Et si notre plus brillante industrie était hélas la fabrique des crises ?

Qui est encore capable de suivre les circonvolutions embrouillées des raisonnements économiques d’Emmanuel Macron ?

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Et si notre plus brillante industrie était hélas la fabrique des crises ?

Publié le 8 décembre 2022
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Ce doit être un effet de la pensée complexe jupitérienne qui veut ça, une pensée complexe dont je suis à l’évidence complètement dépourvue, mais le fait est que selon mon point de vue, les déclarations élyséennes, toujours très enflammées, toujours très littéraires, se succèdent avec une belle cadence sans vraiment coller logiquement les unes aux autres.

Ceci avec le risque non négligeable de voir se poursuivre inlassablement la hausse de la dette et des dépenses publiques françaises que le FMI, après beaucoup d’autres organismes, vient d’épingler dans un énième rapport. Ce risque non négligeable, on est d’autant plus fondé à l’anticiper pour la suite que l’historique de nos comptes publics depuis presque 50 ans n’est que fuite en avant dans les déficits et la dette malgré abondance de discours inverses sur leur maîtrise parfaite.

Oh bien sûr, la France n’est pas le seul pays à avoir emprunté la voie du « quoi qu’il en coûte » pour mitiger les effets des restrictions liées au covid puis maintenant les effets de l’inflation. Mais la France en situation « normale » partait d’un niveau nettement plus préoccupant que celui de la plupart des grands pays de l’OCDE. De ce fait, on voit mal comment on pourrait faire, maintenant que tout va plutôt plus mal, ce qui n’a pas été fait avant, quand les trois grandes planètes de la conjoncture mondiale (dollar bas, taux bas, prix du pétrole bas) avaient eu le bon goût de « s’aligner » peu après le début du mandat Hollande et jusqu’à la fin de 2019.

Il n’empêche que sitôt rentré de ses vacances d’été 2022 au Fort de Brégançon, alors que l’inflation persistait à vouloir rester encore un bon moment parmi nous en dépit de toutes les incantations de Bruno Le Maire à Bercy et de Christine Lagarde à la Banque centrale européenne, le président de la République se mit à philosopher avec autant de gourmandise que de grandiloquence creuse sur « la fin de l’abondance, des évidences et de l’insouciance », ajoutant même – il parlait alors à ses ministres – que nous vivions « la fin des liquidités sans coût ». L’affaire semblait donc entendue ; dorénavant, c’est décidé, on va gérer au millimètre.

Et puis on ne va pas se laisser marcher sur les pieds. Les États-Unis sont un grand pays, un pays ami de la France depuis Lafayette, mais ce n’est pas une raison pour qu’ils se lancent dans une politique de subventions étatiques absolument folle (l’Inflation Reduction Act ou IRA) pour assurer leur souveraineté industrielle en même temps que leur transition énergétique au mépris de leur partenaires commerciaux.

Invité la semaine dernière à Washington, Emmanuel Macron se faisait fort au départ d’expliquer à son homologue Joe Biden que ce genre de comportement, c’était ni plus ni moins du protectionnisme, avec tout ce que cela impliquait de renchérissement des produits étrangers (dont les fabricants pourraient trouver intéressant de se transplanter outre-Atlantique pour bénéficier de la manne).

 

La fin de l’abondance, c’est fini !

Sur ce point, il n’a pas tort. Le problème, c’est que sitôt de retour à Paris, il en tira la conclusion que nous aussi, Européens, devions avoir notre grand plan de soutien des industries du futur – voitures électriques, batteries, technologie quantique, etc. Souveraineté économique européenne oblige. « Je défends l’idée de subventionner le made in Europe «  a-t-il immédiatement déclaré dans un grand entretien accordé au journal  Le Parisien le 3 décembre dernier.

À entendre ses propos précédents, ce n’était pas absolument évident. La fin de l’abondance, c’est fini, apparemment. Et puis il ne faudrait pas oublier que le Green New Deal européen (incluant la fin de la vente des véhicules thermiques en Europe en 2035 et le plan agricole complètement délirant connu sous le nom de Farm to Fork) prévoit déjà de consacrer quelque 1000 milliards d’euros de fonds européens sur 10 ans à la transition énergétique verte sous toutes ses formes.

