Les Américains s’apprêtent à revenir physiquement sur la Lune

Les Américains s’apprêtent à revenir physiquement sur la Lune. Quel en est l’intérêt ?

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Falcon 9 Rocket with dragon spacecraft vertical at launch complex 39A by NASA(CC BY-NC 2.0)

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Les Américains s’apprêtent à revenir physiquement sur la Lune

Publié le 22 août 2022
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Si tout se passe bien, la fusée géante SLS (Space Launch System) de la NASA pourrait faire son premier voyage dans l’espace ce 29 août. Ce serait la première mission du programme Artemis qui, outre le lanceur, son second étage et sa capsule Orion, comprend une station spatiale lunaire, le Lunar Gateway et un camp de base, au sol de la Lune. Pour joindre ces deux derniers en navette, un transport doit être assuré par SpaceX avec une version spécifique de son Starship.

 

Une préparation américaine du retour vers la Lune

Mais ce vol, Artemis 1 n’est qu’un vol préparatoire. Il doit tester la capacité de lancement du SLS construit par ULA (United Launch Alliance, groupe d’industriels américains dirigés par Boeing) et la capacité de retour sur Terre d’une distance au moins aussi éloignée que celle de la Lune, de la capsule Orion. Cette dernière a déjà été testée dans des conditions plus douces en aller-retour de l’ISS (Station Spatiale Internationale).

La mission doit durer 26 à 42 jours, le temps de décrire les orbites et de vérifier que tout fonctionne avant le retour au sol. Au-delà du bon fonctionnement du second étage qui fait peu de doute (voir plus bas), le problème majeur est la résistance à l’agression thermique de l’atmosphère sur Orion qui sera beaucoup plus forte qu’au retour de l’ISS. Pour mieux simuler les conséquences d’une rentrée sur Terre à une vitesse au moins aussi grande que celle d’un retour de la Lune, Orion sera envoyé sur une orbite qui l’entrainera à 450 000 km de la Terre (Lune 385 000 km). Sa vitesse au retour dans l’atmosphère terrestre sera de plus de 39 000 km/h et la chaleur sur sa coque de 2760°C. Ce n’est pas rien !

Le premier vol avec astronautes à bord, Artemis 2, est prévu pour 2024. Ce sera un vol autour de la Lune, toujours en capsule Orion. Le « premier second pas » sur la Lune (Artemis 3) est lui prévu pour plus tard. En 2020, la date cible était 2024 mais on sait maintenant que ni le Gateway, ni la version lunaire du Starship ne seront prêts dans deux ans. La date annoncée aujourd’hui de 2025 semble bien ambitieuse.

Ces premiers vols Artemis seront portés par un second étage provisoire ou « intérimaire » comme disent les Américains, nommé ICPS (Interim Cryogenic Propulsion Stage). Ce n’est que pour aller au Gateway que l’on disposera d’un second étage définitif, l’EUS (Exploration Upper Stage) également construit par ULA. L’ICPS n’est pas un perdreau de l’année et c’est pour cela qu’on peut être tranquille. Il s’agit en effet de la version modifiée d’un second étage plus connu, le DCSS (Delta Cryogenic Second Stage), qui a volé 24 fois depuis 2004 sur des missions portées par le lanceur Delta IV (avec 100 % de réussites).

Nous ne sommes donc pas encore au vrai retour sur la Lune mais au retour vers la Lune. Ce qui va se passer en août/septembre 2022 est néanmoins très important parce que cela signifiera que

  1. Les Américains concrétisent leur envie de reprise des vols habitées au-delà de LEO, l’orbite basse terrestre (là où évolue la Station Spatiale Internationale qui vit ses dernières années) dans ce que l’on appelle l’espace profond.
  2. Leur lanceur SLS fonctionne, ce qui n’est pas toujours pas évident aujourd’hui.

 

Je rappelle seulement qu’ils (plus précisément l’ULA) y travaillent depuis 2005 (la première version du projet SLS s’appelait ARES), ce qui est particulièrement laborieux, et qu’il n’y a eu aucun essai en vol. Pendant le même temps SpaceX a énormément développé la technologie aéronautique notamment la récupération de ses lanceurs Falcon devenus de ce fait réutilisables (ce qui ne sera pas le cas du SLS) en procédant selon une méthode très différente (multiplication des essais avec la philosophie trial and error).

 

Quel intérêt d’aller sur la Lune ?

