SOS Bonheur : une vision prophétique du covid

SOS Bonheur est une série de BD créée par Jean Van Hamme fin des années 1980. Elle met en avant une société dystopique qui n’est pas sans rappeler celle du Covid.

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SOS Bonheur : une vision prophétique du covid

Publié le 20 janvier 2022
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Par Francis Mogador.

C’est à la fin des années 1980 que sont parus les albums de la bande dessinée intitulée SOS Bonheur. Sous ce titre énigmatique (pourquoi faudrait-il appeler au secours à cause du bonheur ?) se cache un conte politique dont plusieurs passages se révèlent, plus de trente ans après, criants d’actualité. En effet il met en scène des personnages dans lesquels chacun peut reconnaître un collègue, un voisin, un ami, un beau-frère ou soi-même aujourd’hui. Jugez-en.

Le monde du travail : des salariés conscients de l’absurdité de leur travail, préfiguration des bullshit jobs de David Graeber. Ces salariés se gardent bien de poser des questions car cela risquerait de leur coûter leur job, ou bien pire.

La santé : des assurés sociaux contraints d’observer scrupuleusement les directives de l’assurance maladie pour leur propre bien. La propagande gouvernementale est omniprésente pour inciter les citoyens à les respecter. Les infractions sont punies par des amendes. Malheur à celui qui choisit de quitter l’assurance maladie. Il ne pourra plus compter sur personne.

Les vacances : des travailleurs dont les vacances sont imposées par des règles sanitaires ou bureaucratiques, au nom de l’intérêt général. En effet, quoi de plus mauvais pour l’environnement et pour le bien-être des travailleurs que tous ces bouchons sur la route des vacances ? Et quel gaspillage de ressources que ces centres de vacances vides la plupart du temps ! Rien de mieux qu’un service public des vacances pour y remédier.

Le traçage : des consommateurs qui n’utilisent plus du tout d’argent liquide, mais payent tout avec leur « carte universelle » (CU) qui sert aussi de carte d’identité. La CU est présentée par les pouvoir publics comme un formidable moyen de simplifier la vie des citoyens. Mais c’est aussi un outil fantastique pour exclure un gêneur de la société en un clin d’œil.

La famille : des parents contraints de limiter les naissances à deux enfants, encore une fois au nom de l’intérêt général. Les négociateurs de la « conférence internationale sur le contrôle de la démographie mondiale », fidèles disciples de Malthus et précurseurs de l’écologie radicale étaient tous persuadés des dangers de la surpopulation. Mais que deviennent les enfants nés hors quota ? Leurs parents sont des irresponsables, ils ne sont donc plus des citoyens et les enfants leur sont retirés, ou alors ils basculent dans la clandestinité.

La culture : des créateurs exclusivement financés par un État bienveillant, qui exerce un droit de regard sur leur production afin de s’assurer qu’elle ne déclenche pas de passions tristes dans la population. Toute création qui dérange le pouvoir est tuée dans l’œuf. L’artiste qui s’obstine à donner libre cours à son inspiration est facilement rappelé à l’ordre puisqu’il suffit de lui couper les vivres.

Le récit de SOS Bonheur s’articule en plusieurs récits à première vue indépendants les uns des autres. Ce n’est que dans le dernier album que les liens entre les différents personnages apparaissent. On comprend alors qu’il ne s’agit pas de contes anodins humoristiques, mais de la peinture d’un projet de société totalitaire. Toutes ces contraintes imposées à la population sont cohérentes et assurent la stabilité de la société, stabilité obtenue en sacrifiant la liberté de penser, de choisir et d’agir pour soi-même. Rares sont ceux qui survivent en dehors de cette société, soit par choix soit parce qu’ils en ont été exclus.

Dans le dernier album intitulé Révolution, tous ces marginaux s’organisent pour résister, se révolter et renverser le pouvoir. La dernière vignette montre les révolutionnaires qui scandent « Liberté ! Liberté ! ». Pour combattre la répression les révolutionnaires ont recours à la violence et la manipulation. L’un d’entre eux se fait tuer et devient un martyr. Son sort est utilisé pour galvaniser les troupes.

Soignez-vous, c’est un ordre !

C’est certainement sur le thème de la santé que SOS Bonheur est le plus brûlant d’actualité. Il ne se passe pas une journée sans qu’on nous serine des recommandations de santé en tout genre. Mangez moins, bougez plus ; n’abusez pas de l’alcool, de la viande rouge, des graisses, du sucre, du café, du tabac ; méfiez-vous des maladies sexuellement transmissibles ; équipez-vous d’un détecteur de fumée ; attention aux perturbateurs endocriniens ; protégez-vous du froid, de la chaleur, du soleil, des pollens… Quand ce ne sont pas des recommandations, ce sont des interdictions ou des obligations : faites vacciner vos enfants, sinon ils ne seront pas admis à l’école. Bien entendu, toutes ces directives s’appuient sur des études scientifiques qui montrent que statistiquement il est rationnel de les suivre.

Mais à force de recommandations, d’interdictions et d’obligations, on construit un carcan dans lequel il reste bien peu de place pour la personnalisation des soins, le consentement libre et éclairé du patient et le respect du corps humain. La pression sociale en famille, entre amis, entre collègues de travail est une réalité et oser défendre la gastronomie française comme l’a fait récemment le candidat communiste à la présidentielle lui a valu une volée de bois vert.