Mais évidemment, pour la France, la porte est étroite. Dans le même entretien Emmanuel Macron assure ne vouloir augmenter ni les impôts, ni la dette. Il annonce même vouloir baisser les impôts ! Mais comment compte-t-il donc s’y prendre ? En réformant les retraites, explique-t-il. Et de fait, toutes choses égales par ailleurs, le déplacement du curseur de l’âge légal de départ en retraite de 62 ans à 64 ou 65 ans permettra mécaniquement à l’État de faire des économies sur le versement des pensions (en réalité, réforme à courte vue, il y a bien mieux à faire).

Mais surtout, il est question de faire peser sur l’Union européenne, c’est-à-dire sur les partenaires qui le peuvent, le soin de financer ce tout nouveau Buy European Act auquel Emmanuel Macron aspire. Il y gagne, croit-il, une stature de grand Européen tout en se déchargeant sur les autres de la mauvaise gestion française. Rien de bien étonnant : depuis qu’il est au pouvoir, il n’a eu de cesse de vouloir mutualiser au niveau européen tout ce qui constitue une épine dans le pied de la France.

Mais pourquoi s’inquiéter ? La croissance sera bien sûr au rendez-vous pour financer tout cela à point nommé. À toutes fins utiles, un projet typiquement keynésien de grands travaux de transport sous la forme de dix nouveaux RER dans dix grandes villes de France permettra opportunément de donner les apparences d’une activité florissante. Et d’éponger le chômage. On ne sait jamais.

Autrement dit, à voir comment l’on va continuer à dépenser sans le dire, à voir comment la lutte contre l’inflation consiste comme avant à créer des bulles de consommation et de production, c’est à se demander si la plus brillante et la plus durable de nos industries nationales ne serait pas en réalité la fabrique des crises. Pas vraiment la souveraineté qu’on souhaiterait. J’espère de tout cœur me tromper.

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  • Hélas vous ne vous trompez pas. Il y a cependant une nouveauté : la décroissance, annoncée comme fin de l’abondance, ce qui ne fera qu’aggraver et créer de nouvelles crises….. Ceux qui voudront conjurer le sort pourront bruler des bougies (ou des cierges) s’il en reste en stock.

  • Très bonne analyse! Selon le principe des poupées russes (!)…mais à l’envers: on essaie de cacher la plus grosse (la dette, liée à la désindustrialisation) en bricolant autour d’une autre de taille moindre (le Covid et sa clique de décisions absurdes sur lesquelles on revient, même en Chine); puis une autre (l’Ukraine, et la création de toutes pièces d’un problème d’approvisionnement énergétique, qu’on s’épuise ensuite gérer); et une autre (l’inflation qu’i n’est qu’une conséquence, mais qui « permet » de continuer à creuser le trou de la dette); etc…
    Le problème est que cela ne résout bien sûr rien, cela continue à déborder, et se voit de plus en plus.
    Les décisions pragmatiques et fermes pour nous remettre sur les rails ET dans la bonne direction (j’entends par là ce pour quoi nos élus sont mandatés, c’est à dire la recherche du bien-être collectif), c’est pour quand?
    A force de contorsions, d’atermoiements et de « en même temps », ces décisions ne nous appartiennent probablement déjà plus!

  • La réforme des retraites, comme d’habitude va toucher principalement la retraite du privé qui est proche de l’équilibre. Son vrai objectif est de récupérer les 6 milliards de L’AGIRC-ARCO. Les fonctionnaires continuent de toucher 75% de leur dernier salaire, payé par nos impôts et pas par leurs cotisations ; tout comme les autres retraites des régimes spéciaux qui ne sont pas touchés.
    Une fois le pactole récupéré, les retraites du privé tendront vers un SMIC au maximum car l’état affirmera que les cotisations de base + complémentaires ne peuvent financer plus. Forcément puisqu’intégrés dans les comptes de la nation, ces cotisations ne seront plus séparées et serviront à payer l’inefficacité d’encore plus de fonctionnaires.

    • Macron en proposant la retraite par Point, Une idée de Michel Rocard, Juste et égalitaire, n’avait même pas compris que cela impliquerait une baisse de 20 a 25 % des retraites des fonctionnaires, régime spéciale par excellence, touchant des millions de personne votant trés majoritairement a Gauche. A ce degré d’incompétence, il n’y a pas d’autre issue que le siège éjectable.

  • Macron est un pervers. Il ne pense strictement rien. Il est totalement Manipulé, son obsession parfaitement Maladive est de plaire , de se faire admirer, Sa seule ambition et de raconter ce que celui qui est en face aurait envie d’entendre. Il ne peut y avoir aucune continuité dans tout ce qu’il raconte. Il suffit de rembobiner les vidéos des dernières années cela saute aux yeux , il faut être aveugle pour ne pas voir cette évidence.

