Valérie Pécresse ou l’ignorance du libéralisme

Valérie Pécresse, candidate de la droite pour l’élection présidentielle 2022 aurait-elle des brides de libéralisme enfouies ?

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Screenshot 2022-01-17 at 17-36-19 Le face-à-face avec Valérie Pécresse - #OEED 8 janvier 2022 - https://www.youtube.com/watch?v=E6ipHr-znsk

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Valérie Pécresse ou l’ignorance du libéralisme

Publié le 19 janvier 2022
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Lors de chaque élection présidentielle, quelques libéraux optimistes devinent dans les propos d’un candidat un impensé libéral ou des bribes de libéralisme qui témoigneraient de solides convictions cachées pour des motifs tactiques. Par ailleurs, des journalistes plus ou moins orientés ne manquent pas de qualifier de libérale une personne qu’ils veulent ainsi marquer du sceau de l’infamie.

La présente élection ne fait pas exception à la règle et c’est Valérie Pécresse, candidate de la droite, qui se retrouve en première ligne. Plutôt que de suivre les commentaires des médias, le mieux est finalement de s’attacher aux propos de la candidate.

Une nouvelle Thatcher ?

L’entretien donné en août 2021 à l’hebdomadaire Le Point a enflammé le microcosme libéral : Pécresse thatchérienne ! En réalité, Valérie Pécresse déclare alors qu’elle est « deux tiers Merkel et un tiers Thatcher ». Angela Merkel n’étant pas le moindrement libérale, Valérie Pécresse serait donc un tiers libérale. Pas si mal pour un Français, presque un exploit !

Mais la justification donnée ne renvoie nullement à l’idéologie thatchérienne (dont on pourrait beaucoup dire au demeurant, à commencer par un nationalisme strident peu compatible avec le libéralisme…). En effet, Valérie Pécresse se compare alors à l’ancienne chancelière allemande pour ses qualités de concertation et à l’ancien Premier ministre britannique pour ses qualités de fermeté. Donc, aucun libéralisme témoigné par la candidate. Dont acte.

Une gaulliste sociale

Dans un entretien à L’Express du 13 janvier, Valérie Pécresse lève les derniers doutes que pouvaient nourrir certains libéraux. Certes, elle regrette que nous soyons « dans une société qui, par passion de l’égalité, par passion de l’État, de l’administration, de la norme, de la règle, se ligote elle-même et, dès lors, n’exprime pas tout son potentiel et tout son génie ».

Ce n’est pas faux, même si un libéral n’aurait pas usé du terme société, mais passons….

Valérie Pécresse répond sans fard à la question de savoir si elle est libérale :

« Je ne me revendique pas libérale. Je suis d’abord gaulliste, une gaulliste sociale qui aime la liberté et qui veut aider la société à retrouver son goût de la liberté ».

Elle se situe donc explicitement dans la lignée gaullienne et plus encore dans le courant du gaullisme social à l’image de Jacques Chirac.

Question : qu’est-ce qui la distingue de Emmanuel Macron dont on a pu remarquer qu’il était très proche de la Nouvelle société évoquée par Jacques Chaban-Delmas à compter du 30 mai 1968 ? Il est bien gênant de se situer dans le même courant doctrinal que celui dont on rêve de prendre la place…

Dès lors, quel est l’intérêt de voter pour elle ?

Valérie Pécresse contre l’« ultra-libéralisme » !

Valérie Pécresse est encore plus précise et ses propos méritent une situation exhaustive :

« Je ne suis pas friedmanienne (sic). Je ne suis pas une ultralibérale en économie. Quand on aime la liberté, on aime Montesquieu, on aime Tocqueville : c’est à cette tradition-là de la liberté à la française que je me rattache plutôt qu’à une tradition de libéralisme économique à tous crins, qui serait à l’anglo-saxonne. Moi, je suis pour un État stratège, avec trois missions essentielles : protéger, éduquer et soigner ».

Si l’on comprend bien la candidate, il y aurait donc d’un côté des « ultralibéraux en économie » à l’image de l’ignoble yankee Milton Friedman, attachés à un libéralisme économique « à tous crins », un libéralisme anglo-saxon qui en réalité n’aime pas la vraie liberté. Et d’un autre côté, la « liberté à la française » avec un « État stratège » bien éloigné d’un État minimal.

Nous sommes au regret de constater que Valérie Pécresse est d’une ignorance crasse en matière de libéralisme. En effet, elle mêle abusivement libéralisme et prétendu « ultra-libéralisme » anglo-saxon, elle entend en fait distinguer un « bon » libéralisme politique et un « mauvais » libéralisme économique, elle nie la tradition libérale française (pas un mot sur Benjamin Constant, Frédéric Bastiat ou Yves Guyot par exemple, auteurs que manifestement elle n’a jamais lus) et elle prétend que la liberté « à la française » serait automatiquement étatiste et interventionniste.