La tentation autoritaire n’est d’ailleurs pas bien loin lorsque certains veulent vacciner de force les récalcitrants comme l’a déclaré récemment le chroniqueur de BFM Emmanuel Lechypre. Ou encore lorsque qu’un rapport sénatorial vante la gestion de la pandémie par la Chine et propose d’en profiter pour instaurer « des mesures d’isolement étroitement contrôlées et sévèrement sanctionnées » et de « contrôler au niveau individuel le respect des mesures imposées par la situation, et y compris si cela implique d’exploiter des données de manière intrusive et dérogatoire » (page 126). Pour notre santé à tous, évidemment, et au nom de l’intérêt général, bien entendu.

Une carte unique pour les dominer tous

L’autre thème où SOS Bonheur se révèle particulièrement prophétique est celui de la surveillance généralisée par l’intermédiaire de la « carte universelle », la C.U. Nous n’en sommes plus très loin aujourd’hui avec l’ubiquité des cartes de crédit et du paiement mobile ou sans contact. Le consommateur qui le souhaite peut dès aujourd’hui se passer totalement d’argent liquide. C’est tellement pratique, n’est-ce pas ? Une des contreparties de cette simplicité d’usage est que votre banque connaît tout de vos habitudes de consommation : commerçants, montants, lieux, dates et heures. Et si votre banque décide qu’il y a un problème, elle peut désactiver votre carte en quelques clics.

De nombreux gouvernements comme la Suède, ainsi que le Fonds monétaire international ou des banques centrales envisagent d’éliminer totalement l’argent liquide. Les motivations sont variées : lutte contre la fraude et les usages criminels de l’argent liquide, réduction des coûts de fonctionnement de l’économie (la fabrication, le transport et la distribution des billets et des pièces coûtent cher). Et puis ce serait tellement plus pratique, n’est-ce pas ? Plus de risque de se faire voler ses espèces, plus de risque de se tromper en rendant la monnaie.

SOS Bonheur va encore plus loin avec la C.U. qui remplace la carte de paiement, la carte d’identité et la carte vitale. Elle sert aussi à ouvrir les portes au travail ou à la maison. Sans C.U. un individu est tout simplement exclu de la société. Vous n’y croyez pas ? Regardez bien autour de vous, vous trouverez certainement des personnes dont le passe sanitaire vient d’être désactivé. Pour eux plus de restaurant, de cinéma ou de théâtre, plus de club de sports, plus d’entrée au musée ou à l’hôpital, plus de train longue distance ni d’avion, et pour certains d’entre eux plus de travail ! Pour notre bien à tous, évidemment, et au nom de l’intérêt général, bien entendu.

Se révolter contre un État bienveillant

Dans le roman 1984 de George Orwell, l’État totalitaire est omniprésent avec Big Brother qui regarde chacun au travers des « télécrans » qui doivent rester allumés dans chaque foyer. On comprend bien que l’État veut dominer et écraser les individus. Tous ceux qui osent ne serait-ce que parler de s’opposer sont brisés méthodiquement. Un tel État est de toute évidence néfaste et on comprend pourquoi Winston essaie tant bien que mal de résister.

Dans SOS Bonheur, rien de tel. L’État ne veut que le bien des citoyens. Les règles en vigueur sont édictées au nom de l’intérêt général : pour la santé publique, pour éviter bouchons et accidents sur la route des vacances, pour empêcher la fraude, pour éviter la surpopulation. Comment dans ces conditions se rebeller contre un État qui vous veut du bien ? Logiquement, la révolte provient des exclus, des laissés pour compte, de ceux dont la C.U. a été désactivée pour une raison ou pour une autre, des parents qui ont décidé de garder leur troisième enfant et de ces enfants clandestins qui n’existent dans aucun fichier. L’immense majorité des citoyens s’accommode de la situation, tout en sentant bien que quelque chose ne va pas. La propagande apporte des réponses toutes faites à leurs interrogations éventuelles. La répression les dissuade de sortir du droit chemin, mais elle s’accompagne toujours de messages apparemment bienveillants : allons, faites un effort, c’est pour votre bien.

 

Jean Van Hamme et Griffo, S.O.S. Bonheur – Intégrale – Tome 1, Dupuis, 2016, 192 pages.

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  • Yaka, Faucon !

    Les belles idées aboutissent inévitablement à ce que subit la gauche en ce moment : l’éclatement en de multiples parties intransigeantes, utopiques et inconciliables, ou à l’extrême centre mou et gluant du en même temps macroneux.

    Jusqu’à ce qu’un individu accapare le pouvoir et impose SA dictature en s’engouffrant dans la brèche créée par les idéalistes dans la démocratie et la liberté au nom d’un supposé bien à géométrie multiple et variable, mais reposant toujours sur la contrainte des autres. Les difficultés économiques qui s’annoncent suite à la multiplication des bricolages sociétaux est le cadre naturel pour cet avènement.

    CPEF

  • Je connais « 1984 » pratiquement par coeur tout comme « la Servante Ecarlate » mais je n’ai jamais lu « SOS Bonheur » et je dois vous dire que je vais m’empresser de le lire. Ce que vous écrivez est parfaitement juste et donc franchement inquiétant concernant la société qui se profile. Lorsque l’on émet des doutes ou des réserves, on se trouve immédiatement ravalé au rang d’ignorant qui ne comprend rien ou de dangereux contestataire. Oui, c’est très perturbant.

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