Par Ludovic Aymen de Lageard1.
L’offensive amuse et interroge en Europe : depuis plusieurs mois, le gouvernement chinois ne cesse de légiférer pour encadrer ce qu’il considère être l’influence occidentale dans l’industrie culturelle.
En septembre dernier, le régulateur chinois des médias avait annoncé de nouvelles directives interdisant les soi-disant « hommes de poule mouillée » — des idoles pop masculines qui se maquillent et ne correspondent pas aux idéaux plus « virils » défendus par la ligne officielle du parti communiste. Certaines émissions ont été interdites et une « norme esthétique correcte » a même été édictée.
Il y a quelques semaines, Pékin fixait aussi de nouveaux interdits pour les jeux vidéo produits et diffusés en Chine : exit les personnages efféminés, les romances gay… Certaines militantes féministes se sont vues réduites au silence, avec la fermeture en cascade de plusieurs de leurs comptes sur les réseaux sociaux chinois.
En réalité, Pékin s’inquiète de l’infiltration des idéaux et des repères culturels occidentaux auprès de la jeunesse chinoise, et voit dans le progressisme sociétal un cheval de Troie du soft power américain. Interrogé par le Financial Review professeur adjoint au Centre d’études chinoises de l’Université chinoise de Hong Kong Willy Lam expliquait en septembre dernier que la Chine voyait « dans la culture populaire un signe d’infiltration par les États-Unis ».
Le parti communiste chinois est lucide et il a très bien compris que l’attrait pour la culture de masse occidentale risquait de déstabiliser « l’harmonie sociale » réclamée et promue par l’appareil politique.
Le bien-être animal bien vu du PCC
Mais un phénomène fait exception : celui du bien-être animal. La Chine s’est montrée très perméable à ce sujet, pourtant largement inspirée des modes et des mouvements sociaux occidentaux.
Car au tournant des années 1990, l’Empire du Milieu était encore pointé du doigt par l’ensemble des ONG de défense de la nature pour son rôle dans l’extinction de nombreuses espèces et les mauvais traitements infligés aux animaux. Mais en une génération, la Chine a profondément changé sa politique à cet égard : lois interdisant le commerce et la consommation d’espèces protégées, nouvelles normes de production… L’État chinois s’est largement engagé, en profitant au passage pour soigner son image auprès de l’opinion publique internationale à peu de frais. Se comptant sur les doigts d’une main il y a trente ans, plusieurs centaines d’associations chinoises s’engagent désormais pour la défense du bien-être animal tandis que le véganisme fait de nouveaux adeptes dans les grandes villes de la côte.
Alors que sociologiquement, ce combat est porté par la jeune bourgeoisie éduquée urbaine qui parfois fait une partie de ses études à l’étranger, le Parti communiste a largement accompagné cette lutte qui ne menaçait nullement son hégémonie morale et culturelle.
Quid de la fourrure ?
Demeure un bémol : la fourrure. Alors que 80 % de la consommation de viande chinoise vient de Chine, les entreprises locales se réjouissent de l’abandon des grands groupes de luxes européens, comme Kering, de la production de fourrure animale et récupèrent progressivement ce lucratif marché.
Organisé notamment autour de la ville de Zhangjiakou, le secteur chinois de la fourrure a explosé ces dernières années et il est évalué actuellement à 61 milliards de dollars. Mais la crise du Covid-19 a largement affaibli le secteur — accusé de propager le virus dans les élevages insalubres — et les nouvelles générations chinoises plébiscitent désormais la fourrure synthétique. La marque « Icicle », qui propose des produits sans fourrure animale est l’une des entreprises de prêt-à-porter les plus dynamiques du pays, tandis que sur le réseau social Weibo, les hashtags dénonçant la fourrure animale mobilisent des dizaines de millions d’internautes.
Mais la Chine chasse un problème pour en créer un autre, peut-être plus grave encore : la production de la fourrure synthétique est particulièrement polluante et nocive pour l’environnement. Les milliers de fibres fabriquées à base de produits pétroliers mettent plusieurs dizaines de milliers d’années à se biodégrader et menacent les écosystèmes.
Si la Chine a peut-être trouvé la poule aux œufs d’or en récupérant un marché de la fourrure abandonné par les Européens, ce n’est peut-être pas la nature qui s’en trouve rassurée.
- Ludovic Aymen de Lageard est Directeur de Brand Building associates. ↩
Le Pangolin et la Chauve-souris, animaux domestiques, cela pourrait permettre une auto-immunité generalisée. A condition bien sur que D Raoult arréte de falsifier ses etudes.
Heureusement que nous avons Médiapart !
En occident,
La vraie fourrure , c’est immoral, abject…
La fourrure synthétique, ce n’est pas écologique, vous vous rendez compte, il faudra des dizaines de milliers d’années pour se biodégrader.
En chine,
La vraie fourrure, c’est bien et c’est un nouveau marché.
la fourrure synthétique, c’est fantastique, les marchés émergents peuvent polluer, pas grave.
Que voulez-vous, les « camarades pastèques » ne vont pas se mettre à dos les autres camarades , bien au contraire…