Comment faire un programme libéral

OPINION : comment faire un programme libéral capable de se démarquer des programmes des politiciens actuels ? Voici quelques pistes.

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Comment faire un programme libéral

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 décembre 2021
- A +

Par Christophe Didier.

Les enfants ont leur liste pour le père Noël, les grands ont leur programme politique. Un enfant ne cherche pas à construire son futur avec sa liste, il veut juste satisfaire ses envies du moment, poussé par la publicité omniprésente dans son environnement et sa difficulté à gérer la frustration de ne pas avoir la même chose que son camarade.

Un adulte raisonnable et responsable devrait s’être affranchi depuis longtemps de cet état puéril. Un adulte est capable de planifier un projet à long terme puis d’adapter son existence pour atteindre cet objectif.

La démagogie des politiciens

Mais non, tous les 5 ans pourtant on nous sort le catalogue programme de l’un ou l’autre des responsables politiques visant la plus haute fonction, répondant à l’appel pressant de la France de venir à son secours. Ils doivent être doués d’un sixième sens car je n’ai pas entendu cet appel. Pourtant la France qui hurle, ça doit faire du bruit…

Et comme à chaque fois nous avons droit à une longue liste de probables, possibles, éventuelles, « on verra une fois sur place », futures décisions touchant à la liberté vie des uns et des autres, sans aucune vision d’ensemble, projet d’avenir ou stratégie de développement à 30 ans. Ce qui donne un fatras de propositions sans queue ni tête, parfois contradictoires et toujours déprimantes.

La question est donc de savoir à quoi devrait ressembler un programme libéral.

Hé bien certainement pas à ce qui existe actuellement. Le libéralisme n’est pas un catalogue, c’est une stratégie. D’ailleurs toute politique devrait être une stratégie. En aucune manière la politique n’est une liste de mesures en vrac destinée à régir chaque pan de la société et à satisfaire tel ou tel groupe.

Puisque le libéralisme doit redonner le pouvoir au peuple, il doit donc avoir pour mission principale de lui permettre de comprendre le monde dans lequel il évolue. Sinon, impossible de prendre des décisions éclairées.

Le libéralisme doit donc se donner pour mission principale la diffusion à grande échelle d’informations permettant de comprendre et développer une conviction personnelle sur les différents domaines qui constituent notre envrionnement.

Si tout le budget communication des ministères passait dans la production et la diffusion d’informations à destination du grand public, nous aurions la possibilité de transmettre des connaissances utiles à la population. Au moins aussi utiles que les informations transmises par une conférence de presse. Attention euphémisme.

Quel programme libéral ?

Un programme de politique libérale devra respecter trois règles.

En réduisant le nombre de ministères à dix, nous aurions la possibilité de financer une magnifique grille des programmes de France 2, intéressante, informative et contradictoire et lancer de grandes campagnes de culture générale à destination de la population pour lui offrir la possibilité de choisir en toute connaissance de cause.

Avec une population informée, la plupart des propositions visant à protéger les citoyens seront inutiles puisqu’ils ne se mettront plus en danger. Le rôle d’un État libéral n’est pas de couver sa population mais de lui donner tous les moyens de vivre de manière autonome.

Pour poursuivre sa cure d’amaigrissement, un programme libéral ne devra comporter aucun des mots suivants :

Destin. Élargir. Permettre. Véritable. Revaloriser. Garantir. Défendre. Faire reculer. Assurer. Rétablir. Recentrer. Mettre en place. Appliquer. Lutter. Instaurer. Augmenter. Réduire. Abaisser. Interdire. Renforcer. Soutenir. Favoriser. Rehausser. Mettre en œuvre. Maintenir. Élargir. Promouvoir. Développer. Lancer. Reconstituer. Appliquer. Transformer. Accompagner…

Tous ces mots qui sonnent bien aux oreilles du peuple, déclenchent le biais cognitif adéquat et autorisent l’absence de chiffrage et de projet précis. Surtout, l’absence de chiffrage et de projet précis.

Les discours construits autour de ces mots ne veulent en fait pas dire grand-chose de concret et permettent à celui qui les reçoit de les interpréter dans le sens suivant : quelqu’un va s’occuper du problème et le régler. De quelle façon ? Personne ne le sait, et pour une bonne raison : le problème ne sera pas réglé.

Cette deuxième action va nous permettre d’éliminer au moins 50 % des propositions contenues dans les programmes habituels.

Enfin, toutes les propositions comportant une nouvelle agence, établissement, groupement, structure, conseil local, départemental, régional, national avec lesquels seront signés des conventions, chartes, partenariats, contrats multimachin ou accords intertruc seront elles aussi supprimées.

Si un programme libéral devait être créé en suivant ces trois règles, nous gagnerions un paquet de pages. La forêt nous dira merci.

