Nous y voilà.
On rejoue le match une fois de plus. Front républicain contre Rassemblement national. Les démocrates contre les extrêmes. La France contre la France.
Pour la troisième fois en cinq élections, les Français sont potentiellement sur le point de voter encore et encore contre nature, dans la seule optique de faire barrage.
Encore plus incroyable, il est permis de dire qu’Emmanuel Macron serait le premier président à avoir été deux fois élu par défaut.
C’est une vraie crise démocratique qui, dans un monde normal, devrait inciter le ou la future locataire de l’Élysée à faire preuve d’humilité et à se comporter en véritable homme ou femme d’État.
Puisqu’il semble peu probable que madame Le Pen reconnaisse sa propre illégitimité en cas de victoire, c’est donc sur les épaules du président sortant que repose la responsabilité de tout mettre en œuvre pour que le pays ne sombre pas dans le chaos.
Deux possibilités pour Macron
Concrètement, Emmanuel Macron se voit aujourd’hui présenter deux pilules, une bleue et une rouge.
Première option : continuer de jouer la comédie du politicien sauveur de la République, tout en plaçant son intérêt personnel au-dessus de celui de la nation. Concrètement, il s’appuie sur le front républicain et l’éternel épouvantail de l’extrême droite pour gagner, tout en expliquant aux Français qu’il les a compris, mais sans pour autant douter de l’approbation de son programme.
Si ce scénario très probable se réalise, alors attendez-vous à des mouvements de protestation encore plus violents au cours des cinq prochaines années. Car au-delà des 20 % de personnes en âge de voter ayant glissé leur bulletin dans l’urne le 10 avril dernier, jamais un chef d’État français n’a autant suscité la défiance.
Deuxième option : reconnaître la gravité de la situation et agir en homme d’État. Pour quoi faire ? Tout simplement pour s’engager à nommer une équipe indépendante chargée de bâtir des réformes constitutionnelles d’ampleur soumises à référendum dans les six mois.
Car le système actuel est arrivé à bout de souffle et doit être changé de toute urgence. Chaque Français, quelle que soient ses opinions et sa sensibilité, a aujourd’hui un besoin vital de renouer avec la confiance, et notamment à travers l’action politique.
Étrangement, aucune personnalité du monde politique n’appelle à une telle réforme de notre démocratie, comme si chacun avait intérêt à ce que perdure cet état de fait. Pire, au sein des médias traditionnels, aucun éditorialiste n’a pris la plume dernièrement pour appeler les deux candidats au vrai sursaut républicain dont la France a pourtant vraiment besoin.
Compte tenu de ses premières déclarations, il semble plutôt clair que le Macron du second tour de contentera de la stratégie Marie-Antoinette, à savoir la victoire à tout prix, quitte à aligner les inepties pour tenter de séduire pitoyablement l’électorat de gauche, après avoir fait miroiter des bribes de réformettes économiques aux électeurs de droite lors du premier tour. Une élection en mode “quoi qu’il en coûte” en résumé.
Pas d’homme d’État
Bien entendu, vous ne me ferez pas dire qu’en face Marine Le Pen aurait davantage de consistance au niveau des idées. Elle n’en a aucune.
La triste vérité est que quelle que soit le candidat élu, il ne sortira de cette énième bataille d’ego qu’un seul gagnant : l’administration, ce Léviathan qui continuera de croître silencieusement et de régner sur des citoyens en mal de représentation.
Ainsi, il semblerait que la prophétie d’Alain Peyrefitte soit bien partie pour s’accomplir, c’est-à-dire cette intuition selon laquelle la France ne peut évoluer qu’au moyen de soubresauts violents.
Un immense gâchis à tous les étages.
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