La concrétisation de l’intention n’est donc pas assurée. Mais quel en est l’intérêt ? L’esprit de l’époque aidant, la NASA met en évidence que le premier second pied sera celui d’une femme et qu’elle sera noire. Si ce n’était que cela, on pourrait au choix en rire ou en pleurer. Mais comme je l’évoquais plus haut, il y a plus. Il y a la reprise du rêve américain de frontière, d’exploration et d’aventure. Je m’en réjouis tout en craignant qu’encore une fois la Lune ne face écran à Mars.

Je m’explique.

D’abord il s’agit de faire mieux que les ronds dans l’eau qu’étaient les allers-retours vers et de l’ISS.  Dès le début les investissements dans cet ISS ont paru surdimensionnés par rapport aux bénéfices scientifiques qu’on pouvait en tirer. Il y a des années qu’on cherche presque désespérément à occuper les astronautes à des expériences intelligentes à bord de ce machin qui à l’origine avait surtout un sens politique : la coopération avec les Russes. On finit par trouver quelques expériences utiles mais on aurait aussi bien trouvé et davantage, si on avait institué une routine de voyages sur la Lune qui au moins aurait permis d’en continuer l’exploration.

Avec Artemis on va évidemment apprendre beaucoup plus de la Lune que ce qu’on en sait aujourd’hui. Cet astre qui a très peu changé depuis qu’il a été formé à l’aube de notre propre histoire, n’a en effet pas tout dit de l’environnement dans lequel nous sommes nés, notamment de l’arrivée de l’eau dans une région du système solaire de laquelle le jeune Soleil aurait dû en chasser (presque) toute molécule. L’eau très ancienne que l’on trouvera dans les cratères perpétuellement à l’ombre du pôle Sud de la Lune (et très difficilement accessible) nous donnera des renseignements très intéressants à ce sujet.

On peut aussi apprendre des vagues destructrices d’astéroïdes qui ont à plusieurs reprises changé le cours de notre histoire et conduit jusqu’à l’Homme. Les astéroïdes se fragmentent souvent avant l’impact et l’on pourrait peut-être trouver des témoins de certains qui ont été importants pour nous mais dont les traces ont été effacées sur Terre par l’érosion de l’eau ou par la tectonique des plaques. On pourra examiner avec plus d’attention qu’au cours des quelques furtives missions Apollo la face exposée à la Terre et surtout la face cachée beaucoup plus cratérisée et qui nous a servi de bouclier.

Ensuite, la Lune est notre premier pied dehors. Nous pourrons tester certains des équipements que nous utiliserons ensuite pour Mars, les scaphandres, le recyclage de l’oxygène ou de l’eau, l’utilisation des engins de travaux publics dans un milieux de gravité réduite et où la poussière est extrêmement agressive du fait que les particules n’ont pas été agglomérées par l’eau et qu’elles n’ont pas non plus été émoussées par l’érosion. Nous pourrons aussi tester le Starship puisque c’est une version de ce merveilleux vaisseau qui sera utilisée pour aller du Gateway à la Lune. Nous nous exercerons à le faire atterrir sur un support brut (ce ne sera pas une plate-forme toute lisse, de densité soigneusement égalisée).

Nous nous entrainerons aussi à décharger des masses non négligeables depuis une hauteur de 30 mètres (hauteur du plancher bas du sas du Starship, au-dessus des moteurs et des réservoirs). Nous apprendrons encore à vivre et surtout travailler avec la lumière sans ombre du Soleil (pas d’atmosphère) et surtout avec les radiations (pas d’atmosphère !). Nous verrons comment constituer rapidement des abris en les creusant dans le sol ou en accumulant le régolithe au-dessus de constructions imprimées en 3D ; et bien sûr comment cultiver dans des serres les produits frais indispensables à une vie saine… quoique, il sera sans doute plus facile de les apporter de la Terre puisqu’on n’y vivra que de courts séjours (30 jours au début).

 

Objectif Mars

Car la Lune n’est pas vraiment Mars. Cette dernière ne peut être rejointe depuis la Terre que tous les 26 mois (rapport changeant entre la position de ces planètes autour du Soleil) alors que l’on pourra apporter des vivres tous les mois sur la Lune et aller y chercher les malades et les blessés en cas de besoin. Sur Mars les cultures sous serre seront indispensables, une présence médicale lourde également. Sur Mars on devra vivre avec un vrai décalage temporaire avec la Terre. Sur la Lune ce décalage sera très léger et à peu près constant.

