La Formule 1, nouvelle vitrine de l’Arabie saoudite

La Formule 1 est un outil de Soft power pour l’Arabie saoudite, soucieuse de ramifier son économie et son influence.

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La Formule 1, nouvelle vitrine de l’Arabie saoudite

Publié le 9 décembre 2021
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Par Jean Degert.

La saison de Formule 1 s’achève cette année encore dans le Golfe persique, cette fois-ci dans trois pays différents, dont deux nouveaux au calendrier, le Qatar il y a deux semaines et l’Arabie saoudite le week-end dernier.

Le royaume dont le Prince Mohammed ben Salmane est devenu la figure à l’international, est le dernier à ouvrir ses portes aux compétitions sportives mondiales. Cette première épreuve s’est déroulée sur un circuit jugé très dangereux et dont la construction s’est achevée quasiment au dernier moment, mais la Fédération internationale de l’automobile (FIA) tenait à la participation du pays.

Les écuries de Formule 1 courent dans la péninsule arabique depuis 2004, année du premier Grand Prix du Bahreïn. En 2011, l’épreuve locale avait été annulée en raison de la sanglante répression des manifestations pacifiques par les troupes bahreïniennes, émiraties et saoudiennes.

Au fur et à mesure, d’autres épreuves se sont ajoutées au calendrier, avec des circuits enchâssés dans de magnifiques cadres vespéraux artificiellement illuminés. La vitrine parfaite ou presque. Les Émirats arabes unis à la pointe du progrès technologique et de la diversification de leurs ressources dans la région sont désormais suivis par l’Arabie saoudite, soucieuse de ramifier son économie et son influence. Le sport, c’est aussi du soft power.

Déjà trois décennies d’attraction d’épreuves sportives

Diverses rencontres sportives sont organisées depuis la fin des années 1980 dans la région, ainsi l’Omega Dubai Desert Classic en golf dès 1989 ou des tournois mondiaux de tennis à partir de 1993 à Doha et Dubaï. Mais les grandes épreuves occidentales ne suscitent traditionnellement pas de vocation chez les habitants de ces pays, contrairement à par exemple la chasse au faucon au Qatar.

En 2013, l’entraîneur du club militaire d’El Jaish SC au Qatar déclarait dans le quotidien  Libération que le handball ne séduisait pas la jeunesse : « Les purs Qataris n’ont pas envie de jouer pour l’équipe nationale, ils n’ont pas besoin de ça pour vivre. Pour recruter les jeunes, il faut longuement discuter avec les parents. On est même obligés de payer les gamins pour qu’ils viennent. Dans mon club, c’est 600 euros par mois. »

Pour contourner ce peu d’intérêt, les monarchies du Golfe recourent principalement à trois options : le recrutement de mercenaires, ainsi l’équipe de handball du Qatar, l’investissement dans des équipes étrangères et l’organisation d’épreuves sportives. Le Qatar accueille des épreuves des championnats du monde de moto depuis 17 ans, depuis la même année que le premier Grand Prix du Bahreïn.

Si Riyad avait déjà mis un pied en Formule 1 à la fin des années 1970, la compagnie aérienne Saudia étant alors sponsor de l’écurie Williams de 1978 à 1985, les relations assez ténues entre le royaume et ce sport s’étaient distendues. Même si le milliardaire franco-saoudien Mansour Ojjeh détenait 25 % de la prestigieuse écurie McLaren. Le royaume a décidé de rattraper ses voisins en partant bien après eux dans cette course publicitaire, et c’est la Formule 1 que le géant saoudien a choisi après avoir déjà accueilli des épreuves de Formule E, une catégorie bien modeste, à Dariya.

La Formule 1, nouvel élément de communication et de diversification économique en Arabie saoudite

Le circuit urbain de Jeddah a été dessiné par le célèbre architecte allemand Hermann Tilke plus ou moins à l’origine de divers tracés dont ceux de Sakhir au Bahreïn ou Yas Marina à Abou Dabi. La piste située près des rives de la mer Rouge était encore loin d’être achevée début novembre, mais la FIA s’est voulue rassurante. Par ailleurs, outre l’accueil d’une épreuve de Formule 1 qui se déroulera de nuit, des investisseurs saoudiens seraient intéressés par le rachat des droits commerciaux de la F1 à l’Américain Liberty Media qui serait lassé de son jouet acquis en 2016.

Selon le quotidien helvétique Le Matin, Liberty Media s’est fait arnaquer par l’ancien grand argentier de la Formule 1, Bernie Ecclestone, et n’arrivait déjà pas à rentabiliser autant qu’espéré son investissement avant la crise du Covid-19 qui a aggravé la situation. Mais, surtout, le géant pétrolier saoudien Aramco a signé un partenariat avec la Formule 1 l’an dernier qui lui assure une visibilité sur des circuits.

Cependant, le royaume voit encore plus grand et n’entend pas maintenir l’épreuve de Formule 1 à Jeddah. Les Saoudiens projettent d’accueillir dès 2023 une course du championnat sur un circuit intégré à la future mégalopole de Qiddiya et qui devrait être « le circuit urbain le plus rapide jamais vu », selon le Prince Khalid ben Sultan al Faisal, le président de la fédération automobile saoudienne.

