La loi de Say et la loi de Walras pour comprendre les crises

Explication de la loi de Say et la Loi de Walras.

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J-B Say, domaine public.

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La loi de Say et la loi de Walras pour comprendre les crises

Publié le 27 décembre 2021
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Qu’est-ce que la loi de Say ?

À quelques occasions, nous avons répondu à ces questions et fourni quelques éclaircies sur ce que les économistes appellent le plus souvent La loi de Say des marchés. Beaucoup ont étendu la compréhension de cette loi, qui est une description du fonctionnement des marchés, à la prise en compte de la demande et l’offre de monnaie, et donc à la théorie du déséquilibre monétaire.

Certains économistes, comme Lord Keynes, ont essayé de réfuter cette loi en ne faisant rien d’autres que supposer sa validité du fait de leurs différentes propositions correctrices.

In fine, certains économistes de l’École autrichienne et de la Banque libre ont montré que le maintien de la loi de Say ne peut se faire que dans un système de banque libre où les rigidités institutionnelles à la flexibilité des prix sont minimisées et où le déséquilibre monétaire est réduit par l’équilibre entre la demande de monnaie et l’offre de monnaie.

Pour l’écriture du présent article, je me suis énormément servi des livres de Larry Sechrest, Steven Horwitz et William Hutt, qui sont cités au long de celui-ci. J’invite donc les lecteurs curieux souhaitant davantage de détails à se pencher sur ces travaux.

Résumé de la loi de Say

Comme écrit ailleurs, la loi de Say énonce que toute production est source de la demande.

En termes micro-économiques et subjectifs plus justes, et selon la définition de l’économiste William Hutt elle est le principe selon lequel « la demande d’un bien est fonction de l’offre des autres biens non concurrents ». Nous sommes dans le cas d’une économie, ou dans le cas d’une économie de troc, où la monnaie n’est qu’un simple numéraire sans influence réelle aucune. Les produits s’échangent donc contre des produits, et la monnaie n’est qu’un intermédiaire aux échanges, le simple véhicule des valeurs.

C’est avec la vente des produits qu’on fait les achats, et donc toute production ouvre des débouchés aux produits. Ainsi, comme William Hutt l’écrit dans son A Rehabilitation of Say’s Law, l’emploi de tous est l’emploi de chacun.

Quand un travailleur trouve un emploi, il est en capacité de demander des biens et des services non concurrents (on peut supposer qu’un informaticien n’ira pas demander les services d’un autre informaticien, par exemple). La détention d’actifs productifs (notre force de travail par exemple) nous permet d’en obtenir la valeur monétaire avec des personnes qui les estiment sur le marché.

Tout engorgement, toute crise de surproduction n’est donc pas possible, dans des conditions normales. La seule condition qui permette à des marchés en particulier d’être sclérosés, et donc d’affecter négativement d’autres marchés, c’est l’intervention publique, surélevant artificiellement le prix de certains dans des industries protégées, par exemple avec le contrôle des prix, ou encore la présence de syndicats ou de droits de douane/réglementations dans certaines industries (les deux allant historiquement de pair).

Cette protection a des répercussions sur le reste des industries car les capitaux et les hommes se dirigent vers le secteur protégé rendu artificiellement plus lucratif. Elle affecte négativement ce que William Hutt appelle le multiplicateur. Le non-respect de la loi de Say engendre donc des effets cumulatifs, qui provoquent du chômage, des goulots d’étranglements, et une utilisation sous-optimale des ressources de la société.

La discussion de William Hutt nous permet de comprendre que les effets cumulatifs de la non-utilisation de ressources dans un secteur peuvent entraîner des effets plus généraux. Supposons qu’un secteur de l’économie soit en mesure d’imposer des taux de salaire supérieurs à leur niveau d’équilibre sur le marché. Les entreprises offriront moins d’emplois à un salaire plus élevé. Le flux salarial perdu par cette capacité de production retenue signifie, par le biais de la loi de Say, que la demande de produits non concurrents diminuera.