Droite et culture

Dans son entretien, Valérie Pécresse déclare qu’elle croit à la dichotomie droite/gauche et elle s’est par ailleurs fièrement revendiquée de droite, ce qui semble assez problématique avec son positionnement de « gaulliste sociale ». Ses propos sur la sécurité, que d’aucuns qualifieraient de sécuritaires, auraient fait dresser les cheveux sur la tête des gaullistes sociaux de la fin des années 1960 et du début des années 1970, mais peu importe…

Ce qui frappe à la lecture de cet entretien, c’est surtout l’absence d’épaisseur culturelle qui était jadis l’une des caractéristiques de l’« honnête homme » de droite. Ainsi Valérie Pécresse n’hésite-t-elle pas à prétendre :

« La loi constitutionnelle, c’est notre identité. La jurisprudence, c’est le fruit de l’intelligence humaine. Ça n’a pas la même valeur ! ».

On se demande si elle s’est relue. Lorsque Éric Zemmour fustige l’abaissement intellectuel de la « classe politique » française, ce n’est malheureusement pas l’entretien qui permettra de le contredire.

Toutefois, il faut savoir gré à Valérie Pécresse de lever le voile sur ses idées (ou son absence totale d’idées qui a fait sa marque de fabrique, mais reconnaissons-le, elle est en bonne compagnie) et sur son inculture encyclopédique : elle n’est pas libérale, elle ne l’a jamais été, mais comme les libéraux croient, eux, dans les progrès de l’esprit humain, peut-être le sera-t-elle un jour.

 

Dernier ouvrage publié : Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien régime à Emmanuel Macron (Odile Jacob, 2020).

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  • Bof…!!! Bien chipoteur votre article.!!!!! V Pecresse encore bien trop étatique à votre goût ? Certes, mais si elle fait déjà 30 % de ce qu’´elle promet ( car avec elle on a une liste des promesses au moins), ce sera déjà très bien …..!! Un peu plus d’Etat plus efficace sur les fonctions régaliennes, mais plus leger en introduisant de
    la flexibilité des emplois publics,c’est une
    demande forte. Oui VP ne parle pas frontalement de réduire les effectifs publics. Parce ce que dans ce pays 40% des emplois peu ou prou sont dans la sphère publique, il n’est pas possible de hurler comme le font les libéraux à la réduction des effectifs publics sans mettre tout le pays dans la rue. Formulons le vœu que VP soit la dernière énarque ( au demeurant qui a eu le courage de démissionner de la fonction publique) au pouvoir et ait la lucidité de réduire de l’intérieur la monstruosité étatique, ait le savoir faire pour la museler et enfin la force de résister tous les profiteurs de l’Etat. Oui augmenter les salaires des fonctionnaires de base ( gardiens de prison, infirmières, infirmiers enseignants en début de carrière… catégories C ) est nécessaire pour moduler à la baisse la fonction publique, à la seule condition donnant donnant que ceux ci bossent plus, que le nombre d’administratifs inutiles et parasites soient drastiquement réduit en compensation…
    On peut rêver non? Le rêve n’est pas encore taxé ???? Mais ça va venir !

    • La gauche a mis 40% du pays dans la rue avec le mariage pour tous, sans que cela ne pose le moindre problème pour imposer la loi.

      Si VP connaît Friedman et qu’elle le rejette comme ultra-libéral, c’est qu’elle connaît le libéralisme, mais n’y adhère pas, peut-on encore parler d’ignorance?

      Avec LR qui cautionne le passe au sénat, je n’ai pas l’impression qu’une victoire de VP nous délivrera de la dictature de l’extrême-centre, dans laquelle nous sombrons.

      Après, la pire des choses serait que l’équipe dirigeante soit réélue, ce serait l’encourager à intensifier son œuvre destructrice, et comme VP est la seule actuellement capable de l’emporter sur EM, cela ne laisse pas beaucoup le choix.

  • Certes
    Ce n’est pas suffisant !
    Mais donc, sur qui allez-vous reporter vos suffrages ?
    Jadot, Taubira, Mélanchon, Z, MLP ou même Macron ?
    A un moment donné, les commentateurs de droite et/ou libéraux vont devoir arrêter de casser du sucre sur le dos de ceux qui veulent représenter la droite. La perfection n’existe pas, ni à gauche, ni à droite.
    Et donc, il y a bien pire que VP !!!
    Essayons au moins d’en faire des critiques constructives et, une fois au pouvoir, ces candidats (VP en l’occurence) feront plus de bien que tous ceux que j’ai cités ci-desssus.

