Le cinéma français a un pied dans la tombe et le gouvernement lui coupe l’autre

Les salles de cinéma sont désertés par le public, mais les professionnels ont la solution : plus de subventions publiques, pardi !

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Salle de cinéma (Crédits : m4tik, licence Creative Commons)

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Le cinéma français a un pied dans la tombe et le gouvernement lui coupe l’autre

Publié le 14 octobre 2022
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Ainsi donc, la déconfiture du cinéma français continue de plus belle. Il y a quelques années, le producteur Vincent Maraval déclenchait une crise au sein du petit monde cinématographique français en avouant tout haut ce que tout le monde savait sans vouloir l’admettre, à savoir que la production française recouvre une quantité invraisemblable de merdes soporifiques et distribue pourtant des cachets stratosphériques à des acteurs en récompense d’une prestation rarement à la hauteur.

Quelques mois plus tard et en réponse, le CNC faisait mine d’encadrer les rémunérations des stars, ce qui ne changea en réalité à peu près rien. Depuis, les navets et les crises du cinéma mondial en général et français en particulier se sont multipliés, à commencer par celle de la fréquentation : depuis les fastes années 1950 où le Français moyen pouvait voir plus de 8 films par an au cinéma, la fréquentation n’a cessé de baisser pour atteindre trois films annuels en 2015 et sur les dernières années, c’est un véritable effondrement avec une disparition de plus de 34 % des places prises.

Alors oui, bien sûr, l’arrivée des plateformes de film en ligne a changé la donne : il n’est plus nécessaire d’aller dans des salles souvent loin de chez soi pour voir une nouveauté et le confort douillet de son foyer représente bien des avantages en ces temps de misère planifiée sobriété choisie : pas besoin de prendre sa voiture (c’est plus éco-conscient, ma brave dame) ou les transports en commun (pas toujours propres, disponibles et sûrs), aucune tentation de dépenser 30 euros dans un paquet de chips et deux canettes de soda, et pas de surprises enrichissantes en cours de séance.

Cependant, si le streaming explique ce qui remplace de plus en plus le déplacement des Français dans les salles obscures, le premier argument évoqué pour l’abandon des cinémas est surtout celui du prix : pour la plupart des Français, les places sont trop chères.

C’est, du reste la conclusion qu’a récemment tirée Kad Merad lors d’un entretien sur RMC : pour lui, le prix de la place, trop élevé pour les familles moyennes, justifie la désertion que les salles constatent actuellement.

De la même façon, on notera la tirade d’Agnès Jaoui lors d’une réunion extraordinaire des professionnels du cinéma (réalisateurs, producteurs, acteurs, techniciens, exploitants) qui voit la nécessité d’« état généraux du cinéma », un peu à la manière de ces conseils nationaux aux noms ronflants dont nous gargarise Macron et ses troupes à chaque crise qu’il nous distribue comme autant de saucisses industrielles.

Pour l’actrice-réalisatrice qui évoque sans surprise l’inévitable « exception culturelle française que le monde entier nous envie » (ben tiens) et qui dresse elle aussi le constat de l’abandon des cinémas par les Français, il faudrait que les artistes racontent de belles histoires (la période serait propice, semble-t-il) et – pour ne surtout pas oublier les revendications syndicalo-marxistes habituelle en France – il semble nécessaire d’envisager une redistribution plus intéressante des profits des plateformes de streaming pour le petit peuple du cinéma. Le seul marché ne peut y faire, que voulez-vous.

Pour cela, quoi de mieux que de faire appel aux pouvoirs publics, apparemment seuls capables de résoudre le douloureux problème qui se présente à toute la profession ?

Tout ceci est fort touchant.

Et hypocrite à deux titres : d’une part, lorsqu’on se rappelle les réactions épidermiques contre Netflix et les plateformes de streaming il n’y a pas dix ans (à présent qu’elles participent directement à une part croissante des financements de films, il n’est plus temps de cracher dessus) et d’autre part en réclamant une intervention (une autre) des pouvoirs publics pour les protéger de la concurrence, celle-là même qui est pourtant louangée dans tant de productions françaises sous le nom de « diversité » et de « différence enrichissante ».

Du reste, comme Kad Merad, Agnès Jaoui et tant d’autres avec elle ne semblent absolument pas prêts à revoir leurs émoluments qui forment pourtant une bonne partie de la structure des coûts des productions françaises et, par là même, des coûts des places de cinéma que les Français rechignent à payer maintenant que l’inflation et la récession s’installent.