La réduction de la demande dans ces industries exercera une pression à la baisse sur les salaires. S’il y a de la résistance aux réductions de salaires dans ces industries, le niveau d’emploi et le flux des salaires diminueront, ce qui implique un cycle supplémentaire de réduction de la demande dans les industries qui ne sont pas en concurrence avec celles en question. Dans la mesure où des taux de salaire incompatibles avec le niveau de revenu existant et les anticipations des entrepreneurs sont maintenus, des travailleurs potentiellement productifs ne seront pas embauchés et seront incapables à leur tour de demander des biens et des services aux entreprises (et à leurs travailleurs) dans les industries non concurrentes.

Un cycle original de fixation des salaires au-dessus de l’équilibre peut avoir des conséquences multiples sur l’ensemble du marché. C’est la loi de Say qui explique le processus multiplicatif en montrant comment la frustration de la capacité d’acquérir la valeur monétaire des services productifs dans un secteur se répercute sur la réduction de la demande dans les secteurs non concurrents. Le début de cette séquence dépressive provient donc des barrières face à la coordination des marchés, à l’aide des entrepreneurs guidés par les prix.

Pour restaurer la loi de Say, la solution est donc la réforme institutionnelle : il faut supprimer toutes les sortes d’intervention de la force publique sur les marchés. Cela restaurera les incitations productives des marchés où une production supplémentaire n’était pas rentable du fait de la demande sclérosée d’autres marchés, et qu’ils puissent produire une plus grande quantité de biens : pas de surproduction, pas de sous-consommation, et une meilleure allocation des ressources de la société (et donc un niveau de bien-être supérieur) sont les conséquences de la restauration de la loi de Say.

On peut attendre les mêmes effets cumulatifs, de manière bénéfique cette fois, à la suppression des barrières institutionnelles à l’ajustement des prix : plus vite les barrières tomberont, et plus vite la reprise sera vigoureuse.

Pour reprendre les termes de Steven Horwitz :

La non-utilisation (idleness) généralisée que la macroéconomie tente d’expliquer est mieux comprise comme un échec omniprésent et multiplicatif des intrants, en particulier de la main-d’œuvre, à être tarifés d’une manière compatible avec leur utilisation optimale. Que ce soit à cause de l’inertie, des grèves, de la menace de grève, des lois sur le salaire minimum ou d’autres barrières psychologiques ou institutionnelles à des taux de salaire plus flexibles (surtout à la baisse), le chômage est fondamentalement un problème microéconomique.

L’empirisme occasionnel confirme également cet argument en termes très généraux en comparant le degré de flexibilité du marché du travail et les taux de chômage des pays d’Europe occidentale avec ceux des États-Unis. Les syndicats plus puissants et les réglementations du marché du travail plus intrusives qui caractérisent généralement l’Europe occidentale empêchent la flexibilité des prix nécessaire pour éviter la  non-utilisation face aux changements dans la composition des demandes de production. Microfoundations and Macroeconomics, A Austrian Perspective

La critique de Hutt de l’économie keynésienne

William Hutt revient également sur les propositions keynésiennes de création monétaire.

En effet, Keynes part du postulat de base que les prix sont rigides à la baisse (ce qui invalide la loi de Say), et qu’il faut donc un peu d’inflation pour diminuer le salaire réel (salaire nominal ajusté à l’inflation) des travailleurs sans que leur salaire nominal ne change. Comme cela a pertinemment été soulevé par Hutt et Horwitz, la proposition d’une politique d’inflation pour rétablir les salaires réels à leur juste niveau est un aveu de la validité de la loi de Say, et qu’un juste prix du travail sur tous les marchés est une condition adéquate à son maintien.