L’intégration d’une épreuve à Qiddiya s’inscrit dans la volonté de Riyad de ramifier son économie dans le cadre de Vision 2030, le projet de réduction de la dépendance au pétrole, alors que les réserves diminuent, tandis que des pays clients cherchent d’autres sources énergétiques. D’après les prévisions de 2016 du BP Statistical Review, au rythme de production actuel et selon les ressources connues, les réserves de pétrole et de gaz devraient être épuisées dans 50 ans.

Le communiqué de presse de Liberty Media suivant l’accord souligne d’ailleurs que les partenaires entendent « identifier les moyens de développer et promouvoir les bio-carburants, améliorer l’efficience des moteurs et favoriser l’émergence des nouvelles technologies de mobilité ».  La Formule 1 a récemment changé son logo, auparavant rouge sur fond noir, pour un autre avec un texte en blanc sur fond vert et bleu évoquant fortement les couleurs d’Aramco, officiellement pour marquer son engagement en faveur du moteur hybride, plus propre.

Cette arrivée des monarchies du Golfe dans les sports mécaniques de haut niveau est décriée par des ONG actives en matière de droits de l’Homme. Le reproche est que ces pays utilisent les compétitions pour faire du sportwashing, le nettoyage moral par le sport.

La vitrine sportive et technologique ainsi que le greenwashing – le nettoyage moral par la recherche des énergies plus propres – seraient-elles suffisantes pour masquer les déficits en matière de droits et libertés publiques, ou encore le détournement de la kafala ?

Cette forme d’adoption en droit musulman est utilisée pour maintenir des travailleurs immigrés originaires d’Afrique et d’Asie du Sud-Est dans un état proche de l’esclavage, notamment pour construire des stades. Face aux critiques, le Qatar l’a officiellement aboli en 2016 et l’Arabie saoudite a décidé de le modifier face aux critiques des ONG.

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  • Pour ceux qui ne connaissent pas la kafala – ou sponsorship en anglais – il s’agit d’un système dans lequel un national fait venir un travailleur ou les travailleurs d’une entreprise sous sa responsabilité ( en cas de mauvaise conduite de ces travailleurs ou de la mauvaise réalisation des travaux dans le cas de travaux publics ou du non-respect du délai maximum de séjour dans le pays, p.ex. trois ans dans les UAE pour des ouvriers, ou de mauvais traitement de ces ouvriers, il devient punissable, en général par la perte des miettes de pouvoir et de richesses distribuées par le « ruler » local ), en contrepartie, le travailleur remet son passeport au sponsor, dont il devient donc dépendant pour sa sortie du territoire.

    Le risque d’abus est faible si le travailleur fait partie d’une grande entreprise internationale, il est monstrueux si le travailleur est engagé seul par une entreprise locale et plus encore par un local.

    En 1977, dans les UAE, un belge, carrier, ayant terminé son travail pour une firme belge, avait été engagé par un local pour gérer une entreprise d’extraction de gravier. Lorsqu’il avait voulu quitter le pays, son sponsor s’y était opposé et le carrier avait dû ( et heureusement pu ) s’adresser au ruler de Dubaï lors d’un majli ( audience publique assise ) où il avait eu gain de cause – mais ceci est bien sûr hors de portée du travailleur lambda

  • Le 2 Janvier 2016,

    En Arabie saoudite, 47 personnes sont condamnés à mort puis décapités et crucifiés le même jour…

    Et La caravane passe… euh non, la Formule 1 …

    • Le 2 Janvier 2016,

      En Arabie saoudite, 47 personnes sont condamnées à mort puis décapitées et crucifiéss le même jour…

      Et La caravane passe… euh non, la Formule 1 …

    • Paradoxalement, par ces exécutions spectaculaires au terme de procès plus que douteux, l’Arabie Saoudite souhaitait montrer au monde occidental qu’elle ne soutenait plus Al-Qaïda – l’enfer est pavé de bonnes intentions

  • L’excuse pour ces bolides qui gaspillent des ressources inutilement est que les progrès qu’ils imposent one des applications directes dans la voiture de monsieur tout le monde. Etant donné que dans 10 ans les véhicules thermiques seront interdits, ils n’ont plus aucun prétexte pour exister. Plutôt que d’embêter madame Michu avec sa vieille bagnole diesel qui fait 100km par mois, que l’on supprime toutes ces sports moteur

    • Comme en URSS ce que veut la bureaucratie et les petits Khmers vert qui les croient est non seulement absurde mais inapplicable.
      .
      Dans dix ans les voitures thermiques rouleront toujours parce que les électriques « 2.0 » construites pour de petits-bourgeois pseudo-écolos ne sont globalement pas plus vertueuses que les meilleures thermiques, parce que nous n’avons ni les batteries, ni les usines, ni le début d’un commencement de fourniture d’énergie « verte » pour alimenter tout ce bazar.
      .
      La seule énergie verte qui marche en vrai actuellement est le nucléaire et il faudrait construire un minimum de 10 EPR alors que la bureaucratie veut démanteler 15 centrales.
      C’est mort et la F1 est bien un superbe sport automobile qui innove aussi dans le domaine électrique puisqu’elles ont des assistances dans ce domaine (MGU-H et MGU-K entre autres).
      .
      On ne parle même pas du bilan écologique de jeter à la casse 32 millions de voitures parfaitement fonctionnelles. La pire menace pour la planète actuellement ce sont les écolos.

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