Pire encore : il ne leur vient même pas à l’esprit qu’à force de cracher sur leur clientèle – que ce soit les Gilets jaunes dont ils se moquent parfois sans subtilité ou les non-vaccinés qu’ils insultent parfois copieusement sans comprendre que la plupart des vaccinés l’ont été contraints et forcés, qu’à force de sombrer dans le wokisme le plus débridé ou de se vautrer dans un entre-soi écœurant lors de festivals de plus en plus déconnectés des réalités de leur public, bref à force de s’en éloigner, le public ne veut plus payer pour les voir.

Et tout ceci intervient alors même que les ressources des chaînes de télé, celles-là même qui abondent et pas qu’un peu à la production cinématographique française, vont devoir s’habituer à la disparition de la redevance, ce qui, contrairement à ce que veulent faire croire les nigauds à la sauce Télérama, signifie essentiellement que Bercy financera directement France Télévisions.

Autrement dit, il ne fait nul doute que les budgets – notamment des émissions et films qui distribuent la bonne propag information – vont exploser à la hausse et que les films réellement innovants et indépendants de la doxa officielle ne trouveront pas de financement. En somme, alors même que les Français reprochaient au monde du cinéma de ne plus se parler qu’à lui-même au lieu de se tourner vers son public, tout indique qu’on va accélérer ce mouvement en poussant la consanguinité, l’autocensure et l’entre-soi à des niveaux jamais atteints.

Ce n’est même pas un pari hasardeux tant la réalité dépasse déjà l’affliction : non content de baigner dans un politiquement correct nécrosant, le cinéma français va devoir faire aussi son amende carbone honorable en fournissant le « bilan-carbone » des tournages afin de pouvoir prétendre aux aides publiques sans lesquelles ils ne pourront rien…

Forcément, ça va super-bien marcher.


—-
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  • Aujourd’hui le cinéma, sans réduction, c’est 10 / 12€ la place voire plus.
    Ceux qui bénéficient des réductions sont soit les étudiants, qui peuvent éventuellement être aidés par leurs parents, soit les retraités qui sont la classe avec le plus de pouvoir d’achat en France mais qui de toute façon vont peu au cinéma
    La classe moyenne qui travaille paye plein pot. Et étant taxée de partout n’a pas les moyens de payer des prix pareils. C’est un luxe qu’on se paye une fois de temps en temps
    J’entendais le directeur d’UGC qui disait que très peu de monde payait plein pot. Peut être qu’il devrait réfléchir et se dire que la raison en est que les seuls qui viennent sont ceux qui bénéficient des réductions

  • Le cinéma français devrait se lancer dans la production de navets,bio, c’est bon pour la soupe…. Ho, C’est déjà fait, je déteste la soupe aux navets.
    Une chose certaine, c’est que la France n’a vraiment pas le monopole de la culture du navet, les usa, c’est bien aussi…. Mais ils font aussi dans le miam miam le dernier Tom C est excellent.

  • Le monde cinématographique n’a que ce qu’il mérite !
    J’ai longtemps adoré aller au cinéma et ce n’est pas à cause de Netflix ou Canal+ que je n’y vais plus puisque je n’ai aucun abonnement de ce genre.
    Je n’y vais plus car je ne supporte plus les discours bien-pensants de tout ce petit monde, je n’ai pas supporté leur trouille pendant le Covid pas plus que je n’ai supporté leurs conseils pour bien voter.
    Le régime des intermittents du spectacle est une insulte aux salariés du privé qui le financent.
    Pourquoi personne n’ose dénoncer ce scandale ?

    22
  • Quand j’étais gamin à la fin des années 50, le curé du village avait construit une salle de cinéma, et mon père faisait le projectionniste pour arrondir ses fins de mois. Il y avait aussi des projections dans les villages environnants qui se déroulaient dans les bistrots locaux ( il y en avait encore à cette époque de l’après guerre). Mon père m’emmenait parfois pour transporter le matériel, on accrochait un drap blanc au fond de la salle, les chaises étaient alignées, et les habitants des fermes alentour venaient passer une bonne soirée avec les films de l’époque et les « actualités ». C’était convivial, et la soirée se terminait souvent par un bon repas en compagnie des autochtones qui s’attardaient avant de regagner leurs pénates. Et comme cette activité s’étalait sur toute l’année, été comme hiver, nous avons eu parfois des aventures assez périlleuses dans des coins reculés de notre région. Nostalgie…. nostalgie………….. !

