Ce que nous enseignent les camionneurs canadiens

Les camionneurs canadiens viennent de prouver en grandeur réelle que même une petite minorité peut, sans violence, avoir un grand impact.

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Camions sur l'autoroute (Crédits Liquid Oh, licence Creative Commons)

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Ce que nous enseignent les camionneurs canadiens

Publié le 16 février 2022
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Bien malin celui qui saura dire combien de temps encore dureront les manifestations des camionneurs canadiens et leur convoi de la liberté : leur détermination semble sans faille mais celle du gouvernement Trudeau à les déloger monte à mesure que l’impact économique est de plus en plus fort. Et c’est justement ce dernier qui importe, et qui permet déjà de tirer une leçon du mouvement canadien.

Il aura donc fallu faire intervenir la police pour arrêter des manifestant sur le Pont Ambassador, l’un des principaux axes de circulation entre le Canada et les États-Unis : depuis plusieurs jours, ces camionneurs bloquaient en effet le passage entre les deux pays et, notamment l’acheminement de pièces détachées dont les industries automobiles de Detroit ont besoin pour produire leurs véhicules. Apparemment, le blocage d’une économie ne peut se faire que décidé par le gouvernement et uniquement si seuls des petits commerces, des restaurants et des cinémas doivent en souffrir…

À présent, le pont est libéré délivrééé mais une question pourrait occuper les esprits : retrouvera-t-on suffisamment de camions et surtout de camionneurs pour convoyer les précieuses pièces ? Plus généralement et si l’on regarde ce qui se passe à Ottawa, en imaginant que les services de l’ordre, commandités par Trudeau et son gouvernement, décident de coller en prison tous ceux qui participent activement aux manifestations actuelles, auront-ils suffisamment de cellules, comment vont-ils procéder pour retirer rapidement les camions qui encombrent le centre-ville et, plus important encore, comment vont-ils s’assurer que seront rapidement rendus les services fournis par ces camionneurs ?

Il y a en effet un souci d’efficacité et de rapidité : les camionneurs qui ont été emprisonnés, ou qui vont continuer à refuser purement et simplement de travailler (qu’ils aient ou non leur camion) représentent une proportion qui, même en étant loin d’être majoritaire, est suffisante pour nettement amoindrir les capacités d’adaptation des chaînes logistiques auxquelles ils participaient.

Dit autrement, même sans faire la moindre démonstration de force ou le moindre blocage, ces individus peuvent accroître les problèmes logistiques importants rien qu’en restant chez eux.

On a d’ailleurs vu en France et en grandeur réelle, ce que suspendre quelques pourcents d’une profession peut provoquer en termes de désorganisation dans la société : l’interdiction d’exercer faite aux personnels soignants non vaccinés continue actuellement de mettre une pagaille notoire dans les services hospitaliers (publics et privés), même si le gouvernement refuse bien évidemment de l’admettre.

En pratique, on constate fort simplement que, pour fonctionner sinon optimalement au moins de façon correcte, une société a besoin d’une grande partie de ses éléments et par dessus tout d’une proportion élevée de consentement des individus aux règles édictées, aussi farfelues soient-elles. Et par « grande proportion », il ne s’agit pas ici de dire « une majorité », mais bien une quasi-totalité.

Beaucoup ici confondent l’approbation d’un pouvoir en place, qui rassemble essentiellement ceux qui ont voté pour celui qui a décroché la queue du Mickey au manège électoral et ce qui représente péniblement plus de 50 % des votants (et souvent une minorité des citoyens), avec le consentement à vivre et travailler dans une société policée qui, lui, a besoin d’un assentiment à plus de 99 %. En effet, aucune société moderne n’est capable de fonctionner durablement si plusieurs centaines de milliers de personnes s’arrêtent brutalement de travailler ; bien évidemment, et au contraire du credo gauchiste un peu simpliste, tous les individus ne sont pas égaux en la matière et leur nature importe : si, par exemple, venait à cesser de travailler une petite proportion de camionneurs (ou de conducteurs en général, depuis les voitures jusqu’aux avions en passant par les engins de chantier), de personnels soignants, d’informaticiens, j’en passe et des meilleurs, la société tout entière en serait affectée de façon extrêmement rapide et avec un impact de plus en plus fort à mesure que l’arrêt se prolongerait.