Puisque nous en sommes à gagner du temps, éliminons la période de construction du gouvernement en présentant l’équipe gouvernementale dès le début de la campagne. Comme aurait pu le faire LR, par exemple.

On aurait gagné quatre fois trois heures de débat télé. Facile : Barnier président, Pécresse Premier ministre, Ciotti à l’Intérieur, Bertrand à l’Éducation, Juvin à la Santé et on peut même récupérer Le Maire à l’économie, c’est un ancien de la maison et son bilan parle pour lui (non, je déconne…).

Avec une telle équipe de personnalités politiques de premier plan, pas besoin de perdre du temps à organiser une primaire. Tout est clair pour les électeurs dès le début, pas de mauvaise surprise post élection. Par exemple la nomination de Manuel Valls à la jeunesse et aux sports. Et surtout l’électeur fait son choix en faveur d’une équipe et de ses compétences, pas d’une homme seul présenté comme le sauveur.

À supprimer également des programmes habituels : les incantations magiques ou religieuses.

Responsabiliser chacun dans le pacte républicain.
Assurer le respect du cadre républicain.
Relier tous les citoyens à la république.
Revivifier le droit de pétition.
Partage rapide et clair des informations entre scientifiques.
En finir avec les passoires thermiques.
Créer un million d’emplois verts.
Faire évoluer la politique de l’union européenne.
Décider d’une Grande Cause.
Développer une politique de pleine santé au travail.

Tous ces exemples sont évidemment un résumé de la situation et pas une liste exhaustive. En appliquant ces quelques règles le catalogue se transforme en projet résumé en quelques pages faciles à lire, à comprendre et à accepter (ou refuser).

Il fait aussi gagner du temps d’antenne, car il sera désormais inutile de passer des heures à comprendre, interpréter, expliquer la parole du candidat par des interviews, des analyses d’experts et des éditoriaux.

Je m’aperçois que nous allons créer un paquet de chômeurs dans l’audiovisuel et les intervenants médiatiques. Tant pis, ils iront participer au million d’emplois verts prévus.

Vous imaginez toutes ces connaissances que nous pourrions diffuser à la place de ces débats stériles et inutiles.

Tout ce temps de cerveau disponible gagné à ne plus écouter les questions des journalistes posées aux éventuels candidats.

Tout ce temps passé à apprendre, comprendre et contester en cas de désaccord.

Ce serait ça la France ! Lancez La Marseillaise sur Youtube juste à la fin de cette phrase et levez-vous.

 

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  • Au nom de l’adage « une démocratie sans contrôle est un leurre » il est nécessaire en premier lieu d’adjoindre à chaque député un certain nombre de citoyens retraités (8?) issus de la société civile (ce qui exclu principalement les fonctionnaires « juges et parties » désignés par le sort à partir des circonscriptions attenantes à celles du représentant du peuple.
    Accessoirement, on pourrait réduire le nombre d’élus des 3/4 (680000!) la cacophonie cesserait derechef.

  • 10 ministères? Petit joueur! 4 suffisent : défense, intérieur, affaires étrangères et justice. Chiffrer les budgets et les faire voter par référendum.

  • Sabrer dans la classe jacassante subventionnée ? vous n’y pensez pas, vite vite une loi pour condamner de telles pensées hérétiques et même « fascistes », le CSA doit y mettre le holà.

  • Dit comme ça, cela a l’air fastoche !

  • On ne peut qu’être d’accord avec vous sur le papier.
    De plus çà ne me parait pas fondamentalement être des propositions libérales, mais simplement restaurer le rôle du politique, le purifier, et c’est déjà beaucoup !
    Me vient cependant une question : si l’on développe des programmes réellement éducatifs sur france 2, de la culture générale en profondeur, expliquera-t-on enfin clairement que les fondements de la culture néolibérale ne supportent pas l’analyse ? Que le dogme de l’individualisme roi n’a pas de fondement anthropologique d’anthropologique ? Que le marchéisme et et la « main invisible » de smith sont en fait une déformation de la pensée originelle ? Que la « main invisible » originelle décrit plus surement le refus du rôle de l’homme sur l’orientation de l’Histoire, l’acceptation du déterminisme, religieux qui plus est…

    En définitive, je serai très curieux de découvrir le vote réel des Français après un cure en profondeur de notre culture, il pourrait être très surprenant, et serait à coup sur libéral, mais assurément pas néolibéral

    • Néolibéralisme et libéralisme économique sont synonymes.
      Néolibéralisme a juste une connotation péjorative, c’est un terme utilisé par ses opposants.
      Le néolibéralisme marque la volonté/tentative du retour au libéralisme économique d’avant les États-nounou providence.
      C’est tout.

      PS : de la même manière, le néofascisme est un fascisme, le néocolonialisme un colonialisme, etc.