Le problème de l’approche de Keynes est qu’elle se fonde sur des agrégats, tel que le niveau moyen des salaires, et non pas sur l’analyse de certains prix du travail sur certains marchés. Or l’inflation affectera in fine tous les salaires, selon le lieu d’injection de la nouvelle monnaie. Cela occasionne ce que William Hutt nomme une coordination grossière (crude coordination) :

Mais si un peu d’inflation peut rectifier la situation, alors un peu de taux salarial raisonnable peut aussi la rectifier. Les économistes qui ont défendu le maintien ou la restauration inflationniste de la demande effective globale afin de combattre le mal du chômage n’ont jamais préconisé plus qu’une très légère inflation. Ils ont toujours espéré avec confiance qu’une petite dépréciation de la valeur réelle de l’unité monétaire (et donc de petites réductions des taux de salaire réels) serait suffisante pour rétablir le plein emploi et le flux des salaires. Ils doivent donc reconnaître le corollaire, à savoir que les réductions de taux de salaire nécessaires pour augmenter ou rétablir complètement le taux de salaire monétaire moyen sans inflation seraient également faibles.

Les faits de la reprise induite par l’inflation permettent en effet de déduire inéluctablement qu’en général, les élasticités de la demande de travail doivent être élevées. Si les responsables syndicaux en tant que groupe voulaient vraiment éviter à la fois les licenciements cycliques et le chômage chronique, ils feraient preuve de leadership et persuaderaient habituellement les membres de leurs syndicats non seulement de renoncer aux pressions salariales qui répriment depuis si longtemps le flux des salaires, mais aussi, à des moments appropriés, d’accepter les sacrifices temporaires nécessaires pour préserver ou restaurer les revenus du travail. William Hutt, A Rehabilitation of Say’s Law

 

Il vaut mieux laisser les prix libres de diminuer, car le chômage provient de certains prix du travail sur certains marchés en particulier. Il n’y a pas un prix du travail, mais plusieurs prix du travail sur plusieurs marchés : le chômage est un problème de prix micro-économique.

De plus, intervenir par de l’inflation va occasionner des effets de redistribution dans d’autres secteurs, et créer un équivalent des faux droits de Jacques Rueff (nous y reviendrons plus tard). Une augmentation de l’offre de monnaie ne crée pas de valeur, seulement l’augmentation de nombre de containers dans lesquels le pouvoir d’achat véhicule.

La loi de Say est perturbée : le principe selon lequel « la demande d’un bien est fonction de l’offre des autres biens non concurrents » (la définition de la Loi de Say par Hutt) ne tient plus en cas de création monétaire inflationnaire. De plus, le capital étant un facteur rare (à l’inverse de ce que pense Keynes) la hausse des prix des facteurs de production finira par rattraper les anticipations des entrepreneurs qui devront reformuler leurs plans, et auront en plus consommé leur capital, comme décrit par la théorie autrichienne des cycles.

Cette critique du keynésianisme vaut tout autant pour les nouveaux classiques, qui voient l’inflation comme sans effet sur les prix relatifs si celle-ci est anticipée, sans prendre en compte la réalité des individus et des institutions du monde réel : la connaissance est radicalement fragmentée et dispersée, quelque soit la pertinence des agrégats utilisés : la seule chose qui compte, c’est la réalité des prix relatifs sur ce qu’ils informent des décisions individuelles des consommateurs et des producteurs.

C’est pour cela que la loi de Say (et certains phénomènes économiques en général) est moins bien comprise par ceux qui utilisent davantage une approche macro-instrumentale que micro-souveraine (Lawrence H. White).

Si les prix sont plus rigides dans la réalité que ce que ne le laisse entendre la théorie (la plupart des classiques l’admettent aussi), il est important que les processus institutionnels ne rendent pas cette rigidité plus importante encore, voire insurmontable, pour éviter les effets cumulatifs engendrés par le non-respect de la loi de Say.

Ainsi, les entrepreneurs pourront pleinement se lancer dans le processus de découverte des prix et des salaires qui permettent de produire les quantités de biens demandées par les consommateurs. Il n’y a pas de commissaire-priseur à la Walras dans le monde réel. Il n’y a que des entrepreneurs qui découvrent des opportunités de profits, si on les laisse faire.

