Gouvernement ou pas, nous sommes libres

« Je veux être libre pour vivre » est une idiotie. « Je vis, donc je suis libre », voilà la formule.

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Gouvernement ou pas, nous sommes libres

Publié le 9 janvier 2023
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Il n’existe ni libertés, ni atteintes aux libertés. Il n’y a qu’une liberté, celle qui est donnée à la naissance à chaque individu, et qui ne peut lui être retirée que par la mort. L’homme est libre tout au long de sa vie, à chaque seconde, quels que soient le contexte et les événements qu’il traverse.

Un prisonnier est libre de s’évader ou de se soumettre, de se rebeller ou de collaborer avec ses gardiens, de réfléchir à son existence ou de laisser couler sa conscience. À chaque instant, les choix qui se présentent à lui sont en nombre infini.

La liberté est personnelle, une, indivisible, imprescriptible. Le prisonnier ne dispose évidemment pas des mêmes choix que le promeneur en forêt. Le Coréen du Nord ne jouit pas des mêmes choix que le Suisse. Et il va sans dire que les choix qui se présentent à la victime vivant en système totalitaire sont moins désirables que ceux dont dispose le citoyen d’une démocratie libérale. Mais ils ne sont pas moins nombreux. En somme, l’homme qui n’a pas le choix est une fiction. Seule la qualité des options diffère.

 

La liberté est compressible, pas davantage

Et encore ! Car le bagnard en camp de concentration se voit présenter des choix moralement parfois beaucoup plus intéressants que ceux proposés à la citoyenneté helvétique. « C’est au Goulag que j’ai découvert la liberté », écrit Soljenitsyne. Décider de sauver la vie d’un camarade – ou de le laisser mourir dans la neige – a plus de profondeur et de résonance que de se demander quel film on va regarder sur Netflix. Pour prendre toute sa mesure, comprendre sa puissance, prouver son invincibilité, la liberté a besoin d’intensité, de risque, de défis. En pantoufles, elle ronronne.

Toutefois, certes, la liberté est compressible. Si je n’ai plus de jambes, je ne peux plus marcher. Mais qu’est-ce que la liberté de marcher, comparée à la liberté de me démontrer à moi-même et de démontrer au monde ma capacité à surmonter et dépasser ma paralysie, à la métamorphoser en courage, en inventivité, en dignité redoublée ? Si nous admirons les handicapés qui partent à l’assaut de l’Everest, c’est parce qu’ils mettent en valeur de manière éclatante leur liberté et sa propension à produire des miracles. Notre erreur est de croire que cette liberté n’est qu’à eux, différente. C’est la nôtre, parfaitement identique dans son essence et dans ses aptitudes. En termes de liberté, la nature est absolument égalitaire.

 

Deux et deux font quatre : vous êtes libres

Aussi convient-il d’en finir avec les débats sur « plus ou moins de liberté ». Plus de liberté, cela n’existe pas. Moins de liberté non plus. Ce qui évolue, c’est le décor autour de nous. Macron peut bien nous tyranniser tant qu’il veut, cela ne change strictement rien à notre liberté. Nous n’avons pas à lui demander de nous laisser libres, car nous le sommes déjà. Nous ne devons pas non plus l’accuser de nous priver de liberté car il est serait bien incapable quand bien même nous l’y encouragerions. La liberté est métaphysique : elle n’est ni juridique, ni politique, et surtout pas idéologique. Elle est. Elle est nous. Nous la sommes. À bien y réfléchir, nous ne sommes rien d’autre, sinon des grouillements d’atomes.