      • Ce que vous dites est vrai, mais visiblement vous vous écoutez plus que vous n’écoutez, ce que je déplore.
        Je continue à penser que je serais curieux de découvrir quelles sont les aspirations réelles des français éclairés par une mise à niveau en profondeur des concepts du libéralisme (qui ne se réduisent pas à une approche économique), néolibéralisme (et donc libéralisme économique), socialisme, individualisme, collectivisme, …
        Si les français découvraient la réalité des fondements des théories néolibérales et leurs implications, permettez moi de douter de leur affection pour ce marchéisme et cette compétition généralisée (Hayek, Bentham, Mises).
        Je pense en revanche qu’ils seraient plus largement sensibles au libéralisme de Kant ou Montesquieu, et au libéralisme sociétal et politique comme émancipation de l’individu.
        Mais tout cela n’est que suppositions 🙂

        • La frontière franco-suisse donne une bonne idée des préférences des français: ils font du libéralisme comme Jourdain faisait de la prose, mais avec les pieds.
          Le libéralisme qui met tout le monde d’accord est grosso-modo la DDHC de 1789.
          .
          L’émancipation de l’individu c’est d’abord garder la majorité de ses efforts productifs pour sois parce que la richesse c’est le choix, et le choix c’est la liberté.
          Il n’y a pas de « marchéisme » chez Hayek, ce qu’ils disent c’est que les individus doivent être très peu contraints par l’état, que ce soit socialement ou économiquement.
          Si le libre marché (des échanges mutuellement bénéfiques) est la résultante de ce que font des hommes libres, soit et ça marche plutôt bien.
          .
          La compétition est une bonne chose, les classes sans notes ont fini en catastrophe, le profit est aussi une bonne chose, tous les pays qui ont prétendu l’abolir on fait des faillites meurtrières.

  • C’est court, très court, trop court.
    La règle no1 du libéralisme c’est: « pas avec mon argent » en dehors du régalien et des assurance de bases (le reste en privé) et il y a de quoi faire en France.
    Ce pays a la bureaucratie la plus grosse du monde, la fiscalité la plus lourde ainsi que le record de dépenses sociales.
    -Fin progressive de la Sécu, création d’assurances privée et libre passage des avoirs autorisé.
    -Division par deux des dépenses sociale dans un premier temps (-300 milliards)
    -Fin du financement des « associations » (65 milliards)
    -Fin progressive des logements subventionnés (-10 milliards)
    -Division par deux du nombre de salariés d’état (-3.5 millions)
    -Division par deux du nombre d’élus (-310’000)
    -Division par deux de la fiscalité des entreprises (zéro ensuite)
    -Flat tax
    etc. etc.

    • « La règle no1 du libéralisme c’est: « pas avec mon argent » en dehors du régalien et des assurance de bases (le reste en privé) et il y a de quoi faire en France. »

      Ça aussi, c’est très court, pour le dire de manière abrégée…

    • Ou comment se tirer une balle dans le pied…
      Gouverner, ce n’est PAS réduire les dépenses et faire des économies.
      Gouverner c’est fournir certains services (publiques) et permettre que d’autres services soient rendus pas nécessairement de manière publique.
      Les économies ne sont pas un obectif mais une conséquence indirecte d’un meilleur gouvernement.
      Il faut limiter le besoin en financement publique à service égal rendu à la population …

      • J’ai fait le compte des services en épluchant les budgets: 254 milliards sur 1400 milliards de dépenses et j’ai pourtant aussi compté l’hospitalier et l’éducation, je ne suis pas un extrémiste.
        Si la Suisse avait 67 millions d’habitants, son état dépenserait 600 milliards de moins.
        .
        « Gouverner, ce n’est PAS réduire les dépenses »

        La plupart des gouvernants ne veulent pas « bien gouverner » mais avoir le pouvoir et ça passe par des moyens accrus quel que soit le prétexte.
        Le libéralisme doit avoir des contre-pouvoirs suffisamment forts (comme la démocratie semi-directe en suisse) pour poser des limites et que ça ne finisse pas en pillage.

  • « À supprimer également des programmes habituels : les incantations magiques ou religieuses. »
    = libéralisme bouffeur de curé?

  • Un programme libéral ne commencerait pas par de la « com ».
    Il commencerait par le retour au principe de la subsidiarité, le salaire complet et la mise en concurrence des assurances sociales, le bon d’éducation et la mise en concurrence de l’éducation nationale.

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Un entretien mené par Matthieu Creson pour la la Revue Politique et Parlementaire. 

 

Pascal Salin est économiste, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, et fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996.

Parmi les ouvrages qu’il a publiés, citons notamment La Vérité sur la monnaie (Paris, Odile Jacob, 1990), Libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2000), Français, n’ayez pas peur du libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2007), Revenir au capitalisme pour éviter les crises (Paris, Odile Jacob, 2010), La T... Poursuivre la lecture

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