La poule covid

La poule pond des œufs mais fait du bruit. On voudrait bien les œufs sans les nuisances. Dans le même genre, on voudrait bien des bénéfices sans les risques, des virus sans malades, des vaccins sans l’incertain.

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chicken by ponafotkas(CC BY-SA 2.0)

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La poule covid

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 décembre 2021
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« Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n’est encore parvenu à le dresser, pas même un cirque chinois ; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques tendres gloussements et des caquètements qui vont du joyeux (ponte d’un œuf) au serein (dégustation d’un ver de terre) en passant par l’affolé (vue d’un renard) ; que ce paisible voisinage n’a jamais incommodé que ceux qui, pour d’autres motifs, nourrissent du courroux à l’égard des propriétaires de ces gallinacés ; la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine le boulanger, le violon le chef d’orchestre, et la poule un habitant du lieu-dit La Rochette, village de Salledes ».

Extrait d’un arrêt de la 1ère chambre civile de la Cour d’appel de Riom du 7 septembre 1995.

 

Il en va de la poule comme de l’usine à déchets, de la centrale nucléaire, de la prison, ou de la salle de shoot. On en veut bien, il en faut bien, mais loin, très loin. On veut le traitement sans les nuisances. On veut régler le problème à distance. On veut bien que ces choses se fassent, mais ailleurs. Après tout pourquoi pas.

Si on peut avoir la solution sans le problème c’est quand même mieux. Si on peut avoir le beurre, l’argent du beurre, la crémière et ses sœurs, on ne voit trop pourquoi on s’en priverait. C’est dans l’ordre des choses que d’exiger ce qu’il y a de meilleur, pour soi. Il est vrai que la poule fait du bruit, et il est vrai que le bruit peut gêner. On veut bien manger ses œufs, mais quel besoin a-t-elle de gueuler si fort ?

 

Le vaccin anti-covid aussi a un côté poule. On a pu insister sur ses inconvénients plutôt que ses avantages. On a pu lui reprocher d’être moins nécessaire que mortifère. On a même dit qu’il était inconcevable qu’en 2021, un vaccin risque encore de provoquer quelque désagrément, réaction indésirable, maux de tête, fatigue, ou picotement. Il fut dit que c’était trop, il fut même dit que c’était un complot des labos, et l’on osa parfois penser qu’à tout prendre on lui préférerait le virus. Il fut dit tout cela, et il faut dire qu’on l’entend encore. Sommes-nous encore dans le doute raisonnable ? J’ai bien ma petite idée, mais je botterai lâchement en touche. Car ce qui m’intéresse, c’est tout autre chose. En effet, cet épisode covid révèle quelque chose de bien plus profond : notre aptitude extraordinaire à la démesure.

La fièvre de l’Homme pléonexe

Certes, ce n’est pas l’arrivée du virus et du vaccin qui nous apprend quelque chose sur notre vraie nature. Nous sommes des êtres excessifs, et c’est tant mieux. Après tout, c’est bien la seule chose qui permettra de nous différencier demain de nos amis les automates. Mais même dans la démesure, il y a des degrés, et aujourd’hui on peut dire qu’on affole le mercure. Nous sommes animés d’un profond besoin de jouir, de tout, partout, tout le temps. Un besoin de jouir qui va donc au-delà du simple désir pour Albertine, du banal besoin de maximiser son utilité, ou du juste nécessaire pour survivre (Striatum de Cro-Magnon). Évidemment, je n’invente rien et tout a déjà été dit sur le sujet (L’Homme sans gravité par exemple, pour jouir), et depuis bien longtemps déjà (Platon : livre V). Sauf qu’à l’époque on ne croyait pas si bien dire.

Nous voulons tout. Non, en fait nous ne voulons pas tout. Nous voulons juste ce qu’il y a de mieux dans le tout. Le reste ne nous intéresse pas. Nous sommes bien au-delà de la gourmandise. Et ne sous-estimez pas la chose. Il ne s’agit pas du banal cliché de l’Homo télétravaillus sur son canapé armé de son café, prêt à cliquer sur sa tablette, pour avoir l’objet du désir dans ses mains, livré presque avant qu’il ne le commande. En vérité, nous sommes bien au-delà du consommateur repu.

Ce que nous voulons désormais, c’est assister au désastre en spectateur, sans craindre que les flammes nous brûlent, que la crise climatique nous empêche de faire le plein d’essence, que les crises économiques nous empêchent de remplir nos réfrigérateurs, que les virus nous rendent malades, que les vaccins nous fassent passer une sale nuit, etc.

Évidemment, à force de vouloir, on finit par y croire, et l’on adhère sans sourciller à tout un tas de religions bizarres, telle que le « quoi qu’il en coûte ad libitum », un genre d’assurance XXL capable de vous protéger contre la fin du monde ou l’arrivée des extraterrestres, et qui se finance par une opération du Saint Esprit : une dette qu’on remboursera quand on en aura envie, ou pas (je crois qu’on appelle cela un don).

Les œufs de la poule sans le bruit de la poule, voilà seulement ce que nous désirons. Pas grand-chose en fait. Mais l’histoire de la poule n’est donc qu’une illustration récréative du mal qui nous gangrène.

