Xi Jinping : la Chine se réforme par la purge et la terreur

La purge fonctionne comme une manière de réformer de l’intérieur un système politique qui n’a pas les outils politiques pour évoluer et se corriger pacifiquement.

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Xi Jinping : la Chine se réforme par la purge et la terreur

Publié le 27 octobre 2022
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Avant même d’organiser le congrès du Parti communiste chinois, le président Xi Jinping a pris soin d’organiser une série de purges, officiellement au nom de la lutte anti-corruption. Officieusement, il s’agissait surtout d’asseoir son pouvoir sur le parti en éliminant les factions concurrentes. Loin de cacher son ambition, Xi Jinping a même pris soin de mettre en scène ce coup de balai politique : Hu Jintao, son prédécesseur, s’est ainsi fait dégager en plein congrès sous l’œil des caméras.

Les médias d’État ont pris soin de signaler que l’ancien chef d’État a été pris d’un malaise, mais personne n’est dupe, surtout pas les Chinois eux-mêmes. Le signal est fort, destiné à tous : qui s’opposera au nouveau maître du pays et à sa nouvelle politique de retour au communisme orthodoxe doit craindre pour son existence même. Le procédé est connu depuis les « procès pédagogiques » de l’ère stalinienne. On désigne un bouc émissaire au peuple pour détourner l’attention des problèmes du moment.

 

Pas d’alternance politique pour la Chine

Cette purge spectaculaire au sommet du PCC nous rappelle un trait fondamental du modèle chinois : il n’y a pas d’alternance politique au sens des démocraties occidentales contemporaines, et la compétition pour le pouvoir se traduit par des luttes violentes entre factions qui se comportent en gangs criminels les unes envers les autres. C’est un trait fondamental des régimes totalitaires.

La purge n’y est pas un élément accidentel et contingent, mais la condition de sa « bonne santé ». Comme l’explique Hannah Arendt dans Le système totalitaire (1951) :

« [les] opérations de sabordage telles que la grande purge ne furent pas des épisodes isolés, ni des excès provoqués par des circonstances extraordinaires, mais [elles] constitu[ent] une institution de terreur et [doivent] reparaître à intervalles réguliers – à moins que ne change la nature du régime. »

Au moment où Arendt finit son œuvre sur le totalitarisme, la Chine maoïste entame sa révolution culturelle. Tout en demeurant prudente sur un régime qu’elle connaît mal, elle écarte l’Asie de son étude. Il faudra attendre plus d’une décennie pour comprendre que le même ressort terroriste se déploie en Chine comme en Allemagne et en Russie avant elle.

La purge fonctionne comme une manière de réformer de l’intérieur un système politique qui n’a pas les outils politiques pour évoluer et se corriger pacifiquement.

 

La démocratie face à l’administration de la vérité

En démocratie libérale, l’élection sanctionne politiquement des gouvernants responsables devant les citoyens, les tribunaux fonctionnent en toute indépendance des désirs de l’exécutif pour sanctionner les gouvernants coupables de violation de la loi. La régulation de la compétition politique se fait par le droit, pas par la force. Ce qui rend aux yeux de Hayek la forme démocratique appréciable est à la fois sa nature pacificatrice et la possibilité de son encadrement pour protéger les droits individuels.

À l’inverse, les régimes totalitaires sont des idéocraties, ils affirment la primauté absolue du Politique et propose d’étendre son empire, verticalement, sur toute la société et cela pour imposer une idéologie qu’il s’agit de faire triompher par la terreur.

On n’élit pas un gouvernement chargé d’administrer la Vérité au suffrage universel. On conteste encore moins ses décisions. La structure bureaucratique inhérente au totalitarisme comme régime est par essence pétrifiée, presque cléricale, et ne peut évoluer qu’au prix de la paranoïa permanente de son leader, cette soupape de sécurité insane mais bien réelle d’une organisation par essence viciée.

En découvrant des complots permanents, des contre-révolutions, des koulaks à exterminer, des saboteurs de l’intérieur, des fonctionnaires corrompus et autres « têtes de chiens capitalistes », le système se régénère en éliminant physiquement les coalitions politiques perdantes et autres « ennemis objectifs » tout en fortifiant le leader charismatique.

Comme Marcel Gauchet l’explique pour l’URSS :

« Le complot est l’envers maléfique du pouvoir de lumière qui s’incarne en Staline ; il en définit par contraste la puissance bénéfique, puissance qui triomphe dans l’écrasement de l’ennemi absolu dont les ‘chiens enragés’ que l’on élimine ne sont que des instruments dérisoires. Le retranchement de ce corps étranger qui s’était introduit jusqu’au sommet de l’État confère sa portée tangible à l’union sans faille du peuple avec son guide1. »

Xi Jinping triomphe, et le PCC a définitivement enterré l’ère d’ouverture au monde entamée dans les années 1990.

Maintenant, place au bon vieux totalitarisme et à ses ressorts barbares.