Demande effective et demande notionnelle ou théorique

Revenons-ici sur deux notions qui nous seront utiles pour comprendre les implications monétaires de la loi de Say, et qui ont été avancées par Steven Horwitz : la demande théorique et la demande effective.

La valeur des ressources fournies peut être considérée comme les biens que l’on peut potentiellement acheter avec le revenu généré par la vente ou la location de ses ressources. C’est ce que Steven Horwitz appelle la « demande théorique » ; à l’inverse, il appelle la valeur des biens réellement demandés la « demande effective ».

Ces termes offre et demande ne font pas référence à l’offre ou à la demande d’un bien spécifique, mais à l’offre et à la demande globales. En d’autres termes, la loi de Say suggère que l’offre de biens en général crée une demande de biens en général, ou, pour réitérer les termes utilisés précédemment, la demande théorique crée sa propre demande effective.

Nous devons donc nous demander : la demande théorique peut-elle réellement créer la demande effective ? Que se passe-t-il lorsque ces deux notions ne sont pas équivalentes ? C’est ce que nous allons voir dans les prochains paragraphes.

Implication des trois lois identifiées par Sowell

Dans son livre Say’s Law: An Historical Analysis, Thomas Sowell décrit les trois variantes, ou forme, de la Loi de Say :

Sowell les identifie comme étant la loi de Walras, l’identité de Say et l’égalité de Say (1972, 34-35). L’égalité de Say stipule que, s’il y a équilibre sur tous les marchés (marchés des biens, marchés des facteurs et marché de la monnaie), la valeur nominale (prix de la monnaie multipliés par les quantités) des biens fournis sera égale à la valeur des biens demandés. Cela révèle la préoccupation classique concernant la disproportion sur des marchés spécifiques, par exemple le marché du travail (Hutt 1979, 135-77). L’égalité de Say établit que la demande théorique sera égale à la demande effective si une matrice d’équilibres prévaut.

L’identité de Say adopte une perspective à long terme dans laquelle il n’y a ni offre ni demande excédentaire de monnaie. Cette proposition affirme donc que la valeur nominale des biens offerts est identique à la valeur nominale des biens demandés. Il s’agit donc simplement d’une tendance générale à long terme. La loi de Walras stipule que la somme de la valeur des biens fournis plus la monnaie fournie est égale à la somme de la valeur des biens demandés plus la monnaie demandée. Cela implique qu’une quantité excessive de biens fournis est identique à une demande excessive de monnaie (Sowell 1972, 34).Larry Sechrest, Free Banking: Theory, History and a Laissez-faire model

 

En somme, l’égalité de Say est la loi de Say comme nous l’avons d’abord présentée, en présence de monnaie neutre ou de troc. Ensuite, l’identité de Say n’est qu’une projection sur le long terme de celle-ci. Mais le maintien de ces deux lois est conditionné par la loi de Walras : si la demande de monnaie est égale à l’offre de monnaie, alors la valeur des biens fournis (demande théorique) sera égale à la valeur des biens demandés (demande effective).

La loi de Walras est au cœur du problème.

Si l’équilibre monétaire se maintient (donc que la demande de monnaie est égale à l’offre de monnaie), il ne peut y avoir de perturbations monétaires susceptibles d’alimenter un cycle économique. La seule influence perturbatrice possible sera constituée par des chocs réels qui provoquent des déséquilibres temporaires sur des marchés spécifiques. Si l’équilibre monétaire est maintenu de manière plus ou moins continue, ces chocs réels n’auront pas d’effets envahissants ou durables.

La demande effective aura tendance à être égale à la demande théorique tant que le marché de la monnaie sera à l’équilibre. Par conséquent, bien comprise, la loi de Say n’est pas (et n’a jamais été) une proposition inconditionnelle, mais une proposition conditionnelle. En cas d’équilibre monétaire, la valeur attendue de la différence entre la demande effective et la demande théorique est égale à zéro.