Dieu, disent les judéo-chrétiens, nous a conçu à son image. Il ne nous ressemble en rien, semble-t-il, sinon qu’il a la même liberté que nous : entière, insolemment auto-affirmatrice, splendide parce que sans limites, aussi vaste que l’Univers, joyeuse, d’une créativité impossible à borner et d’une imprévisibilité pleine et entière : elle se rit de tous les déterminismes, de tous les freins, de tous les pièges de l’Histoire. Nous possédons la liberté de Dieu. Là est le reflet. Un prêtre m’a demandé un jour : « Sais-tu de quoi Dieu, qui est tout-puissant, est incapable ? » Je n’ai pas deviné. Il a répondu : « Il est incapable de t’enlever ta liberté. Il préférerait mourir. Car t’enlever ta liberté, ce serait cesser d’être ton père. »

 

Contre la plainte

Alors, chers libéraux, non, rien ni personne ne peut vous arracher la moindre part de votre liberté. Même pas un milliardième de milliardième. Même pas en rêve. Vous êtes bien au-dessus des lois, des règlements, des codes et des formulaires. On vous pourrit la vie, on vous vole, on vous insulte, on vous ment, on vous censure, on vous surveille et on vous quadrille, c’est indéniable, mais vous êtes aussi libres que deux et deux font quatre et cela ne changera jamais. Combattez pour les droits fondamentaux, pour la vérité de l’information, pour la sauvegarde de la civilisation, pour la grandeur de la prospérité, pour la démocratie, pour l’éducation, pour tout ce que vous voulez, et vous avez bien raison de le vouloir, mais ne perdez pas votre temps à discuter de la liberté et de ses mésaventures. Elle est indiscutable. Elle est une aventure, et il n’est écrit nulle part qu’elle doive être tranquille, paisible ou confortable.

Plaignez-vous chaque fois que vous souffrez. Mais ne vous plaignez pas que l’on viole votre liberté. Elle est inviolable. Aucun cambrioleur, même totalitaire, ne peut faire sauter le verrou de votre indépendance intérieure. Le serrurier est un génie : la forteresse que vous êtes est imprenable.

N’allons pas croire que nous pouvons, ni que nous devons protéger la liberté : c’est elle qui nous sauve, pas l’inverse. Elle est en nous, à nous, pour nous. Tout ce qu’elle nous demande, c’est de l’affirmer haut et clair, avec patience, prudence, intelligence, panache et, si besoin, courage.

« Je veux être libre pour vivre » est une idiotie. « Je vis, donc je suis libre », voilà la formule.

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  • c’est pour ça que je n’ai pas une grande affection pour la philosophie come discipline.. .ou la dissertation.. et une méfiance pour l’expression écrite dire littéraire en général.. .( et il ya toujours un tyranneau pour m’intimer que je dois meme cesser d’écrire des commentaires ou de me conformer formellement que personne ne lit…. parce que ça le fatigue de le lire.. même si le sujet est la liberté d’expression)..

    je n’aime pas la polémique et aime à me placer dan une situation où UNE conclusion PEUT émerger.. donc..
    je préfère commencer par une définition .SURTOUT quand il en existe plusieurs!!! . par exemple..


    liberté
    Apprenez à prononcer
    nom féminin
    1.
    Situation d’une personne qui n’est pas sous la dépendance de qqn (opposé à esclavage, servitude), ou qui n’est pas enfermée (opposé à captivité).
    Rendre la liberté à un prisonnier.
    Synonymes :
    libre
    2.
    Possibilité, pouvoir d’agir sans contrainte ; autonomie.
    Liberté de décision, d’action.

    vous dites que nous sommes libres comme on est libre d ‘agir selon, ce qu’un matheux appellerait , nos degrés de liberté..

    le sujet  » sociétal » celui qui justifie qu’on cause..c »est les degrés de liberté..pas le concept de liberté..

    Sinon on peut très bien argumenter et conclure que nous sommes libres ou qu’on ne peut jamais l’être..
    je penche pour la seconde conclusion..

    Je veux être maitre de mes alienations.. comme je veux être maitre des risque d=que je prends pour la santé..

    Nous sommes de moins en moins libres..

  • J’invite l’auteur de ce bon article à se pencher sur le cas de Sartre — non pas le vieillard soixante-huitard extrémiste, mais le “jeune” Sartre, jusqu’en 1950 environ, dont les idées conjointes de liberté & responsabilité le feraient passer aujourd’hui pour un droitard ou un libéral aux yeux du mélenchoniste moyen (qui évidemment ne l’a jamais lu, et se garde bien de le faire).

  • A suivre, le droit naturel ?

