Antilles françaises : le deux poids-deux mesures de l’État français

Douze ans après la grève générale lancée par le collectif LKP mené par Élie Domota en Guadeloupe, les Antilles font de nouveau face à un épisode revendicatif d’envergure.

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Screenshot 2021-12-06 at 13-33-03 Guadeloupe la mobilisation contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale se poursuit[...]

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Antilles françaises : le deux poids-deux mesures de l’État français

Publié le 7 décembre 2021
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Par Jonathan Frickert.

Frappant les Antilles françaises depuis deux semaines, la contestation de l’obligation vaccinale illustre parfaitement la logique étatique française, prompte à régler des problèmes de libertés par toujours davantage d’argent public en poussant la poussière sous le tapis.

Repousser l’obligation vaccinale

Initialement prévue être appliquée à compter du 15 novembre, l’obligation vaccinale des soignants et pompiers antillais a été repoussée au 31 décembre. La mesure a provoqué un intense mouvement de contestation en Guadeloupe et en Martinique depuis maintenant deux semaines.

De piquets de grève, le mouvement s’est rapidement mû en blocages puis en violences urbaines. Incendies, pillages et tirs par balles émaillent désormais le quotidien des deux archipels.

Face à cette contestation, Paris s’est limité dans un premier temps à parler de sécurité, un domaine que l’État français investit étrangement lorsqu’il s’agit de mettre fin à des contestations de ses politiques et de ses intérêts, mais rarement lorsqu’il s’agit d’assurer la sécurité des Français au quotidien.

Le couvre-feu est ainsi prolongé, mais si aucune réflexion sur la question sanitaire n’a été évoquée, la question des libertés locales s’est posée après une discussion entre le gouvernement et un groupement d’élus locaux.

Des dérogations au profit de l’État

L’obligation vaccinale est ainsi repoussée. Si cette dérogation semble dérisoire, elle appartient en réalité à plusieurs siècles de dérogations coloniales destinées à préserver les intérêts métropolitains, notamment s’agissant de la culture de bananes et de cannes à sucre. Pour nos confrères de The Conversation, le maître de conférence et docteur en Sciences politiques à l’Université des Antilles Jean-François Niort revient sur trois siècles de mesures dérogatoires. L’auteur en 2015 de Le Code noir. Idées reçues sur un texte symbolique qui lui vaudra plusieurs attaques de la part des indépendantistes guadeloupéens revient ainsi sur la difficile question de l’esclavage, pourtant rapidement oubliée en métropole.

Les Antilles sont également frappées par de fortes inégalités de traitement, notamment avec l’indemnité dite de vie chère instaurée en 1954 pour les fonctionnaires.

Sur le plan de la réglementation, les produits phytosanitaires connaissent également des divergences avec le droit métropolitain. Le chlordécone, insecticide responsable de la pollution des cultures et d’un nombre record de cancers et dont l’interdiction a été différée de 3 ans par rapport à la métropole.

Autant de mesures étatiques favorisant un petit nombre au détriment des populations locales au nom des intérêts métropolitains et qui ont préparé la défiance des Antillais envers la politique sanitaire imposée par Paris.

Antilles françaises : beaucoup de subventions, peu de libertés

Rejeté par la plupart des libéraux, le colonialisme se révèle donc être une forme aiguë de capitalisme de connivence, où les privilèges, dérogations et mesures protectionnistes, servent ceux qui sont les plus proches des intérêts de l’État français.

Face à la difficile question de l’autonomie et de l’indépendance, les élites françaises ont la fâcheuse tendance à raisonner en termes financiers. L’allocation et la subvention sont ainsi vues comme des réponses privilégiées aussi bien par paternalisme socialiste voyant dans tout problème social un manque d’argent que par intérêts économiques métropolitains tentant d’acheter la contestation, à la manière de la mesure des « 1000 emplois aidés pour les jeunes » annoncée par le ministre des Outre-Mer Sébastien Lecornu,

Or, il est difficile de ne pas parler d’autonomie lorsqu’on évoque les collectivités ultra-marines. La chose fut faite par Sébastien Lecornu, dans une maladresse qui n’en est en réalité pas une.

Deux poids deux mesures de l’État envers les Antilles

Le cas antillais est symptomatique d’une différence de traitement entre contestations locales outre-marines et métropolitaines, où la question de la liberté locale est rarement mise en avant.