« À l’instar du pléonasme, qui désigne le mot en plus, c’est-à-dire en trop, la pléonexie signale le fait d’avoir plus, de vouloir avoir toujours plus », Dany Robert Dufour.

Car « ceux qui ont aujourd’hui le plus convoitent le double », comme l’avait déjà remarqué il y a fort longtemps le poète Théognis de Megare.

 

Crédits photo : chicken-by-ponafotkas CC-BY-SA-2.0

 

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  • « notre aptitude extraordinaire à la démesure »
    Injecter un nombre illimité de fois des substances chelous à des milliards de personnes est une belle preuve de modération.
    Ceux qui refusent de reconnaître la divinité vaccinale sont sans aucun doute des violeurs de poules.

  • Puisque le pic épidémique du variant delta est sur le point d’être dépassé, que le variant Omicron remplace le delta à une vitesse exponentiellement fulgurante, et que l’injection de produits chelous n’est pas efficace contre Omicron, selon la sainte communauté scientifique, alors la 3eme dose est superflue.
    Pas encore piquouzé mais néanmoins pro-vax convaincu, je souhaiterais avoir directement mes trois shoots contre Omicron, car je n’ai vraiment, mais alors vraiment pas envie d’avoir le nez qui coule en hiver.
    P.s : habitué à me coucher tard, je me réveille souvent le matin avec les yeux rouges. C’est pour ça que j’espère que les grands hommes qui font des recherches sur les gains de fonction trouveront rapidement un vaccin contre la conjonctivite.

  • Il en est de même pour le poulet brésilien : on ne sait pas ce qu’il a mangé, ce qu’on lui a injecté, mais on le préfère au poulet français, car il est moins cher et comble de luxe ça ne sent pas le caca de poule chez nous ! Quand on n’aura plus que du poulet d’importation à manger, quel prix faudra-t-il le payer et les producteurs étrangers nous en feront-ils cadeau quand notre balance commerciale nous rendra insolvables ?

  • Bien sûr il faut des poules.
    Un vaccin dont sur les propres tests du concepteur (Pfizer en l’occurence) la mortalité toute cause dans l’échantillon vacciné est identique (en fait légèrement supérieure, mais statistiquement indistinguable) de celui de l’échantillon vacciné, et qu’on impose par le chantage, la menace etc. à toute la population, ce n’est pas la même chose.

    Ici on aurait des poules hurlant du black métal norvégien toute la nuit, sentant le cadavre en décomposition, ne pondant qu’une fois par trimestre et on vous obligerait à vivre DANS le poulailler…

  • Je suis surpris qu’une chronique comme celle-ci soit publié ici. Pas tant pour l’opinion qui est présenté, mais plutôt pour sa médiocrité argumentative et stylistique; l’auteur ne semble rien comprendre au libéralisme.
    Il fait par conséquent reposer sa thèse sur un grand nombre de présuppositions nés je crois dans sa tête. Le premier paragraphe est totalement inconséquent. L’auteur est peut-être à l’affût d’une maison avec vue sur dépotoir, cela relèverait du goût personnel. Je crois plutôt que, comme tout étatiste, il déplore que des citoyens puissent objecter la décision du collectif d’implanter usine ou prison dans leur quartier, méprisant ainsi une supposée responsabilité envers la société. Cependant dans un monde libéral (ultra-libéral si vous préférez) l’expropriation n’existe pas. L’intérêt privé derrière une usine cherchera pour son implantation le terrain le plus abordable et le plus propice au développement; ce terrain aura tendance à être éloigné des secteurs résidentiels, où les prix immobiliers sont plus élevés et les infrastructures inadaptées.
    Je n’ai jusque là ni lu ni entendu personne refuser le vaccin par peur de picotements ou maux de tête. Avant d’accepter tout traitement médical j’étudie de près le rapport risque-bénéfice. C’est pourquoi je suis vacciné contre le tétanos, les hépatites, etc. Je compte parmi les risques celui d’encourager un glissement de l’état plus loin vers l’autoritarisme, ainsi que celui de transmettre une maladie dangereuse aux personnes qui m’entourent. Je considère ici le premier comme étant élevé, le second comme étant non pertinent puisque vaccinés comme non-vaccinés sont porteurs du coronavirus et peuvent le transmettre. Homme actif de 35 ans sans aucune maladie chronique, je préfère, au contraire de ce que vous dites, souffrir maux-de-tête, fièvre et écoulements nasaux causés par une infection (risque que j’encoure apparemment davantage en tant que non vacciné) plutôt que sacrifier mon bon jugement à la foule.
    La démesure est de souhaiter, pour sa propre quiétude, imposer son jugement au monde entier.
    Ceux qui veulent tout, sont ceux qui souhaitent tous les plaisirs de la vie en société sans les désagréments soulevés par des différences d’opinions et de styles de vie. Ce sont aussi ceux qui souhaitent faire porter les risques inhérents à leur propre style de vie par le public en appelant cela « santé publique ». Je ne veux pas tout; si, dans le monde que je souhaite, un assureur santé privé augmentait ma prime d’assurance pour couvrir le risque à ma santé d’une non-vaccination, ou bien je me verrais convaincre, ou bien j’accepterais de payer.

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