États-Unis : l’indignation sélective des médias face aux tragédies

OPINION : aux États-Unis dans les médias, la couverture d’une tragédie semble dépendre de l'origine du présumé criminel.
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États-Unis : l’indignation sélective des médias face aux tragédies

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 7 décembre 2021
- A +

Par Pierre-Guy Veer.

Une autre semaine, une autre fusillade dans une école aux États-Unis. Cette fois-ci, la tragédie a frappé le Michigan. Un adolescent de 15 ans aurait tué quatre personnes et blessé six autres. Ses parents ont été mis en accusation et détenus pour une très forte caution.

Évidemment, les médias n’ont pas perdu de temps pour saisir la balle au bond et régurgiter leur propagande anti-armes à feu. Au 5 décembre, MSNBC a déjà plus de 40 articles quit traitent de cette fusillade, la plupart portant sur le manque de contrôle sur les armes ou sur ceux qui veulent aveuglément contrôler le port d’arme. À la même date, CNN avait également plus de 40 articles allant dans le même sens que son concurrent.

Médias aux États-Unis : une couverture à deux vitesses

Loin de moi l’idée de vouloir diminuer l’impact de cette tragédie, surtout quand l’on considère que, quelques jours avant, l’école du présumé tireur avait contacté les parents pour leur signaler les recherches et les écrits inquiétants de leur fils.

Mais considérant l’extrême polarisation à gauche des médias américains, il est impossible de ne pas faire de comparaison avec leurs couvertures d’autres crimes et tragédies.

Le 21 novembre dernier, un criminel « professionnel » au dossier très volumineux a foncé dans une foule durant une parade au Wisconsin. Toujours au 5 décembre, MSNBC n’avait que 20 articles à ce propos alors que son auteur a davantage tué de personnes que la fusillade mentionnée plus haut.

Le réseau CNN disposait quant à lui d’environ une trentaine de reportages sur le sujet. Toutefois, plusieurs manchettes décrivent cette tragédie comme un incident ou un accident (crash). Le véhicule semble aussi doté d’une conscience

De plus, durant un bref reportage, nulle part n’est mentionné que le présumé tueur est noir. En revanche, il a été explicitement mentionné dans deux autres procès que les accusés étaient blancs.

Ignorer ce qui ne colle pas

Cette omission n’est ni la première, ni la dernière. En fait, du moment qu’un criminel n’est pas un homme blanc hétéro, on semble excuser, ou à tout le moins fortement diminuer la couverture de la tragédie.

En 2018, une tireuse s’est rendue au QG de Youtube et a fait feu sur plusieurs personnes avant de se donner la mort. CNN n’a produit qu’une dizaine d’articles sur le sujet, dont deux portant sur le faible nombre de femmes initiant les fusillades. Le fait qu’elle était une activiste végétarienne et d’origine iranienne – quoiqu’on ait tenté de la faire passer pour plus blanche – explique sans doute le peu de couverture. Par alleurs, le sujet du contrôle des armes a été peu mentionné.

En 2019, dans une école du Colorado, un étudiant transgenre et son complice avaient également tiré sur ses collègues et tué une personne. CNN n’a produit que 14 articles sur le sujet, dont un portant sur l’intimidation dont était victime l’un des tireurs.

C’est tout le contraire du tireur de l’école Stoneham Douglas en Floride. Il y a plus de 200 articles à son sujet sur CNN, on martèle constamment le contrôle des armes à feu – certains des élèves sont carrément devenus des stars, et on s’assure de rappeler que la plupart des tireurs sont des hommes blancs. La totale incompétence de la police n’a été abordée qu’après le massacre de plusieurs personnes à l’école.

Bref, il semble que les médias aient fait un 180 degrés sur leur couverture des actualités judiciaires. Avant, ils adoraient montrer quand des Noirs étaient accusés de crimes graves. Maintenant, une telle occurrence est mentionnée du bout des lèvres. Mais tous les coups sont permis si l’accusé n’a pas sa carte d’immunité woke.

En d’autres termes, les médias américains continuent de diffuser des fake news.

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  • Oui, il y a un narratif…le mythe des médias neutres et objectifs est en train de tomber,

    mais qui voudrait d’une chaine d’information qui égraine des informations neutres qui serait une représentation du monde non déformée..