    -1
    • Bah à un moment il faudrait comprendre que les libéraux ne sont pas de droite, ni de gauche mais libéral.
      Certes il n’y a pas de candidat libéral, mais est-ce une raison pour voter pour un ou une étatiste/planiste/constructiviste de droite qui ne représente en rien nos idées ?

      Votez pour qui vous voulez, je m’en fiche, mais ne me dites pas ce que je dois faire.

      -1
      • Et je n’aime pas beaucoup les gens qui veulent me faire du bien, leur préférant et de loin, ceux qui veulent me ficher la paix.
        Libéral, je vous dis.

      • Laisser le NSDAP arriver au pouvoir parce que le SDP ne représente pas vos idées, ce n’est pas être libéral. Un moment il faut atterrir dans le monde réel.
        .
        Zemmour est infiniment plus libéral que le SDP: définancement des centres de pouvoir rouge (médias, associations, social), simplification de la bureaucratie et baisse drastique de la fiscalité, en particulier des entreprises, sans interventionnisme pour la « réindustrialisation » c’est du jamais-vu en France pour un candidat crédible et cerise sur le gâteau il n’est pas favorable aux âneries Covid.
        .
        Que vous refusiez un choix pragmatique pour un moins pire est déjà difficile à comprendre pour un nordique comme moi, mais passer complètement à côté d’une possibilité de libéralisation sans précédent !?…
        C’est Constantinople le 29 mai 1453 chez certains libéraux…
        .
        PS: donner des arguments ce n’est pas « vous dire quoi faire »… !!!!!?

    • Pecresse, c’est Macron avec jupons mais sans culture.
      Les candidats de droite ne sont pas libéraux politiquement. Ceux de gauche ne le sont pas économiquement.
      Ceux qui cachent le plus de cases libérales, c’est Koenig, le seul qu’on puisse vraiment qualifier de libéral et… Zemmour pour son programme économique. Voire pour un peu autre chose : je l’ai entendu dire, une fois, quand il était chroniqueur, qu’il était devenu favorable à la libéralisation du cannabis, par pragmatisme. Nous verrons bientôt s’il continue d’avoir du courage politique, ou s’il est devenu, comme tant d’autres, un mollusque, comme se plaisait Alain à nommer les politiciens plus attirés par la Place que par l’Idée.

      • « Pecresse, c’est Macron avec jupons mais sans culture. »

        Ca c’est de l’insulte de premier plan… Parce que niveau culture, Macron c’est quand même pas une référence. Même un Mélanchon passe pour un fin lettré à ses cotés !

      • « Pecresse, c’est Macron avec jupons mais sans culture. »

        Macron n’a pas plus de culture. Le normalien qui lui sert de plume en revanche sait très bien donner le change.
        D’ailleurs dans le livre récent de Davet et Lhomme sur Macron, la culture de Macron est qualifié de vernis et que lui-même en est indisposé.

  • Ted92, je partage tout à fait vos remarques de bon sens

  • Je ne sais pas si Pécresse est d’une « inculture encyclopédique » mais je sais qu’elle a fait voter les députés LR en faveur du passe vaccinal, même si elle a avoué qu’il ne servira à rien…
    Je n’oublie pas qu’elle s’était également prononcée pour le confinement des non vaccinés.
    Elle n’est donc absolument pas libérale et, même si elle est plus polie que notre président, ça ne la dérange pas d’emmerder les Français !

    • En effet, je ne voterai pas pour elle après ça.
      Ni pour Macron évidemment.

      J’en viens à me dire que mon « vote utile » de libéral balancera entre Zemmour ou Mélanchon… Le premier a des relents de libéralisme plus réels que ceux de Val Pé, au moins sur l’économie et le rôle de l’État dans la vie quotidienne, et le second est drôle (mais c’est sûrement juste parce qu’il n’a pour l’instant aucun pouvoir).

  • Valérie Pécresse a été libérale dans sa jeunesse : la preuve ? Elle a été membre du parti d’Alain Madelin, Démocratie Libérale. Je le sais, j’y étais aussi…

  • « deux tiers Merkel et un tiers Thatcher »

    Elle est surtout, malheureusement, trois gros tiers de la calamiteuse Merkel pour aucun de Thatcher.

  • Les commentaires sont fermés.

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Il est communément dit qu’en France, le libéralisme n’aurait aucun ancrage populaire, aucune existence politique, aucun passé et donc par voie de conséquence, aucun avenir.

On est en droit de se poser la question de savoir si c'est une réalité ou un mythe savamment entretenu à la fois par les libéraux désespérés du niveau de collectivisme du pays et par les collectivistes habitués à prendre leurs vues pour des réalités.

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Quand en 1980, on lui demande s’il est le dernier libéral, il revendique son libéralisme mais répond :

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