Les déséquilibres monétaires occasionnés par le non-respect de la loi de Say

Au niveau le plus élémentaire, les cycles sont la preuve d’une désorganisation du marché.

Dans la phase d’expansion (le boom), il existe dans l’ensemble une demande excessive de biens. C’est-à-dire que les propriétaires de ressources, par exemple les travailleurs, demandent des biens dont la valeur marchande dépasse la valeur des ressources que les individus fournissent.

Pendant la phase de contraction (la récession), il existe dans l’ensemble une offre excédentaire de biens. Les propriétaires de ressources fournissent des ressources dont la valeur dépasse la valeur marchande des biens demandés.

Dans une économie de troc, il ne peut y avoir de différence entre la demande effective et la demande théorique. Cependant, lorsqu’il existe un bien plus commercialisable que tout autre et par conséquent plus ou moins universellement accepté comme moyen d’échange (la monnaie), un fossé peut se creuser entre la demande effective et la demande théorique. La monnaie n’est pas neutre, et elle a toujours des effets réels, surtout lorsque l’équilibre monétaire est rompu.

La demande théorique se traduit en demande effective par la monnaie. Si l’offre de monnaie est insuffisante, la demande théorique est supérieure à la demande effective. Si la masse monétaire est excessive, la demande effective dépasse la demande théorique. Dans le premier cas, on dit qu’il y a déséquilibre monétaire déflationniste (c’est le cas le plus souvent étudié par les économistes monétaristes) ; dans le second cas, on dit qu’il y a déséquilibre monétaire inflationniste (c’est le cas le plus souvent étudié par les économistes Autrichiens).

Que faut-il donc pour que la demande effective soit égale à la demande théorique ? En d’autres termes, qu’est-ce qui est nécessaire pour éviter les cycles économiques ?

La condition nécessaire, mais non suffisante, est l’équilibre monétaire. Des facteurs réels peuvent toujours perturber les marchés individuels, mais tant que l’équilibre monétaire prévaut, les effets de ces chocs réels seront minimisés.

Ce que fait l’équilibre monétaire, c’est permettre la plus grande coordination possible au niveau microéconomique en s’assurant que l’offre de monnaie interne est correcte – Horwitz 1990.

Hutt, dont nous avons précédemment parlé était un partisan de la stabilisation de MV pour éviter les troubles causés par un écart de l’équilibre monétaire (même si, comme Steven Horwitz le rappelle dans son livre, William Hutt s’est davantage intéressé aux déséquilibres liés aux phénomènes réels et non aux déséquilibres monétaires d’ordre déflationniste, comme Leland Yeager ou Robert Greenfield).

Comme l’écrit lui-même Jacques Rueff dans Le Lancinant problème des balances de paiement :

Le gros de la demande, en toute période, est fourni par la valeur des offres. C’est de cette constatation que la fameuse théorie des débouchés, de Jean-Baptiste Say, est l’expression approximative, donc inexacte. En réalité la demande globale s’écartera de la valeur globale des offres – et le niveau général des prix variera – toutes les fois qu’une divergence existera entre les variations, pendant la période considérée, de la quantité de monnaie en circulation [L’offre de monnaie] et du montant global des encaisses désirées [la demande de monnaie].

La prise en compte des déséquilibres monétaires permet de comprendre la confusion entre des crises de surproduction et de sous-consommation liées à des phénomènes réels et celles qui trouvent leurs sources dans la perturbation de la monnaie. Par exemple, un déséquilibre monétaire déflationniste, avec ces stocks d’invendus, ces pressions à la baisse sur les prix et le ralentissement des ventes, ressemble à s’y méprendre à une crise de sous-consommation. Dans ces cas-là, on dit qu’il y a investissement forcé (Steven Horwitz).