Cette incohérence montre une nouvelle fois la déconnexion de nos élites politiques face au besoin criant de liberté des Français.

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  • Un État en roue libre, empêtré dans ses mensonges, qui ne sait répondre à la critique que par la matraque et la subvention.
    Notons que si l’autonomie a été évoquée, l’échéance vaccinale repoussée et des vaccins « sans ARNm » proposés, il y a un point sur lequel l’Etat refuse tout compromis : le « pass sanitaire ». Ça en dit long sur les priorités du pouvoir et le véritable enjeu de ce qui se passe actuellement: le sanitaire n’est qu’un paravent. L’objectif est le bracelet électronique généralisé.

    • L’Etat en roue libre répond avec les moyens du bord: petite carotte (les caisses sont vides) et gros bâtons (nous sommes parmi les premiers vendeurs d’armes, ceci explique cela!).

      • @C2MR
        Bonsoir,
        « (nous sommes parmi les premiers vendeurs d’armes, ceci explique cela! »
        Et nos Forces armées intérieures et extérieures sont équipées avec du matériel étranger Sig Sauer, Glock, H&K,
        A part quelques Rafales, des sous-marins dont personne ne veut, des frégates, la France ne vend pas grand-chose, et ce sont des véhicules, pas des armes.
        Ce qui explique tout est que l’Etat français est en mode totalitaire et qu’il va lui manquer les moyens financiers, doux (via la propagande) pour faire passer ses lubbies sans trop d’accrocs. Pour rester en place, cramponner à son siège, à la gamelle, comme la rouille sur un entre deux pièces en métal, il lui faudra utiliser ce qu’il s’est soigneusement mis de côté : la force qu’il appelle « légitime », qui ne l’est que pour lui seul.

  • Ce n’est pas l’autonomie mais l’indépendance qu.’il faut leur accorder. Comme aux îles de Mayotte.
    La France n’a plus les moyens de conserver des territoires contre leur gré et d’en assumer le coût social.
    Ils seront ainsi aussi heureux que les haïtiens, 1iere île à avoir obtenu son indépendance dans les Caraïbes.

    • On pourrait faire pareil avec la Corse, la Bretagne, l’Occitanie…

    • @JR il est de fait qu’ils réclament « l’autonomie » et non l’indépendance . Je souligne le comique quand « en même temps » la métropole se déshabille de son autonomie vis à vis de l Europe… Le frexit réel sera t il obtenu par la défection successive de tous ses territoires ?

    • @JR c’est vrai que l’autonomie ça ressemble à Junior qui squatte à 35 ans chez papa maman, mange à tous les repas gratis et qui rechigne à desservir la table

    • Monsieur Votre commentaire est révoltant, insultant et condescendant
      J’aimerai que vous appreniez davantage sur les manœuvres de l’état français pour saboter cette indépendance.
      La question du coût à payer par la petite île par exemple. S’il vous plait apprenez en plus et taisez vous
      Merci

      • @Herves2005
        Bonjour,
        Qu’attendez-vous pour nous apprendre alors ?
        Vous avez vite dégainer des insultes, mais aucun vrai argument.
        Je suis tout ouïe.

  • Nos dirigeants, quel que soit leur bord, ont voté massivement pour l’UE depuis longtemps. Et dans l’optique Bruxelles (approuvée par les représentants de tous les pays de la communauté) l’objectif est d’avoir des provinces européennes détachées de tout esprit de Nation. La France ayant la seconde ZEE au monde doit donc, quelle que soit la méthode, se « séparer » de ces « territoires » pour n’exister que comme métropole, bientôt province UE de langue française (et encore). Les déclarations récentes concernant les Antilles, le 3ème référendum de Nouvelle-Calédonie (comme pour le traité européen, votez et revotez pour avoir enfin le bon résultat), les embrouilles autour de Clipperton, autour de Tromelin… ne sont que des épisodes dans cette voie. Bientôt la partition de nos super-régions bien mal découpées par flamby. L’Alsace s’est bien constituée avec la Sarre en euro-région. Alors…

  • Les Antilles coutent aussi cher que la Creuse , les habitants de Paris coutent à l’état jusqu’à dix fois plus cher qu’un Antillais, chercher l’erreur

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