Or, et c’est véritablement la démonstration magistrale des camionneurs canadiens, cette proportion n’a absolument pas besoin d’être élevée. Mieux encore : nul besoin ici d’une manifestation visible pour obtenir un effet majeur. Par définition et parce que nos sociétés capitalistes sont entièrement basées sur la spécialisation, remplacer des personnes qualifiées au pied levé est d’autant plus difficile que la formation n’est ni gratuite, ni rapide. Un chauffeur, un pilote, une infirmière, un taxi qui manque, cela se gère ; en revanche, quelques pourcents d’entre eux qui, brutalement, restent chez eux, pacifiquement, et ce sont des pans entiers de la société qui s’arrêtent, l’économie qui ralentit et les coûts de contournement qui s’envolent.

Dans ce contexte, on comprend pourquoi le pouvoir de Trudeau (et de n’importe quel gouvernement, en réalité) n’existe que par le consentement plus ou moins inconscient de quasiment tout le monde, et pas seulement des 50 % plus une voix que la démocratie suppose. Il n’y a pas 1 % des Canadiens dans la rue, et il n’y a pas 50 % des camionneurs non plus, mais dès lors qu’une très faible proportion n’y croit plus et refuse de participer, l’illusion du contrôle et du pouvoir s’évanouissent d’un coup.

Ces camionneurs viennent en fait de démontrer que le pouvoir des individus est bien plus fort et bien plus profond que ce qu’on croit à première vue : même un petit nombre d’entre eux suffit à faire cesser le consentement artificiel.

En réalité, ce qui permet au consentement artificiel de durer, c’est la fausse croyance d’isolement de chaque individu, de sa propre impuissance. Dès lors qu’il apparaît qu’on n’est pas seul, qu’on peut même se coordonner pour afficher clairement son refus, l’illusion du consentement unanime disparaît.

Cette croyance d’isolation est sans doute LA raison pour laquelle les dirigeants ont toujours combattu la libre circulation des idées et des informations : le noyautage des médias (par subvention, par corruption ou par pression sociale) est indispensable pour s’assurer que ceux qui refusent de consentir n’auront aucune publicité, qu’ils resteront isolés ; la multiplication des lois de contrôle de l’information sur internet et la censure active ou rampante des réseaux sociaux participent exactement du même but : garantir que ceux qui pourraient s’organiser de façon spontanée et indépendante ne pourront pas le faire.

Avec le succès des camionneurs, la fraude intellectuelle du consentement unanime a été levée. Cette fraude devenue impossible à faire perdurer, il ne reste plus que la violence au gouvernement de Trudeau.


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  • La thèse présentée est frappée au coin du bon sens, techniquement il faut qu’un maximum d’individus déclarent leur indépendance pour enrayer la belle machine tyrannique.
    Gare cependant que les disruptions logistiques, surtout si elles tendent à vider les frigos, ne précipitent les populations dans les bras de ceux qui proposent une « société équitable » (équité décrétée par le sommet, bien sûr,) et qui offriront, par exemple, la sécurité alimentaire et le revenu (misérable) universel en échange de broutilles telles la monnaie numérique et l’abandon de la propriété immobilière par les particuliers.

    • C’est en effet le risque. Il ne faut pas oublier que ces « pro gouvernements » réagissent quand LEUR liberté (très très individuelle et pas collective comme ils cherchent à le vendre) est touchée.
      Et c’est là que les médias s’en donneront à coeur joie pour dénoncer ce convoi de la liberté.

    • Et ça rejoint exactement le concept de « LA GREVE » d’Ayn Rand! Mais depuis sa parution en 1957, qui l’a lue en Europe et en France?