  1. Marcel Gauchet, L’avènement de la démocratie, tome 3. À l’épreuve des totalitarismes 1914-1974, Gallimard, 2010.
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  • Personne n’est dupe
    Comment imaginer une personne de 79 ans retirée des voitures depuis 10 ans faire un malaise dans une longue cérémonie officielle ? Un jeune horseguard en Grande-Bretagne à la rigueur, mais à 79 ans ! Le rasoir d’Occam a l’air bien rangé au placard chez les journalistes, à côté de celui de Hanlon…
    La campagne publicitaire d’un assureur français sur les comportements en présence d’un malaise, pour savoir reconnaître ce qui se passe et agir, n’a manifestement pas atteint les journalistes.

    • je ne vois pas très bien quelle menace faisait planer Hu Jintao sur Xi Jiping…, ne serait-ce que vu son âge.
      Il me semblait d’ailleurs qu’en Chine, on respectait les vieux ?

      • Exactement. L’interprétation évidente de la vidéo est que Hu était là comme potiche d’honneur, que son malaise a empiré, que les aides de camp sont intervenus, qu’il était incapable de bouger seul, et qu’il a du être évacué à sa grande honte dont il était encore assez conscient pour tenter de s’excuser auprès de Xi. Un bon journaliste aurait retenu cette interprétation parce que la plus probable et qu’aucun élément ne permet de la remettre en cause. Y voir une purge et une démonstration d’autoritarisme ne correspond à rien. Il est possible que Xi soit néanmoins autoritaire et peu recommandable, mais avec ce genre de déduction farfelue et alambiquée pour l’attaquer, il deviendrait presque sympathique.

  • Que la Chine ne soit pas une social-démocratie, tout le monde en convient. Pour connaitre un peu la Chine et pas mal de Chinois pour y avoir travaillé très souvent, il y a une sorte de consensus entre les Chinois et les gouvernants du genre « ne vous occupez pas de politique et enrichissez-vous ». Tant que la deuxième partie du pacte est respectée, la première l’est aussi. Finalement, c’est un choix collectif, certes non sanctionné par des élections et quelque peu orthogonal à nos modes de pensée occidentaux qui priment les droits de l’individus sur le collectif. A nous de ne pas être naïfs et de savoir faire respecter nos intérêts… ce que l’on ne fait pas mais les Chinois n’y sont pour rien…
    Quant à « l’expulsion » de Hu Jintao, vous en savez plus que moi… Peut-être avez-vous raison, peut-être pas… Sachez en tout cas que lorsque que Hu Jintao est arrivé, il était soutenu de la même manière et, je crois, par la même personne.

    • @RB83
      Je ne suis pas d’accord avec l’emploi du terme « choix » (« … c’est un choix collectif, certes non sanctionné par des élections … ») au début de votre intéressant commentaire, précisément parce que les Chinois n’ont jamais pu librement exercer un choix politique. Il s’agit plutôt d’une acceptation (parfois résignée) dans l’espoir que, comme vous l’écrivez justement, si on s’abstient de se mêler de politique, on peut espérer améliorer, parfois substantiellement, sa condition matérielle. C’est le « pacte » initialement proposé par Deng Xiao-Ping aux Chinois et respecté par tous ses successeurs.

      De fait, comme vous l’écrivez, on peut effectivement supposer qu’ « il y a une sorte de consensus entre les Chinois et les gouvernants du genre « ne vous occupez pas de politique et enrichissez-vous » » : c’est ce que j’ai constaté au Vietnam où je suis allé plusieurs fois en 1995 : mais les informations sérieuses auxquelles on a accès jusqu’à aujourd’hui donnent toujours cette impression. Et il me semble que, avec des caractéristiques spécifiques à chacun de ces pays, il en va de même au Cambodge et au Laos.

      Ce consensus existe également depuis depuis des années à Singapour [dont le régime semble se démocratiser quelque peu : mais je ne suis pas tellement renseigné sur ce point] et on vit régulièrement des responsables de haut rang de pays communistes d’Asie à la recherche d’une « formule magique » associant prospérité économique et fermeture politique s’enquérir du mode de fonctionnement d’un système politique « idéal » dans lequel, en échange d’une diffusion (assez) large des fruits de la croissance économique, la clique communiste se maintient au pouvoir en renonçant aux aspects les plus agressifs et les plus antiéconomiques du marxisme-léninisme.

      Il me semble que l’héritage des ces systèmes dans lesquels le « Parti » contrôle tous les rouages de l’État et des lieux de pouvoirs et de socialisation de masse est l’existence d’une structure efficace capable de se perpétuer parce qu’ayant éliminé ou fortement limité les caractéristiques suivante qui pouvaient fragiliser le système, voire pousser la population à la révolte :
      – l’inefficacité économique empêchant la population de s’enrichir, voire la paupérisant : malgré maints défauts et aberrations, ces régimes assurent pour le moment une croissance économique suffisante pour éviter ces écueils… encore que le ralentissement de cette croissance en Chine soit lourd d’inquiétudes pour le régime ;
      – l’insécurité physique généralisée qui caractérisa les phases les plus violentes des régimes stalinien et maoïste : aujourd’hui, à part des répressions (très) sanglantes dans des territoires particuliers (comme celui des Ouïgours actuellement), les crises, rivalités et éliminations n’ont pas de conséquence directe sur la vie du « citoyen » moyen ne faisant pas de politique activement ; et, au sein des cercles politiques, les perdants sont plutôt mis au placard qu’exécutés d’une balle dans la nuque.