Lorsqu’il y a une demande excédentaire de monnaie, la ruée pour reconstituer ces soldes réels implique que les gens sont incapables à la fois de détenir les soldes réels qu’ils souhaitent et de continuer à dépenser pour les biens et services qu’ils aimeraient avoir (et, dans un certain sens, devraient pouvoir avoir, étant donné leur productivité). Comme la demande effective se relâche dans une section et que la baisse des revenus qui en résulte réduit la demande effective ailleurs, les producteurs constatent qu’ils n’ont pas l’argent nécessaire pour embaucher des travailleurs.

Un producteur peut être fermement convaincu que la productivité marginale d’un travailleur sera légèrement supérieure au salaire convenu entre les deux parties, mais étant donné ce que Leijonhufvud appelle une « contrainte de trésorerie » découlant de l’offre insuffisante de monnaie, le producteur ne peut pas trouver l’argent nécessaire pour effectuer le paiement. Les équilibres monétaires déflationnistes provoquent une fuite dans la transformation de la productivité en demande selon la loi de Say.

Le travail et le capital restent inactifs non pas parce que leur productivité a soudainement chuté, ni parce que les consommateurs ne veulent pas (du moins théoriquement) de leur production, mais parce que la demande excessive de monnaie empêche les gens d’effectuer des achats des deux côtés du marché. Steven Horwitz, Microfoundations and Macroeconomics

Dans le cas d’un déséquilibre monétaire inflationniste, il y a surinvestissement et malinvestissement, financé par l’épargne forcée des individus étant les derniers receveurs de la nouvelle monnaie créée. Dans ce cas-là, on en revient à la description faite le plus généralement par la Théorie autrichienne du cycle économique. Dans les deux cas, la faute est rejetée sur les consommateurs et les producteurs avides, et non sur le système bancaire, incapable d’ajuster l’offre monétaire aux fluctuations de la demande de monnaie.

Pour que l’équilibre monétaire soit maintenu, il faut donc que l’offre de monnaie soit égale à la demande de monnaie. Spécifions cependant que cela implique, comme George Selgin l’a montré, que le niveau des prix diminue lorsque l’économie connaît des gains de productivité (à l’inverse de ce que pensent Leland Yeager et Robert Greenfield). Si une économie connaît une stabilité des prix en cas de gains de productivité (et donc que MV, le revenu nominal, augmente), l’économie connaîtra un déséquilibre monétaire inflationniste, et entamera un cycle décrit par la théorie autrichienne.

En interprétant la monnaie comme un simple numéraire, bon nombre de théories contemporaines passent à côté du fait que la monnaie peut avoir des effets réels, qu’elle est un bien et a un prix (son pouvoir d’achat par unité) comme tout bien, et que ces effets sont dramatiques lorsque l’équilibre sur le marché de la monnaie n’est pas maintenu.

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  • Merci pour cet excellent article. Il est regrettable que les profs d’éco ne fassent rarement le lien entre la loi de Say et la théorie autrichienne.

  • L’article est intéressant, mais pourquoi s’acharner à inventer des soi-disant  » lois de Say » que Jean-Baptiste n’a jamais énoncées (le pire étant bien sûr cet ignorant mégalomane de Keynes) ?
    Ici évidemment ces formes imaginaires de la loi de Say sont compatibles avec ce que Say a réellement écrit, mais elles sont implicitement présentées comme des « lois » normatives qu’il est possible de ne pas respecter, alors que Say n’a énoncé qu’une loi naturelle qui opère indépendamment de toute volonté :
     » l’achat d’un produit ne peut être fait qu’avec la valeur d’un autre. »
    ou  » un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur »
    Et contrairement à ce que dit l’article, Say insiste sur le fait que cette loi est vraie indépendamment de toute considération monétaire : « Quand l’argent vient à manquer à la masse des affaires, on y supplée aisément,[…]. La marchandise intermédiaire, qui facilite tous les échanges (la monnaie), se remplace aisément dans ce cas-là par des moyens connus des négocians, et bientôt la monnaie afflue, par la raison que la monnaie est une marchandise, et que toute espèce de marchandise se rend aux lieux où l’on en a besoin. »

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