    • pervers me fous..
      ce qui importe est ce qu’il fait pas ce qu’il est… mon boucher est un pervers qui fait de bonnes saucisses.

      et n’oublions pas.. on ne doit pas seulement juger macron mais aussi ce qu’auraient fait ses concurrents à la présidentielle.. avec une grande incertitude.. démocratie représentative..

      élu par défaut…

      et ne pas reprocher au seul macron l’etatisme des français..

      l’opposotion à la mode à macron est PLUS collectiviste égalitariste et étatiste liberticide que macron!!!

      d’ailleurss… ne nous dit on pas que macron est le jouet qui des amaricains de Rothschild ou de l’allemagne …

      non macron est le résultat naturel , personnalité incluse, d’un part de la démocratie et d ‘autre part de croyances en des idées foireuses de la majorité.

      • La vente d’Alsthom c’était votre boucher ? Vous pensez réellement que ce serait possiblement l’Allemagne destinataire du Nord Stream 2, qui serait le Marionnettiste aux commandes de Macron ?
        Je vous concède qu’en temps qu’incapable Macron n’est pas tout seul, mais il en est le chef ! La fermeture de Fessenheim ce n’est pas Hulot ou Benalla ….

      • Je ne vois pas ce que les opposants à Macron auraient pu faire de pire …

  • Déficit commercial de la France : 63.3 milliards d’euros[ en 2018, première année pleine du quinquennat d’Emmanuel Macron, Estimation pour 2022 : 150 milliards.
    Si Macron ne part pas trés rapidement, il sera trop tard en 2027 !

  • Imaginons la France magique de 2035 avec plein de voitures électriques.
    Supposons que 10 millions de Français se rendent à leur travail chaque jour avec leur véhicule électrique.
    Supposons que ces Français raisonnables aient choisi de recharger leur véhicule chez eux en rentrant de leur travail, avec une puissance de 2.2 kW, ils sont vraiment très raisonnables…
    La puissance totale des recharges des 10 millions de véhicules sera donc de 22 GW soit près de 1/3 de plus de la puissance consommée actuellement.
    Si l’on veut que notre transition énergétique soit une réussite, il faudra donc envisager de recharger ces véhicules avec de l’éolien, la nuit il n’y a pas de soleil dans nos régions. La production éolienne actuelle étant de 1.7 GW, il faudra donc multiplier par 13 nos capacités éoliennes actuelles.
    Pour paraphraser notre ministre Panier-Runacher « l’énergie c’est la magie »
    J’ai pris pour hypothèses la consommation d’aujourd’hui à 11H30: https://www.rte-france.com/eco2mix

    • Vous avez oublié le chauffage tout électrique par Pompe a Chaleur (Ce qui n’est pas en soit stupide) Vous pouvez ajouter des Giga watts, (et c’est aussi la nuit qu’il fait le plus froid)
      Le problème c’est qu’avec le niveau de nos dette on a plus les moyens de construire des camps d’internements pour mettre hors d’état de nuire les écolos qui fond ces raisonnements : On arrête les centrales nucléaires et on fait du Tout électrique. On en fait quoi de ces tarés gravissimes ?

    • « La puissance totale des recharges des 10 millions de véhicules sera donc de 22 GW soit près de 1/3 de plus de la puissance consommée actuellement. »
      Je m’auto-corrige : la puissance totale des recharges des 10 millions de véhicules sera donc de 22 GW soit 1/3 de la puissance consommée actuellement.

    • Et encore, aujourd’hui vent moyen 15 km/h, demain et ce week-end 8 km/h. On rappelle que l’énergie varie comme le cube de la vitesse du vent, donc diviser par 2 la vitesse divise par 8 l’énergie disponible, sans parler de seuil de démarrage.

  • Macron fait passer le « pays des Lumières » au « pays des Bougies » ?

  • Quoiqu’il en coûte, comme dirait l’autre. Et pour la souveraineté, pas de problème non plus, il y a longtemps qu’on l’a abdiquée et qu’on fait semblant de l’avoir encore en faisant passer cela à coup de dettes refilées aux suivants. Bien sûr, un jour ou l’autre , le roi sera tout nu, les bijoux de famille seront mis à l’encan et les pigeons seront priés de passer à la caisse mais en attendant, pourvooûû qué ça doûûre …. C’est du durable comme dirait encore l’autre et en plus il est vert.

  • Malheureusement, vous avez raison et c’est franchement désolant.

  • Les commentaires sont fermés.

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