  • Joli cri du cœur 🙂

  • Je me sens un peu moins idiot une fois ma tasse de café vidée et après la lecture de cet article, même si ce n’est pas Pascal Avot qui m’a fait prendre conscience de mon erreur, mais il vient de m’accorder, cela faisait des mois que je tâtonnais.
    Bien. Merci. 🙂
    Cela me ferait presque croire à la Providence.

  • Pourtant, à contexte strictement équivalent, on voit bien que tout le monde n’a pas le même degré de liberté. En fait je préfère parler d’autonomie que de liberté. Si votre handicapé physique, est en plus idiot ou psychiquement fragile, son autonomie se réduit comme une peau de chagrin. D’ailleurs tous les problèmes humains découlent de ses inégalités initiales. Le seul levier pour ne pas les amplifier voire d’en mettre certains en veille est de créer des environnements favorables : familial, social, scolaire, politique etc.
    D’une part nous serons jamais totalement libres, d’autre part nous n’aurons jamais tous la même liberté.

  • Bravo, tout à fait d’accord sur le fond. Mais il faut aussi dire qu’il existe des techniques de plus en plus puissantes (lavage de cerveau, TV, etc..) qui, sans aucunement ‘violer’ notre liberté, sont capables de la conduire par « persuasion » – disons – de l’extérieur » , et/ou de la rendre trés chère, quelquefois physiquement (ex: GJ pacifiques éborgnés).
    Comme toujours, tout est une question du prix qu’on est disposé à payer !

  • Tout le monde est libre.
    Soit.
    Mais il y a des chaînes qui sont bien plus courtes que d’autres.

    • @Abon tout à fait , c’est bien ce que l’auteur dit . Et plus elles sont longues moins on tire dessus . Le paradoxe est donc le suivant : moins on est libre , plus on peut l’être , plus on est libre , moins on l’est. Du vrai shaddock . Mais n en sommes nous pas ? Les maths sont bien trop logiques pour nous modéliser . Il serait urgent de créer des maths paradoxales .

  • Joli texte, bien qu’un peu exalté. A noter que: « Dieu nous a conçu à son image »: on est libre aussi de respecter, ou non, la grammaire (« conçuS »).

  • Il y a une délicieuse insulte dans Lucky Luke pour ces apprentis philosophes adeptes de cette idiotie dont parle ici Pacal Avot. C’est : « coyote à foie jaune ! »

  • Avatar
    Alain Cohen-Dumouchel
    10 janvier 2023 at 21 h 25 min

    La Nature humaine limite nos possibilités de choix et nous aveugle. Nous sommes victimes de biais cognitifs multiples et sommes limités dans nos choix dans de nombreuses circonstances.
    Pour éviter les erreurs naturelles que nous commettons nous devons travailler, nous former, et utiliser un corpus de connaissances communes à l’espèce humaine développée.
    C’est la science qui nous indique que nous ne sommes pas libres, que par exemple le comportement d’une femme n’est pas le même que le comportement d’un homme dans de nombreuses circonstances.
    Les animaux non plus ne sont pas libres, ils obéissent à leur nature, tout en ayant des options de choix, plus limitées que les nôtres.
    Croire que nous sommes différents des animaux, que nous avons un choix illimité en toutes circonstances relève de la croyance naïve et de la négation des données scientifiques.

    La négation de la Nature Humaine a historiquement eu plusieurs supporters : la droite et l’église qui voient en l’Homme un être à part dans la création ; la gauche socialiste qui considère que l’homme est intégralement malléable et que les penchants naturels qu’elle juge « mauvais » (népotisme, paresse, ambition, agressivité, etc) peuvent être gommés par une « révolution culturelle » ; enfin les libertariens qui pensent que le cerveau humain est libre de toute influence comportementale génétique et hormonale.

    Contrairement aux libéraux qui font découler le Droit Naturel de l’observation et du respect de la Nature Humaine, les libertariens prétendent – contre la science – que les être humains sont entièrement libres de leurs choix. Dramatique erreur qui, par effet d’amalgame, discrédite encore plus un libéralisme qui n’a vraiment pas besoin de ça.

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