      Du coup, pour reprendre la toujours pertinente distinction d’Olivier Todd à la fin de son excellent ouvrage, « Cruel avril » sur la chute de Saïgon en 1975, les régimes communistes conservent la capacité de se perpétuer alors que les dictatures de droite sont généralement « biodégradables » finissant assez souvent par s’étioler et laisser place à la démocratie, le cas du franquisme étant exemplaire à cet égard.

      Pour le moment, le régime chinois semble conserver un « savoir-faire » suffisant pour se perpétuer, même dans des phases potentiellement plus fragiles de pouvoir personnel : très puissant, M. Xi ne semble pas avoir les moyens de tout « chambouler » comme le firent Staline lors des campagnes de purges et de répressions de masse ou Mao Tsé-Toung lors du « Grand Bond en avant » ou de la « Révolution culturelle ».

      C’est à moyen-long terme que, en Chine, des facteurs de déstabilisation peuvent prendre de l’importance, notamment :
      – le ralentissement de la croissance alors que la moitié de la population n’a toujours pas ou peu accédé aux fruits de la croissance ;
      – la situation démographique très défavorable : le fort vieillissement de la population dans un pays dont des pans importants ne sont même pas riches aura des conséquences sur le niveau de vie de la population en général, comme dans tous les autres pays connaissant ce phénomène (essentiellement, les pays asiatiques et européens développés) ;
      – la dégradation de l’environnement qui prend des proportions gigantesques, notamment dans les régions où il y a de nombreuses mines, ce qui entraîne assez souvent un empoisonnement massif des terres, des eaux et de l’atmosphère ; à cet égard, il faut avoir une « pensée émue » pour les escrologistes, notamment en Europe, dont les « géniales » idées (éoliennes, panneaux solaires, moteurs électrique, etc.) se traduisent automatiquement par une explosion de l’extraction de terres et de métaux rares en Chine (et dans d’autres pays pauvres et non démocratiques) dans des conditions écologiques et tout simplement humaines souvent effroyables…

  • Deng Xiaoping était peut-être sincère en 1980 en ouvrant la Chine au monde occidental, mais la puissance économique chinoise fondée sur le faible coût de la main-d’œuvre et l’exportation de produits manufacturés, facilitée par son adhésion à l’OMC en 2001, n’était-elle qu’un prétexte ?
    Aujourd’hui, après l’apport occidental – que la Chine peut juger néfaste pour son présent/futur- n’a aucune gratitude vis-à-vis de l’Occident naïf, mais le développement économique chinois ne peut se faire seul et les limites économiques vont rapidement apparaître. Le balancier (Yin-Yang) est en marche. Xí Jìnpíng a 69 ans actuellement comme ses prédécesseurs l’âge deviendra son point faible devant des plus jeunes mieux adaptés à l’ère à venir dans une Chine qui va vieillir rapidement

  • Une purge en france !
    ça fait rever.

  • Une purge en france
    On en réve

  • Le 1 Ier paragraphe du chapitre « la démocratie face à l’administration de la vérité  » ci-dessus, n’est pas applicable à la France :
    – Les élections ne sanctionnent aucun gouvernement puisque tous défendent les mêmes idées de gauche qui sont encrées des les populations par l’éducation nationale.
    – les tribunaux sont particulièrement laxistes face aux politiciens de gauche. Ex : aucune sanction pour « mange tes morts »
    – et où sont-ils quand un squatter à plus de droits qu’un propriétaire ? Quand un casseur à tous les droits durant une manif ?…
    Si « la Chine se réforme par la présente et la terreur », la France à résolu ce problème depuis 40 ans : elle ne se réforme pas et s’écroule de plus en plus rapidement.

  • Il y a de forts doutes quant à qui a organisé les confinements stricts à Shanghai… Xi Jinping ou une autre faction ? (la balance pencherait plus vers la seconde thèse pour justement destabiliser le président actuel.
    Il y a énormément de factions au sein du parti communiste et Xi Jinping fait parti de la faction peut être la plus ouverte au monde (ce qui dérange bien évidemment les plus radicales, issues notamment de la joyeuse époque de Mao)…
    Mais il est intéressant de voir toujours le point de vue occidental avec le bel amalgame Xi Jinping = Mao… Ce qui est bien entendu totalement faux.

  • Ce moment marquera le debut de la fin pour la Chine.

    -1
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campagne électorale nombre de fonctionnaires
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Emmanuel Macron n’est certes pas un dictateur ; en tout cas pas encore. Mais il a tendance à utiliser les réflexes d’un Xi Jinping dans les domaines de la liberté individuelle, de l’éducation et de la considération pour les Français.

On peut citer plusieurs exemples.

 

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