Mars présente donc des inconvénients mais aussi des avantages : jours de 24 h 39 contre 14 jours (la moitié de 28 !), atmosphère qui limite les impacts de micro-météorites, présence de glace d’eau relativement accessible, possibilité de produire sur place les ergols nécessaires au retour des fusées sur Terre (ce qui réduit considérablement les masses à y apporter), diversité minérale beaucoup plus grande que sur Terre puisqu’il y a eu travail de l’eau, volcanisme beaucoup plus actif et brassage des poussières sur une très longue période ce qui a diffusé la minéralisation un peu partout en surface.

La différence c’est aussi que Mars est une vraie planète avec une histoire géologique beaucoup plus riche et qu’elle peut nous apprendre beaucoup plus sur le processus d’évolution des matières organiques vers la vie, que la Lune qui est pratiquement morte depuis toujours.

Mars est plus difficile à atteindre et plus exigeante au point de vue de la solidité des technologies qui devront être employées pour y vivre mais Mars est beaucoup plus intéressante. En commençant par la Lune on risque de se focaliser sur la Lune et d’y rester collés. C’est un peu ce qui se dessinait déjà sous la présidence de Georges W Bush, quand le programme (évidemment inachevé du fait de l’arrivée de Barrack Obama) était « The Moon and Beyond », le beyond voulant dire, in petto, Mars.

Très vite, dès le début de la présidence, on ne parlait plus que de la Lune alors que Michael Griffin l’administrateur de la NASA alors en poste avait été un des membres fondateurs de la Mars Society US. Le lobby lunaire est puissant et la routine s’installe très vite dans les grosses maisons ! Ce fut la même chose avec l’ISS qui devait être un instrument pour se préparer à vivre dans l’espace et qui devint très vite une fin en soi dont on ne savait trop que faire (combien de vidéos avec des astronautes jouant avec des boules d’eau, ou regardant la Terre en rêvant par la coupole d’observation !). Je crains donc que le passage par la Lune maintenant programmé occulte vite et longtemps l’objectif Mars, quoi qu’on en dise.

Voir les commentaires (6)

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  • Avatar
    jacques lemiere
    22 août 2022 at 6 h 55 min

    « les américains », sans blague..le diable est dans les détails..

    « Avec Artemis on va évidemment apprendre beaucoup plus de la Lune que ce qu’on en sait aujourd’hui. »

    et « on » sait tous que la science c’est dans l’interet « général »..
    donc paye et discute pas..

    toute secteur financé par l’argent public est suspect de corruption.

    qu’est ce qui vous empêche de lancer une grande souscription publique en europe afin de récolter des fonds pour fiancer un projet ???

    est ce un hasard si la tyrannie décomplexée.. fait un retour via la vaccination. .OBLIGATOIRE…
    vous savez les emmerdeurs, les terres-platistes..

    Certes on échappera pas à la tyrannie démocratique.. reste qu’on pourrait se fixer des règles pour éviter les outrances..

    • Avatar
      jacques lemiere
      22 août 2022 at 7 h 08 min

      la science publique comme la médecin moderne comme l’education étatique relèvent du collectivisme et du constructivisme!!!

      elle ne sont pas dans l’interet général elle IMPOSENT une idée d’interet général pour justifier des actes tyranniques et des spoliations.

      nasa egale sécu… désolé..

      aussi l’approche que vous devez adopter est de faire partager votre curiosité..partager votre vision du futur, de ce qui est souhaitable..eh oui mendier…chercher des mécènes..

    • (1) Mais pourquoi cette agressivité?
      (2) Si le secteur privé assure l’essentiel du financement et que ce financement est levé aux Etats-Unis, en quoi cela vous gêne-t-il?
      (3) que vient faire l’obligation vaccinale à propos de cet article?
      L’ensemble de ce commentaire est vraiment bizarre.

  • Les Américains retournent sur la lune pour ne pas laisser les Chinois y aller tout seuls. Il y va de l’image de la « démocratie » face au modèle chinois.
    Quant aux européens, ils préfèrent financer un gouffre administratif qui s’appelle ESA :
    – 25% du budget d’un projet est affecté à ses dépenses de fonctionnement,
    – 40% du budget restant d’un projet est affecté à financer des PME sans expérience dans le domaine de leurs contrats.
    Donc sur 100 € dépensés, au mieux 45 € sont productifs pour le projet ; le reste se perd en dépenses administratives.

  • Les américains vont revenir sur la lune.
    Je ne savais pas qu’ils y ont déjà été.

    -1
  • Les commentaires sont fermés.

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