Libertés et localisme : quelques idées reçues

Le localisme s’accompagne souvent de mythes sur ses supposés bienfaits. Retour sur quelques idées reçues sur le localisme.

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Vegetable Vendor at a Local Food Market in Saigon By: Marco Verch Professional Photographer - CC BY 2.0

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Libertés et localisme : quelques idées reçues

Publié le 18 avril 2022
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Par Diego Taboada.
Un article de Liber-thé

Lors de la crise du Covid-19, beaucoup de critiques ont été émises sur le système économique actuel. Des appels à la lutte contre la surconsommation, au retour à la nature et à la mise en place d’un système plus local, en opposition à la mondialisation des échanges, se sont fait entendre. L’idéologie du localisme popularisée dans les années 1980 par les mouvements écologistes a ainsi été remise au goût du jour.

Bien que les libéraux soient souvent sceptiques envers ce projet de société qui va à l’encontre d’un monde ouvert basé sur les échanges internationaux, il n’existe pas de contradiction fondamentale entre les principes libéraux et le fait de consommer localement, tant que cela reste un choix volontaire, exempt de coercition. Cependant, le localisme s’accompagne souvent de mythes sur ses supposés bienfaits. Retour sur quelques idées reçues sur le localisme.

Le localisme contre les dérives de la mondialisation

Le localisme peut être considéré comme un contre-mouvement à la mondialisation. Or, cette dernière implique une division du travail, qui incite les pays ou les régions à se spécialiser dans la production de biens et services qu’ils maîtrisent le mieux.

Le savoir-faire et la concurrence internationale permettent de mettre à disposition des produits de meilleures qualités et moins chers. Produire ce que l’on sait faire de mieux et importer le reste est donc plus efficient que de vouloir tout produire localement.

De plus, ce sont bien les consommateurs, et notamment les plus modestes, qui bénéficient le plus de ce système. Contrairement à ce que l’on peut entendre, l’intérêt des individus n’est pas toujours aligné avec celui des États, qui souhaitent protéger certaines industries de la concurrence internationale en imposant des quotas ou des taxes par exemple.

C’est donc bien l’intérêt des consommateurs qui a été au centre de la réflexion lors de la mise en place des institutions actuelles, après la Deuxième Guerre mondiale. Tant les organisations internationales comme l’OMC ou les institutions dérivées de la construction européenne ont voulu agir pour développer le libre-échange en limitant les entraves au commerce et favorisant la concurrence.

Revenir sur la mondialisation signifierait donc non seulement une baisse du pouvoir d’achat – comme l’ont montré les effets des politiques protectionnistes aux États-Unis par exemple – mais également un appauvrissement à l’échelle globale.

En effet, tous ceux qui sont sortis de la pauvreté ces trente dernières années dans les pays en voie de développement grâce au commerce international se verraient fortement impactés par une diminution des échanges et une relocalisation partielle. Car, comme le rappelle le prix Nobel d’économie Angus Deaton, la meilleure solution pour aider les plus modestes de ce monde réside dans l’ouverture des frontières et la liberté de commerce de chacun.

Le localisme contre la compétition effrénée entre États

Alors que certains déplorent la course au toujours plus et considèrent que la mondialisation et la compétition sont des vecteurs de conflit, le commerce international a au contraire une vertu pacificatrice. Les pays ouverts sur le monde ont plutôt tendance à être des démocraties ayant moins de probabilité de se trouver empêtrées dans des conflits.

Plus fondamentalement, tisser des liens économiques solides avec un autre pays augmente les coûts économiques et sociaux d’une guerre. Bien que le commerce puisse donner naissance à des tensions, l’interdépendance entre deux pays est souvent un rempart aux conflits ouverts.

La division du travail et le commerce incitent à coopérer avec des individus de divers horizons, qui produisent le bien ou le service que l’on souhaite acquérir. Le fait que ces personnes sont les plus à même de satisfaire mes besoins devrait être le seul critère. Faire de la discrimination ethnique ou religieuse entraîne des inefficacités.

Décider de subventionner et de favoriser des producteurs locaux sur la seule base de la proximité équivaut à adopter un raisonnement nationaliste opposé à l’idéal universaliste, et entre en contradiction avec l’ambition pacifiste et harmonieuse dont se targuent les tenants du localisme.

Le localisme c’est bon pour le climat

Enfin, les critiques d’un monde ouvert invoquent régulièrement la question climatique. Ce serait un non-sens écologique d’importer des produits de l’autre côté du monde au lieu de consommer sur place.

Toutefois, l’impact écologique d’un produit ne dépend que très peu de l’énergie qui a dû être consommée dans son transport. C’est plutôt dans le processus de production que réside le gros de l’impact carbone.

La production de tomates en serres en Europe centrale aura un impact carbone plus important que les tomates importées du sud de l’Europe. C’est pourquoi affirmer que produire local est toujours plus respectueux de l’environnement est discutable.

Une deuxième critique qui revient souvent de la part des localistes est que la souveraineté alimentaire et la sécurité d’approvisionnement seraient mises en danger par la mondialisation. Dépendre de l’étranger pour des produits clés fragilise les sociétés, c’est pourquoi il serait impératif de relocaliser les productions, pour avoir un réel contrôle.

Cependant, plus que la délocalisation, c’est la concentration à un seul endroit qui est problématique. Produire uniquement localement, c’est risquer qu’une sécheresse, un problème dans la région mettent en péril l’approvisionnement. Relocaliser c’est souvent fragiliser des chaînes de productions. Afin d’éviter les problèmes inhérents aux aléas et aux caprices de la nature, diversifier les sources est une bien meilleure réponse.