      • Pour les flémards, il existe même 3 films – facilement trouvable sur « youyou » ou « l’illiade » qui bien qu’assez mauvais résument l’oeuvre relativement bien.
        Typiquement, il n’y a pas forcément besoin de l’intégralité du discours de John Galt quand ce dernier peut être résumé en ce qu’il suit : https://www.youtube.com/watch?v=zN6JV2GXyvg
        A titre personnel j’ai bien aimé le lire lors des manifestations de cheminots de 2014…et me faire féliciter par les contrôleurs non grévistes qui n’avaient lu que le titre du livre…s’ils avaient su 🙂

  • Succès des camionneurs….. Vite dit, le despote local a décidé le blocage des comptes en banque… Sûrement un test qui sera ensuite universellement appliqué par nos démocraties dictatoriales… Ça serait chouette en France, championne des grèves……

    • @baby et c’est là que l’on verra surgir le concept « du bon gréviste » du « mauvais gréviste » , croyez vous une seconde que notre état chéri bloquera les comptes des grévistes sncf et enseignants ?

      • C’est vrai que pendant la grève ratp qui a bloqué tout Paris pendant 3 mois, je n’ai pas souvenir qu’on crevait les yeux des conducteurs de trains ni qu’on envoyait les chars. Le hasard probablement.

        • @titi
          Bonjour,
          J’ai le souvenir que la grève a été plutôt couverte par le pouvoir. D’ailleurs, le préfet en poste n’était-il pas Lallemand, le même qui menace ceux qui voudraient imiter les canadiens ?

  • « Au lieu de lever les restrictions aux libertés, Trudeau s’enferre désormais, dans ce qui ressemble à une lutte à mort contre son peuple.
    Au vu du chaos savamment orchestré sur les Champs-Élysées ce week-end, le « clone » version française de Trudeau semble suivre le même plan macabre. En France, aussi, le gouvernement a peur de son peuple. »
    https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/02/15/trudeau-invoque-la-loi-sur-les-mesures-durgence-pour-briser-la-contestation-de-son-peuple/
    Les méthodes de Trudeau et du Canada pour bloquer toute opposition sont maintenant objectivement dignes de la dystopie 1984. Le contrôle social et les méthodes de la dictature communiste totalitaire chinoises sont à nos portes! Il ne manque que les camps de rééducation ou de concentration…

  • En plu des « petits clous » qui bloquent les mécaniques bien-pensantes, il y a quand même une certaine dichotomie (comme dirait Arthur pour tester Perceval) entre la défense des « minorités » prônée par certains et le mépris des minorités assumé par les mêmes.

  • En effet je le dis depuis juillet mais si tous les français amoureux de liberté, vaccinés ou pas, faisaient « grêve » des lieux soumis au pass, très très vite ces lieux se tourneraient vers le pouvoir pour que cesse le pass.

    Les grandes surfaces l’ont fait de façon préventive… Arrêtez d’aller au restaurant, au bar, au cinéma. Même si ce n’est que 10 ou 15% de baisse de fréquentation, ça piquera vite. Refusez de travailler pour les gens qui demandent le pass, qui le contrôlent, etc.

    Le roi est nu et même lui ne le sait pas.

    Comme dit plus haut, il faut se rappeler de « Atlas Shrugged » d’Ayn Rand, ou même pour rester plus près d’ici même si plus ancien, du « discours de la servitude volontaire » d’Étienne de la Boétie…

    • Arrêtez de collaborer à ces mesures liberticides… ET encouragez vos proches à faire de même. Ça vaut la peine de se priver de sortie bar/ciné/resto, la liberté. Et on peut très bien manger chez soi, regarder de meilleurs films sur sa télé/son home cinéma, et boire pour moins cher de meilleurs whiskys chez soi !

  • Ce que décrit H16 c’est ce qui est vécu quotidiennement pas les « usagers » de la sncf par ex . La nouveauté dans ce qui arrive au canada est que les bloqueurs ne font pas partie des obligés de l’état. C’est pour cela que l’état oppose une réponse musclée là bas comme ici . Réponse musclée qu’il n’oppose jamais à ses obligés .

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