    Bien entendu, puisque qu’on ne peut pas connaitre l’état de la société à chaque instant, un média en premier lieu va choisir. or le bais de confirmation est un piège et les journalistes sont autant les victimes que les coupables!!!! .. c’est pour cela que le pluralisme de la liberté de parole sont vitaux..

    ce ne sont pas des salauds bien souvent, juste des hommes.. c’est souvent inconscient!!!

    par contre il existe des méthodes pour pallier le bais de confirmation..

    puis je généraliser…

    les impressions sont une chose , mais les statistiques sont souvent disponibles..

    • Sauf que les CNN et MSNBC aux US sont des médias wokes et démocrates affirmés. C’est notamment ces médias qui propage l’idée que Rottenhouse était suprémaciste blanc et a tiré sur des noirs… faits totalement faux et démontrés dès le début de l’affaire.
      Tout comme le lycéen noir qui a tué des camarades, « car il était maltraité » (sans préciser que les autre camarades étaient noirs…), alors que plus l’affaire avance, plus on s’aperçoit que le gars n’est pas aussi une victime que ça.
      Fox News est conservateur, mais expose clairement plus de faits dans ses analyses.

  • Pour Crumbley, FOX News, qui n’est pas tout-à-fait d’extrême gauche, n’est pas en reste, chaque jour apportant de nouvelles révélations sur l’inconscience criminelle des parents ( hier et aujourd’hui ) et ( aujourd’hui ) la mauvaise réaction des professionnels de l’école.

  • Cela illustre de façon claire le problème de biais dans les médias. Mais il est impossible de ne pas avoir de biais de volume. Les journalistes vont forcément parler plus de ce qu’ils pensent/jugent important, moins de ce qu’ils jugent annexe. Impossible d’imposer pour autant le même traitement pour tout parce que les choses n’ont effectivement pas la même importance. Une fusillade tuant 5 personnes en Iran c’est moins important pour un américain qu’une autre en tuant 2 à coté de chez lui. Une fusillade initiée par un ado dans une école impact plus le lecteur que le règlement de compte entre bandes rivales à Chicago (pourtant plus fréquent et fréquemment plus meurtrier), etc.

    Un autre biais, nettement plus gênant est le biais de « présentation de l’interprétation » qui permet aux journalistes non seulement de plus parler de tel ou tel fait mais de surtout se servir de leurs articles pour dire ce qu’il faut penser de ces faits. L’usage d’adjectifs tous les deux mots est un symptôme flagrant. Outre que cela rend la lecture assez pénible, cela influence en permanence ce que l’on va penser et comment on va accueillir les faits.

    Par exemple « le jeune homme, suspecté d’être un nationaliste blanc, Kyle Rittenhouse à été exonéré du meurtre violent, avec arme illégale, sur deux manifestants anti-racistes » est « juste » mais lourd et fondamentalement trompeur quand « Kyle Rittenhouse, 17 ans, a été reconnu en situation de légitime défense quand il a tué deux agresseurs et blessé un troisième » donne une image plus conforme a la réalité telle que validée par le procès. Mais n’influence pas tant les esprits.

    Ou « le polémiste d’extrême droite, Eric Zemmour, a été chahuté à son meeting provocateur et peuplé de franges extrémistes de la droite nationaliste » vs. « Eric Zemmour a été agressé pendant son meeting de campagne. » Factuellement rien n’est -totalement- faux mais l’impact des deux est très différent.

    Il fut un temps où aux US et dans les autres pays anglosaxons des médias « à gauche » viraient les journalistes montrant trop leur penchants de gauche, et réciproquement pour les médias « à droite » et les journalistes l’affichant trop. Où, en dehors des pages « OpEd » (opinions and editorials), les rédactions essayaient d’avoir une neutralité maximum.

    C’est fini, et c’est bien dommage. La guerre de tous contre tous, sur des lignes de fracture mouvantes semble bien partie.

  • MSNBC, CNN? Qui les regarde encore? Leur part de marché (comme celle de nombreux médias traditionnels) n’a cessé de s’effondrer. Ils sont tenus à bout de bras par des corporations qui ont un intérêt à leur existence. Ces médias sont peu à peu remplacé par des journalistes indépendants dont beaucoup ont des audiences plus importantes que des présentateurs à haut profil des chaînes câblées.

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