l’opportunisme.
    Et De Gaulle est passé au dessus parce que la France sortait de la guerre : le manque d’argent a rendu impossible la gestion de la France par des bras cassés.
    Le système lui-même pousse les crasses au pouvoir. Donc aucune d’amélioration en vue avant longtemps.

  • Mis qu’importe la dette, notre Lider Maximo, Saint Jean-Luc de l’Enfant Jésus n’a-t-il pas déclaré « les dettes souveraines sont un simple jeu d’écriture »

  • Rien à ajouter ni à soustraire tant c’est parfaitement clair.

  • tant que l’Etat providence ne sera pas démantelé, rien ne changera, car il sert avant tout à la réelection de ceux qui nous gouvernent.

  • En réponse à Balthasar

    le calcul est simple et je l’ai déjà expliqué dans un précédant article:
    La cours des comptes nous apprend qu’un fonctionnaire coûte à la collectivité 3,5 Millions d’Euros depuis son embauche, les moyens mis à sa disposition pour son emploi, sa retraite et jusqu’à sa mort et celle éventuellement de son conjoint.
    depuis 1980 et ceci malgré l’apparition de l’ordinateur, le nombre de fonctionnaire a augmenté de 2 000 000
    donc 2 000 000 x 3 500 000 € = 7 000 000 000 000€ donc bien 7 000 Mds€

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