Ainsi, défendre une société rousseauiste en autarcie basée sur une prétendue adéquation avec la nature pour résoudre les problèmes relève davantage du mythe que de la réalité. Plus fondamentalement, les aspirations de certains d’imposer leur vision et leurs désirs de manière coercitive à l’ensemble de la société est incompatible avec les idées de liberté individuelle et d’échanges volontaires entre les individus et les peuples.

Article publié initialement le 3 septembre 2020

 

Pour aller plus loin vous pouvez :

Écouter notre podcast sur le localisme

Lire l’interview de Nicolas Bouzou sur le sujet.

Voir les commentaires (14)

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  • oui..mangez local si vous voulez mais n’obligez pas les autres…

    • il ya un truc qui signe le foutage de gueule et le signalement de vertu…… avez vous déjà vu des défenseurs du manger pas local..des gens dont le but est d’acheter passé une certaine distance??
      comme avez vous vu des gens dont l’objectif est de détruire l’environnement? de polluer?

      combien de temps , si le locavorisme s’impose pour que les gens veuille nationaliser la production en raison des abus que cela créera? avant une « planification »?

      la fuite en avant perpétuelle des signaleurs de vertu..

  • Comme le rappelle

    Rappeler un verbe, rappel un substantif.
    Il a rappelé que le responsable avait bien fait un rappel.

  • Manger local était une obligation avant les transports longues distances. Comme il semblerait que nous ne pourrons plus nous déplacer au delà du pâté de maisons ou de la limite autorisee.. Le. Local ira de soi avec des tickets de rationnement et une réservation… Le poivre viendra de cayenne mais uniquement pour les grandes maisons..

    • Ah bah non, si on n’arrive pas à produire du poivre, ils ne doivent pas en avoir… Faudrait pas que ces fanatiques inversent les rôles ! 😉

    • À Paris, ils auront les rats pendant un bon moment: Le rat d’égout grillé sera un met fin très apprécié : très couleur locale 🙂

  • J’ai mangé ‘local’ en RDA dans les années 80 : du chou fleur gros comme le poing, avec de larges taches noires et amer comme la bile…
    Le dessert le plus courant était de la quetsche (prune bleue pour les monolingues) en bocal, sans sucre…
    Par contre y avait plus de personnel que de clients dans les restos…

  • Article concis, intelligent, et bienveillant, bravo !

  • L article illustre la theorie de ricardo : chaque pays a interet a se specialiser dans ce qu il fait le mieux.

    « Revenir sur la mondialisation signifierait donc non seulement une baisse du pouvoir d’achat ». Certes au niveau global il y aura moins de richesses crees. Par contre l auteur oublie l effet de la distribution.
    Si au lieu d avoir une personne qui a 50, 5 employes a 8 et 10 chomeurs a 1, vous pouvez avoir 10 ouvriers a 2 et une personne a 35. le total passe de 100 a 95, donc la societe est moins riche mais la majorite des individus vit mieux

    « Le savoir-faire et la concurrence internationale permettent de mettre à disposition des produits de meilleures qualités et moins chers »
    moins cher oui, meilleure qualite NON. j ai encore des habits made in france qui ont 30 ans (oui je suis un homme et je me moque de la mode). Ce que j ai achete il y a quelques annees ne durera jamais aussi longtemps. Idem pour la merde electronique made in china. ca sruvitrarement plusieurs annees (et de toute facon c est impossible/pas rentable de reparer)

    « Relocaliser c’est souvent fragiliser des chaînes de productions » : c est sur que quand une partie de vos pieces vient du bout du monde vous n avez pas une chaine de production fragile .. ici on a du arreter la production en fevrier car l usine de wuhan ne livrait plus une piece.

    • la société est moins riche mais la majorité des individus vit mieux…
      euh…. bof.. c’ets pas aussi l’idée avec la réduction contrainte du travail ça???

      sinon…il faut comprendre surtout que le local n’a pour lui que d’etre local..
      le local n’est pas de meilleur qualité…( nécessairement) , ni non plus associé à un meilleur bilan carbone pour un produit donné..ni plus sain ni plus..rien…

      le local c’est juste local..

      l’idée qu’il faut absolument combattre est celle ci..le local a des vertus ..autre que d’etre local..

      non…c’est juste local..sinon faut voir..

    • Meilleure qualité, OUI. Les voitures ou les machines à laver allemandes ont meilleure réputation que les françaises, non ?

  • Il est dommage que cet article ne soit pas « équilibré », mais uniquement à charge contre le localisme.
    Le monde n’est pas manichéen ! et la mondialisation a son lot de catastrophes économique, sociales et environnementales … pourquoi ne pas en parler ?
    Un seul petit exemple : au Sénégal, on trouvait des produits locaux prisés des touristes : petits bracelets, colliers de perles de bois, d’os et de pierres. Cette activité faisait vivre de nombreuses personnes. Aujourd’hui, on ne trouve que des produits en plastique dont les composants viennent de … Chine, quand ils ne sont pas fabriqués là-bas. Que gagnent les sénagalais dans ce contexte? Même chose pour les portefeuilles (ce sont les mêmes à Dakar ou à Nantes, made in China …), les tongs, etc … Et dans le pire, on trouve la pêche : les énormes bateaux chinois (entre autres) ont appauvri le secteur de la pêche et mis à mal l’environnement.
    Ouverture des frontières ? oui, mais pas n’importe comment, au nom de on ne sait quel « libéralisme » aveugle.
    Et à ce sujet, les projets d’élevage domestiques dans des familles africaines pour les aider à sortir de la misère sont des succès. Et c’est du local !!

  • Les commentaires sont fermés.

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