Guerre en Ukraine : libéralisme 3 – étatisme 0

Les succès de l’Ukraine face à la Russie illustrent l’efficacité d’une armée misant sur l’autonomie des sous-officiers et ayant su s’attaquer à la corruption dans les acquisitions d’équipements militaires, à l’inverse de Moscou.

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Guerre en Ukraine : libéralisme 3 – étatisme 0

Publié le 10 mai 2022
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Et si la guerre en Ukraine illustrait, une fois de plus, la supériorité du libéralisme ?

Pas seulement sur le plan moral, puisque ce conflit oppose une démocratie à un régime autoritaire et enclin à menacer ou envahir ses voisins, mais en termes tout simplement d’efficacité.

Certes, les succès de Kiev s’appuient sur le courage de ses soldats et l’appui d’une population unie dans un patriotisme qui a surpris les Ukrainiens eux-mêmes, en sus de la qualité du renseignement satellite, ou aérien américain et de la fourniture d’armes occidentales, missiles antichars, radars, lance-grenades avant l’invasion, ainsi que canons et blindés depuis un mois.

L’agilité contre la procédure

Mais quelque chose de plus diffus est à l’oeuvre, qui s’appuierait sur des principes disons libéraux, eh oui. Si on considère sommairement que le libéralisme mise sur l’initiative individuelle, la conduite des opérations ukrainiennes s’appuie bien davantage sur la capacité des sous-officiers (« toute guerre se gagne avant tout grâce à des sergents », selon un idiome militaire) à faire des choix de manière autonome, grâce pour certains à leur formation aux États-Unis, que l’armée russe.

Cette dernière semble engluée, suivant sa tradition séculaire, dans une culture de type « attendons les ordres supérieurs et tenons-nous-y strictement », sans trop s’adapter aux circonstances. Management bottom-up contre top-down, en quelque sorte. C’est d’ailleurs pourquoi l’armée russe perd tant de généraux, déjà neuf sur les vingt déployés sur le théâtre d’opération, puisqu’ils sont obligés de s’approcher de la ligne de front pour analyser la situation et donner leurs instructions.

Et de nombreux témoignages de soldats ukrainiens, ou russes (lors d’échanges téléphoniques avec des proches) indiquent une différence spectaculaire d’agilité des unités au combat, avec notamment des colonnes de blindés russes lancées sans reconnaissance ni appui-feu. Comme disait Patton « aucun plan n’a jamais résisté à la réalité du champ de bataille ».

Deuxième point, les achats d’équipements militaires. Une activité, par définition, étatiste mais où sont en jeu des mécanismes libéraux, appel d’offres, transparence de marchés publics, audit et contrôle. Là encore, la différence est spectaculaire entre Kiev et Moscou. Si les autres secteurs d’activité de l’Ukraine sont encore affectés par une corruption endémique, en revanche les pouvoirs publics y ont refondu de fond en comble le système de military procurement après l’humiliation de l’annexion de la Crimée en 2014, époque où le pays ne pouvait aligner qu’une seule division d’infanterie en état de marche. Cet enjeu existentiel a poussé l’Ukraine à faire passer ses dépenses militaires d’environ 1 % de son PIB à 6 %, un des niveaux les plus élevés de la planète.

À Kiev, en novembre, des députés des divers partis d’opposition à qui je demandais s’ils pouvaient citer une mesure du gouvernement qu’ils approuvaient avaient cité unanimement et sans hésiter la refonte du système d’acquisition d’équipements ; et un député du parti au pouvoir avait reconnu qu’elle avait été amorcée par la précédente administration.

À l’inverse, l’armée russe est un nid patenté de corruption, qui explique pourquoi des généraux peuvent se payer des demeures somptueuses avec un salaire relativement modeste. En fait, la corruption est le moyen par lequel le régime s’assure la loyauté des forces armées en permettant à chacun de piller un peu le système.

Ce qui explique que du carburant s’évapore, que des composants ou des armes tombent du camion, ou que le matériel livré se révèle sub-standard à l’issue d’appels d’offres biaisés au profit de firmes bien connectées. Juste un exemple parmi mille : les blindés à roues russes n’osent pas s’aventurer hors des routes, où leurs colonnes constituent des cibles faciles, par peur de crevaison. Il suffit de zoomer sur une photo de pneus de blindés pour comprendre au vu des fissures… On estime aussi qu’un missile russe sur quatre est inopérant.

Dernier point : dans un régime militaire, la remontée d’informations est toujours défectueuse, marquée par la crainte de la colère de l’échelon supérieur, avec par conséquent la tentation de ne lui dire que ce qu’il aimerait entendre et donc de rosir le tableau. L’image de Sergueï Narychkine chef des services de renseignements extérieurs (SVR), bégayant de trouille à la télévision fin février face à Vladimir Poutine, a ainsi marqué les esprits.

Rien d’étonnant, de ce fait, que le maître du Kremlin ait cru que les Occidentaux resteraient les bras croisés, que l’armée ukrainienne s’effondrerait rapidement et que la population accueillerait les soldats russes avec du pain, des fleurs et du sel au lieu des cocktails Molotov. Erreur d’appréciation qui a poussé le Kremlin à ce qui pourrait être son pire désastre géopolitique depuis presque un siècle…

 

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  • Ukraine 122 – Russie 136
    Le match est nul, parce qu’il ne s’agit pas de basket, mais de rangs dans le classement des pays face à la corruption.
    Les dirigeants occidentaux décident personnellement d’envoyer des armes à un pays en guerre pour faire durer cette guerre et renforcer leur position quoi qu’il en coûte et sans comptes à rendre. Le libéralisme a perdu depuis longtemps, et le panneau d’affichage des scores a été hacké ou est en panne s’il indique 3-0.

    • L’Ukraine a bien évidemment un héritage de corruption issu de la Russie. Mais l’Ukraine essaie de se sortir de l’héritage russe et c’est justement ce qui chagrine le plus le kremlin qui craint comme la peste qu’un autre modèle que le sien ait du succès dans un pays culturellement voisin. La Russie n’a sans doute jamais eu vraiment peur que l’armée Ukrainienne déferle sur son propre territoire. Et que les forces de l’OTAN soient 500 km plus près de leur cibles russes ne change pas grand chose à l’affaire compte tenu du rayon d’action des armes modernes. Il ne s’agit donc que de raisons secondaires vis à vis de la grande crainte d’une occidentalisation cultuelle à ses portes.
      Je pense par ailleurs que les pays du monde libre sont assez « real politic » pour ne pas se soucier plus que cela du sort du peuple Ukrainien mais ils peuvent craindre que la Russie poursuive sa politique expansionniste vers d’autres pays. D’où une bousculade pour rentrer dans l’OTAN et le souci légitime d’affaiblir la Russie pour qu’elle cesse de vouloir sortir de ses frontières.

      -3
  • Excellent choix d’image de la Statut de La Liberté pour illustrer Une Guerre USA / Russie ar Ukraine et OTAN a la manoeuvre.

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