Motion de censure rejetée : l’ultragauche en ordre de bataille

En déposant une motion de censure engageant la responsabilité du gouvernement, la coalition d’extrême gauche cherchait à effacer la tache originelle du second tour de l’élection présidentielle.

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presidentielle2022 mélenchon hidalgo jadot (credits FMas)

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Motion de censure rejetée : l’ultragauche en ordre de bataille

Publié le 12 juillet 2022
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Il fallait 289 voix. La motion de censure de la Nupes déposée à l’Assemblée en a eu finalement seulement 146. La droite parlementaire comme l’extrême droite n’ont pas voulu voter avec une extrême gauche jugée irresponsable et non constructive. Dans l’esprit de la Constitution, la motion de censure est un moyen d’exprimer sa défiance à l’endroit du gouvernement en contraignant le Premier ministre à démissionner. Pour la Nupes, il s’agissait surtout de compter ses troupes et de refaire le match, et de contester à son concurrent national-populiste le leadership de l’opposition, pourtant première formation en nombre à l’Assemblée.

Tous les ténors de la Macronie l’ont répété à l’envi : le bloc mélenchoniste n’a pas gagné la présidentielle, il n’est pas majoritaire à l’Assemblée, mais il fait beaucoup de bruit médiatique pour qu’on croit le contraire.

Effacer la tache originelle

En déposant une motion de censure engageant la responsabilité du gouvernement, la coalition d’extrême gauche cherchait à effacer la tache originelle du second tour de l’élection présidentielle. On se rappelle que le leader de la France insoumise avait déclaré que pas une seule voix ne devait aller au RN face à Macron.

Certains commentateurs et militants radicaux avaient interprété la différence de traitement entre RN et LREM comme une trahison du combat anticapitaliste et antilibéral. Refuser de choisir la candidate des classes populaires, aussi droitière soit-elle, favorisait nécessairement le bloc élitaire macronien, c’est-à-dire l’ennemi de classe de toujours, réputé lui aussi infréquentable.

L’espace d’un instant, c’est toute la fausseté du discours de la Nupes qui s’est révélé le soir du second tour : l’électorat de la nouvelle gauche populiste n’appartient pas au bloc populaire, c’est une coalition électorale à cheval entre le bloc populaire et le bloc élitaire, un peu comme l’électorat de Zemmour. Mélenchon voulait bien jouer l’opposition, mais pas au prix d’une contestation radicale du « bloc bourgeois ».

 

Jouer la carte radicale à l’Assemblée

Pour faire oublier ce coup de mou passablement social-démocrate dans la comm’ mélenchoniste, il fallait donc signifier aux médias comme aux troupes que la coalition demeurait radicale dans son opposition à l’exécutif. En votant la motion de censure, la Nupes a repris le leadership de l’opposition, en cela bien aidée par une droite parlementaire inaudible, et surtout une extrême droite tout à coup amorphe.

En effet, soucieux d’apparaître comme sérieux et constructif, le RN s’est fait étonnamment discret. Sans doute la formation mariniste se voit-elle déjà prendre la place de LR, quitte à jouer la carte de la modération afin de faire mentir médias et ennemis.

Seulement la stratégie de profil bas a profité à la coalition d’extrême gauche, qui aux yeux du plus grand nombre est redevenue la principale opposition au macronisme et qui peut désormais accuser le RN de complaisance avec LREM (chacun son tour !).

Cet épisode de la motion de censure donne une bonne idée de ce que sera la qualité des débats parlementaires à venir : l’ultragauche n’hésitera pas à pousser au blocage des institutions pour faire prévaloir ses vues, ce qui pourrait pousser dans ses retranchements le parti majoritaire et l’inciter à s’appuyer sur les mécanismes les plus autoritaires de la Cinquième République, comme l’article 49.3 pour faire passer ses textes et ses réformes. Il y a donc pour les modérés, à droite comme à gauche, un rôle à jouer, celui de rendre au Parlement son rôle de filtre rationnel des passions portées par les factions politiques.

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  • Les PNEUS étaient gonflés. Ils ont fait pschitt ! Désormais, ils seront juste gonflants.

  • La seule conclusion est que faute d’avoir voté la confiance, le parlement a été prompt à refuser la défiance, en cohérence avec les appels à ne pas voter contre Macron.

  • Il est clair que la NUPES ne s’attendait pas à trouver une majorité, mais le principe de défiance demeure et vient d’être affirmé. On note que le RN aurait logiquement pu s’y rattacher mais une haine féroce les sépare. D’un autre côté, ce parti ne peut pas risquer non plus une dissolution puisque son accès parlementaire en si grand nombre lui a paru un miracle électoral et tiendra coûte que coûte, malgré les gifles assénées par une PM méprisante qui sait qu’il est assis entre deux chaises.

  • Une motion de censure ratée mais qui devrait faire réfléchir les lâches et intéressés qui ont accepté la nupes.
    Quant à Madame Borne, elle se serait grandie en citant les responsables de LFI et du RN et surtout en évitant sa diatribe contre Madame Le Pen et le RN.
    Pas très démocrate la dame et surtout très socialiste sectaire. Une émule de la maire de Lille?

  • Les commentaires sont fermés.

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