    • j’ai connu ça … C’était très … pittoresque, et toujours bon enfant.

      • Pour un gamin de 10 ans, c’était l’Aventure avec un grand A! Et on avait vraiment l’impression d’apporter une réel service aux habitants isolés dans ces campagnes du Morvan profond!

  • Le cinéma français, c’est de l’idéologie subventionnée.
    il est entrain de mourir de sa belle mort.
    Amen.

    13
    • Exact. Il faut subventionner nos artistes qui s’affichent toujours avec des politiciens de gauches pour qu’ils touchent autant que le PDG de Total.

  • Effectivement le gros problème du cinéma c’est le prix. On y va donc que pour en avoir plein les yeux ou voir rapidement certains films.
    Mais il faudrait aussi mentionner d’autres désagréments, les personnes qui parlent, qui mangent ou qui tapent dans les sièges. Il y a un incivisme qui n’incite pas à sortir de son salon.

    Mais sinon dommage que le législateur fasse tout pour renchérir le prix avec de nouvelles contraintes : passage au numérique, taxe sur les billets, mise aux normes des salles, …

    • Le cinéma français, comme la majorité de la littérature, c’est les voyages autour du nombril et l’exploration des fonds de slips

    • Non, le gros problème c’est les navets. Les salles se remplissent des supers productions américaines. De même à la télévision, Netflix fait le plein alors que les navets produits par nos chaînes ne sont plus regardées.
      De toute les manières, la médiocrité française a aussi atteint le cinéma, après l’éducation, la santé, la justice, la police, l’armée, l’état des routes, les transports en commun, l’industrie, etc

  • Avatar
    The Real Franky Bee
    15 octobre 2022 at 8 h 30 min

    Le cinéma français (tout comme les séries produites en hexagone) est en moyenne d’une qualité affligeante. Il en va de même chez les écrivains (beaucoup moins subventionns évidemment), et ce alors que le vingtième siècle a été le théâtre d’une formidable explosion littéraire côté américain. Seule la musique semble avoir échappé à ce déclin pathétique de l’art à la française, du moins en partie seulement (notamment grâce à la scène électronique – que l’on aime ou pas).

    La France vit dans une bulle, elle s’imagine que l’univers tourne autour de son nombril parisien, et son logiciel intellectuel ou artistique est resté bloqué au dix-neuvième siècle de Zola et de la Commune de Paris. Pas étonnant qu’elle n’arrive pas à embrasser la modernité et produire des œuvres qui marquent.

  • Cher et mauvais…je revois périodiquement les vieux films français , suprtot bin populo, méprisés à leur sortie , tandis que j’évite les modernes sauf ceux qui ont du succès à l’export..
    Mais bon..moi je lis encore les machin neutre carbone;.
    Un secteur d’avenir c’est produire des labels Eco vertueux à la demande.. en gros c’est écrire en petit quelque part que le CO2 émise SERA compensé( en oubliant le si)…

    Pour faire simple un e éolienne evite des emissions CO2 si après sa construction elle remplace une production qui en émet, toute chose égale par ailleurs ..et durant un temps suffisamment long pour compenser sa construction destruction etc..ça en fait des si..

    or déjà un watt éolien n’est jamais équivalent à un watt pilotable.. mais peu importe si on peut donnez run « label »..

  • N’est-ce pas une façon déguisée de restreindre les aides au cinéma , vu que notre état stratège n’a plus un sou? Une bonne giclée de procédures administratives pour rebuter les prétendants pour finir par un refus de l’administration pour un bilan carbone pas suffisant et hop, subvention et financement disparus?

  • « la production française recouvre une quantité invraisemblable de merdes soporifiques et distribue pourtant des cachets stratosphériques à des acteurs en récompense d’une prestation rarement à la hauteur. » Tout est dit. Rien à ajouter.

  • Je ne vais pas pleurer sur le sort de ces artistes qui pour la plupart n’ont aucun talent , beaucoup de films et téléfilms sont de vrais navets , quand en plus ces sujets osent dénigrer ceux qui ne votent pas correctement à leurs gouts où ne se font pas vacciner , toute cette caste privilégiée pue la bien-pensance et le vivre ensemble pour les autres bien sur .

  • Les commentaires sont fermés.

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